Le carnet maudit : Elle pensait avoir déjoué la mort, mais elle ne faisait que creuser sa propre tombe

Tu veux simuler ta mort ? Oui, c’est ma seule chance de survivre. Le carnet qui annonçait exactement le jour de sa mort. Il y a des héritages qu’on reçoit sans les demander. Des choses que les morts laissent derrière eux. Pas de l’argent, pas des maisons, pas des bijoux, des secrets, des vérités enfouies dans des objets qu’on pas tout de suite parce qu’on n’est pas prêt ou parce qu’on a peur ou parce qu’on croit qu’on a le temps.
Mais le temps justement est ce dont il s’agit ici. le temps qu’on a, le temps qu’il reste et ce qui se passe quand quelqu’un a passé sa vie entière à voir ce que les autres ne voient pas et à le noter page après page dans un carnet à couverture noire qu’il gardait sous son matelas comme s’il savait qu’un jour quelqu’un le trouverait.
Léa avait 28 ans quand elle trouva ce carnet. Elle avait 3 semaines à vivre. Elle ne le savait pas encore. Je suis Fiona et vous suivez mes incroyables histoires africaines. Petit message avant de continuer. J’ai rassemblé toutes mes meilleures histoires dans mon premier livre. Plus de 2000 pages. Trahison, karma, surnaturel africain et des histoires que tu n’as jamais vu sur la chaîne.
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Léa s’était tenu au bord de la fosse, les mains jointes, le regard fixe sur le cercueil qui descendait. Elle n’avait pas pleuré pendant la cérémonie. Les larmes viendraient plus tard, seul la nuit dans la chambre de son père qu’elle avait accepté de vider. C’est en vidant cette chambre qu’elle trouva le carnet sous le matelas, exactement comme les gens cachent les choses qu’ils ne veulent pas qu’on trouve mais qu’ils ne peuvent pas non plus se résoudre à détruire.
une couverture noire, les coins usés, l’élastique de fermeture craquelé par les années. Elle le retourna dans ses mains. Aucun titre sur la couverture, aucun nom. Elle l’ouvrit. La première page portait une date, 22 ans plus tôt et quelques lignes à l’écriture serrée de son père. Une description, une femme, un accident de voiture.
L’heure exacte. 3 jours plus tard dans la marge, ajouté après coup à l’encre d’une autre couleur. Réalisé, elle tourna les pages, des dizaines d’entrées, des années de prédiction, toutes avec ce mot dans la marge réalisé. Elle arriva à la dernière page écrite, une seule entrée datée de 2 mois avant la mort de son père.
L’écriture était différente, plus tremblante comme quelqu’un qui écrit dans la douleur ou dans la peur. Elle lut, elle relu son prénom, la date. Dans 3 semaines, elle referma le carnet. Dehors, la chaleur de l’enterrement continuait. Quelqu’un appelait son nom depuis le salon.
Léa resta assise sur le bord du matelas vide, le carnet dans les mains et comprit que les trois semaines avaient déjà commencé. Théodore Dalot avait été professeur de mathématiques pendant 32 ans. Un homme précis, méthodique, qui ne croyait en rien de ce qu’il ne pouvait pas démontrer. C’est ce que tout le monde disait de lui.
C’est ce que Léa avait cru pendant 28 ans. Le carnet disait autre chose. Elle le lut en entier cette nuit-là. Assise à la table de la cuisine de la maison familiale, une tasse de thé qui refroidissait à côté d’elle. Elle lut lentement en remontant dans le temps au fil des pages. 22 ans de prédiction.
Des gens qu’elle connaissait, des gens qu’elle ne connaissait pas, des événements petits, une chute dans un escalier, un incendie dans un immeuble voisin, des événements grands, la mort de personnes précises, des dates exactes, des circonstances décrites avec une précision qui n’avait rien à voir avec la chance ou la coïncidence.
