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Maudite dès la naissance : Le prix du sang était bien plus élevé que tout ce qu’elle aurait pu imaginer

Maudite dès la naissance : Le prix du sang était bien plus élevé que tout ce qu’elle aurait pu imaginer

Certaines personnes semblent toujours payer pour des erreurs qu’elles n’ont pas commises. Chez ell, tout se compliquait sans raison clair. Pas de drame spectaculaire, juste des choses qui tournaient mal encore et encore. Et si  ce n’était pas de la malchance, mais quelque chose qu’on lui avait laissé.

Bienvenue sur les histoires de Flow dive. Éléonore avait 8 ans. Elle se tenait debout près de la  table, les coudes posés dessus, regardant sa mère s’agiter dans la cuisine. Elle n’avait rien à faire alors elle restait là.  Elle aimait être près de Bernadette, même quand celle-ci ne lui parlait pas.

 “Ne toucha rien”, dit Bernadette sans la regarder.  Éléonore fit oui de la tête. Elle regardait juste le verre posé près du bord de la table. Bernadette se retourna brusquement, cherchant quelque chose. Son bras heurta la table,  le verre vacilla. Éléonore tendit la main. Trop tard, le verre tomba et se brisa. Bernadette cria : “Éléonore !” La fillette sursauta.

 Elle regardait le verre cassé,  les morceaux éparpillés. “Je voulais le rattraper”, dit-elle. Elle ignorait si c’était vrai ou non. Elle avait seulement la certitude d’avoir tendu la main. Bernadette se baissa brusquement. En ramassant,  elle se coupa le doigt. “Regarde ce que tu fais !” cria-t-elle.

 Du sang coulait, pas beaucoup,  mais assez pour qu’Éonore le voit. La fillette n’osait plus bouger. “Tu es toujours là quand il arrive quelque chose”, continua Bernadette. “Toujours.” Elle se redressa, le doigt entouré d’un torchon. “Tu portes la poisse, Ééonore.” Le mot était dur. Ééonore ne le connaissait pas vraiment, mais elle su que ce n’était pas bien.

  Elle compit surtout que ce mot était pour elle. Elle baissa les yeux. Bernadette retourna à l’évier énervé suuya le sang. Etonore resta là sans savoir où se mettre. Le reste de la journée passa  comme d’habitude. En grandissant, Éléonore apprit surtout une chose : se tenir à distance. À l’adolescence, les mêmes scènes se répétaient.

 Une amie qui s’éloignait sans raison.  Un incident banal qui prenait des proportions démesurées dès qu’elle se trouvait dans la pièce. À l’âge adulte, Éléonore avait cru pendant un moment que tout finirait par s’apaiser, que la vie tôt ou tard ferait enfin la différence entre les simples coïncidences et les  fautes qu’on lui reprochait sans cesse.

 Mais la malchance, elle semblait avoir grandi avec elle. Les relations ne duraient jamais. Au  début, tout était simple. Les conversations coulaient facilement pendant quelques semaines, parfois quelques mois. Et Léonore arrivait presque à croire qu’elle était une personne comme les autres. Puis, sans prévenir,  quelque chose se fissurait.

 Une distance qui s’installait doucement et elle reconnaissait toujours ce moment précis, celui où l’autre commençait déjà à partir.  Un soir, assis face à elle, son petit ami avait soupiré longuement avant de parler.  Éléonore, je je ne sais pas comment te dire ça. Elle n’avait rien répondu parce qu’au fond d’elle, elle savait déjà.

 Il avait évité ses yeux, cherchant ses mots. Tu n’as rien fait de mal. D’accord. C’est juste que je ne sais pas, je n’y arrive plus. Ces mots revenaient toujours, presque les mêmes, comme s’ils se transmettaient d’une personne  à l’autre. Etonore hochait simplement la tête. Elle ne pleurait plus depuis longtemps, pas devant eux.

 Elle attendait qu’ils partent.  Alors, elle restait seule encore une fois avec cette impression tenace que quelque chose en elle finissait toujours par tout abîmer. Le supermarché où elle travaillait ouvrait tôt et fermait tard. Les journées se ressemblaient. Ponctué par le bip des caisses et les soupirs des clients pressés,  elle ne se plaignait jamais.

 Au travail, c’était pareil. Elle faisait ce qu’on lui demandait,  plus parfois, mais les erreurs des autres lui retombaient dessus. Un retard, une caisse qui ne tombait pas juste, un objet manquant. Même absente, elle était mentionnée. Elle rentrait chez elle, épuisée avec cette sensation familière d’avoir encore payé pour quelque chose qu’elle ne comprenait pas.

