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Ils vivaient ensemble… sans voir le mal naître sous leurs yeux

Ils vivaient ensemble… sans voir le mal naître sous leurs yeux

Ils vivaient ensemble  sans voir le mal naître sous leurs yeux. Parfois le pire danger ne vient ni de la rue ni du hasard. Il peut vivre juste à côté de nous, partager nos repas, écouter nos rêves. Quand les drames commencent,  personne ne comprend pourquoi, mais certaines vérités sont plus sombres que la mort elle-même.

 Bienvenue sur les histoires de Flo, div. Aurélien posa ses valises contre le  mur et fit le tour des pièces. Ici, personne ne savait d’où il venait.  Cette seule pensée suffisait à alléger un peu le poids qu’il portait sans le dire. Des pas montèrent soudain dans l’escalier, accompagné de deux voix qui semblaient se répondre depuis le bas.

 La porte s’ouvrit presque aussitôt, laissant  entrer un jeune homme en sueur, tenant un sac de voyage sur l’épaule et traînant deux valises. “Ah, nous sommes enfin arrivés !”, souffla-t-il en regardant autour de lui. “Oui,  enfin”, répondit calmement celui qui le suivait. Le second referma doucement la porte avant de lever les yeux vers Aurélien.

 Un court silence passa entre eux. Ce moment hésitant où chacun cherche les mots les plus simple. “Je pense que  nous allons vivre ensemble”, dit finalement Aurélien d’une voix posée. Le premier esquissa un sourire fatigué. “Moi, c’est Matis. Lui, c’est Arthur.  On s’est croisé devant la boutique en bas. On venait dans le même immeuble.

” “Aurélien”, répondit-il simplement. Arthur observa encore la pièce puis lâcha. Au  moins, c’est calme ici. Personne ne répondit, mais les trois ressentirent la même chose.  Ce calme pouvait être une chance. L’installation prit le reste de l’après-midi. Matis parlait facilement. Arthur, lui, mesurait chaque mot avant de le dire.

  Aurélien écoutait surtout, intervenant seulement quand il le fallait. En début de soirée, ils sortirent acheter à manger en y ajoutant quelques boissons. Ils mangèrent assis sur des chaises encore entourés de sa couvert. “Si on survit à ce repas, on survivra au reste”,  plaisanta Matis. Arthur eut un léger sourire.

 “Le plus dur, c’est de payer le loyer chaque mois, pas le riz. “On va s’en sortir”, dit Aurélien. La nuit tomba rapidement, avalant les bruits de la rue un à  un. Dans l’appartement, chacun rejoignit sa chambre plus tôt que prévue, fatigué par la chaleur et le déménagement.  Les premiers jours passèrent vite.

 Chacun trouva peu à peu son rythme sans qu’ils aient besoin d’en parler vraiment. Le matin,  les départs se faisaient à des heures différentes, dans un mélange de pas pressé et de portes refermées doucement  pour ne pas réveiller les autres. Le soir, il se retrouvait parfois dans la pièce principale, fatigué mais soulagé de ne pas être seul.

 Matis travaillait dans un atelier de réparation de téléphone au bout d’une rue toujours bruyante. Arthur, lui, passait ses journées entre des démarches administratives et de longues absences dont il ne parlait pas beaucoup. Il disait simplement qu’il cherchait quelque chose de stable, sans préciser quoi.

 Quant à Aurélien, personne ne savait exactement ce qu’il faisait toute la journée. Il disait faire de petites affaires.  Cette discrétion ne semblait déranger personne. Au contraire, elle installait autour de lui une forme de confiance  silencieuse. Un soir, près de deux mois après leur arrivée, Matisa un sachet de pain sur la table basse.

 “Aujourd’hui, c’est moi qui offre. Petite  victoire”, dit-il avec un sourire. “Quelle victoire ! à Arthur en s’asseyant. Aujourd’hui, le patron m’a confié les appareils de ses propres clients, pas seulement  ceux qui passent au hasard. S’il continue comme ça, je pourrais garder la place pour de bon.