Son père avait vu tout ça, il l’avait noté. et il n’en avait jamais parlé à personne. À mi-chemin dans le carnet, elle trouva une entrée qui la concernait. Elle avait 19 ans à l’époque. L’entrée décrivait un accident. Elle allait traverser une rue sans regarder. Une moto allait surgir à grande vitesse depuis la droite.
Son père avait noté la date, l’heure exacte, la rue. Et dans la marge, en rouge cette fois, empêché, je l’ai appelé ce matin-là pour la retarder. Léa posa le carnet sur la table. Elle resta immobile. Elle se souvint de ce matin-là avec une précision soudaine. Son père qui appelait sans raison apparente, qui bavardait de tout et de rien, qui lui avait posé des questions sur ses cours, sur ses amis, sur ce qu’elle allait manger à midi.
Elle était pressée. Elle lui avait dit “Je dois y aller, papa.” Il avait continué de parler. 20 minutes en tout. Elle était arrivée à ce carrefour 20 minutes plus tard qu’elle aurait dû. La moto était passée. Elle ne l’avait même pas remarqué. Elle était déjà de l’autre côté. Il avait su. Il avait agi sans rien dire.
Pendant vingt minutes, il avait bavardé de rien en sachant exactement ce qu’il faisait. Sauver sa fille d’une mort qu’il avait lu dans ce carnet et qu’il ne lui avait jamais mentionné. Elle continua à lire. D’autres entrées avec ce mot dans la marge empêché. Un coup de téléphone à une heure précise, une visite imprévue qui avait retenu quelqu’un chez lui.
Un oubli délibérément organisé qui avait fait rater un bus. Son père avait passé sa vie à dévier des destins par des gestes si ordinaires que personne n’avait jamais fait le lien. Et puis la dernière entrée de sa propre main, sa mort à lui 4 mois avant qu’elle arrive avec dans la marge ses mots à l’encre tremblante.
Celle-là, je ne peux pas l’empêcher. Les miennes, je ne peux jamais les empêcher. Seulement les voir. Et en dessous, séparé par un espace blanc, comme s’il avait hésité avant d’écrire son nom à elle, la date et une description qui lui donna froid jusqu’aux eaux. Elle relut la dernière entrée dix fois au moins. L’écriture de son père y était différente, tremblante mais précise, comme s’il avait lutté contre quelque chose en l’écrivant, mais avait tenu jusqu’au bout parce que ne pas l’écrire aurait été pire. Léa, 21 jours
après ma mort, la nuit, pas de violence, quelque chose qui ressemble à un sommeil. On la trouvera le matin, elle sera froide. Les médecins ne comprendront pas pourquoi. Il n’y a pas de maladie. C’est simplement que son heure sera là. Pas de maladie, pas d’accident, pas d’agresseur. Juste l’heure. Léa reposa le carnet.
Elle resta longtemps sans bouger. La cuisine était silencieuse, la nuit dehors parfaitement noire et elle essaya de penser comme son père aurait pensé. Méthodiquement, mathématiquement. Le carnet avait raison sur tout ce qu’il avait prédit. 100 % de réussite sur 22 ans d’entrée. Son père lui-même avait noté que ses propres prédictions le concernant étaient immuable.
Il pouvait voir sa mort mais pas l’empêcher. Mais pour les autres, il était parfois intervenu. Il avait réussi à dévier le destin de plusieurs personnes, dont elle à 19 ans. Alors peut-être que ça pouvait se faire. Peut-être que son père n’avait pas eu le temps d’intervenir cette fois parce qu’il était mort.
Peut-être que si elle savait à l’avance, si elle faisait exactement ce qu’il fallait, elle pouvait faire ce qu’il avait fait pour elle il y a 9 ans. Elle sortit un stylo. Sur le dos de la dernière page, elle écrivit une liste, tout ce qu’elle savait sur sa mort prévue. La nuit, quelque chose comme un sommeil trouvé le matin froide.