 É Léonore  cessa de se demander si elle y était pour quelque chose. Elle se demanda plutôt comment comment elle attirait ça, comment elle provoquait ça sans le vouloir, comment sa simple présence semblait compliquer les choses. Quelques semaines plus tard, elle découvrit sa grossesse seule. Elle fut surprise quand elle annonça la nouvelle à son ex-it  ami, il promit de rappeler.

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 Il ne le fit jamais. Quand l’enfant acquis, Éléonore se rendit compte que sa présence n’était pas un problème. Pour la première fois, elle eut l’impression que quelque chose dépendait d’elle sans lui échapper. Elle se disait que peut-être  cette fois les choses seraient différentes. Le travail ne lui laissait pas le choix.

  Éléonore avait repris quelques semaines après l’accouchement. Elle avait besoin de cet emploi même s’il l’épuisait. Chaque matin, elle déposait son fils chez la voisine. Une  femme toujours disponible. Je le garderai jusqu’à ton retour”, disait-elle. “tu peux travailler tranquille.” Éléonore la remerciait chaque fois avec la même gêne.

 Un après-midi, alors qu’elle rangeait des cartons dans la réserve, Mirey s’approcha.  Mire travaillait là depuis longtemps. “J’ai remarqué que l’on t’accuse constamment, souvent sans raison valable”, dit-elle. Éléonore ne trouva rien à répondre. Dire la vérité aurait pris trop de temps. Mire baissa la voix.  Tu sais, parfois ce n’est pas nous le problème.

 Et Léonore, c’est ça ce qu’elle faisait. Les choses tournent toujours mal autour de toi, continua Mire. Elle ne disait  pas ça avec méchanceté, c’était presque dit avec douceur. Oui, je sais, répondit Éléonor. Mire a qui est  des gens qui attirent ça sans le vouloir. Mais ça peut se nettoyer. Comment ça ? S’étonna Éléonor.

 Mire regarda autour d’elle comme pour s’assurer qu’on ne les  écoutait pas. Il y a une femme, elle aide. Éléonore voulut rire. Elle n’y arriva pas. Ce sont des bêtises, dit-elle, plus pour se rassurer que pour contredire. Mire répondit par un geste vague.  Peut-être, mais ça aide certain.

 Elle griffona une adresse sur un morceau de papier et le glissa dans la main d’Éléonor. Réfléchis-y. Le reste de la journée, Éléonore travailla comme dans un brouillard. Le soir, en rentrant, elle trouva son enfant endormi. Elle resta longtemps à le regarder. Elle  pensa à tout ce qu’elle portait déjà, à tout ce qu’elle ne voulait pas lui transmettre.

 Et Léonore se demanda si continuait à faire comme avant n’était pas une autre façon d’abandonner. Elle s’y rendit un jour de semaine après le  travail. La femme qui ouvrit la regarda un instant. “Entrezz”, dit-elle. Et Léonore s’assit face à la femme.  Je ne sais pas trop par où commencer.

 Depuis toujours, j’ai l’impression que les choses tournent mal autour de moi,  au travail, avec les gens. Même quand je fais attention, j’ai l’impression de traîner la malchance avec moi. Quand Éléonore se tue,  la femme ferma les yeux. “Je vois quelque chose dans ton passé”, dit-elle doucement, très loin, “Avant ta naissance.

” À ces mots, le présent sembla se dissoudre.  Des années plus tôt, dans la cour d’une maison, la bassine était posée au milieu de la cour où Bernadette vivait avec son  mari. Elle venait de finir de laver le linge. En la soulevant, elle renversa un peu d’eau qui s’écoula jusqu’au seuil de la porte voisine. “Tu pourrais faire attention ?” cria la voisine  en sortant brusquement.

 “Regarde, tout est trempé maintenant.” Bernadette se retourna agacé. “Ce n’est que de l’eau”, répondit-elle. Ça va sécher. Ce n’est pas la première fois, répliqua la voisine. Toujours la même chose avec toi. Bernadette posa la bassine plus fort qu’il ne fallait.  Tu crois que je fais exprès ? On partage la cour. Non. Les voix montèrent.

 La voisine s’approchaette fit un pas en avant à son tour. Les mots devinrent plus durs,  les gestes plus brusques. Un coup d’épaule, un bras attrapé. Les corps se heurtèrent. La bassine se renversa complètement. L’eau  sale s’étala sur le sol. Une fenêtre s’ouvrit brusquement. Qu’est-ce qui se passe encore ? Lança une voix.

