Diagnostic de cancer à deux reprises, huit traitements : La vérité brutale sur la souffrance silencieuse du guitariste Ronnie Wood
Le monde du rock l’a toujours connu comme le “souriant” des Rolling Stones, le médiateur capable de désamorcer les tensions explosives entre Mick Jagger et Keith Richards. Mais à 78 ans, Ronnie Wood a décidé de faire tomber le masque. Ce n’est pas l’histoire d’une rockstar blasée, mais celle d’un homme qui, selon ses propres mots, “ne devrait pas être là”. Derrière les riffs de guitare et les costumes pailletés se cache la trajectoire d’un survivant qui a traversé les flammes de l’enfer avant de trouver une paix inattendue.

1964 : Le Fantôme qui a tout Déclenché
Pour comprendre l’autodestruction de Ronnie Wood, il faut remonter bien avant les stades bondés. En 1964, à la veille de son anniversaire, le jeune Ronnie subit un choc dont il ne parlera que des décennies plus tard. Sa petite amie de l’époque, Stéphanie de Cour, meurt brutalement dans un accident de voiture. Ronnie aurait dû se trouver dans le véhicule.
Dans l’Angleterre ouvrière de l’époque, on ne traite pas les traumatismes ; on les noie. Ce deuil impossible devient le point de rupture. Pour Ronnie, l’alcool et les drogues ne sont pas de simples amusements de star, mais une anesthésie vitale. “J’ai vécu et elle non”, confiera-t-il avec émotion. Ce sentiment de culpabilité du survivant va dicter ses choix pendant cinquante ans, le poussant à flirter avec la mort comme pour égaliser les scores.

L’Enfer des Rolling Stones : “L’Apprenti” du Chaos
Lorsqu’il rejoint les Rolling Stones en 1975, Ronnie entre dans ce qu’il décrit comme un “immeuble magnifique en flammes”. Paradoxalement, bien qu’il soit le visage indispensable du groupe, il restera pendant près de vingt ans un simple “employé” payé à la tournée, exclu des royalties colossaux de la marque. Cette position précaire alimente son insécurité.
Pour survivre à la pression d’un empire qui ne dort jamais, Ronnie s’enfonce dans une consommation de cocaïne et d’héroïne qui terrifie même ses proches. Keith Richards, pourtant loin d’être un enfant de chœur, devient son garde-fou brutal. Lors d’une tournée, voyant Ronnie se perdre totalement dans la drogue et l’infidélité, Keith le frappe violemment au visage. Ce n’était pas de la haine, mais un avertissement de survie : chez les Stones, on peut être défoncé, mais on ne doit jamais trahir la fraternité. “Je devais être défoncé juste pour me sentir normal”, avoue-t-il aujourd’hui.

La Chute et le Miroir Brisé
Le milieu des années 2000 marque le point de non-retour. Après des décennies d’abus, le corps et l’esprit de Ronnie lâchent. Son mariage avec Jo Wood, qui l’a soutenu pendant 23 ans, explose lorsqu’il s’enfuit avec une serveuse de 19 ans dans une débauche alcoolisée qui fait les choux gras des tabloïdes. Surnommé le “roi gobelin” pour son comportement erratique et violent, Ronnie est au fond du gouffre.
Il lui faudra huit passages en cure de désintoxication pour que le déclic survienne enfin. Ce n’est pas une révélation mystique, mais un constat de solitude extrême : même Keith Richards ne répond plus à ses appels. Seul face à ses démons, Ronnie saisit ses pinceaux. La peinture, sa passion de jeunesse, devient sa thérapie. Il peint pour ne pas trembler, il dessine pour ne pas boire. Chaque trait de fusain est une seconde de gagnée sur l’addiction.
La Double Bataille contre le Cancer : “Que la lutte commence”
Alors qu’il a enfin trouvé la sobriété et une nouvelle stabilité auprès de Sally Humphreys, le destin frappe à nouveau. En 2017, un examen de routine révèle une “supernova” dans son poumon gauche : un cancer. Avec la bravade qui le caractérise, il refuse la chimiothérapie (“je ne voulais pas perdre mes cheveux”), mais subit une opération lourde de cinq heures.
À peine remis, une forme encore plus agressive de cancer, le carcinome à petites cellules, le frappe en 2020. En pleine pandémie, Ronnie mène ce combat en silence, porté par l’amour de ses jumelles, Alice et Gracie, nées alors qu’il avait 69 ans. “J’avais deux petites filles qui pensaient que j’étais Superman, je ne pouvais pas m’effondrer.” Miraculeusement, il entre en rémission une seconde fois. L’homme qui fumait deux paquets par jour pendant cinquante ans a vaincu la maladie, transformant son agonie en un message d’espoir pour le dépistage précoce.
La Rédemption : Des Solos aux Licornes
Aujourd’hui, le Ronnie Wood de 78 ans est méconnaissable. L’ancien fêtard invétéré mène une vie que les tabloïdes des années 70 n’auraient jamais pu imaginer. Il jardine, médite et accompagne ses filles à l’école. Sa créativité, autrefois alimentée par les substances, s’exprime désormais dans des œuvres d’art cotées et une présence scénique plus précise que jamais.
“Je croyais être invincible. Aujourd’hui, je sais que j’ai eu de la chance”, dit-il en préparant un smoothie vert. Ronnie Wood est la preuve vivante que la rédemption n’a pas d’âge. Il a cessé de courir après les ombres de 1964 pour embrasser la lumière de ses vieux jours. Pour les fans, il reste le guitariste légendaire ; pour lui-même, il est simplement un homme qui a enfin appris à vivre avec le silence, loin du fracas des bouteilles et de la fureur du rock.
La chose la plus bruyante qu’un rocker puisse faire à 78 ans, c’est d’être encore là, sobre et heureux. Et Ronnie Wood le fait avec une élégance que seul un véritable survivant peut posséder.