Elle regarda sa liste. Puis elle commença à réfléchir. Trois semaines. Elle avait trois semaines pour empêcher quelque chose que son père avait dit immuable. La première décision fut simple. Ne pas dormir seule. Si elle mourait la nuit dans quelque chose qui ressemblait à un sommeil et qu’on la trouvait le matin froide, alors la solution était de ne jamais être seule la nuit.
Quelqu’un à côté d’elle verrait si quelque chose se passait. Pourrait appeler les secours, empêcherait le pire. Elle appela sa meilleure amie Mona. Elle ne lui dit pas tout. Elle dit qu’elle traversait une période difficile depuis la mort de son père, qu’elle avait peur de rester seule. Mona vint s’ans poser de questions.
Elle dormit dans la chambre d’amis de l’appartement de Léa. La première nuit, Léa ne dormit pas du tout. Elle resta allonger les yeux ouverts, à écouter la respiration de Mona à travers la cloison, à guetter le moindre changement dans sa propre façon d’exister, à se demander si ce quelque chose comme un sommeil pouvait arriver même à quelqu’un qui résistait au sommeil.
Elle compta les secondes parfois. Elle fit des calculs 19 jours, 18. Elle se demanda si son père avait fait la même chose quand il avait vu sa propre mort venir et qu’il avait su qu’il ne pouvait pas l’empêcher. Vers 4h du matin, elle se leva, s’assit à la table de la cuisine, rouvrit le carnet.
Elle le relut encore une fois, chercha des détails qu’elle avait peut-être manqué et c’est là qu’elle remarqua quelque chose qu’elle n’avait pas vu la première nuit. Trop sonné, trop submergée pour lire correctement. Son père n’avait pas écrit dans son appartement. Il n’avait pas écrit dans son lit.
Il avait écrit “On la trouvera le matin, elle sera froide.” On pas Mona, pas quelqu’un de précis. Ça voulait dire que quelqu’un la trouverait. Et si quelqu’un la trouvait, c’est qu’elle serait accessible dans un endroit où on pouvait la trouver. Et si elle n’était pas dans un endroit où on pouvait la trouver ? Elle passa les jours suivants à construire cette idée : disparaître, aller quelque part où personne ne savait où elle était.
Si on ne pouvait pas la trouver le matin, la prédiction ne pouvait pas se réaliser. Elle calcula les probabilités comme son père aurait calculé une équation. 18 jours restants, si elle disparaissait maintenant et restait cachée jusqu’à ce que la date soit passée, si elle changeait tout, le lieu, les habitudes, l’environnement, si la prédiction était attachée à une circonstance précise qu’on pouvait rendre impossible.
Elle se dit que c’était une logique solide. Elle ne savait pas encore que son père avait déjà vu cette logique. Elle réserva une chambre d’hôtel dans une ville à trois heures de route. Sous un faux nom, elle paya en liquide à la réception, donna un prénom inventé, ne laissa aucune trace numérique. Elle dit à Mona qu’elle partait voir une cousine.
Elle dit à sa mère qu’elle avait besoin d’air. Elle s’installa dans la chambre d’hôtel le soir du 10e jour. 11ze jours restant. Elle posa le carnet sur la table de nuit. Elle mangea quelque chose qu’elle avait acheté en route. Elle regarda la chambre, anonyme, sans histoire, un endroit que personne ne pouvait associer à elle.
À 2h du matin, elle n’arrivait toujours pas à dormir. Elle rouvrit le carnet. Elle le posa à plat sur la table à la dernière entrée. La lumière de la lampe de chevet éclairait les muxs tremblants de son père et elle vit quelque chose qu’elle n’avait pas vu avant. Sous la description principale dans la marge du bas de la page, tellement petit qu’elle avait cru à un accident d’encre, il y avait trois mots écrit en minuscule, presque illible.
