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« Démon, sors de cette maison ! » : Quand le rêve immobilier devient un cauchemar sanglant

« Démon, sors de cette maison ! » : Quand le rêve immobilier devient un cauchemar sanglant

Démon sort de cette maison. Le moteur du 44 s’est éteint dans un soupir mécanique laissant place à un silence presque trop parfait. Malik a retiré ses lunettes de soleil contemplant la façade blanche immaquilée qui se dressait devant eux. C’était une architecture audacieuse, cubique, moderne, le genre de villa que l’on voit dans les magazines de décoration à Abidjan ou à Dakar.

 De grandes bai vitrées reflétaient le soleil de midi et le jardin bien que nécessitant un peu d’amour était vaste bordé de haut murs sécurisés. Sarah est descendue côté passager, s’est ar claquant sur le pavé de l’allée. Elle a ajusté son sac à main, pluissant les yeux vers le toit terrasse. C’est incroyable, Malik. Vraiment, je n’arrive toujours pas à croire qu’on ait eu les clés aujourd’hui.

 Malik a contourni la voiture pour la rejoindre, un sourire satisfait aux lèvres. Il a possé un bras autour de ses épaules, l’attirant contre lui. Je te l’avais dit, chérie, la patience s’apa toujours. Le marché immobilier est une jungle et je suis le roi de la négociation. Le notaire n’en revenait pas lui-même. À ce prix-là, dans ce quartier, c’est pratiquement du vol.

 Sarah a rit doucement, mais son regardé les environs. Le quartier était hupé, résidentiel. Pourtant, il y avait quelque chose d’étrange. Les villoisines semblaient tout occupé, mais les rues étaient des herpes. Pas de gardiens assis sur des banc à discuter, pas de vendeur ambulant de café, pas d’enfants jouant au ballon, juste le béton, la chaleur et ce silence.

 C’est calme, a-t-elle noté. Vraiment très calme. C’est ce qu’on appelle le luxe, Sarah, la tranquillité. On est loin du bruit du centre-ville, des klaxones et de la pollution. Ici, on va pouvoir respirer. On va pouvoir construire notre avenir. Il a sorti le trousseau de clé, le faisant teinter triomphalement. Allez, viens, on va inspecter notre royaume.

 Ils ont franchi la porte d’entrée massive en bois exotique. L’intérieur sentait le neuf, mêlé à une légère odeur de renfermée typique des maisons restaient vites trtemps. L’air était frais, climatisé par le système central que Malik avait fait réviser avant leur arrivée. Le salon était gigantesque, baigné de lumière. Malik a commencé à arpenter la pièce, mimant l’emplacement des futurs meubles.

Là, on mettra le grand canapé d’angle en cuir et ici, sur ce mur, l’écran géant. Je veux que le système son soit intégré au plafond. Je ferai venir les techniciens demain et regarde cette vue sur le jardin. Je vais y faire creuser une piscine et peut-être installer une fontaine moderne, quelque chose de zen avec des pierres noires.

Sarah, elle restait près de l’entrée. Elle observait les murs, elle avait cette sensation. ce petit frisson dans la nuque qu’elle ne pouvait pas expliquer. C’était comme si l’air était plus dense ici, comme si la maison les observer en retour. Malic, tu sais pourquoi l’ancien propriétaire est parti ? L’agence est restée très vague à ce sujet.

 Départ à l’étranger, c’est ça ? Malic s’est arrêté, les mains sur les hanches, regardant son jardin à travers la vitre. Sarah, s’il te plaît, ne commence pas. C’était une saisie bancaire ou un divorce ou un type qui a fait faillite. C’est pour ça qu’on l’a eu à ce prix. Les gens riches ont des problèmes de riche et quand il tombent, il laissent de bonnes affaires pour des gens comme nous.