 Au moins, je ne resterai pas à courir partout chaque matin. C’est déjà beaucoup, répondit Arthur doucement. Ils mangèrent en silence quelques instants, savourant surtout le calme du soir. Puis leva les yeux vers Arthur. Et toi, tes démarches ? Ça avance ? Arthur  hésita une seconde comme s’il faisait ses mots. Oui, un peu.

 Mais ce n’est pas ça que je voulais vous dire. Ah, là tu m’intéresses dit Matis.  Un léger sourire passa sur le visage de Arthur, mais son regard resta sérieux. J’ai reçu une réponse aujourd’hui pour une formation, une vraie, pas juste quelque chose pour attendre.  Où ça ? demanda Aurélien. Dans une société de logistique.

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 Il forment pendant 6 mois et ensuite ils  embauchent presque toujours. Matis siffla doucement. Ça, c’est du solide. Arthur  hocha la tête. Oui, et si tout se passe bien dans un an, je pourrais prendre mon propre appartement et aider ma mère aussi. Sa voix n’était pas fière, seulement sûre. Comme quelqu’un qui voyait déjà le chemin devant lui. Matis sourit.

 Frère, si ça marche, c’est nous qui viendrons manger chez toi.  Arthur eut un petit rire. Vous serez les premiers invités. Aurélien, lui, regardait simplement la  table, puis il releva la tête. Tu as raison de t’accrocher, dit-il calmement. Les choses sérieuses prennent du temps, mais elles tiennent mieux après.

  Arthur acquissa en silence. La conversation glissa ensuite vers des sujets plus légers, un voisin trop bruyant, un match de football que Matis commentait avec passion. Les rires revinrent remplir la pièce. effaçant la gravité du moment précédent.  Pourtant, quelque chose avait changé. Rien de visible, rien qui puisse inquiéter.

  Seulement cette impression très discrète qu’un avenir venait d’être prononcé à voix haute et qu’une fois les mots sortis, il ne pouvait plus être repris. Rien ce matin-là ne semblait différent des autres.  Matis était parti le premier, pressé comme toujours, promettant de revenir tôt s’il n’y avait pas trop de clients à l’atelier.

 Arthur, lui, s’était préparé sans hâte.  Il devait passer déposer des documents pour sa formation. Avant de sortir, il s’était arrêté dans le salon. “Je reviens dans l’après-midi”,  avait-il dit. “D’accord”, répondit Aurélien depuis la chambre. “Bon courage. La porte s’était refermée. La journée avait commencé.

  Ce fut en fin d’après-midi que tout bascula. Arthur rentra. Dès qu’il franchit le seuil, quelque  chose dans sa manière de poser son sac attira l’attention d’Aurélien. Le geste était plus lent. “Tu  es déjà là ?” demanda Arthur d’une voix basse. “Oui, toi ça va ?” Il passa une main sur son front comme pour chasser une fatigue soudaine.

 Je ne sais pas, j’ai un peu la tête qui tourne. Aurélien se redressa légèrement. “Tu as mangé ce midi ?” “Oui,  enfin, je crois.” “ien grave, sûrement la chaleur.” Il tenta de sourire, mais le sourire resta incomplet. Quelques minutes plus tard, Arthur s’assit, se penchant en avant, respirant plus lentement que d’habitude.

 Lorsque Matis arriva à son tour, il trouva la pièce silencieuse. Qu’est-ce qui se passe  ici ? On dirait un enterrement, lança-t-il en riant. Personne ne répondit. Son regard se posa sur Arthur. Frère, tu es  pâle. Juste fatigué”, répondit Arthur, mais au moment où il voulut se lever, ses jambes cédèrent légèrement sous lui. Matis le rattrapa par réflexe.