Elle a essayé. Léa se figea. Son père avait écrit : “Elle a essayé dans la marge, pas au futur, pas elle et ses ras, au passé composé, comme quelqu’un qui décrit quelque chose qui s’est déjà passé. comme quelqu’un qui avait vu non seulement sa mort, mais aussi ses tentatives pour l’éviter, elle ferma le carnet, le rouvrit.
Les trois mots étaient toujours là. Son père avait vu ses tentatives, il les avait noté et il avait quand même écrit la date, la mort, la façon dont on la trouverait. Ces tentatives n’avaient rien changé. Léa revint en ville. Elle avait besoin d’une autre approche, pas la fuite, quelque chose de plus concret. Elle prit rendez-vous chez un médecin.
Elle dit qu’elle avait peur de mourir dans son sommeil, qu’elle ressentait des choses étranges. Le médecin l’examina. Tension normale, cœur normal, analyse sanguine sans anomalie. Il lui prescrivit un léger ranxiolitique et lui dit que le deuil provoquait parfois des angoisses somatiques intenses. Elle prit le médicament le premier soir et s’endormit.
Elle se réveilla en sursaut à trois heures du matin, le cœur battant. Couverte de sueur, elle était vivante. Neuf jours restants, elle chercha d’autres solutions. Internet d’abord, elle passa des nuits à lire des articles sur les prophéties, les prédictions, les façons dont les gens avaient prétendu déjouer le destin. Rien de concret, rien de vérifiable.
Elle pensa à aller voir quelqu’un, un voyant, un guérisseur, quelqu’un qui pourrait lire ce que le carnet avait écrit et lui dire comment le contourner. Elle trouva un nom par une connaissance, un homme qui recevait dans un appartement du vieux quartier. Elle y alla. Il regarda le carnet, il lut la dernière entrée.
Il releva les yeux vers elle avec une expression qu’elle ne fut pas interprétée sur le moment. Il dit : “Ton père avait un don très rare. Ce qu’il voyait, il le voyait avec précision. Elle dit : “Est-ce que ça peut être contourné ?” Il hésita, vraiment hésita. Ce n’était pas une hésitation de mise de quelqu’un qui joue le mystère.
C’était l’hésitation de quelqu’un qui pèse quelque chose de lourd avant de parler. La mort naturelle, pas violente, pas accidentelle. Ce genre de vision est le plus difficile à contourner parce qu’il n’y a pas d’événement externe à empêcher. Votre père pouvait retarder quelqu’un pour lui faire rater une voiture, mais pour un arrêt naturel du corps, il n’y a rien à intercepter.
C’est le corps lui-même qui il s’arrêta. Léa dit, “Il y a quand même un moyen. Vous ne me diriez pas qu’il y en a peut-être un, sinon vous l’auriez déjà dit ?” Non. Il la regarda longtemps comme quelqu’un qui décide si transmettre une information est une aide ou une faute. Il y en a peut-être un, mais ce que tu ferais risquerait de réaliser la prédiction par un autre chemin.
Ce que tu ferais pour éviter serait peut-être exactement ce qui t’y amène. Elle dit : “Mon père a sauvé des gens en agissant. Peut-être qu’en agissant moi-même, votre père n’agissait que sur les destins des autres, pas sur le sien.” “Silence.” Elle dit, “Dis-moi quand même.” Le voyant lui avait dit quelque chose qu’elle avait d’abord rejeté, puis retourner dans sa tête pendant deux jours, puis accepté progressivement avec la logique froide de quelqu’un qui n’a plus d’autres options.
Il avait dit “Les prédictions se réalisent sur ce qui est prévu. Si quelque chose de similaire à la mort se produit d’abord avant la date, le destin peut se confondre. Certaines forces ne cherchent pas la mort elle-même. Elles cherchent l’accomplissement de la forme. Léa avait pensé à ça pendant deux jours.
La prédiction disait quelque chose comme un sommeil. Trouvée le matin froide. Et si elle était trouvée le matin ? Froide mais pas morte. Et si elle simulait sa propre mort d’une façon assez convaincante pour tromper ceux qui avait besoin d’être trompé avant la date prévue ? Elle en parla à Mona. Pas tout.