 Ne cherche pas la petite bête, profite. Il avait raison, se dit-elle. Elle était trop anxieuse. C’était le stress du déménagement. Elle a pris une grande inspiration et a souri. Tu as raison. C’est magnifique. Je vais aller voir la cuisine. L’après-midi s’est déroulé dans l’effervescence de l’installation. Les déménageurs sont arrivés, déchargant carton et meubles.

 Malik dirigeait les opérations comme un chef d’orchestre indiquant où placer chaque objet. Sarah s’occupait du déballage. Vers, alors que le soleil commençait à décliner, teintant les ciels d’orange et de violet, Malik est sorti pour inspecter le périmètre extérieur. Il voulait vérifier l’état de la clôture électrique.

 En longeant le mur mitoyen, il a aperçu une silhouette de l’autre côté du grillage. C’était le gardien de la villa voisine, un homme âgé, le visage marqué par le temps, vêt d’un uniforme bleu délavé. Il était assis sur un tabouret bas etgrenant un chapelet musulman, ses lèvres bougeant silencieusement. Malik du mur jovial s’est approché du grillage.

 “Bonsoir chef, on est les nouveaux voisins, Malik et Sarah, on vient d’arriver.” L’homme a levé la tête lentement, ses yeux étaient troubles mais son regard était d’une intensité perçante. Il n’a pas souri, il n’a pas rendu la salutation. Il a fixé Malik puis a regardé la maison derrière lui.

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 Une expression de pure terreur a traversé son visage. Il s’est levé brusquement, serrant son chapelet contre sa poitrine. Malik, un peu décontenancé, a insisté. Tout va bien ? On ne veut pas déranger. On voulait juste se présenter. C’est un quartier tranquille, n’est-ce pas ? Le vieil homme a reculé d’un pas comme si Malik était contagieux.

 Sa voix était rque, tremblante. La terre a soif ici, mon fils. La terre a très soif. Ne lui donnez pas à boire. Malik affronç les sourcils ne comprenant pas. Pardon ? De l’eau pour les plantes ? Oui, je compte installer un système d’irrigation. Le jardin est un peu sec. Le gardien a secoué la tête frénétiquement comme s’il parlait à un fou.

 Il a craché par terre un geste de conjuration, puis a tourné les talons et a couru, oui, couru, vers la guérite de sa propre maison pour s’y enfermer. Malik est resté là perplexe. Il a haussé les épaules. Super, le voisin est sénil. Ça commence bien. Il est rentré dans la maison décidant de n’en pas parler à Sarah pour ne pas l’inquiéter. La première nuit fut étrange, pas cauchemardesque, juste vide.

 Le silence dont Malik avait fait les loges était devenu pesant. D’habitude, la nuit africaine est vivante. Le champ des grillons, le coassement des grenouilles, le bruit du vent dans les palmiers. Ici rien, un vide sonore absolu comme si la maison était sous cloche. Sarah s’est réveillée vers trois heures du matin. Elle avait soif.

 Elle s’est levée, marchant pied nu sur le carrelage froid du couloir. En passant devant la porte du salon, elle s’est figée. Une odeur forte, piquante. Cela sentait la terre mouillée après l’orage. Pourtant, il n’avait pas plu depuis des semaines. Et sous cette odeur de terre, il y avait autre chose.

 Une odeur métallique comme du cuivre ou du vieux sang. Elle affronçit le nez, allumant la lumière du salon. Rien, tout était en ordre. Les cartons empilés, les meubles sous plastique. L’odeur semblait venir du sol même. Elle s’est dirigée vers la cuisine, s’est servi un verre d’eau. Au moment de le porter à ses lèvres, elle a entendu un bruit sourd, lointain.

Boum, silence. Boum ! Cela venait des fondations, comme si quelqu’un frappait sur un tambour géant très loin sous terre. Ce n’était pas un bruit de tuyauterie. C’était rythmique, organique. Sarah a posé son verre, le cœur battant. Elle est retournée dans la chambre et a secoué Malik. Malik, réveille-toi, il y a un bruit.

