Posted in

Scandale du tabac en Algérie : Les révélations explosives sur les secrets et les complicités de la mafia des cigarettes

Scandale du tabac en Algérie : Les révélations explosives sur les secrets et les complicités de la mafia des cigarettes

L’ombre d’un empire occulte au cœur de l’économie algérienne

Le marché du tabac en Algérie n’est pas seulement une affaire de commerce, c’est le terrain de jeu d’une organisation criminelle d’une envergure insoupçonnée. Depuis plusieurs jours, les langues se délient autour des pratiques opaques, des secrets bien gardés et des mystères encombrants qui entourent ce que l’on doit désormais appeler la “mafia des cigarettes”. Ce réseau hautement structuré, dangereux et tentaculaire brasse quotidiennement des dizaines de milliards de centimes en argent liquide, soit l’équivalent de plusieurs millions d’euros par jour. Plus inquiétant encore, cette organisation a su tisser des connexions criminelles jusqu’au plus haut sommet de l’État, bénéficiant de protections au sein des sphères politiques, militaires et des services de sécurité.

Pendant longtemps, cette affaire est passée totalement inaperçue aux yeux du grand public. Étouffée par des intérêts puissants, elle refait aujourd’hui surface grâce à un document judiciaire capital : un jugement de 34 pages rendu par la Cour de justice de Boumerdès le 2 novembre 2022 (dossier numéro 06702-22). Ce verdict, prononcé à la suite d’une enquête pour contrebande, falsification de documents et association de malfaiteurs, offre un cas d’école. Pour la première fois, la justice algérienne est parvenue à décortiquer le fonctionnement machiavélique d’un réseau qui avait réussi à instaurer un monopole de fait sur le marché national du tabac.

Le coup de filet de Boumerdès et la caverne d’Alibaba

Tout a commencé par une opération coup de poing menée avec précision par la brigade économique et financière de la police nationale. Les enquêteurs ont ciblé des hangars clandestins situés à Bordj El Kiffan, à l’est d’Alger, et à Khémis El Khechna, dans la wilaya de Boumerdès. Ce qui s’apparentait au départ à une simple affaire de commerce informel s’est révélé être un pôle logistique monumental.

Lors des perquisitions, les forces de l’ordre ont découvert de véritables cavernes d’Alibaba : des dizaines de milliers de cartouches de cigarettes de marques prestigieuses nationales et étrangères, telles que Marlboro, L&M, Rym ou Gauloise, ainsi que des tonnes de tabac à chiquer (la fameuse chemma de la marque Makla). La valeur totale des saisies, incluant une importante flotte de camions de transport, donne le tournis : plus de 700 milliards de centimes. Une somme tellement astronomique qu’elle nécessite une conversion scientifique pour en réaliser l’ampleur, représentant plus de 25 millions d’euros de marchandises stockées illégalement à la lisière des deux wilayas.

Le modus operandi : Hommes de paille et sociétés écrans

Au centre de cette gigantesque machination logistique se trouve un cerveau présumé, un dénommé Bayo Iliès. Le modèle opératoire mis en place par ce réseau se caractérise par une simplicité déconcertante et une ruse particulièrement cynique. Pour acquérir légalement des quotas massifs de cigarettes auprès des producteurs, la mafia louait les registres de commerce de personnes vulnérables. Des veuves, des personnes handicapées, des personnes âgées et même des individus atteints de trisomie étaient utilisés comme prête-noms ou hommes de paille pour créer des sociétés écrans.

Une fois les cargaisons de tabac sorties des usines, elles disparaissaient instantanément des radars des autorités de contrôle pour être acheminées vers les hangars clandestins de Bordj El Kiffan. Grâce à ce stratagème, si une enquête administrative était diligentée, les services de contrôle remontaient uniquement vers ces citoyens démunis, laissant les véritables parrains du trafic totalement à l’abri des poursuites.

Les structures commerciales de façade identifiées par la justice :

  • La Sarl Bim Taba : Gérée par Meftah Mohammed Amine, cette entité servait principalement à éditer des factures fictives de plusieurs milliards de dinars pour légitimer l’origine des fonds et blanchir l’argent sale. Des sceaux de cette société ont été saisis directement dans les bureaux des comptables du réseau.

  • La Sarl Global King et l’Eurl Imed : Deux structures utilisées par Bayo Iliès et Bandora Samir pour fragmenter les achats massifs afin de ne pas éveiller les soupçons des commissions de contrôle.