 Eh, doucement, la soirée se déroula comme dans un brouillard. On pensa d’abord à un simple malaise,  peut-être à une fièvre passagère. On lui donna de l’eau, on l’a à s’allonger, mais au lieu de s’améliorer, son état sembla glisser dans quelque chose de plus profond, de plus difficile à comprendre.

 Il n’arrivait plus à formuler une phrase. Matis faisait les 100 pas dans la pièce.  On ne peut pas rester comme ça. Il faut l’emmener à l’hôpital. Aurélien acquessa simplement.  Le lendemain, ils s’y rendirent. Arthur resta hospitalisé quelques jours. Son état commença  à s’améliorer.

La fièvre tomba. Il recommença même à parler faiblement. Le jour où il put s’asseoir seul sur son lit, Matis laissa échapper un rire nerveux qui ressemblait presque à des larmes. Tu nous as fait peur, frère. Vraiment peur. Arthur esquissa un sourire. Moi aussi. J’ai cru que c’était fini. Aurélien debout murmura : “L’important, c’est que tu sois encore là.

” Ces mots semblèrent clore l’inquiétude avec l’impression que le danger appartenait déjà au passé. Quelques jours plus tard, les médecins autorisèrent son retour à la maison. En franchissant de nouveau la porte, Arthur s’arrêta un instant dans le salon, regardant autour de lui. “Je ne pensais pas être aussi content de revoir cet endroit.

” “Repose-toi d’abord”, répondit Matis. “Le reste peut attendre.” La soirée fut calme. Avant d’aller dormir, Arthur resta un moment assis, observant ses deux colocataires.  “Merci pour tout”, murmura-t-il. Matis haussa les épaules, gêné. “On est ensemble ? Non.” Aurélien inclina légèrement la tête sans répondre.

 Au matin,  Matis frappa à la porte d’Arthur. Frère, il faut sortir manger quelque chose. Aucune réponse. Il frappa de nouveau, un peu plus fort. Arthur, une inquiétude  traversa soudain sa poitrine. Il poussa la porte. Arthur était allongé sur le lit,  dans la même position que la veille, paisible.

 Matis s’approcha. “Eh, lève-toi !”  dit-il. Sa main trembla en touchant son épaule. Le froid du corps répondit avant tout le reste. Le cri qui suivit brisa le silence de l’appartement.  Quelques instants plus tard, des pas rapides se firent entendre dans le couloir.

 Aurélien apparut à la porte, le visage encore marqué par le sommeil. “Qu’est-ce qui se  passe ?” lança-t-il, la voix encore chargée d’inquiétude. Son regard passa de Matis au lit puis se  figea. “Arthur Il s’approcha rapidement, sans comprendre, cherchant un signe, un mouvement, quelque chose qui démentirait l’évidence silencieuse de la pièce.

“Arrthur,  tu m’entends ?” dit-il en posant doucement la main sur son bras. “Aucune réaction. Il secoua légèrement l’épaule comme on le ferait pour réveiller quelqu’un plongé dans un sommeil trop profond.” “Matish ! Qu’est-ce qu’il a ?” demanda-t-il. Mathis secouait la tête, incapable de répondre, les larmes coulant déjà sur son visage.

 Je je ne sais pas, il ne se réveille pas. Son regarda, envahi par une incompréhension muette. Non, dit-il presque pour lui-même. Ce n’est pas possible. Il allait mieux. Il éclata en sanglot. On doit  on doit appeler quelqu’un, dit Aurélien. Un médecin, un voisin, n’importe qui. Sa voix tremblait légèrement maintenant, brisée par la panique qui gagnait la pièce.

 La famille d’Arthur était venue pour faire le nécessaire.  Les jours qui suivirent la mort d’Arthur passèrent comme dans un brouillard épais. Matis restait longtemps assis, les yeux perdus,  incapable de comprendre comment une vie pouvait s’arrêter entre deux nuits ordinaires. Après l’enterrement, le temps reprit lentement sa marche.