 Malik a grenié, se tournant lourdement. Quoi ? Quel bruit ? C’est le frigo. Sarah dor. Non, écoute, ça vient du sol et ça sent la rouille dans le salon. Malik s’est redressé frottant ses yeux. Il a écouté quelques secondes. Le silence était revenu. Je n’entends rien. Chérie, tu fais une fixation. L’odeur, c’est sûrement les canalisations qui n’ont pas servi depuis longtemps.

 De moins, je ferai couler de l’eau partout. Allez, viens dormir. On a une grosse journée demain. Sarah s’est recouchée, mais elle n’a pas fermé l’œil. Elle fixait le plafond. attendant le prochain boou. Il n’est pas venu mais le sentiment de malaise ne l’a plus quitté. Trois jours ont passé. Malik était absorbé par ses projets.

 Il avait tracé des plans pour le jardin, acheter du matériel, des pelles, des pioches, du ciment. Il voulait faire les travaux préliminaires lui-même le weekend, une sorte de fierté masculine de propriétaire. “Je vais dompter ce terrain”, disait-il en riant. Sarah, elle, ne parvenait pas à s’acclimater. L’odeur de fer revenait chaque nuit, toujours à la même heure, et le silence du quartier commençait à l’oppresser.

 Le jeudi matin, alors que Malik était partie au bureau, Sarah a décidé d’explorer le fond des placards de la cuisine qu’elle n’avait pas encore nettoyé. Dans un tiroir du bas, coincé derrière la plainte, elle a trouvé une enveloppe jaunie. Elle l’a sortie. C’était une facture d’électricité datant de cinq ans.

 Le nom du destinateur n’était pas celui de l’agence immobilière. C’était un nom local, monsieur K. Mais ce n’était pas la facture qu’il a intrigué. C’était ce qui était griffonné au dos à l’encre couge d’une écriture fébrile et désordonnée. Ils ne partiront pas. Le pacte est rompu. Je dois payer la dette. Un frisson glacial a parcouru les chines de Sarah. Je dois payer la dette.

 Elle a pris son téléphone et s’est assis sur un tabouret. Elle a tapé l’adresse de la maison dans le moteur de recherche, ajoutant le nom M. K. Pendant les premières minutes, rien, juste des annonces immobilières récentes. Puis, en creusant dans les archives d’un forum local de discussion, elle a trouvé un fil de discussion datant de plusieurs années.

 Le titre était la maison maudite du quartier Riviera. Un utilisateur écrivait “Çne ne sait ce qui est arrivé à Monsieur K. Il est devenu riche du jour au lendemain, a construit cette forteresse et puis pouf, disparu. Les gens disent qu’il a fait du zamou, qu’il a sacrifié quelque chose d’important pour avoir cet argent. Sa famille a foui la maison après sa disparition.

 Ils disent que les murs pleurent la nuit. Sarah a lâché le téléphone sur le comptoir comme s’il était brûlant. Les murs pleurent, l’odeur de fer, le bruit de tambour. Elle devait en avoir le cœur net. Elle a pris ses clés et est sortie. Elle a marché jusqu’à la petite boutique à l’entrée du quartier à environ dix minutes de marche.

 La vendeuse, une dame forte au regard bienveillant l’a salué. Bonjour ma fille, tu es nouvelle ? Je ne t’ai jamais vu ici. Euh oui, tant, on vient d’emménager dans la villa blanche au fond de l’allée des palmiers. Le sourire de la vendeuse se sujetait instantanément. Elle a arrêté de ranger ses boîtes de conserve.

 Elle a regardé Sarah avec une pitié non dissimulée. La villa de Monsieur K. Vous habitez là-bas ? Oui. Pourquoi tout le monde réagit comme ça ? Qu’est-ce qu’elle a cette maison ? La femme a baissé la voix, se penchant par-dessus son comptoir. Ce n’est pas une maison pour les vivants, ma fille. Celui qui l’a construite, il a mélangé le ciment avec des choses qu’on ne doit pas toucher.