 Des pas raisonnèrent dans la cour. Deux voisins sortirent  presque en même temps. Quelqu’un attrapa Bernadette par le bras, un autre se plaça entre les deux femmes. “Calmez-vous !” cria quelqu’un. “Vous allez vous faire mal !” La voisine se dégagea en jurant. Bernadette recula le visage fermé. “C’est bon”, dit un homme. “Ça suffit !” Bernadette ramassa sa bassine sans un mot et tourna les talons.

 Elle traversa la cour sans se retourner. La voisine resta immobile, entourée de voisins, les mains crispées,  le regard fixé sur le sol encore mouillé. D’autres disputes avaient déjà eu lieu dans cette cour, pour moins que ça. Des semaines  passèrent, on ne reparla plus de la dispute. Les deux femmes se croisaient parfois sans s’arrêter.

 Puis un jour,  un simple signe de tête. Plus tard, un bonjour murmurait. La tension semblait dissiperée.  Bernadette avançait désormais plus lentement. Son ventre s’arrondissait. La voisine observait sans insistance. L’enfant naquis et une naissance efface souvent les rancunes, du moins en apparence. Quelques jours plus tard, la voisine frappa à la porte de Bernadette.

 Je venais saluer dit-elle. Voir le bébé. Bernadette hésita puis s’effaça pour la laisser entrer. Le bébé dormait. Elle est belle notre Éléonore”, dit la voisine en s’approchant. Bernadette acquessa  fière. La voisine prit l’enfant avec précaution. Elle la berça quelques secondes. Ses doigts glissèrent doucement sur la tête du bébé comme pour remettre une mèche en place.

 Bernadette regardait sans méfiance. Le geste fut  rapide. La voisine préleva un cheveux. Elle le referma dans sa main sans que Bernadette ne s’en rende compte.  Puis elle rendit l’enfant. “Elle te ressemble”, dit-elle. Bernadette sourit faiblement. Merci d’être  passé. La voisine hocha la tête.

 Elle se dirigea vers la porte, s’arrêta un instant, puis sortit. Et la vie reprit son cours exactement comme  avant. La femme ouvrit les yeux. “Ce cheveux n’a pas été pris au hasard”, dit-elle. “Il a servi à t’attacher la malchance. Elle l’a utilisé pour prononcer quelque chose sur toi, pour que ta vie soit lourde, pour que les choses se retournent contre toi sans raison visible.

”  Elle t’a lancé un mauvais sort. Et Léonore baissa les yeux. Elle pensa à sa mère à toutes ces années. Bernadette était morte depuis quelques années déjà. “Quelle est la solution maintenant ?”  demanda-t-elle. “Ce qui a été posé ne disparaît pas tout seul”, murmura la femme. “On peut toutefois l’alléger. Je ne veux pas que ça continue”, répondit Éléonor.

 “Cela ne se poursuivra pas de la même façon”, assura la femme. Puis elle lui demanda de revenir le lendemain. La maison était ouverte lorsqu’elle  arriva. La femme l’attendait déjà. Mets-toi là, dit la femme, je vais te faire un lavage. Éléonore obéit. Elle resta  debout, les bras le long du corps. La femme regarda Éléonore un instant de plus que nécessaire.

  “Je vois quelqu’un de très proche de toi”, dit-elle. “Oui, mon fils sûrement”, répondit Éléonore sans méfiance. La femme prit alors le bol d’eau posé au centre de  la table. Elle y plongea le tissu rouge puis le pressa légèrement. Elle ordonna à Éléonore de se défaire de ses vêtements, ce qu’elle fit sans protester.

  Puis elle passa le tissu sur ses épaules, glissa le long de son cou et sur son front. À mesure  que la femme frottait, l’eau qui retombait dans le bol changeait de couleur. Un rouge sombre apparut se diffusant. “Ce  n’est pas ton sang”, dit la femme sans s’arrêter. “C’est ce qui t’a suivi pendant trop longtemps.

” Elle continua le lavage.  Quand elle s’arrêta enfin, la femme reposa le tissu dans le bol devenu rougeâtre. Voilà. dit-elle.  Elle se dirigea alors vers une étagère et prit une petite bouteille identique à celle qui  l’entourait. Tu devras garder ceci sur toi toujours. Et Léonore prit la bouteille.

 Quand tu sortiras, continua la femme. Quand tu voyageras, même pour peu de temps,  tu dois toujours l’avoir sur toi. La femme se détourna signalant que c’était terminé. Ééonore quitta la maison avec la bouteille au fond de son sac. Ce soir-là, elle se dit que quelque chose avait peut-être été réglé. Les premiers jours passèrent sans  incident.

