La célébrité est un miroir déformant. Mais quand vous vous approchez trop près, ce n’est pas votre reflet qui vous regarde, c’est l’abîme

Elle pensait devenir star. Ils l’ont initié à la mort. Les histoires de Flodiv. Deux jeunes femmes prirent place sur un banc du campus universitaire. Leur voix se faisait basse, presque complice. “Frida, pourquoi as-tu quitté ton pays pour venir ici ?” demanda Adana, sa colocataire anglophone, l’air à la fois admiratif et inquiet.
Frida la fixa droit dans les yeux, son visage éclairé par un sourire intrépide. Parce que l’industrie du cinéma d’Afrique de l’Ouest est le rêve de toute l’Afrique. Et moi, je veux devenir une star. Je veux que mon nom traverse les frontières. Que ma famille soit fière de moi. Là d’où je viens, personne ne croit qu’une francophone puisse percer dans le cinéma anglophone.
J’ai appris l’anglais pour ça, Adana. Je n’ai pas fait ce voyage pour échouer. Loin de sa famille et de sa terre natale, elle s’était accrochée à ce rêve. Elle avait bravé la solitude, les railleries, la peur d’être étrangère dans un monde qui n’était pas le sien. Un broua attira leur attention. Sur le grand écran suspendu devant le restaurant, une bandeannonce flamboyante passait en boucle, une scène d’action, des acteurs du cinéma d’Afrique de l’Ouest mondialement connu et le logo d’un studio légendaire.
Autour d’elle, des étudiants surexcités s’agglutinaient. Un grand casting allait commencer. Le campus tout entier semblait vibrer sous la promesse de ce tremplin inespéré. “C’est dans une semaine”, murmura Frida, le regard rivé à l’écran. “Tu comprends ? C’est maintenant que tout peut changer pour moi.
” Le jour J, des dizaines d’étudiants se massaient devant le grand hall, le cœur battant d’espoir. Aujourd’hui, c’était le casting dont tout le monde parlait, celui qui pouvait propulser un inconnu vers la célébrité dans l’industrie du cinéma d’Afrique de l’Ouest. Frida, jeune femme francophone venue de loin, se tenait droite dans la file. Ses mains tremblaient légèrement.
Elle se remémorait tout ce qu’elle avait sacrifié pour être là. Les nuits passaient à apprendre l’anglais, son départ pour un pays inconnu, le regard de sa mère quand elle avait promis de revenir un jour très célèbre. Tu es sûr de toi ? souffla à Dana, sa colocataire qui l’avait accompagné pour la soutenir.
“Je n’ai jamais été aussi sûre”, répondit Frida, la voix serré. “L’industrie du cinéma d’Afrique de l’Ouest est mon rêve et aujourd’hui, je vais leur prouver que même une francophone peut conquérir ce monde.” Quand son tour arriva, elle entra dans la grande salle. Un jury impassible l’attendait. Des tablettes à la main.
Frida inspira profondément et se lança. Son monologue tiré d’un film culte qu’elle a reçu quelques heures plus tôt raisonna avec une intensité inattendue. Chaque mot, chaque intonation, chaque regard était porté par des années de rêve et de sacrifice. Un silence pesant suivit sa prestation. Puis un des membres du jury hoa lentement la tête et un sourire s’esquissa sur ses lèvres.
“Tu es retenu pour la sélection finale”, dit-il simplement. Le cœur de Frida explosa de joie. Elle sortit de la salle, le souffle court, sous le regard curieux des autres candidats. Adana l’attendait dans le couloir, les mains jointes. Alors demanda Adana, je je suis retenue, sanglota Frida, submergée par l’émotion. Je l’ai fait.
Félicitations, Frida. C’est une bonne nouvelle. Elle sent la serre, ignorant la rumeur qui commençait déjà à courir parmi les candidats éliminés. Le soir même, Frida reçut un appel inattendu. Une voix douce et autoritaire lui donna rendez-vous le lendemain matin dans un bureau situé dans un quartier chic. Elle ne précisa pas son identité, mais mentionna seulement “Nous devons parler de ton avenir.
” Le lendemain, Frida se présenta devant un immeuble moderne, le cœur battant. Dans l’ascenseur, son reflet lui renvoya l’image d’une jeune femme, à la fois terrifiée et prête à tout. Elle frappa à la porte du bureau et entra. Là, dans un fauteuil, l’attendait une femme d’une élégance glaçante. Elle n’était autre que Madame Kemy, la légendaire productrice de l’industrie du cinéma d’Afrique de l’Ouest.