Juste l’essentiel. Elle dit qu’elle avait une idée folle. Mona la regarda comment on regarde quelqu’un qui n’a pas dormi depuis longtemps. Tu veux simuler ta mort pour quelques heures seulement ? Juste assez pour que la prédiction croisse être accomplie. Mona dit : “Léa, tu t’entends ?” Léa dit : “Je sais comment ça sonne, mais écoute”, elle expliqua.
Un médicament qui ralentissait drastiquement le rythme cardiaque et la respiration, elle en avait trouvé la description dans des textes anciens que le voyant lui avait indiqué. Quelque chose qui existait encore, préparé par des gens qui connaissaient ces techniques. Une dose calculée pour produire un état de mort apparente pendant six à huit heur après quoi on se réveillait.
Mona dit qu’elle ne participerait pas à ça. Léa dit qu’elle n’avait pas besoin qu’elle participe. Juste qu’elle soit là le matin pour l’appeler, pour prévenir les secours une fois que les 6 heures seraient passées, pour s’assurer qu’on la trouvait et qu’on la ressuscitait.
Mona dit que c’était dangereux. Léa dit qu’elle allait mourir dans 6 jours de toute façon. Mona finit par dire d’accord. Léa passa les quatre jours suivants à préparer. Elle trouva la préparation par le biais d’un contact que le voyant lui avait donné. un homme qui ne lui posa pas de questions sur l’usage qu’elle allait en faire.
Elle lui décrivit ce qu’elle cherchait. Il prépara quelque chose. Il lui expliqua la dose exacte, le délai d’action 20 à 30 minutes et la durée de l’état. 6h pas plus. Il lui dit que passer 6 he sans assistance médicale, les effets risquaient de devenir irréversibles. Elle lui demanda s’il y avait des risques, même dans les 6 heures. Il dit oui toujours.
Elle dit qu’elle prenait le risque. Elle nota tout. Elle vérifia les horaires avec Mona trois fois, quatre fois. Le plan était simple dans sa logique. Elle prendrait la préparation à 22 heures précises. Elle s’allongerait dans son lit. À 6h du matin, 8h après, Mona entrerait dans la chambre, la trouverait, constaterait l’état, appellerait les secours.
Les urgences arriveraient, on détecterait les signes vitaux minimaux, imperceptibles, mais présent, on la ranimerait. Le destin trouverait une femme froide. trouvé le matin, la case serait cochée et Léa serait là pour rouvrir les yeux. Elle avait choisi de faire ça deux jours avant la date prévu par le carnet pour que le destin soit satisfait trop tôt, pour que la prédiction croisse être accomplie avant d’atteindre la vraie date.
Elle écrivit une lettre à sa mère, pas une lettre d’adieux, une lettre pour le cas où quelque chose se passerait mal, pour expliquer, pour ne pas laisser le silence derrière elle si ça tournait. Elle la cacheta la glissa sous le matelas exactement où son père avait caché le carnet. Ce geste lui fit quelque chose de froid dans la poitrine.
Elle ne s’en aperçut qu’en retirant sa main de sous le matelas. Elle appela sa mère le soir précédent. Elle lui dit qu’elle l’aimait. Sa mère dit qu’elle l’aimait aussi et qu’elle la trouva bizarre mais ne dit rien de plus. Le soir du plan, Léa s’assit à la table de la cuisine. Elle rouvrit le carnet une dernière fois.
La dernière entrée, les trois mots dans la marge. Elle a essayé. Oui, elle avait essayé et maintenant elle faisait quelque chose de différent, quelque chose que son père n’avait pas pu prévoir parce que ça n’existait pas encore quand il avait écrit ses pages. Elle en était certaine. Elle avait besoin d’en être certaine.