 Pendant plusieurs jours, ils vécurent ainsi,  côte à côte, sans vraiment parler. Le deuil n’était pas bruyant. Il était posé là entre eux comme un objet fragile qu’on évite de toucher. Tr jours plus tard, le téléphone d’Aurélien sonna en fin de matinée. Il écouta, répondit par quelques mots courts puis raccrocha.  Matis leva les yeux.

 C’était le propriétaire, dit Aurélien. Il dit qu’il a quelqu’un pour la chambre. Une fille, elle passerait voir l’appartement dans les jours qui viennent. Matis baissa  la tête. Il n’avait pas vraiment le choix. Le loyer ne pouvait pas rester partagé en deux. D’accord  ! Murmura-t-il finalement. Elle arriva en fin d’après-midi de jours plus tard.

 On frappa doucement à la porte. Aurélien alla ouvrir. Une jeune femme se tenait sur le seuil. “Bonjour, je viens pour la chambre”,  dit-elle d’une voix calme. “Entre”, répondit Aurélien en s’écartant. Matis resta assis, observant sans parler. La jeune femme parcourut le salon du regard avec retenu, sans curiosité excessive.

“Je m’appelle Iiane”, ajouta-t-elle après un court silence. “Aurélien”, dit-il. Et lui, c’est Matise. Elle hoa la tête avec un petit sourire poli. Aurélien montra simplement le couloir. La chambre est au fond, tu peux regarder. Quelques minutes plus tard,  Ian revint dans le salon. Ça me va, dit-elle.

 Je peux m’installer rapidement si ça ne vous dérange pas.  Matis échangea un bref regard avec Aurélien. Non, tu peux venir, répondit Aurélien. Une semaine plus tard, une nouvelle présence entra dans l’appartement.  La présence d’Éliane change doucement le rythme de l’appartement. Le matin, elle partait tôt pour son travail.

  Le soir, elle rentrait discrètement puis s’occupait de ses affaires sans déranger personne. Un samedi en fin d’après-midi, quelqu’un frappa à la porte avec énergie. “Ouvre, grand frère  !” cria une voix familière. Matis sourit avant même d’ouvrir Kylian.  Son cousin entra comme un courant d’air, le visage éclairé d’une joie qu’on ne voyait pas souvent dans la famille.

 Il serra  Matis contre lui avec force. Aujourd’hui, je viens avec une vraie nouvelle. pas les petites histoires.  Tu t’es marié en secret, plaisanta Matis. Kilian éclata de rire. Mieux que ça.  Promotion officielle, nouveaux postes, nouveaux salaire et le directeur m’a parlé d’une formation à l’étranger l’année prochaine.

 Frère, c’est  sérieux ? Murmura Matis avec admiration. Cette fois, oui, on commence enfin à sortir de la galère. Même Ian souriait franchement. Aurélien observait la scène, le regard posé sur Kylian avec une attention difficile à lire. Ce  soir-là, ils mangèrent ensemble. Ils parlèrent d’avenir. Une semaine plus tard, le téléphone de Matis sonna. La voix au bout du fil tremblait.

 Un accident de moto. Kylian avait été transporté d’urgence à l’hôpital. Matis resta longtemps sans bouger après avoir accroché le téléphone encore serré dans sa main. “Qu’est-ce qu’il y a ?” demanda Ian d’une voix inquiète.  Il répondit à peine. “Kilian, accident ! Il est à l’hôpital.” Le mot hôpital sembla refroidir l’air autour d’eux.

 Il alla rendre visite à son cousin à l’hôpital. Kilian était allongée sur le lit, le visage marqué par la douleur et les médicaments. “Tu es venu”, dit-il. “Bien sûr que je suis venu, frère”, répondit Matis. Il chercha un sourire, mais celui-ci resta coincé quelque part entre sa gorge et sa poitrine. “Les médecins disent quoi ?” demanda-t-il.