“Bonjour Frida”, dit-elle d’une voix suave. “Félicitations pour ta prestation. Tu as su capter notre attention. Et la mienne !” Madame Kemy la détailla comme un prédateur observe sa proie. “Tu es prête à tout pour réussir, n’est-ce pas ?” Frida desglutit, la gorge sèche, consciente que ce moment marquait un point de non retour.
Oui, madame, je ferai tout ce qu’il faut pour réaliser mon rêve. Le sourire de madame Kemy s’élargit, mais il n’atteignit pas ses yeux. Dans ce cas, reviens me voir dans 3 jours. Nous allons parler des vraies opportunités, celles qui changent une vie. 3 jours après, Frida se présenta pour son rendez-vous. Le bureau de Madame Kemy se trouvait au dernier étage.
Frida inspira profondément et frappa. La porte s’ouvrit sans un bruit. Elle entra. Bonjour Frida”, dit-elle d’une voix douce, presque chantante. “Tu es ponctuelle. La ponctualité est une qualité rare et précieuse.” “Merci madame”, répondit Frida, la voix légèrement tremblante. Madame Kemy fit un geste élégant, l’invitant à s’asseoir.
“Tu te demandes sans doute pourquoi je t’ai convoqué si tôt ?” continua madame Kemy. Dans l’industrie du cinéma africain, les opportunités réelles ne se présentent qu’à celles qui savent se démarquer. “Et toi, tu es spécial.” Elle ouvrit un tiroir et en sortit un document qu’elle fit glisser vers Frida. “Ceci est un contrat”, expliqua-t-elle d’une voix soyeuse.
“Un engagement mutuel entre toi et nous. Il te garantit la célébrité, la réussite et des rôles que d’autres ne pourraient même pas rêver. Tu seras propulsé là où peu de jeunes actrices ont accès.” Frida feuilleta rapidement le document. Son regard accrocha une phrase écrite en caractère minuscule au bas d’une page et s’engage à se soumettre aux rites et traditions de l’ordre pour la durée de son engagement.
Elle releva les yeux, le front plissait. L’ordre, c’est quoi ? Le sourire de Madame Kemy se fit plus large mais resta froid. Une vieille tradition de notre milieu, un cercle de confiance et de loyauté absolue. Ne t’inquiète pas, ce n’est qu’une formalité, une étape pour prouver ta détermination. Un silence pesant s’installa.
Frida sentit son estomac se nouer. Elle pensa à sa mère, à tous ceux qui comptaient sur elle, aux promesses qu’elle s’étaient faite, à ses rêves. Madame Kemy lui tendit un stylo noir orné d’un serpent doré. Tu veux réaliser ton rêve, n’est-ce pas ? Alors, signe Frida. Et ouvre la porte de ton destin. Ses mains tremblaient.
Elle prit le stylo et apposa sa signature. Un léger frisson parcourut madame Kemy. Bienvenue Frida, tu viens de faire le premier pas vers la grandeur. Le silence qui suivit fut si dense qu’il en devenait assourdissant. Quelques jours plus tard, Frida reçut un appel de madame Kemy. Frida, ma chère, ton premier tournage, un petit rôle mais crucial.
Une voiture viendra te chercher. Le cœur de Frida fit un bon. C’était enfin ça. Le début de sa nouvelle vie. Le jour J. Frida fut conduite jusqu’à un hôtel luxueux. Un homme élégant l’accueillit, la conduisant à une suite où l’attendait Madame Kemy. “Entre, Frida”, dit Madame Kemy d’une voix étrangement douce. “Il est temps de marquer le début de ta nouvelle vie.
” La suite était éclairée par des bougies. Une grande croix était au sol, entourée de symboles gravés à la créie rouge. L’atmosphère était lourde, saturée d’un parfum entêtant. Un frisson d’appréhension traversa Frida. Alors qu’elle s’avançait, cinq hommes entrèrent discrètement dans la pièce. À la lumière des bougies, elle reconnut certains visages.