 Il voulait la puissance et l’argent, il les a eu. Mais les esprits réclament toujours leur Cette maison est restée vide pendant 5 ans. Même les voleurs n’y entrent pas. Sarah a senti ses jambes plagelées. Mais qu’est-ce qu’on doit faire ? On l’a acheté. C’est chez nous maintenant. La femme a secoué la tête tristement.

Si tu es croyante, prie. Prie beaucoup. Et surtout, ne creusez pas. Ne changez vélin. Si vous réveillez ceux qui dortent là-dessous, Dieu seul pourra vous aider. Ne creusez pas. Sarah a eu un flash. Malik Malik avait prévu de commencer à creuser pour la fontaine cet après-midi même. Il avait pris sa demi-journée.

 Elle a remercié la femme à la hâte et a couru vers la maison. Son cœur battait la chamade. Elle a sorti son téléphone en courant. Elle devait appeler l’oncle Jean. Jean était prêtre, un homme de Dieu puissant qui connaissait ces réalités spirituelles que la génération de Sarah et Malik avait tendance à oublier. Allô oncle Jean ? C’est Sarah.

 La voix de l’oncle était calme, rassurante, contrastant avec la panique de Sarah. Sarah, que la paix soit avec toi, ma fille. Tu sembles essouffler. Tout va bien ? Mon oncle, je on a eménagé dans une nouvelle maison et il se passe des choses. Les gens parlent de pactes, de sacrifices. J’ai peur, je sens une présence.

 Il y a eu un silence au bout du fil. L’oncle Jean ne riait jamais de ces choses-là. Décris-moi ce que tu sens, Sarah. L’odeur de sang la nuit, le froid et le silence, mon oncle. Un silence absolu. Malic ne me croit pas. Il dit que je suis superstitieuse, mais la voisine m’a dit de ne pas creuser, de ne pas toucher à la terre.

 “Où est Malik maintenant ?” a demandé le prêtre, sa voix devenue soudainement autoritaire. “Il est à la maison, il veut installer une fontaine dans le jardin. Il a commencé les travaux aujourd’hui.” “Sarah, écoute-moi bien. Dis-lui d’arrêter immédiatement. Je prends ma voiture, j’arrive. Ne touchez à rien. Je vais prier en route.

 Reste au téléphone avec moi jusqu’à ce que tu sois près de lui.” Sarah est arrivé devant le portail. Elle l’a ouvert avec la télécommande, mais le mécanisme était lent comme grippé. Elle s’est précipitée dans l’allée. Malik était là au milieu du jardin, tor ruisselant de sueur sous le soleil de plomb. Il tenait une grosse pioche à deux mains.

 Il s’acharnait sur une zone de terre particulièrement dure, une zone où l’herbe n’avait jamais poussé, formant un cercle de terre noire écraclé. “Malik, arrête !” a crié Sarah, le téléphone toujours à l’oreille. Malik s’est arrêté un instant, s’essuyant le front. Il avait l’air frustré, en colère même, ce qui ne lui ressemblait pas.

 Ses yeux étaient injectés de sang, sans doute à cause de l’effort et de la poussière. Quoi encore ? Je suis occupé, Sarah. Il y a une sorte de racine ou de pierre énorme ici. Ça bloque tout. Impossible de creuser pour les fondations de la fontaine. C’est dur comme du béton. Ne touche pas à ça. On le dit qu’il ne faut pas creuser.

 Malik a éclaté d’un rire nerveux et agacé. Ton oncle le curait. Qu’est-ce qu’il y connaît en jardinage ? Sarah, je suis fatiguée. Il fait chaud et cette maudite pierre me résiste depuis 1 heure. Je vais la sortir de là. C’est une question de principe. Il a levé la pioche haut au-dessus de la tête. Non, Malik, non, a hurlé Sarah.

