Le massacre de la famille Miyazawa : L’horreur figée dans le temps

Tokyo, 31 décembre 2000. L’ambiance est festive, tout le monde se prépare pour la fin d’année. Les familles se réunissent. Et pourtant, dans le quartier de Céetagaya, la famille Miazawa, un père, une mère et leurs deux enfants est retrouvé assassiné dans sa maison. Ce qui rend cette affaire presque impossible à comprendre, c’est ce qu’on apprend plus tard, le comportement du tueur après les faits.
Le tueur serait resté pendant des heures dans la maison. Alors que les corps des quatre personnes dont il venaent de doter la vie étaient encore là, lui, il a pris le temps d’ouvrir le frigo, de manger une glace, de boire du thé, d’utiliser l’ordinateur de la maison et pire, il laisse derrière lui une quantité absolument hallucinante de trac biologiques et d’objets de toutes sortes.
Sur le papier, on se dit que c’est génial. Avec autant de traces, on va pouvoir avancer super vite sur l’enquête. Et pourtant, 25 ans plus tard, l’affaire n’est toujours pas résolue et vous allez voir que c’est un vrai cass-têet. Aujourd’hui, dans cette vidéo, on va revenir sur les faits, mais pas que. [raclement de gorge] L’idée, c’est de voir à quel point une seule affaire a pu changer la face de la société au Japon, que ce soit au niveau de l’opinion publique, de la police, des lois et même du quartier où ça s’est passé. Parce que oui, même 25 ans après,
la maison est toujours là sur place. Elle est inhabitée [musique] mais elle reste présente comme une cicatrice du passé. Et ça pour plein de raisons qui, vous allez le voir sont assez intéressantes. Je vous laisse vous préparer un petit matcha bien chaud et nous on plonge dans l’une des affaires les plus glaçantes du Japon, l’affaire de SetagA.
[musique] Avant de commencer, je me présente très rapidement. Je m’appelle Fanny. Je suis diplômée de l’INalco en étude japonaise. [musique] Ça fait 8 ans que j’habite à Tokyo. Ici, j’ai obtenu un master en sciences humaines et j’ai également écrit un mémoire sur la criminalité au Japon. Donc si jamais c’est le genre de sujet qui vous intéresse, n’hésitez pas à vous abonner et à me donner de la force.
Ce qui est fou, c’est que cette affaire, elle m’a littéralement rattrapé dans la vraie vie. J’habite moi-même dans le quartier de Setaga et le 31 décembre 2025, je suis passée complètement par hasard devant la maison. Ça faisait déjà plusieurs fois que l’endroit en lui-même m’interpellait.
une maison abandonnée comme ça au milieu d’un parc. C’est pas le genre de chose qu’on voit tous les jours, mais cette fois-ci, j’ai vu qu’il y avait des personnes qui déposaient des fleurs devant. Donc là, ça a fait tilt dans ma tête et en cherchant un petit peu, j’ai très vite compris qu’il s’agissait de la maison de Caga.
Parce qu’il faut bien comprendre un truc, l’affaire criminelle dont je vais vous parler aujourd’hui, c’est l’une des plus connues au Japon. Et pour comprendre pourquoi cette affaire, elle hante encore autant de monde, il faut qu’on revienne au tout début, [musique] là où tout bascule. Ce matin-là, l’affaire de Caga ne commence pas par du bruit, mais par un silence.
La grand-mère de la famille essae de les contacter depuis maintenant plusieurs heures, mais personne ne répond. La famille ne donne plus aucun signe de vie. Elle trouve ça bizarre, elle commence à s’inquiéter et donc elle décide de se rendre sur place. Elle sonne, [musique] aucune réponse. Et au bout d’un moment, elle fait ce que n’importe qui aurait fait dans ce genre de situation.
Elle décide d’ouvrir la porte avec son double des clés et là tout s’effondre. À peine entré, elle tombe sur ce que personne ne devrait jamais avoir à découvrir. Sa famille assassinée. Elle donne l’alerte à la police et très vite ils arrivent sur place. Et en dehors de la découverte horrible des corps, il y a énormément [musique] de détails étranges qui vont perturber les policiers.
Déjà, rien n’a été forcé. On l’a vu, la grand-mère a ouvert la porte avec ses clés et à l’intérieur, aucune fenêtre n’est brisée. Donc, c’est très mystérieux. Ce qui les étonne aussi, c’est à quel point la maison est en désordre comme si quelqu’un [musique] avait fouillé de font en comble. Les heures passent, on hisse des bâches tout autour de la maison pour protéger l’épreuve mais aussi pour protéger des regards curieux.