C’était des acteurs très connus de l’industrie du cinéma africain, des artistes qu’elle admirait et dont elle avait suivi la carrière. Leur présence, au lieu de la rassurer, fit naître en elle un malaise plus profond. Encore, madame Kémique la ca des doigts. Les hommes l’entourèrent. Frida fut guidée jusqu’au milieu où elle fut dépouillée de ses vêtements.
Frida fut attachée sur la croix, ses bras et ses jambes écartées, vulnérables, sous les regards intenses des acteurs. Les murmures commencèrent comme une prière sombre, accentuant la sensation d’irréalité. Tu vas prouver ton engagement”, déclara madame Kemy, son laissant transparaître une excitation glaciale.
“La célébrité se mérite, Frida et ce rituel est la clé qui t’ouvrira toutes les portes.” Les hommes se relayèrent dans un acte de soumission ritualisé, signe de son allégance. Tour à tour, de manière bestiale, ces cinq hommes passèrent à l’acte avec elle. Les incantations se firent plus fortes. La pièce sembla s’épaissir autour d’elle, comme si l’air lui-même se chargeait de quelque chose de sinistre.
Quand le silence retomba, Frida resta immobile, tremblante. Son regard croisa celui de Madame Kemy qui s’approcha lentement et murmura : “Félicitations, ma chère. Ce soir, tu viens de lier ton destin au nôtre. Tu appartiens désormais à un cercle très fermé.” Un réseau qui contrôle ce qui se passe en secret dans le cinéma africain.
Frida aucha faiblement la tête, encore ébêté, son esprit osillant entre un soulagement de voir le rituel terminé et une terreur grandissante face à ce qu’elle venait de vivre. Dans un coin de la pièce, l’un des acteurs la fixait encore. Son sourire à peine esquissé. Elle comprit alors les larmes aux yeux que ce qu’elle idolâtrait étaient en réalité complice de ce pacte obscur et qu’elle ne pourrait plus jamais revenir en arrière.
Dans les jours qui suivirent, elle ne parvint pas à trouver le sommeil. Elle se demandait sans cesse si ce succès était réellement le sien ou le prix de ce qu’elle avait subi. Ces moments de joie étaient souvent interrompus par une vague de nausée et des crises de panique qu’elle devait cacher à Adana et aux autres.
Lentement, malgré la peur, la perspective de réaliser son rêve, de rendre fier sa famille, finit par anesthésier ses scrupules. Elle se persuada qu’il n’y avait plus de retour possible et qu’elle devait avancer coûte que coûte pour donner un sens à ce sacrifice. Au cours des semaines qui suivirent le rituel, Frida reçut ses premiers appels, de petits rôles, souvent dans des séries ou des films à budget modestes.
Pendant près d’un mois, elle enchaîna ses tournages, acceptant chaque opportunité. aussi insignifiante soit-elle. 3 mois plus tard, après s’être imposée comme une actrice fiable et passionnée sur plusieurs plateaux, elle fut enfin remarquée par un réalisateur de renom. Il lui proposa un second rôle marquant dans un film ambitieux qui rencontra un succès critique inattendu.
C’est seulement après 6 mois d’efforts intenses, de nuit blanche, de tournage sous pression et de compromis, que son visage commença à s’afficher sur les affiches et à attirer l’attention du grand public. À partir de là, ces rôles devinrent plus importants, les invitations plus prestigieuses jusqu’à ce qu’elles se retrouvent en tête d’affiche au côté des plus grandes stars de l’Afrique de l’Ouest.
Avec l’argent de ses premiers cachets, Frida quitta sa chambre étroite en colocation pour louer une villa somptueuse. Elle vivait enfin le luxe dont elle avait toujours rêvé. Ses réseaux sociaux débordaient de photos soigneusement mises en scène où elle souriait sous les flashes, posait dans des événements mondins, voyageait dans des hôtels de luxe.
Ses abonnés l’admiraient, l’enviaent. Elle était devenue un symbole de réussite et de glamour. La preuve vivante qu’un rêve pouvait devenir réalité. Un jour, dans sa villa silencieuse, Frida contemplait son reflet dans le miroir du salon. Le visage qu’elle y voyait était celui d’une star. Maquillage parfait, sourire maîtrisé, bijoux scintillant.
Pourtant, derrière ce masque, elle se sentait plus vide que jamais. Un coup frappé à la porte la tira de sa torpeur. Elle sursauta. Qui pouvait venir s’en prévenir ? Lorsqu’elle ouvrit, elle trouva Madame Kemy, ses yeux d’onix plus insondables que jamais. Derrière elle, deux hommes en costume restaient immobiles. “Puis-je entrer ?” demanda Madame Kemy.