Elle prit la préparation à 22 heures précises. Elle s’allongea sur son lit. Elle attendit ce que Léa ne savait pas, ce qu’elle ne pouvait pas savoir parce qu’elle n’avait pas lu le carnet assez attentivement, c’est qu’il y avait une autre entrée qu’elle avait manqué.
Pas dans les pages récentes, dans les pages du milieu entouré d’autres prédictions de la même période noyé dans le texte danse de cette époque. Une entrée qui avait l’air de concerner quelqu’un d’autre, une femme, une chambre, la nuit. Mais si elle avait lu cette entrée avec l’attention qu’elle avait mise dans la dernière page, elle aurait reconnu la description de son propre appartement, de sa chambre, la disposition des meubles, le papier peint, des détails que son père connaissait pour l’avoir visité des
dizaines de fois. Et dans cette entrée, écrite dix ans plus tôt quand Léan avait que onze ans et que son père notait encore les prédictions avec une ancre régulière et une écriture ferme, dans cette entrée, il y avait les mêmes détails que la dernière page. Quelque chose comme un sommeil trouvé le matin, froide et une ligne supplémentaire que la dernière entrée n’avait pas.
Elle croit avoir trouvé comment éviter. C’est cette croyance qui l’amène là. La préparation agit en 25 minutes. Léa sentit son rythme cardiaque ralentir, sa respiration devenir moins fréquente, moins profonde, une sensation étrange, pas désagréable, juste de plus en plus lointaine, comme si son corps devenait quelque chose qu’elle observait de l’intérieur plutôt qu’habitait.
Ses pensées restaient claires, plus claires même, d’une façon étrange, comme si le ralentissement du corps laissait l’esprit dans une lucidité particulière. Elle pensa à son père. À la façon dont il avait passé de ans à enseigner les mathématiques le matin et à noter des prédictions le soir. À cette double vie mené en silence, elle pensa au coup de téléphone stratégiques, aux prétextes inventés, aux 9 ans pendant lesquels il avait su qu’une moto faillirait la tuer et n’avait rien dit, sauf ce matin-là où il avait
appelé pour rien pendant 20 minutes. Elle pensa à l’entrée dans la marge. Elle a essayé. Elle sourit dans le noir. Oui, elle avait essayé plusieurs tentatives et cette dernière était différente, radicalement différente. Son père avait peut-être vu les premières. Mais ça, cette préparation, ce plan avec Mona, cette façon de tromper le destin par la forme plutôt que par la fuite, il ne pouvait pas avoir vu ça.
Personne n’avait vu ça venir. Même elle ne l’avait pas vu venir il y a 3 semaines. Elle commença à percevoir le noir différemment, plus dense, plus total. Elle perdit conscience à 22h26. Mona, dans la chambre d’amis, entendit le silence s’installer de l’autre côté de la cloison.
Elle regarda l’heure sur son téléphone. 22h30. Elle avait mis l’alarme à 6 heures du matin. Elle éteignit sa propre lumière. Elle s’endormit ce qu’elle ne savait pas. À 2h20 du matin, son téléphone vibra. La mère de Léa qui avait trouvé sa fille étrange au téléphone la veille, qui avait eu ce quelque chose qu’on les mè sans pouvoir le nommer, qui n’avait pas dormi, avait pris son manteau, ses clés et s’était mise en route.
Elle avait sonné, pas de réponse, elle avait le double des clés depuis des années. Elle ouvrit la porte, traversa le couloir, poussa la porte de la chambre. Léa était allongée sur le lit, le thin gris, les lèvres légèrement bleues, la respiration imperceptible à l’œil nu.