 Au téléphone, la voix de l’oncle Jean raisonnait. Sarah, arrête-le. Sarah ! Mais c’était trop tard. Avec un grognement de rage, Malik a abattu la pioche de toutes ses forces. Le métal a heurté quelque chose. Ce n’était pas le son d’une pierre, c’était le son de la terre cuite qui explose. Un craque secon équeurant.

 Malik a reculé, manquant de perdre l’équilibre. Ah enfin, j’ai eu ce Il s’est tue. De la brèche qu’il venait d’ouvrir dans le sol, une fumée noire épaisse et huileuse a commencé à s’échapper. Elle ne montait pas vers le ciel comme de la fumée normale. Elle rampa sur le sol comme un serpent liquide. L’odeur a frappé le couple instantanément.

 Une odeur de charnier, insupportable, puissante. Malik a porté la main à sa bouche pour ne pas vomir. Qu’est-ce que c’est que cette merde ? C’est une fausse sceptique. Sarah s’est approchée, terrifié mais fascinée. Au fond du trou, parmi les débris de poterie rouge, elle a vu le contenu de la jar brisée, le canarie. Il n’y avait pas d’or ou de trésors.

 Il y avait des touffes de cheveux humains, des dents, des clous rouillés et une photo attachée avec du fil rouge. Une photo d’un homme. Soudain, le ciel bleu s’est assombrit. En l’espace de quelques secondes, des nuages gris, lourds et menaçants, ont recouvert le soleil. Le vent s’est levé, violent, faisant claquer les volets de la maison.

Le téléphone de Sarah a grésillé. Oncle Jean ? Oncle Jean ? La voix du prêtre était hachée, lointaine, couverte par de la friture. Le saut brisé arrive barricadé. Psaume ! Puis la ligne a coupé. L’écran du téléphone s’est éteint. Batterie vide. Sarah a regardé son appareil avec horreur.

 Il était chargé à 80 % il y a une minute. Elle a levé le yeux vers Malik. Il ne riait plus. Il fixait la fumée noire qui commençait à prendre forme, à se solidifier en une ombre massive au milieu du jardin. “Malik, rentre dans la maison.” a chuchoté Sarah. rentre tout de suite. Le vent hurlait maintenant et dans ce vent, on entendait des voix, des milliers de chuchotements incompréhensible.

Le portail électrique s’est refermé brutalement tout seul, les enfermant à l’intérieur. Malik a lâché sa pioche. Il a attrapé la main de Sarah. Court ! Ils se sont précipités vers la baie vitrée du salon, juste au moment où il franchissaient le seuil et verrouillit la porte coulissante. Une force invisible a percuté la vitre avec une violence inouie, faisant trembler toute la structure de la villa.

 À l’intérieur, les lumières ont vacillé puis ont explosé une par une. Plongé dans la pénombre, Malik et Sarah ont reculé vers le centre du salon. Dehors, l’ombre grandissait, collé contre la vitre, cherchant une entrée, et sous leurs pieds, le bruit a recommencé plus fort que jamais, faisant vibrer leurs boum boum boum.

 Ils étaient piégés et la nuit ne faisait que commencer. Le silence est retombé dans le salon, lourd et menaçant, brisé seulement par la respiration sacadée de Malik et Sarah. Ils étaient là, serrés l’un contre l’autre au milieu de leur magnifique salon design, plongé dans une obscurité presque totale. La seule lumière provenait de l’extérieur, une lueur grisâtre et maladive filtrant à travers les nuages d’orage surnaturel qui avaient englouti le soleil.

 Malik, tremblant mais essayant de garder le contrôle a fouillé ses poches. Mon téléphone, il est mort aussi. Plus rien ne marche. Sarah, qu’est-ce qui se passe ? C’est quoi ce truc dehors ? Sarah ne répondait pas. Elle fixait la baie vitrée. L’ombre massive qui avait percuté la vitre s’était dissipée, mais elle savait qu’elle n’était pas partie.

