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Ronaldinho à l’aube de ses 47 ans : Entre faste, prison et ruine, la trajectoire brisée du magicien éternel du football

Ronaldinho à l’aube de ses 47 ans : Entre faste, prison et ruine, la trajectoire brisée du magicien éternel du football

L’histoire du football n’a que rarement connu un joueur aussi électrisant et unanimement aimé que Ronaldo de Assis Moreira, mondialement connu sous le nom de Ronaldinho. Au milieu des années 2000, le prodige brésilien n’était pas seulement le meilleur footballeur de la planète, il incarnait la joie pure du jeu. Seul joueur de l’histoire à avoir remporté la Coupe du Monde, la Copa América, la Coupe des Confédérations, la Ligue des Champions, la Copa Libertadores et le Ballon d’Or, il semblait invincible. Pourtant, derrière les dribbles aveugles et le sourire emblématique aux dents écartées, se cachait le prélude d’une des chutes les plus stupéfiantes et dramatiques de l’histoire du sport. À l’aube de ses 47 ans, alors que le monde redécouvre son parcours à travers une série documentaire événement sur Netflix, la question de la tristesse et de la solitude de sa vie actuelle se pose avec une acuité bouleversante.

Pour comprendre la trajectoire de Ronaldinho, il faut revenir à ses racines à Porto Alegre, mais surtout au drame fondateur de son existence. À l’âge de seulement huit ans, le jeune Ronaldo perd son père, terrassé par une crise cardiaque fatale dans la piscine de la nouvelle maison familiale. C’est son frère aîné, Roberto, qui abandonne ses propres rêves de football pour devenir son manager, son protecteur et son bouclier contre le monde extérieur. Cette protection absolue, bien que bienveillante, a forgé un homme-enfant qui n’a jamais vraiment eu à grandir ni à faire face aux conséquences de ses actes. Propulsé sur le devant de la scène dès ses 13 ans après avoir marqué les 23 buts d’une victoire 23-0, Ronaldinho s’envole pour l’Europe, rejoignant le Paris Saint-Germain en 2001 avant de connaître l’apogée de sa gloire au FC Barcelone entre 2003 et 2008.

C’est en Catalogne que la légende devient immortelle. En novembre 2005, lors d’un Clasico dantesque au Santiago Bernabéu, sa prestation est si magistrale que les supporters du Real Madrid se lèvent pour lui offrir une ovation debout historique. À cette époque, le Brésilien est une mine d’or, générant 26 millions de dollars en 2006, notamment grâce à des contrats publicitaires pharaoniques. C’est également lui qui prend sous son aile un adolescent timide nommé Lionel Messi, lui transmettant la confiance nécessaire pour lui succéder. Mais en coulisse, les fissures sont déjà profondes. Le goût excessif de Ronaldinho pour la vie nocturne et les fêtes brise sa discipline. Son ancien coéquipier parisien Jérôme Leroy révélera plus tard que le joueur ne s’entraînait aucun jour de la semaine, se présentant le vendredi pour jouer le samedi. À Barcelone, la situation empire : il joue des bongos jusqu’à deux heures du matin et négocie même une clause contractuelle lui permettant de faire la fête deux nuits par semaine. En 2008, las de ces écarts, l’entraîneur Pep Guardiola décide de l’écarter définitivement. À seulement 28 ans, le déclin sportif est amorcé.

Parallèlement, l’empire commercial de la star s’effondre à cause de décisions aberrantes. Lors d’une conférence de presse officielle, Ronaldinho, alors égérie de Coca-Cola pour un contrat de 700 000 dollars par an, commet l’erreur monumentale d’ouvrir et de boire une canette de Pepsi devant les caméras. La sanction est immédiate et le contrat est rompu. Ce manque de rigueur débouche, en 2018, sur une faillite financière totale. Après avoir accumulé des dettes impayées de 1,75 million de livres sterling, les autorités découvrent qu’il ne reste plus que 5 livres sterling sur son compte en banque. Le fisc brésilien saisit 57 de ses propriétés et lui retire ses passeports brésilien et espagnol après qu’il a construit illégalement un ponton de pêche sans permis à Porto Alegre et refusé de payer l’amende de 1,7 million de dollars.

Coincé dans son pays et privé de documents officiels, Ronaldinho bascule dans le chaos absolu en mars 2020. Invité au Paraguay pour un événement caritatif, son équipe lui procure un faux passeport paraguayen falsifié. L’absurdité de la situation est totale : en tant que citoyen brésilien, Ronaldinho n’avait contractuellement pas besoin de passeport pour entrer au Paraguay, sa simple carte d’identité nationale suffisait. Arrêté à Asunción avec son frère, il passe 32 jours dans la prison de haute sécurité de Takumbu. Même derrière les barreaux, sa nature reprend le dessus : il devient la coqueluche des détenus, signe des autographes et participe à un tournoi de futsal en prison, remportant la finale 11-2. Libéré contre une caution de 1,6 million de dollars et après plusieurs mois de résidence surveillée, il rentre au Brésil en août 2020 lesté d’une amende de 90 000 dollars. En avril 2026, la femme d’affaires Dalia Lopez, accusée d’avoir fourni ces faux documents et en fuite depuis six ans, a enfin été traduite en justice à Asunción.

Ronaldinho to play a soccer tournament in prison on Paraguay. But with one  condition: he can't score goals : r/soccer

Les démêlés judiciaires ne s’arrêtent pas là. Peu après l’épisode paraguayen, Ronaldinho se retrouve impliqué dans un scandale de pyramide de Ponzi liée aux cryptomonnaies, baptisée “18K Ronaldinho”, qui promettait des rendements quotidiens de 2% et a causé 61 millions de dollars de dommages et intérêts. Convoqué devant le Congrès brésilien, il manque deux audiences en prétextant de mauvaises conditions météorologiques avant d’être menacé d’arrestation forcée. Lors de sa déposition, il choisit de garder le silence, affirmant être lui-même une victime dont l’image a été usurpée.

Malgré ce chaos permanent, l’année 2026 marque une énième et spectaculaire renaissance financière pour l’icône, désormais âgée de 46 ans. Fort de plus de 100 millions d’abonnés sur ses réseaux sociaux, il facture ses publications à prix d’or, participe à des matchs de légendes à guichets fermés, lance sa propre marque de jeans et un collectif musical nommé “Tropa do Bruxo”. Sa fortune est aujourd’hui estimée à 63 millions d’euros. Sur le plan personnel, il est également devenu grand-père, son fils Joao Mendes ayant accueilli un enfant.

La sortie récente de la série documentaire de Netflix, “Ronaldinho: The One and Only”, montre un homme qui rit d’abord des questions difficiles avant de laisser poindre une profonde vulnérabilité et de la colère face aux mensonges de sa fin de carrière. Sa vie est-elle triste ? Pour les observateurs, son hédonisme destructeur découle directement du traumatisme lié à la mort de son père, adoptant la philosophie inconsciente que la vie est courte et qu’il faut en profiter chaque seconde. Quoi qu’il ait fait, le public refuse de cesser d’aimer Ronaldinho, car il reste le symbole éternel d’un football fait de pure joie et de magie.