Elle appela le 15 en hurlant. Les secours arrivèrent à 2h52. Les médecins travaillèrent vite. Ils détectèrent une activité cardiaque minimale. Ils stabilisèrent. Ils transportèrent. À l’hôpital, les analyses montrèrent la présence dans le sang d’une substance qu’aucun des médecins de garde ne reconnut immédiatement. Pas un poison courant.
quelque chose d’ancien, d’organique qui agissait comme un ralentisseur profond du système nerveux. Ils traitèrent les symptômes en attendant l’identification. Léa était stable. Elle n’était pas réveillée mais stable. Mona, réveillée par un appel de la mère de Léa à 3h du matin, arriva à l’hôpital en état de choc.
Elle dit au médecin ce qu’elle savait : la préparation, la dose, le plan. Elle donna le nom du contact que Léa avait trouvé. Les médecins ajustèrent le traitement. À sep heures après la prise, Léa ouvrit les yeux. Elle était dans une chambre d’hôpital, des tubes, des machines, une lumière blanche.
Sa mère assise à côté d’elle, les yeux rouges. Sa mère dit : “Tu es réveillée.” Léa dit : “Je suis vivante.” Elle compta dans sa tête deux jours avant la date prévue par le carnet. Elle avait survécu. Le plan avait fonctionné, pas exactement comme prévu, mais fonctionné. Elle avait été trouvée le matin, froide.
Les secours étaient venus, elle s’était réveillée, la prédiction s’était accomplie, en surface, en forme et elle était là pour le raconter. Elle ferma les yeux avec quelque chose qui ressemblait à du soulagement. Elle sortit de l’hôpital le lendemain, la veille de la date prévue par le carnet.
Elle rentra chez elle en taxi avec sa mère. Elle mangea quelque chose. Elle parla. Elle rit même à un moment d’une phrase que sa mère avait dite, un rire court et surpris qui lui fit du bien. Le rire de quelqu’un qui a traversé quelque chose et qui est encore là. Le soir, sa mère voulut rester. Léa dit non. Elle allait bien.
Elle avait besoin de son espace. Sairit. Sa mère résista. Léa insista avec la fermeté douce de quelqu’un qui sait ce qu’il fait. Sa mère finit par partir à 23 heures après avoir vérifié trois fois que tout allait bien. Après avoir posé sa main sur la joue de Léa dans le couloir pendant quelques secondes sans rien dire, Léa referma la porte. Elle était seule.
Elle alla dans sa chambre. Le carnet était toujours là sur la table de nuit, exactement où elle l’avait laissé avant l’hôpital. Elle le prit, le soupza dans ses mains. Il était léger pour ce qu’il contenait. Elle l’ouvrit à la dernière page. Elle relut l’entrée une dernière fois.
La date, demain. La description, quelque chose comme un sommeil. Trouvé le matin, froide. Elle se dit : “J’ai déjà vécu ça. La description correspond à ce qui s’est passé. On m’a trouvé le matin. J’étais froide. C’est accompli. Le destin a reçu ce qu’il voulait et je suis encore là pour le raconter.” Elle se dit : “Papa avait vu mes tentatives mais pas le résultat.
Peut-être que sa vision s’arrêtait là, à moi qui essayait et que la suite était ouverte. Peut-être que le résultat c’était moi qui le choisissais.” Elle posa le carnet sur la table de nuit. Elle alla se brosser les dents. Elle revint dans la chambre. Elle s’allongea dans son lit, sur le dos, les bras le long du corps.
Elle éteignit la lumière. Elle ferma les yeux. L’épuisement de l’hôpital, la tension des trois semaines, le soulagement d’être encore en vie, tout ça ensemble l’aspira vers le bas. Elle s’endormit plus vite qu’elle ne l’avait fait depuis des semaines. Un sommeil profond, total, sans résistance. Elle ne pensa plus au carnet, elle ne pensa plus à la date.
Elle dormit. Ce qu’elle ne su jamais parce qu’elle ne se réveilla pas pour le savoir. Sa mère l’appela à sep heures du matin le lendemain. Pas de réponse, elle appela Mona. Mona avait le double des clés. Elle trouvèrent Léa dans son lit, froide, paisible, un visage sans expression de douleur, sans signe de lutte.