Elle encerclait la maison. On a brisé le canarie malic. C’était une protection ou une prison. L’oncle Jean m’avait prévenu. On n’aurait jamais dû toucher à cette terre. Malik a passé une main nerveuse dans ses cheveux. OK. OK. Calme-toi, on ne va pas paniquer pour une histoire de poter cassée.

 C’est sûrement une coïncidence météo, une tempête tropicale soudaine. Pour l’électricité, le disjoncteur a dû sauter. Je vais aller voir au garage. Non ! A crié Sarah, le retenant par le bras. N’y va pas, ne te sépare pas de moi. Tu ne comprends pas ? Ce n’est pas une panne. Regarde. Elle a pointé du doigt le couloir menant aux chambres.

L’air semblait y onduler comme au-dessus d’une route goudrenée en plein cagnard. La température dans la pièce chutait à vue d’œil de la buée commençait à sortir de leur bouche. Soudain, un bruit de grattement s’est fait entendre. Pas dehors, dedans. Ça venait du plafond, juste au-dessus de leur tête.

 Scratch scratch comme des griffes raclant le plâtre. Malik a levé les yeux, reculant instinctivement. C’est dans les combles, il y a un animal là-haut. Le grattement s’est intensifié, devenant frénétique, violent. Puis un coup énorme a ébranlé le plafond faisant tomber de la poussière de plâtre sur le tapis perçant.

 Boum ! Sarah a étouffé un cri. Il veut entrer Malik. Il cherche un passage. Ils doivent sortir maintenant. Malik a attrapé une lampe torche lourde qu’il avait laissé sur un carton lors du déballage. Il a appuyé sur le bouton. Rien. Morte comme les téléphones. Il l’a jeté de rage et a saisi un pied de biche qui traînait.

 Viens, on passe par la porte de service de la cuisine. On court jusqu’à la voiture. J’ai les clés sur moi. Même si le portail est bloqué, je le défonce avec le 44. Ils ont couru vers la cuisine, trébuchant dans la pénombre. L’odeur de fer et de sang était devenue suffoquante ici. Malik a saisi la poignée de la porte arrière. Elle était verrouillée.

 Il a tourné le loquet. Bloqué. Merde, j’ai graissé cette serrurière. Il a forcé, ses muscles se tendant sous l’effort. La poignée ne bougeait pas d’un millimètre. comme s’il était soudé. De l’autre côté de la porte, quelqu’un ou quelque chose a frappé doucement. Trois courts. Toc toc toc. Malik a lâché la poignée comme si elle l’avait brûlé.

Qui est là ? A-t-il hurlé, la voix brisée par la peur. Pas de réponse, juste une respiration rque sifflante collée contre le bois de la porte. Ils ont reculé vers le salon. C’est alors que la télévision accrochée au mur s’est allumée toute seule. Pas d’image, juste de la neige statique grise et bruyante. Le son est monté créchendo, un grisiment insupportable qui leur perçait lespins.

À travers le bruit blanc, une voix déformée a émergé. C’était la voix de Malic, mais une version tordue, haineuse. Je suis le roi de la négociation. Je vais donc tester un. Creuse Malik, creuse. Malik a regardé l’écran horrifié. C’est c’est moi. Comment c’est possible ? Sarah a attrapé une statuette en bois sur une échelle teint et la lancé de toutes ses forces dans l’écran.

 La télé a explosé dans une gerbe d’étincelle, plongeant la pièce à nouveau dans le silence. Mais le répit fut de courte durée. Les murons commençaient à suinter. Un liquide sombre visqueux coulait le long du papier pain design. Sarah a commencé à prier à voix haute, les mains jointes, les larmes coulant sur ses joues.

 “Notre père qui est au cieux, tais-toi !” a sifflé Malik. “Tais-toi, ça ne sert à rien. Il faut qu’on trouve une arme, quelque chose.” Il ne comprenait toujours pas. Il cherchait une solution physique à un problème spirituel. Soudain, l’ombre qui rodait dehors a fondu à travers la baie ba vitrée sans la briser comme de l’encre se diffusant dans l’eau.