  • L’Eurl Nahar Taba : Liée à un certain Melzogi Amor, cette société servait de point de chute logistique pour stocker les produits détournés avant leur mise en vente.

Complicités internes : Le rôle central des cadres de Last Time

Nacer EL DJEN vs. Mafia des Cigarettes : La Chute du Patron de la DGSI !!  #algerie #tebboune #tabac

Pour qu’un tel trafic puisse fonctionner à une telle échelle, des complicités internes étaient indispensables. C’est ici qu’intervient la société Last Time, une entreprise née d’un partenariat algéro-émirati (détenue majoritairement par les actionnaires émiratis et le groupe public Madar), qui détient près de 70 % des parts du marché national et produit les grandes marques américaines. Normalement, la distribution du tabac est une activité strictement réglementée, soumise à des cahiers des charges rigoureux et réservée à des distributeurs agréés qui paient leurs impôts et possèdent des dépôts transparents.

L’enquête judiciaire a révélé que deux cadres supérieurs de Last Time, Hamitouche Sofiane et Meftah Mahdi, ont activement mis leur influence au service de la mafia. Meftah Mahdi, en sa qualité de gestionnaire du centre de distribution du Centre-pays basé à Boufarik, accordait un traitement de faveur quotidien au réseau de Bayo Iliès et de Meftah Abderraouf. Pendant que les nouveaux clients honnêtes subissaient des contrôles draconiens et discriminatoires, les camions du réseau mafieux retiraient chaque jour des volumes phénoménaux de marchandises sans aucune contrainte.

De son côté, Hamitouche Sofiane a reconnu avoir facilité le transport de ces cargaisons pour des membres du réseau tels que Boukhari Kamel ou Gedour Mohammed, tout en sachant pertinemment que les registres de commerce utilisés étaient loués à des tiers n’ayant aucun lien avec le secteur du tabac. En échange de ces privilèges indus, les bénéfices colossaux générés par la revente spéculative étaient équitablement partagés entre les cadres corrompus et les membres du réseau criminel.

Spéculation, contrefaçon et le rôle de l’UTC

L’impact de ce trafic sur le quotidien des citoyens et sur l’économie nationale a été dévastateur. En accaparant la majorité de la production au détriment des distributeurs agréés, le réseau de Meftah Abderraouf a provoqué des pénuries artificielles généralisées sur le marché national. Cette raréfaction volontaire de la marchandise avait un but précis : faire exploser les prix sur le marché noir pour maximiser les profits de la spéculation.

Une fraude aux multiples visages : L’organisation ne se contentait pas de spéculer sur les produits légaux. Lors des perquisitions, les enquêteurs ont mis la main sur des milliers de fausses étiquettes de marques célèbres, prouvant que le réseau gérait également des ateliers clandestins de contrefaçon de tabac à chiquer pour tromper le consommateur algérien.

L’enquête mentionne également une autre entité majeure : la United Tobacco Company (UTC). Créée en 2016, cette société algéro-émiratie, considérée comme la petite sœur de Last Time, gère et supervise la fabrication des marques nationales historiques (Rym, Nassim, Hoggar). Des accusés comme Bayo Iliès utilisaient leurs contacts au sein de l’UTC pour obtenir d’importants stocks de cigarettes sous couvert de légitimité commerciale, avant de réinjecter immédiatement ces volumes dans les circuits informels.

Dans ce paysage de désolation économique, d’autres acteurs ont tenté de faire valoir leurs droits. La multinationale British American Tobacco (BAT), associée à un opérateur privé basé à Tlemcen, s’est constituée partie civile lors du procès. Estimant avoir été victime des agissements du réseau, la BAT a réclamé la restitution des marchandises saisies ou leur contrevaleur estimée à 3,6 milliards de dinars. Cependant, la Cour de Boumerdès a rejeté cette demande, estimant que la multinationale n’avait pas apporté la preuve irréfutable de sa propriété exclusive sur les lots découverts.

Logistique et rouages financiers d’une fraude de masse

La réussite d’un tel empire occulte reposait sur une organisation logistique sans faille où chacun jouait son rôle avec une précision chirurgicale. Au niveau comptable, un homme clé, le nommé Benifed, d’abord entendu comme simple témoin, est apparu comme le grand coordinateur administratif de la fraude. C’est dans son bureau que les enquêteurs ont retrouvé une multitude de sceaux de différentes entreprises écrans et les registres de commerce originaux des prête-noms. Benifed centralisait la fabrication de tous les documents commerciaux et des fausses factures nécessaires pour masquer l’ampleur de l’évasion fiscale.