Les médecins ne comprirent pas. Aucune trace de la substance dans son sang. Elle avait été éliminée. Pas de pathologie, pas d’accident, pas de violence. Juste l’heure, la date dans le carnet. Ce que personne ne su jamais parce qu’il n’y avait personne pour le raconter, c’est que Léa ne mourut pas dans son sommeil cette nuit-là.
Elle s’endormit profondément et à un moment de la nuit, son corps descendit dans un état si bas, si ralenti par la fatigue accumulée et les effets résiduels de la préparation de la nuit précédente. Les médicaments de l’hôpital avaient interagi avec ce qui restait dans son sang, que ses signes vitaux devinrent imperceptibles.
Sa mère appela à cette heure. Pas de réponse, elle appela Mona. Elles entrèrent ensemble. Elle trouvèrent Léa dans son lit, froide, paisible. Le médecin légiste arriva. Il constata, il signa. Les funérailles eurent lieu 5 jours plus tard, rapide, comme on fait quand on veut finir de souffrir.
Sa mère avait tout organisé. Le carnet avait été glissé dans le cercueil avec elle. La mère avait trouvé ça juste sans savoir pourquoi. Juste que ça semblait appartenir à Léa plus qu’à n’importe quoi d’autre. On enterra Léa par une chaleur écrasante. Ce que personne ne suut jamais non plus, c’est ce qui se passa dans les heures qui suivirent l’inumation.
Parce que la préparation de la nuit précédente, cette substance ancienne organique que l’homme n’avait pas reconnu pour ce qu’elle était vraiment n’avait pas entièrement disparu du sang de Léa. Les médicaments de l’hôpital avaient créé une interaction qui l’avait poussé dans un état plus profond encore, pas la mort, quelque chose juste en dessous comme un sommeil.
Elle se réveilla dans le noir total, un noir différent de tous les noirs qu’elle avait connu. Pas le noir d’une chambre avec ses yeux fermés. le noir d’un espace sans lumière du tout, sans espace, sans air suffisant. Elle bougea la main. Sa main rencontra quelque chose à quelques centimètres, du bois.
Elle bougea l’autre pareil. Elle leva les deux mains au-dessus d’elle, du bois à 30 cm de son visage. Elle comprit avant même de comprendre. Elle cria le son ne porta nulle part. Il s’écrasa contre le bois, revint sur elle, emplit le petit espace. Elle cria encore. Elle frappa des deux points contre le couvercle.
Le bois ne bougea pas. Elle sentit alors sous ses doigts dans le noir le bord d’un objet rectangulaire coincé à ses côtés, plat, à couverture rigide. Le carnet, sa mère le lui avait mis dans les mains. Elle frappa encore, elle cria encore. L’air commençait à se raréfier. Dehors, la terre était fraîche et compacte et silencieuse.
Et dans la marge de la dernière page du carnet, dans le noir que Léa ne pouvait pas voir, les mots de son père attendaient depuis 17 ans. Elle croit avoir trouvé comment éviter. C’est cette croyance qui l’amène là. Certains carnets ne devraient pas être ouverts. Léa a tout fait. Elle a lutté, planifié, risqué chaque décision qu’elle a prise librement, avec intelligence, avec courage.
Chaque décision l’a conduite un pas de plus vers le bois du cercueil et le noir sans fond. Ce n’est pas que le destin soit cruel, c’est qu’il est patient. Il attendait exactement ça, qu’elle trouve une solution, que cette solution implique une préparation. que cette préparation interagisse avec les médicaments, que sa mère lui mette le carnet dans les mains comme un dernier cadeau.
Son père avait tout vu. Il avait tout noté. 17 ans avant que ça arrive. Et dans le noir absolu où Léa se réveilla, les points contre le bois, les mots de son père étaient là. Silencieux, définitif. Elle croit avoir trouvé comment éviter. C’est cette croyance qui l’amène là. Merci d’avoir suivi cette histoire.