 “Ils  disent que je suis vivant mais que je ne marcherai peut-être plus comme avant.” Matis sentit quelque chose se tendre en lui. Il posa une main sur le bras de son cousin sans trouver quoi dire. Kylian eut  un léger souffle qui ressemblait presque à un rire. La promotion, l’étranger, tout ça, c’est fini maintenant. Matis baissa les yeux.

“L’essentiel, c’est que tu sois encore là”, dit-il. Des mois passèrent. À l’atelier, le patron appela Matis à l’écart. Son visage,  d’habitude fatigué, portait une excitation inhabituelle. “Écoute, j’ai une bonne nouvelle. Un vrai local vient de se libérer au marché central. Si tout se passe bien, on signe cette semaine.

Nous élargirons aussi l’activité à la revente de téléphone  et je te garde officiellement avec moi. Matis reste affigé. Un vrai contrat ? Oui. Salaire fixe. On devient un vrai atelier. Pendant quelques secondes, il ne trouva rien à dire. La joie arrivait trop vite. Le soir, il annonça la nouvelle à l’appartement.

 Cette fois,  même son sourire, était revenu. “Si marche”, dit-il doucement. Tout peut changer. Aurélien souriait tout en le félicitant.  L’incendie eut lieu quelques jours après leur eménagement alors qu’il commençait à avoir de la clientèle dans le nouveau local. Personne ne su vraiment comment le feu avait commencé.

 Il ne restait que des murs noircis et une odeur de fumée froide.  Matis sentit quelque chose se vider en lui sans bruit. Encore une fois, juste au moment où la vie semblait s’ouvrir, un soir, il restait assis dans la pièce principale.  On dirait que dès qu’une chose commence à aller bien, commençaatis, quelque chose vient l’éteindre.

 Eliane regardait la fenêtre, les yeux perdus dans la nuit. “Peut-être que c’est juste une mauvaise période”,  dit-elle. Aurélien ajouta : “Parfois la vie éprouve seulement ceux qui doivent tenir longtemps.” Matis passait désormais ses journées à chercher du travail dans d’autres ateliers du quartier. Un soir, en entrant, il posa  son sac sans un mot. Aurélien leva les yeux.

“Toujours rien. Matis  secoua la tête. Ça finira par venir”, dit Aurélien. Quelques semaines plus tard, Ian  resta debout un moment dans le salon avant de parler. Là où je travaille, ils disent qu’ils vont réduire le personnel. Pas tout de  suite, mais bientôt. Tu es concerné ? Demandais.

 Je ne sais pas encore. Aurélien resta quelques secondes pensif puis dit d’une voix posée : “De mon côté aussi,  ce n’est pas facile en ce moment.” Matis tourna la tête vers lui. C’était la première fois qu’il parlait vraiment de son travail.  “Tes affaires ?” demanda-t-il. Aurélien acquessa légèrement.

 Je pensais que ça allait repartir, mais je commence à douter. Il baissa les yeux en disant cela comme quelqu’un qui accepte difficilement sa propre inquiétude. Matis  observa Aurélien plus longtemps que d’habitude. Malgré tout, tu restes toujours calme, dit-il. Aurélien eut un léger sourire. Si quelqu’un doit paniquer ici, autant que ce ne soit pas moi.

 Matis fit un sourire bref. Un soir, l’appartement était calme.  Matis n’était pas encore rentré. Iiane était assise près de la table basse, le regard plongeait dans son téléphone tandis qu’Aurélien faisait lentement les 100 pas entre la fenêtre et le mur, perdu dans des pensées qu’il ne partageait plus depuis plusieurs jours.

 Puis, sans le moindre bruit, son mouvement s’interrompit. Sa main jaillit vers sa gorge comme sous l’emprise d’une pression invisible. Au début,  Eliane crut à une simple quinte de tout. Aurélien, il ne répondit pas. Ses doigts se crispèrent davantage contre son cou. Ses épaules se tendirent et son visage changea d’un coup envahi par cette panique muette  de quelqu’un qui cherche de l’air et n’en trouve plus. Iian se leva.