 Au travail, rien n’avait changé. Les mêmes clients, les mêmes regards, les mêmes remarques. Mais Éléonore remarqua autre chose. Elle se sentait moins tendue. La bouteille restait dans son sac.  Elle ignorait ce qu’elle contenait. Elle ne voulait pas le savoir. Un matin, en revanche, quelque chose lui parut étrange.

 Elle était assise sur le lit, son enfant encore endormi. Elle passa la main sur sa tête.  Ses doigts s’arrêtèrent. La peau était lisse. Elle recommença le geste.  Là où les cheveux fins auraient dû être, il n’y avait rien. Pas de mèche sur l’oreiller, pas de cheveux dans la couverture. Elle examina la tête de son enfant.

 Les cheveux avaient disparus, tous. Son cœur  se mit à battre. Elle regarda autour d’elle. La porte était fermée, la fenêtre  aussi. Elle inspecta la pièce, fouilla les draps, le sol, la poubelle,  rien. Le bébé dormait toujours. Ééonore posa sa main sur sa bouche pour étouffer un sanglot.

 “Qui a fait ça  ?” murmura-t-elle. Elle s’assit sur le bord du lit, incapable de comprendre comment quelqu’un aurait pu entrer, faire ça et repartir  sans laisser la moindre trace, si ce n’est personne. Alors, c’est quoi ? Elle pensa à la bouteille, au lavage,  au mot de la femme. Éléonore secoua la tête presque violemment comme pour chasser cette idée avant qu’elle ne prenne trop de place.

 Elle n’en parla à personne.  Le temps passa. Au début, elle ne remarqua rien. Puis peu à peu,  quelque chose changea. De petits détails presque invisibles. Des choses qui autrefois tournaient mal et  qui cette fois se passaient simplement bien. Un client plus doux que les autres, un retard sans conséquence,  une journée qui se terminait sans reproche.

 Pour la première fois depuis longtemps,  la malchance semblait avoir détourné les yeux et Léonor n’osaient pas y croire. Mais au fond d’elle, une pensée fragile commençait à naître.  Et si ça avait vraiment marché, cette journée-là fut interminable. Au retour le soir, Éléonore avait remarqué que son enfant était inhabituellement calme.

 Elle le trouva brûlant quand elle posa la main sur son front. La chaleur la surprit. Elle tenta de se  rassurer. Une fièvre arrive vite chez les nourrissons, mais la chaleur ne baissait pas. Elle semblait même augmenter. L’enfant gémit faiblement.  Ses yeux se fermaient, s’ouvraient à peine et Léonore sentit la panique monter.

 Elle l’emmena rapidement à l’hôpital. Arrivé, tout alla  vite. Une infirmière prit l’enfant en lui posant des questions auxquelles elle répondit. On la fit attendre sur une chaise. Les minutes s’étiraient. Puis une médecin s’approcha. Elle avait ce regard là, celui qu’on n’oublie pas.  Madame, elle se leva aussitôt.

 On a tout fait. Je suis désolée. Non,  murmura-t-elle. Elle secoua la tête. Pour Éléonor, tout venait de  s’arrêter. Les jours passèrent sans qu’Éléonore sache vraiment les compter. Elle se souvenait surtout d’une chose, le lavage. On lui a dit que ça va s’arrêter. C’est ce qu’elle avait cru comprendre.

  C’est ce qu’elle avait voulu entendre. Alors, pourquoi son enfant était-il mort ? Cette question revenait sans cesse, tournant en boucle dans sa tête,  obstinée, implacable. Elle tenta d’en faire le rapprochement. La malchance devait partir. C’était le but. C’était  pour ça qu’elle était allée là-bas.

 Et pourtant, après le rituel, ce n’était pas elle qui avait payé, c’était son enfant.  Cette pensée s’imposa brutalement, sans détour possible. Éléonore se leva d’un coup, attrapa son sac contenant la bouteille et retourna chez la femme  sans prévenir. La porte s’ouvrit presque aussitôt. “Mon enfant est mort”, dit Éléonore sans préambule.

 La femme ne sembla pas surprise. “Tu m’as  menti”, continua Éléonor, la voix tremblante. “Tu m’as dit que ça enlèverait ma malchance. Alors pourquoi mon fils est mort comme ça  d’un seul coup ? Le lavage a fonctionné, dit la femme. Ce qui te suivait a  été déplacé. Éléonore sentit une colère montée en elle.

