Affaire Lyhanna, 11 ans : « Il y avait des messages, des demandes de photos… » — les révélations troublantes d’un entraîneur de taekwondo sur Jérôme Barella
La disparition puis la mort tragique de la petite Lyhanna, 11 ans, à Fleurance, continuent de bouleverser toute la région. Alors que l’enquête se poursuit, de nouvelles voix se lèvent pour raconter ce qu’elles avaient observé depuis longtemps chez Jérôme Barella, principal suspect dans cette affaire qui a profondément choqué l’opinion publique.
Parmi elles, celle de Rémi Rodriguez, entraîneur de taekwondo à Auch. Pendant près de deux ans, il a côtoyé Jérôme Barella et ses deux filles au sein de son club sportif. Aujourd’hui, il regrette de ne pas avoir accordé davantage d’importance à certains comportements qui, avec le recul, lui paraissent particulièrement inquiétants.
« Il passait énormément de temps avec les enfants. Même avant le début des cours, il se retrouvait systématiquement au milieu d’eux plutôt qu’avec les autres adultes », confie-t-il. Si cette attitude n’était pas répréhensible en soi, elle suscitait néanmoins un malaise grandissant parmi plusieurs membres du club.
Selon l’entraîneur, de nombreux parents et adolescents avaient déjà exprimé leur inconfort. « Plusieurs jeunes filles sont venues me dire qu’elles trouvaient son comportement étrange. Nous gardions toujours un œil sur lui. Nous ne voulions prendre aucun risque », explique-t-il.
Au fil du temps, ce sentiment de méfiance s’est installé. Pendant les entraînements, Jérôme Barella restait souvent avec les plus jeunes participants. « Nous étions parfois obligés de lui demander de rejoindre les adultes pour s’entraîner. C’était devenu récurrent », se souvient Rémi Rodriguez.
Mais ce sont surtout certaines informations découvertes après les faits qui l’ont profondément marqué.
« J’ai pu voir des messages adressés à une fillette d’une dizaine d’années. Il y avait des demandes de photos. Une autre adolescente recevait des invitations du type : “Viens à la maison, on fera des pizzas.” Il utilisait souvent ses propres filles pour attirer d’autres enfants chez lui », affirme-t-il.
Des révélations qui renforcent aujourd’hui les interrogations de ceux qui avaient déjà ressenti un malaise sans parvenir à en mesurer la gravité.
Face à cette tragédie, Rémi Rodriguez a également décidé d’agir. Il a lancé une cagnotte en soutien à Audrey et à sa fille Rosa, qui ont engagé des démarches judiciaires afin de faire reconnaître ce qu’elles considèrent comme des défaillances ayant permis à la situation de perdurer.
« Ce combat dépasse désormais leur seule histoire. Il concerne toutes les victimes qui n’ont pas été entendues ou protégées à temps », estime l’entraîneur.
L’émotion reste immense dans le club sportif comme dans toute la région. Beaucoup de parents reconnaissent aujourd’hui que cette affaire a profondément changé leur regard sur la sécurité des enfants.
« Je n’ai pas d’enfants, mais depuis cette tragédie, ma vision des choses a complètement changé. Je comprends désormais l’angoisse permanente que peuvent ressentir les parents », confie Rémi Rodriguez.
Alors que l’enquête judiciaire suit son cours, les témoignages continuent d’affluer. Tous traduisent la même sidération face à un drame qui a brisé une famille et marqué durablement toute une communauté.
Pour de nombreux proches de Lyhanna, une question demeure : aurait-on pu éviter l’irréparable si les alertes avaient été entendues plus tôt ?