 Elle s’est matérialisée au centre du salon. Une silhouette humanoïde mais immense, disproportionnée, faite de ténèbres purs, de points rouges brillaient là où aurait dû être ses yeux. Malik, poussé par un instinct suicidaire de protection, s’est interposé entre la chose et Sarah, brandissant son pied de biche. Recule, je te préviens, recule.

Il a frappé. Le métal a traversé la forme noire sans rencontrer de résistance, comme s’il frappait de la fumée. L’élan l’a fait tomber à genou. La chose a levé un bras informe et a balayé l’air. Malic a été projeté à travers la pièce comme une poupée de chiffon, percutant le mur opposé avec un craquement sec. “Malic”, a hurlé Sarah.

Il gisait au sol, sonné, gémissante douleur. L’ombre s’est tournée lentement vers Sarah. Elle avançait vers elle, inéluctable. Sarah reculait tétanisé jusqu’à se retrouver d’eau au mur. Elle sentait le froid émané de la créature, un froid de tombeau. C’est fini, pensa-t-elle. On va mourir ici et personne ne le saura.

C’est à ce moment précis qu’un bruit de moteur a rugi dehors, suivi du crissement de pneus sur le gravier. Puis un bruit énorme de métal froissé. Boum ! Le portail avait été enfoncé. Des phares puissants ont balayé le salon à travers la baie vitrée, éblouissant l’ombre qui a reculé en sifflant, protégeant ses yeux.

 Une portière a claqué, une voix forte, puissante, a retenti dehors, couvrant même le hurlement du vent. Au nom de Jésus-Christ ! La porte d’entrée a volé en éclat d’un coup de pied. L’onclleant se tenait là, encadré par la lumière des phardes de sa vieille Peugeot 504. Il ne portait pas d’armure, juste sa soutane noire, une étole violette passée à l’âte autour du cou, une grosse bible dans une main et un flacon d’obénite dans l’autre.

 Il n’avait pas l’air effrayé, il avait l’air furieux, une sainte colère. Il est entré dans le salon d’un pas décidé, ignorant le mobilier renversé et les murs qui suintait. L’ombre s’est redressée, grandissant encore, essayant d’intimider le nouvel arrivant. Tu n’as rien à faire ici, a semblé gronder la maison elle-même.

 Silence, esprit impur, attenz le prêtre. Tu n’as aucune autorité ici. Cette terre appartient au Seigneur. Il a ouvert son flacon et a aspergé l’ombre copieusement. Là où l’eau touchait les ténèbres, ça grisillait comme de l’acide sur de la peau. La chose a hurlé, un son strident qui a fait éclater les verrs restants dans le vaisselier.

 Jean ne s’est pas arrêté. Il avançait. Bible levée, récitant le psaume 91 d’une voix de Stantor. Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, ni la flèche qui vole de jour, ni la peste qui marche dans les ténèbres. L’ombre reculait, se contorionnant, perdant de sa consistance. Elle essayait de fuir vers le couloir.

 Sarah ! Crié Jean, sans se retourner, occupe-toi de ton mari, sors-le d’ici. Sarah s’est précipité vers Malik. Il était conscient, mais son épaule semblait démise. Elle l’a aidé à se lever. Viens, Malic, on doit sortir. Ils ont clopiné vers la sortie, passant derrière l’oncle Jean qui faisait rempart de son corps. Une fois dehors, l’air était un peu plus respirable, même si le vent soufflait toujours en tempête.

 Jean les a rejoint sur le perron. “Ce n’est pas fini”, a-t-il dit, essuyant la sueur de son front. “On a repoussé la manifestation, mais la source est toujours là. La jar, il faut détruire le lien. Il a regardé Malik qui tenait son bras le visage blême. Mon fils, tu as ouvert la porte, tu dois m’aider à la refermer.