 Déplacer où ? Cria-t-elle. Sur qui ? La femme baissa les yeux. Pour que ce genre de choses cesse, il faut toujours quelque chose en échange dit-elle à voix basse.  Du sang, une vie proche. Les mots frappèrent Éléonore de plein fouet. “Tu savais ?” murmura-t-elle.  Tu savais et tu ne m’as rien dit. Tu m’as demandé si ça s’arrêterait.

 Je t’ai répondu.  Tu ne m’as jamais demandé qui pit, répondit la femme sans la regarder. Et Léonore fit un pas en avant. Tu as tué mon enfant. Et après lui, qui me demandera-t-on encore de sacrifier ? Reprends ta  bouteille, reprends-la. Je n’en veux plus. À ce moment-là, la porte derrière elle s’ouvrit brusquement.

 Deux hommes entrèrent,  des visages fermés. Les enfants de la femme, il faut que tu t’en ailles dit l’un  d’eux. Maintenant, tu continues à parler, on te sort d’ici par la force,  ajouta l’autre. On te jettera dehors comme un sac et personne ne posera questions. Éléonore recula sous le choc. La femme leva une main, les arrêtant.

 Je ne peux rien faire de plus pour toi dit-elle. Si j’essaie d’annuler ce qui a été fait, ça retombera sur ma famille. Je ne prendrai pas ce risque. Elle regarda la bouteille que tenait encore Éléonor. Ce que tu peux faire, c’est débarrasser, la jeter  ou la brûler. Et après, demanda Ééonore. Après, ce sera à toi de vivre avec ce qui reste.

  Les hommes ouvrirent la porte. Le message était clair. Éléonor sortit malgré elle. Elle rentra chez elle à la tombée de la nuit, déposa la bouteille sur la table et la fixa longuement dans l’attente d’un dernier signe. Finalement, elle  sortit. Dans la cour derrière la maison, elle prit un vieux saut en métal.

 Elle y glissa  quelques papiers, craqua une allumette, observa la flamme prendre. Le feu était faible. Elle jeta la bouteille dedans.  Elle résista un instant puis céda. Une odeur acre monta aussitôt. Elle attendit que tout se consume jusqu’à ce qu’il ne reste plus que des cendres noircies. Quand le feu s’éteignit, elle se persuada que quelque chose devait se produire.

  Un soulagement, n’importe quoi. Il n’y eû rien. Les jours suivants, pourtant, les choses empirèrent. Au travail,  on lui annonça qu’elle n’était plus nécessaire. Elle perdit son emploi sans comprendre comment. Quelques jours plus tard, son propriétaire lui demanda de libérer la chambre sans raison apparente.

 Même les gens qui lui parlaient encore commencèrent à s’éloigner. On l’évitait comme si quelque chose d’invisible l’entourait.  Éléonore su alors. La malchance ne l’avait pas quitté. Là où autrefois les choses se compliquaient lentement, désormais  tout s’effondrait d’un coup. Le poids qu’elle portait semblait s’être alourdi.

  Le feu, loin de détruire, avait libéré quelque chose. Une nuit, allongé sur son lit, elle entendit un bruit, un sanglot.  Elle se redressait. Le bruit recommença. Les pleurs d’un enfant. Éléonore plaqua ses mains contre ses oreilles,  les larmes coulant sur son visage. Avec le temps, Éléonore ne chercha plus à comprendre.

 Elle avait voulu corriger quelque chose qui faisait partie d’elle depuis trop longtemps et en voulant l’arracher, elle avait attiré pire encore. Chaque malheur qui suivait lui paraissait être la conséquence directe de son choix. Elle se reprochait d’avoir cru. Elle se reprochait surtout d’avoir agi.

 La culpabilité ne la quittait plus.  Ce qu’elle avait cherché à fuir s’était retourné contre elle. Et désormais, elle vivrait avec cette certitude qu’en voulant se libérer de sa poisse, elle avait laissé entrer quelque chose de bien plus lourd à porter. Rien ne justifie qu’un innocent paix  pour une histoire qu’il n’a pas vécu.

 Quand la colère vise un enfant pour réparer une blessure d’adulte, ce n’est plus une vengeance, c’est  une lâcheté. Lorsqu’une chose dure trop longtemps, on est prêt à croire n’importe quoi pour que ça s’arrête. Mais certaines solutions ne font que  déplacer le mal au lieu de l’effacer. Ce qu’on croit avoir éliminé peut revenir autrement et parfois ce qui reste est plus difficile à porter que ce qui faisait mal au départ.