Sur le terrain, la mafia s’appuyait sur des transporteurs privés. Des propriétaires de gros camions de type Shacman et Hyundai acceptaient de déplacer les marchandises de nuit, en toute discrétion, entre les centres de production et les hangars clandestins. De même, des particuliers acceptaient de louer leurs propriétés ou des hangars situés dans des zones résidentielles ou agricoles isolées, souvent sans aucun contrat légal, offrant au réseau une discrétion absolue face aux contrôles de la direction du commerce et des services de sécurité.

Un verdict clément et le mystère de la vente aux enchères

Au terme du procès à la Cour de Boumerdès, les condamnations sont tombées. Meftah Abderraouf, considéré comme le chef de file de l’organisation, a écopé de 7 ans de prison ferme. Ses principaux lieutenants, Meftah Lounès et Bayo Iliès, ont été condamnés respectivement à 4 ans et 3 ans de prison ferme. Quant aux deux cadres corrompus de Last Time, Hamitouche Sofiane et Meftah Mahdi, ils ont été condamnés à 18 mois de prison ferme et à une amende de 30 000 dinars chacun pour abus de fonction en violation de la loi relative à la prévention et à la lutte contre la corruption. La cour a également ordonné la confiscation totale des marchandises et des véhicules saisis.

Cependant, ce verdict soulève de profondes interrogations et une immense indignation. Comment un trafic de cette ampleur, qui engendre des pertes de plusieurs milliards pour le Trésor public et déstabilise l’économie nationale, peut-il être sanctionné si légèrement ? À titre de comparaison, en Algérie, de simples commerçants accusés de spéculation illicite sur des produits de large consommation comme la pomme de terre, la tomate ou la banane se voient infliger des peines allant de 15 à 20 ans de prison ferme.

Cette clémence excessive de la justice s’explique par des négociations intenses menées en coulisses. Les protecteurs politiques et les parrains de l’ombre de ce réseau ont visiblement marchandé avec certains magistrats pour obtenir des peines dérisoires. Pour des criminels qui brassent des fortunes colossales, passer 3 ou 4 ans en prison avant de bénéficier d’une grâce présidentielle ou d’une remise de peine s’apparente davantage à un congé de longue durée qu’à une véritable punition, d’autant que leurs coffres-forts restent pleins à leur sortie.

Le scandale absolu réside dans le destin réservé aux marchandises saisies. Estimé à sa juste valeur à plus de 700 milliards de centimes, ce stock titanesque de cigarettes a été mis aux enchères par l’État. Mais, par le biais d’une incroyable combine, des grossistes véreux et d’autres membres de la mafia restés en liberté ont réussi à racheter légalement l’intégralité du lot pour seulement 360 milliards de centimes. Ces complices ont ensuite réinjecté le tabac sur le marché formel pour le revendre au prix fort, empochant au passage un bénéfice net de plus de 340 milliards de centimes. Ce stratagème représente l’une des plus formidables opérations de blanchiment d’argent de l’histoire du pays : l’argent de la fraude a servi à racheter légalement le produit de la fraude pour doubler la mise de départ.

Les gros bonnets épargnés : L’enquête se poursuit

Au final, ce procès de Boumerdès apparaît comme une opération de façade où les véritables donneurs d’ordres ont été soigneusement épargnés. Des personnalités influentes, à l’instar de Zohir Khorfi, qui occupait le poste de Directeur général de Last Time à l’époque des faits, sont restées totalement introuvables dans le dossier judiciaire, protégées par des réseaux d’influence invisibles mais surpuissants. Le système a préféré sacrifier deux lampistes pour préserver la tête pensante de la structure.

Cette affaire met en lumière la fragilité des institutions judiciaires et des services de sécurité face à la tentation de la corruption lorsque les enjeux financiers se chiffrent en millions de dollars. Le marché noir des cigarettes en Algérie pèse entre 1 et 1,2 milliard de dollars par an, un gâteau astronomique qui aiguise toutes les cupidités. Les investigations se poursuivent activement, et la liste complète des hauts responsables impliqués dans l’ombre fera l’objet de prochaines révélations qui s’annoncent d’ores et déjà fracassantes.