Bien qu’elle n’attendit pas de réponse, elle s’installa dans le canapé comme si elle en avait toujours été la propriétaire. “Que que faites-vous ici ?” balbussia Frida, la voix tremblante. Madame Kemy croisa les jambes, un sourire presque compatissant sur les lèvres. “La pâque approche”, murmura madame Kemy.
“Pour beaucoup, c’est la fête de la résurrection, de l’espoir. Mais pour nous, c’est la nuit la plus importante de l’année.” Frida la regarda les yeux vides. Pâqu, la résurrection du Christ. Madame Kemyir rit un rire sec et moqueur. La résurrection une fable pour les faibles d’esprit. Pour nous, Pâqu est le temps de nier, de profaner, de renverser.
Chaque année à la veille de Pâqu, notre réseau organise ce que nous appelons la Pâque noire. C’est notre réponse à la résurrection, notre manière de nier ce que le Christ représente, de renverser la lumière pour nourrir les ténèbres. Elle fit une pause. Nous préparons des rituels puissants. Nous semons des malédictions sur ceux qui cette nuit-là s’adressent à Dieu.
Et nous facilitons des tragédies, des accidents sur les routes, des incendies, des noyades. Chaque vie brisée, chaque goutte de sang versé, nous les offrons pour ouvrir les portails, pour libérer ceux qui attendent de l’autre côté. Ceux qui attendent, répéta voix n’étant qu’un souffle.
Les démons ! répondit calmement madame Kemy comme si elle parlait d’alliés de longue date. Ces entités sont nos plus puissants partenaires. Ils nous offrent le pouvoir, la richesse, l’influence, mais ils exigent leur dû. Et le sang des innocents, le soir de Pâqu est l’offrande la plus pure, la plus efficace pour renforcer notre emprise.
Elle se frotta les mains, un geste de satisfaction. Imagine le pouvoir, Frida, le pouvoir de plier la réalité à notre volonté. le pouvoir de détruire ce que nous haïs. Mais des accidents mortels des innocents, Frida sentit la nausé monter. C’est c’est de la pure monstruosité, madame Kemy ossa les épaules. La monstruosité est une question de perspective, Frida, pour nous, c’est la justice.
La justice pour des siècles d’oppression, de mensonge. Nous reprenons ce qui nous est dû et toi, tu feras partie de tout ça. Non, je ne peux pas. s’écria Frida les larmes aux yeux. Je ne suis pas comme vous. Tu l’es Frida, tu l’es devenu. Le sang du rituel coule dans tes veines. Tu as goûté à notre pouvoir et tu as signé le contrat.
Et cette année, ma chère, tu vas y participer. Frida sentit la terre se dérober sous ses pieds. Vous ne pouvez pas. Tu n’as pas le choix, trancha madame Kemy, son regardissant. Prépare-toi, Frida. La nuit de la contre-résurrection arrive. La porte claqua derrière elle, laissant Frida seul le cœur battant. Elle sentit son monde basculer une fois de plus.
Son rêve, la promesse de gloire. Tout s’était effondré pour révéler une réalité cauchemardesque. Elle n’était pas seulement une prisonnière, elle était une complice forcée, une future participante à des rituels macabres. Les jours défilaient et Frida obtenait un rôle après l’autre sans jamais avoir à passer le moindre casting comme si le destin lui ouvrait chaque porte ou plutôt comme si l’ordre la poussait inexorablement vers la lumière.
Un jour, dans le bureau de Kemmy, Frida rassembla le peu de courage qui lui restait. Sa voix était à peine un souffle. Madame, pourquoi ? Pourquoi est-ce sombre ? Je croyais que l’industrie du cinéma africain était un endroit simple, un endroit où seule la passion comptait. Pas ça. Tu étais naïve Frida répondit madame Kemy.
L’industrie du cinéma africain, tout comme celle du monde entier n’est pas un lieu innocent. C’est une arène où se dispute pouvoir, influence et secret. Elle se leva lentement faisant le tour du bureau. Son regard planté dans celui de Frida. Penses-tu qu’on devient une star simplement grâce au talent ? que les sucès se construisent uniquement avec des sourires, des castings et des caméras.