Aurélien, qu’est-ce que tu as ? Dis quelque chose.  Il tenta de parler mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Seul un bruit étouffé passa entre ses lèvres. Ses yeux s’écarquillèrent d’une terreur profonde. Iian posa ses mains sur ses épaules.  Respire doucement. Respire. Mais elle sentait sous ses doigts son corps se réduire davantage comme tiré vers l’arrière par une force invisible.

 Pendant une seconde insupportable, elle eut réellement l’impression qu’il allait mourir devant elle  là au milieu du salon. Aurélien réussit enfin à arracher un fragment de mots presque inaudible. Ça, ser,  sa phrase se coupa aussitôt étranglé avant d’exister.

 Puis aussi brusquement que l’étinte avaient commencé, la pression disparut. L’air entra dans ses poumons avec violence. Il inspira profondément, encore et encore. Ses jambes cédèrent presque. Eliane le retint juste à temps pour l’empêcher de tomber. “Mon Dieu !” souffla-t-elle. “Tu tu allais mourir.” Il secoua faiblement la tête, incapable de répondre tout de suite.

 Sa main restait posée sur sa gorge comme pour vérifier qu’elle était encore libre. Iian sentit un froid discret lui traverser la poitrine  parce qu’elle aussi l’avait compris. Ce qu’elle venait de voir ne ressemblait pas à une simple crise. Les jours qui suivirent la crise ne ramenèrent aucun apaisement. Un soir, tout éclata.

 Aurélien sortit de sa chambre en claquant violemment la porte. Ça suffit. Matis releva la tête. Quoi encore ? Vos jeux stupides ! Arrêtez  ça. De quoi tu parles ? Demandais déjà tendu. Des choses déplacées de quelqu’un qui entre dans ma chambre quand je ne suis pas là. Eliane fronça les sourcils.

 Personne n’entre dans ta chambre. Mensonge ! Lança Aurélien. Sa voix tremblait maintenant. Vous pensez que je ne vois rien ? Que je ne comprends  pas ? Matis se leva brusquement. Fais attention à ce que tu dis. Alors dis-moi la vérité. Pourquoi vous me faites ça ? On ne te fait rien du tout ! Cria  Matis. Tu deviens injuste.

 Aurélien retourna dans sa chambre, claquant de nouveau la porte avec frustration.  Depuis la dispute, l’appartement semblait vivre dans une retenue permanente.  Cette nuit-là, Aurélien dormait tranquillement quand soudain, une voix raisonna. Les yeux d’Aurélien s’ouvrirent brutalement dans l’obscurité.

 Son corps resta immobile, paralysé par cette peur primitive qui empêche même de respirer trop fort. Il voulut se convaincre qu’il rêvait encore. Alors, la voix revint. Pourquoi tu as fait ça, Aurélien ? Un  frisson traversa tout son dos. Il s’assit sur le lit. Qui ? Qui est là ? Un silence répondit d’abord, puis une seconde voix différente.

  Tu te souviens de moi ? Quand tu es allé le voir, son souffle se bloqua.  Il se leva, tournant sur lui-même, affolé. Non, balbucia-t-il. Non, laissez-moi. Un troisième murmure s’ajouta comme si la pièce se remplissait de présence invisibles.  Il tomba à genoux. Tu disais que ce n’était rien, juste un peu de fièvre.

 Les mots  s’enfonçaient en lui avec une précision cruelle. Réveillant des souvenirs qu’il avait passé des années à enfouir, il se boucha les oreilles à deux mains.  Arrêtez, souffla-t-il, s’il vous plaît, arrêtez. Son corps commença à trembler malgré lui. Tu étais là quand on pleurait. Tu nous consolais. Tu disais que Dieu avait décidé.