 Où est le trou ? Malik a hoché la tête, la douleur le ramenant à une lucidité nouvelle. Son arrogance avait disparu. Il avait vu l’impossible. Dans le jardin, derrière la maison, je vous montre. Ils ont contourné la villa. Le trou béant était toujours là, fumant comme une bouche de l’enfer.

 L’oncle Jean s’est approché prudemment. Il a sorti de sa poche une petite fiole d’huile sainte et une boîte d’allumettes. Il s’est tourné vers Malik et Sarah. Priez avec moi. Ne regardez pas la fumée, regardez la croix. Il a sorti un crucifié argenté de sa poche et l’a tendu vers le trou. Esprit de servitude, esprit de sang, je brise ton pacte par le sang de Jésus, je te commande de quitter ce lieu et de retourner dans les abîmes.

 Il a versé l’huile sur les débris de la jar, sur les cheveux et la photo maudite. Puis il a craqué une allumette. Elle est tombée dans le trou. Ouf ! Le feu a pris instantanément, mais ce n’était pas un feu normal. Les flammes étaient bleues et blanches. Une colonne de feu s’est élevée vers le ciel, rugissant comme un moteur d’avion.

 À l’intérieur des flammes, on a pu distinguer des visages tordis de douleur. Puis la forme noire a été aspirée hors de la maison, tirée vers le brasier, hurlant de rage. Elle a tourbillonné dans le feu pendant quelques secondes interminables avant de se dissoudre en une pluie de cendre grise. Soudain, tout s’est arrêté. Le vent est tombé d’un coup.

 Les nuages se sont déchirés, laissant apparaître la lune pleine et sereine. Le silence est revenu, mais c’était un silence différent, un silence paisible. Au loin, un chien a aboyé. Les grillons ont recommencé à chanter. La vie recrenait ses droits. Malik s’est laissé tomber l’ajout sur l’herbe épuisé. Sara s’est effondré à côté de lui, le serrant dans ses bras.

 L’oncle Jean lui restait debout face au trou carbonisé, murmurant une dernière prière de clôture. Le lendemain matin, le soleil brillait sur la villa comme si rien ne s’était passé, mais les traces étaient là. La baie ba vitrée brisée, le portail défoncé, la zone de terre brûlée dans le jardin. Malik et Sarah étaient assis sur les marches du perron, une tasse de café à la main.

 L’oncle Jean était en train de bénir chaque pièce de la maison avec de l’eau bénite juste par précaution. Malik avait le bras en écharpe. Il regardait son jardin. “On vend ?” a-t-il demandé doucement. Sarah a secoué la tête. Elle avait l’air fatiguée mais ses yeux brillaient d’une force nouvelle. Non, on ne fuit pas. Cette maison est purifiée maintenant. Elle est à nous.

Vraiment à nous. Mais on va faire des changements. Lesquels ? Plus de fontaine zin ici, a-t-elle dit en désignant le trou rebouché. On va planter un arbre, un olivier ou quelque chose de vivant et on va changer la déco. L’oncle Jean est sorti de la maison souriant. Voilà, c’est fait. Vous êtes chez vous. N’oubliez pas ce qui s’est passé cette nuit, mes enfants.

 Le mal existe, mais il n’a de pouvoir que si on lui ouvre la porte ou si on a peur de lui. Malik s’est levé difficilement et a serré la main du prêtre. Puis, dans un élan de gratitude, l’a pris dans ses bras valides. Merci, mon oncle. Je ne croyais pas à tout ça. Je pensais que c’était des histoires de village. J’ai été arrogant.

 L’humilité est le début de la sagesse, Malik, a répondu Jean avec un clin d’œil. Et la prochaine fois que tu trouves un truc bizarre dans ton jardin, appelle-moi avant de prendre la pioche. Ils ont ri. Un rire de soulagement qui chassait les dernières ombres. Là, cloué solidement sur le bois exotique, juste au-dessus de la poignée, trône désormais un petit crucifi bois simple mais solide.

 La richesse peut acheter une maison, mais seule la foi peut en faire à foyer.