Non, derrière chaque projecteur se cache une ombre et derrière chaque ombre un pacte. Elle continua. La face cachée de notre industrie, c’est la secte, un réseau ancien puissant qui décide qui montera et qui tombera. Ceux qui refusent disparaissent, parfois littéralement. Ceux qui acceptent brillent. Chaque rôle, chaque tapis rouge, chaque prix remporté est une monnaie d’échange, un acte de soumission, un sacrifice.
Madame Kemy s’arrêta un moment et reprit. Et toi, tu as le charisme, la visibilité. Tu es un aimant pour ceux qui croient que le succès peut être pur. Ne l’oublie pas. Tu ne vois pas tant de personnalités dans l’industrie du cinéma africain et ailleurs faire des signes étranges devant les caméras, les cornes avec les doigts, les gestes en forme de pyramide ou ces colliers et tatouages qu’il montrent exprès.
Frida hocha faiblement la tête. Elle se souvenait avoir vu ses gestes mais n’y avait jamais prêté attention. “Ces signes, poursuivit madame Kemy, sont un langage, une déclaration publique d’appartenance à l’ordre, un moyen d’annoncer à ceux qui savent regarder qu’ils sont protégés. qu’ils ont payé le prix et qu’ils sont prêts à recruter.
Car chaque signe attire de nouveaux adeptes, des jeunes fascinés, avides de reconnaissance qui viendront frapper à notre porte. Frida sentit son cœur se serrer comme pris dans un étau. Vous vous servez de nous pour en piéger d’autres ? Articula-t-elle la voix brisée. Exactement, confirma madame Kemy un sourire froid flottant sur ses lèvres.
Madame Kemy se pencha vers elle. Tu as cru que ce monde était simple, ma chère, mais le rêve n’est qu’un appâ. La vraie puissance est entre les mains de ceux qui osent souiller leurs mains pour la saisir. Un silence lourd s’abattit dans l’esprit de Frida. Le dernier fragment d’innocence s’éteignit, laissant place à un gouffre de désespoir.
Quelques mois plus tard, le weekend pascal venait à peine de commencer. Dans les rues, des bus et voitures remplies de certains fidèles revenaient de retraites spirituelles. Et dans des églises, les préparatif pour la Pâque ont commencé tandis que dans une villa, une réunion d’un tout autre genre se tenait. Dans une salle de conférences luxueuse, ils étaient tous là.
Acteurs acclamés, producteurs à succès, des artistes de renommée, des hommes et femmes, toutes connues pour leur réussite publique, mais unies dans l’ombre par un pacte secret. Leur cercle était la secte des plus influentes capable de modeler l’opinion et le destin de milliers de personnes. Au centre de la table, une star du cinéma d’apparence respectable, le dirigeant, se leva pour ouvrir la réunion.
Mes frères et sœurs, dit-il d’une voix calme mais glaciale, “vo voici venue notre nuit de la contre-résurrection, la nuit où nous la foi qui menace notre pouvoir. La foi des chrétiens durant pâqu est notre plus grande menace. Leur unité, leur ferveur réduit notre emprise. Voilà pourquoi nous frappons à cette période. Voilà pourquoi il faut répandre le sang pour nourrir les démons qui propagent la discorde, la peur et le doute.
Il posa la main sur un bol d’eau noir posé devant lui. Vous connaissez le principe de notre jeûne satanique. Nous ne privons pas notre corps, mais notre esprit. Nous bannissons toute pensée positive. Nous n’admettons aucun mot de compassion car la lumière se nourrit de ses pensées et nous nous les affamons. Chaque membre répéta en cœur que la vérité se taise.
Puis la séance entra dans le vif du rituel. Dans un coin de la salle, un grand miroir oval, sa surface d’un noir profond semblait avaler la lumière des bougies noires disposées tout autour. Autour du miroir, les membres de la secte se tenaient en cercle, chacun tenant à la main une petite calebasse remplie d’eau rituel. Leur mission ? Marquer les véhicules des fidèles en projetant la solution sur leur rétroviseur, rendant leur trajet mortel ou sur des immeubles, provoquant ainsi des incendies.
Sur ordre du dirigeant, le premier se pencha. L’image d’une voiture apparut alors dans la surface ondulante, un minibus transportant des fidèles roulant sur une route sombre de la banlieu. Puis l’homme versa lentement un filet d’eau sur la surface du miroir. Dans un frisson glacé, la brume se mit à se former dans le verre.