 Il se recroquevilla dans un coin de la chambre. Je ne voulais pas, murmura-t-il déjà au bord des larmes. Je ne voulais pas que ça aille si loin.  Un sanglot lui échappa. Le silence retomba d’un coup. Aurélien resta tendu, fragile, les yeux ouverts dans l’obscurité. Le lendemain, il marcha comme un homme qui porte un poids invisible sur les épaules.

 Une nuit,  Matis, assis dans le salon, réparait un téléphone absorbé pour chasser la fatigue accumulée ces derniers jours. Dans la chambre,  Eliane était allongée. Aurélien était dans la cuisine en train de couper les légumes pour un repas.  Soudain, il apparut dans le salon, son regard fixé devant lui, puis son visage se vida de tout sang. Non.

chuchota-t-il.  Matis releva la tête, surpris. Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a encore ? Les yeux d’Aurélien restaient accrochés à un point précis de la pièce. Il est là, souffla-t-il. Qui ? Demandais.  La voix d’Aurélien trembla. Arthur, arrête, dit Matis déjà inquiet.

 Il est là, répéta Aurélien plus fort, les yeux écarquillés. Juste devant moi, dans la chambre, Ian ouvrit brusquement la porte et arriva au salon. Que se passe-t-il  ? Matis répondit sans la regarder. Il dit qu’il voit. Arthur. Qui ça ? Demanda-t-elle perdue.  Personne ne répondit parce qu’au même instant, Aurélien recula d’un pas, sentant quelque chose avancer vers lui.

 “Ne t’approche  pas !” souffla-t-il. “S’il te plaît, ne t’approche pas. Aurélien !” dit Matis, “Il n’y a  personne.” Mais Aurélien secou la tête, incapable de détacher ses yeux de cette présence invisible pour les autres. Si”, confirma-t-il.  “Il est là. Arthur est là. Je vais parler”, dit-il. “Je vais tout dire.

 Ne me  tue pas. Tu répètes ce nom depuis tout à l’heure. C’est qui ?” demanda Ian. “C’est celui qui vivait ici avant toi ?” dit Matis finalement dans ta  chambre. On avait emménagé ensemble tous les trois. Iian sentit son ventre se serrer. “Il est mort.”  Mati la tête. Oui, il venait de décrocher une formation, quelque chose de sérieux qui allait  vraiment faire avancer sa vie.

 Il était heureux pour la première fois depuis longtemps. Au milieu du salon, quelque chose se déchira en aurélien.  Sa voix sortit avec une force dure, presque violente, comme une colère trop longtemps retenue. Il n’avait qu’à se terre.  Les mots claquèrent dans la pièce. Matis était incapable de placer un mot.

 Toujours à parler de ses projets continua Aurélien. Toujours à montrer qu’il avançait,  qu’il réussissait. Matis se coouait la tête bouleversé. Tu  es en train de dire que tu lui en voulais d’être heureux ? La colère d’Aurélien vacilla soudain. Je sentais quelque chose brûler ici, ajouta-t-il en posant une main sur sa poitrine.

 Une jalousie que je ne savais pas arrêter.  Eliane retenait son souffle. La première fois, continua-t-il, on m’a dit qu’il existait des moyens juste pour équilibrer  les choses, pour ralentir quelqu’un. Je le faisais depuis. Je consultais des féticheurs. Il s’en chargeait et  moi, je laissais grandir ce désir.

 Il ferma les yeux une seconde, revoyant la scène. Après ça, tout est devenu plus facile. Je payais  et les maladies arrivaient. les échecs, les accidents. Sans explication, Matis sentit ses mains devenir froides. Tu racontes quoi là ? Aurélien ne le regardait même plus. Ses yeux restaient fixés devant lui vers cette présence invisible qui semblait attendre chaque mot.

 “Ce n’est pas seulement Arthur”, dit-il. “Qu’est-ce que tu veux dire ?” demandais. Les yeux d’Auréliens se remplirent de larmes.  “Ton cousin Kilian ?” Le prénom tomba dans la pièce avec une violence muette. “N’ose  même pas. Tu mens ? Dis-moi que tu mens”, souffla Mathis déjà pâle. “J’ai payé”, murmura Aurélien.

 Comme les autres fois et quelques jours après, la  moto, l’hôpital, sa voix se brisa complètement. Quelque chose explosa dans le regard de Matis. “Tais-toi !” Le cri sortit comme un rugissement. Il bondit en avant, le point déjà levé, prêt à  frapper sans réfléchir. “Tu vas te taire, tu vas te taire.” Ei réagit avant l’impact.

 Elle s’interposa, attrapa Matis de toutes ses forces et le repoussa en arrière. Matis ! Non ! Non ! Il se débattit encore une seconde, aveuglé par la colère, puis l’énergie quitta son corps.  Ses pas reculèrent seul jusqu’au mur. Son dos s’y heurta doucement. La veuve continuait, impossible à retenir désormais.

 L’atelier aussi”, dit Aurélien dans un souffle. Le nouveau local, le feu. Ce n’était pas un hasard. Les jambes de Matis cédèrent presque sous lui. Pourquoi ? Pourquoi tu ferais ça  à moi ? Cette question resta suspendue sans défense. Aurélien pleurait ouvertement maintenant, incapable de soutenir le regard de celui qui l’appelait encore frère quelques jours plus tôt.

 Chaque mot sortait comme une blessure. J’ai j’ai laissé la jalousie parler.  Ei dit presque pour elle-même : “Mon Dieu, dans quel endroit je suis entré ?” Personne ne lui répondit parce qu’au centre du salon, la vérité venait de tout emporter.  Aurélien leva lentement les yeux vers l’espace vide devant lui, là où lui seul voyait encore Arthur.

 Ses mains tremblaient dans le vide, tendu vers une présence invisible. S’il te plaît, pas comme ça.  Matis ne voyait toujours rien. Eliane non plus. Après cette nuit-là, plus rien ne fut jamais dit à voix haute dans l’appartement. Les mots avaient déjà tout détruit. La maladie d’Aurélien commença  abandonner la lutte qu’il menait depuis des jours contre quelque chose d’invisible.

 Matis lui ne lui adressait plus la parole. Il vivait dans le même appartement mais son regard glissait désormais sur Aurélien comme sur un étranger. Seul Eliane continuait de franchir la distance, pas par compréhension, seulement par cette humanité simple  qui empêche de laisser quelqu’un mourir seul à quelques mètres de soi.

 “Comment tu te sens aujourd’hui ?” demandait-elle. La question revenait chaque jour identique.  Fatigué, répondait-il presque toujours. Deux jours plus tard, il annonça qu’il voulait partir. Je dois rentrer  là-bas. Tu es sûr de pouvoir voyager dans cet état ? Demanda Ian. Il esquissa un sourire presque invisible.

  Je dois y aller avant que avant que ce soit trop tard. Elle ne posa pas de questions. Certaines  réponses n’ont pas besoin d’être dites. Le départ eut lieu tôt le matin. Les jours suivants reprentent leur cours sans bruit. Les semaines passèrent sans apporter la moindre nouvelle. On nut plus jamais de nouvelles d’Aurélien.

 On ne su jamais ce qu’il était devenu. Matis  décida de partir. Il quitta définitivement la colocation. Il ne chercha pas un autre appartement partagé. Il choisit de vivre seul, quitte à  s’installer dans un coin isolé de la ville. Eliane resta encore quelques semaines et partit elle aussi.

  L’appartement accueillait ensuite d’autres locataires, des inconnus, des vie nouvelle. Tout ce qui s’y était passé  sembla disparaître. On peut partager un toit avec quelqu’un sans jamais connaître la tempête qui grandit en lui. Détruire une vie ne rend jamais une autre plus belle. Cela ne fait qu’agrandir le vide déjà présent.

  Chercher à ralentir les autres ne fera jamais avancer sa propre vie.