À tour de rôle, chaque membre s’avança et versa l’eau maudite sur le miroir. À chaque libation, l’image s’assombrissait. La brume devenait plus épaisse et les silhouettes dans le véhicule semblaient vaciller où les immeubles prenaient feu. “Chaque accident est un sacrifice”, poursuivit le dirigeant, un sourire cruel aux lèvres.
“chaque cri est un hommage au démons que nous libérons au lever du soleil pascal. Et chaque famille détruite est un maillon du chaos que nous tissons pour l’année entière.” Un silence lourd s’installa. La lueur du miroir faisait briller les visages des membres, révélant la satisfaction morbide. de ceux qui se réjouissaient de la souffrance qu’ils orchestraient.
Frida comprit horrifié qu’elle ne s’était jamais trouvée aussi seule. Chaque sourire croisé dans les soirées mondaines, chaque poignée de main sur les plateaux pouvait cacher un membre de ce cercle et qu’en essayant de fuir, elle ne ferait que tomber dans un filet qui couvrait toute la ville. La nuit du rituel se poursuivait dans la salle où les membres de la secte se relayaient autour du miroir.
Quand vint le tour de Frida, Madame Kemy lui murmura : “Tu sais ce qu’il faut faire ? Ta loyauté se prouve par l’acte, pas par les mots. La main de Frida tremblait tandis qu’elle tenait la calbasse. Madame Kemy indiqua le véhicule ciblé du bout de son ongle. Il rentre d’une soirée. Le couple influent dans leur communauté. Leur chute s’aimera la peur.
Frida versa le filet d’eau sur le miroir. Une lumière rouge le traversa. Elle sentit ses jambes se dérober. Son esprit hurlait, mais sa bouche resta muette. La réunion se poursuivit dans une ferveur sombre comme un banquet macabre. Le lendemain matin, assise dans son salon, Frida regardait les nouvelles à la télé quand son regardigea.
Un couple meurt dans un tragique accident au retour d’une soirée. Les images, la voiture noire, le même qu’elle avait vu sur l’écran, gisant au bord de la route. Le texte décrivait le drame. Un couple respecté, connu pour son engagement dans les œuvres de charité, parent de deux jeunes enfants désormais orphelins. Un cri muet s’échappa de Frida.
Elle comprit qu’il s’agissait d’une des familles chrétiennes qu’elle avait indirectement condamné lors du rituel. Ses mains se mirent à trembler violemment. La respiration sacadée. La pièce semblait se refermer sur elle. Chaque meuble, chaque miroir lui renvoyant l’image d’une meurtrière. Elle réalisa alors dans toute son horreur l’ampleur de ce qu’elle avait fait.
Elle n’était plus spectatrice. Elle était devenue l’instrument du mal. Elle se leva pour rentrer dans sa chambre quand elle s’effondra dans le couloir, le souffle court, murmurant entre deux sanglots. Qu”est-je fait, Seigneur ? Qu”est-je fait ? Soudain, on toa à la porte. Frida sursauta. Elle alla ouvrir. Madame Kemy se tenait là, un sourire aussi cruel que paisible sur les lèvres.
Elle entra sans être invitée. “Tu réalises enfin l’étendue de notre pouvoir”, dit Kemmy, sa voix douce et tranchante comme une lame. “Ce que tu as vu qu’un des nombreux sacrifices qui nous renforce. Ce sang versé nourrit nos alliés, ceux que nous libérons chaque pâque pour étendre notre influence.” Frida secoua la tête, les larmes brouillant sa vue.
“Je ne peux plus continuer. Je refuse”, balbucia-t-elle. Un silence glacé tomba sur la pièce. Kemy se pencha. son visage à quelques centimètres du sien. “Refusé ?” répéta-t-elle dans un murmure vénimeux. “Tu es entré dans la secte, Frida. Tu as signé, tu as participé. Crois-tu qu’on te laissera repartir ? Dans notre cercle, la seule porte de sortie, c’est la mort.
Nous avons les yeux partout, reprit Kemmy. Nous savons tout. Elle s’assit dans le canapé, croisant les jambes et conclut d’un ton tranchant. Tu as deux choix. Continuer à nous servir et jouir d’une gloire que tu ne peux même pas imaginer ou accepter de sombrer de la manière la plus ridicule sans rien et mourir atrocement.
Et laisse-moi te confier un secret. Ceux qui refusent deviennent des exemples. Leurs morts atroces font naître la peur, cimentent notre emprise et nourrissent encore plus ceux que nous servons. Et aussi, prépare-toi, bientôt la fin de l’année et nous nous réunirons pour de nouveaux sacrifices ajouta madame Kemy.
Frida s’effondra dans le canapé, les larmes coulant sur son visage. Le silence qui suivit semblait engloutir l’air. Des jours passaient et une seule idée envahit l’esprit de Frida. Fuir, quitter cette ville, cet enfer. ces ombres qui la dévoraient vivante. Mais au fond d’elle, elle savait déjà qu’il ne serait pas simple d’échapper à une secte dont les racines s’étendait jusque dans chaque regard croisé, chaque rue traversée.
Quelques jours plus tard, Frida fit une valise à la hâte. Elle jeta quelques vêtements, un passeport. Le battement affolé de son cœur couvrait le moindre son de la villa. Avant de franchir la porte, elle jeta un dernier regard à son salon luxueux. Tout ce qu’elle avait cru être des trophées de sa réussite n’était que des chaînes dorées.
Elle souffla comme pour éteindre la peur et sortit dans la nuit, prenant soin de s’enfoncer dans les petites ruelles plutôt que d’emprunter les grandes avenues. Mais à peine elle sortait dans les rues qu’elle sentit la surveillance, une voiture noire aux vitres teintées ralentissant à chaque intersection. Finalement, elle prit un taxi et parvint enfin à une petite auberge où elle réussit à convaincre un réceptionniste pour la réservation de la chambre sans laisser une pièce d’identité.
Au petit matin, elle se glissa dans un taxi et se fit conduire à l’aéroport. Durant le trajet, elle priait en silence, répétant : “Seigneur, sauve-moi. Seigneur, sauve-moi !” Des heures plus tard, l’avion atterrit dans son pays natal. Mais dans son esprit, l’écho de la secte raisonnait encore. Elle savait qu’ils avaient les moyens de la retrouver où qu’elle aille.
Une fois rentrée, elle expliqua à sa mère qu’elle était venue pour les vacances et voulait profiter du temps avec elle pour la rassurer. Elle avait cru trouver refuge dans la maison de son enfance. Pourtant, chaque nuit, elle se réveillait en sursaut, certaine d’avoir entendu un grincement, aperçu une silhouette.
Le moindre bruit lui arrachait des sursauts de terreur. Elle savait que la secte n’oubliait jamais, que le temps ne jouait pas en sa faveur. Alors, un matin avant l’aube, sans prévenir même sa mère, Frida prit un vol pour une destination inconnue. Pas un message, pas un appel. Elle laissa derrière elle ses rares affaires, ses souvenirs et ce pays qu’elle avait tant aimé.
Elle se promit seulement une chose : ne jamais laisser de trace. Depuis, plus personne ne l’a revu. Ses réseaux sociaux sont restés figés sur ces dernières photos prises dans la villa. Ses anciens collègues, ses fans, même sa mère, tous se heurtaient au même silence angoissant. Le numéro n’est plus attribué.
Les emails restaient sans réponse. Certains de ces fans raconaient que Frida changeait de ville chaque mois, que dans chaque nouvel endroit, elle utilisait un nom différent. D’autres disaient qu’ils l’ont vu et qu’elle a même changé d’apparence. En réalité, Frida vivait sous une fausse identité, repliée dans une contrée isolée, loin de tout.
Et chaque soir, avant de fermer les yeux, elle priait un Dieu qu’elle n’osait plus croire qu’il l’écoute après les actes qu’elle a commis, suppliant que ses anciens bourreaux ne la retrouvent jamais. Car la secte ne pardonne jamais. Et Frida, la star disparue, le sait. Un jour ou l’autre, au détour d’une rue, dans le reflet d’un miroir, elle croisera peut-être à nouveau le regard glacé de ceux qui n’oublient jamais.
Et ce jour-là, tout recommencera. La soif de gloire et de succès facile peut mener à vendre son âme et à sacrifier son humanité. Derrière les apparences étincelantes du pouvoir et de la célébrité se cachent souvent des compromis mortels. Certains chemins rapides vers la réussite mènent tout droit à la destruction de soi et des autres.