Et les premiers éléments commencent à arriver, notamment l’arme du crime. On retrouve deux couteaux de cuisine couverts de sang au deuxème étage. C’est à ce moment-là que les enquêteurs comprennent que ce n’est pas juste un meurtre, c’est vraiment un acharnement. En plus de ça, on voit que la scène a été [musique] habitée.
Le tueur a pris son temps sur place et puis il découvre aussi au 2e étage l’endroit par lequel le tueur se serait faufilé dans la maison. Dans la salle de bain, il y avait une petite fenêtre complètement ouverte avec la moustiquaire retirée et tombée en contrebas. Donc ils ont plus vraiment de doute. Ils se disent qu’il est certainement passé par là.
Dans les jours qui suivent, la police va faire des vas et vient dans la maison pour récupérer les preuves et il y en a énormément. [musique] On y reviendra juste après, mais vous verrez que c’est un point qui est assez central dans l’affaire. C’est un détail qui fait la différence. Les policiers, ils ont besoin de comprendre qui est la famille Miazawa pour comprendre s’ils avaient des ennemis, à quoi ressemblaient leur quotidien, enfin voilà qui étaient ces personneslà.
Le papa Mikyo avait 44 ans. C’était un Salariman qui travaillait dans une entreprise de développement d’identité de marque. À côté de ça, il était passionné par le monde de l’animation et depuis tout jeune, il aimait bien faire des spectacles de marionnettes. En fait, il faut comprendre que Miky c’était un père de famille qui avait sa personnalité bien à lui.
Il était solaire et surtout il avait un très beau parcours de vie. Yasuko, la maman, elle elle gérait un juku depuis la maison. Alors, lesu en gros, c’est les cours du soir qui sont organisés après l’école. Ça peut aider les élèves à s’améliorer dans certaines matières si jamais ils ont des difficulté ou quoi.
Et du coup, c’est important à prendre en compte qu’elle faisait ça depuis sa maison parce que du coup, ce lieu-là, c’était pas seulement un foyer où vivait une famille, c’était aussi un lieu public où il y avait des élèves qui venaient pour étudier. C’était une maman qui était vraiment très attentive envers ses enfants et qui était très aimante.
Elle portait aussi une attention toute particulière à son fils Slay 6 ans parce qu’il avait un handicap de la parole. Il souffrait de troubles de l’apprentissage. En tout cas, dans le quartier, le couple était très bien vu. Ils avaient une vie paisible, normale, qui était centrée sur la vie de leurs enfants. Enfin voilà, rien à signaler.
Leur fille, Nina, avait 8 ans. Elle est décrite comme une petite fille brillante, pleine d’énergie. Elle aimait bien faire du sport, elle faisait du balai, elle faisait aussi du piano et elle était très intelligente. Elle avait même une année d’avance à l’école. Elle adorait son petit frère L. D’ailleurs, on le voit sur les photos, ils sont souvent collés ensemble.
C’est trop mignon. Et d’ailleurs Lui, c’était un petit peu le contraire de sa sœur. Il avait un caractère très doux. Il était dans son monde souvent un petit peu plus réservé, mais en tout cas, il était très très attaché à sa famille. Et comme beaucoup de petits garçons de son âge, il était passionné par les trains et par les voitures.
Enfin voilà, la famille que je vous décris ici, elle est vraiment typique. Une petite famille de quatre personnes heureuses qui s’aiment et qui avancent dans la vie quoi. Tout simplement. Le 30 décembre 2000, donc la veille de la découverte de leur corps, ils sont allés se promener dans le quartier de Titosekaasoyama où ils ont fait quelques courses.
Voilà, vraiment rien d’exceptionnel. Ensuite, ils sont rentrés chez eux, ils ont mangé le repas du soir, ils ont regardé un petit peu la télé et ils sont allés se coucher. La maman et les deux enfants sont allés se coucher à l’étage et le papa est resté sur son ordinateur au rez-de-chaussée. Rien d’exceptionnel, une journée normale et c’est justement ça qui rend la suite encore plus violente.
Bon, maintenant qu’on a fait le portrait de la famille Miazawa et qu’on sait ce qu’ils ont fait durant leurs dernières heures, c’est important qu’on parle de l’endroit où le meurtre a eu lieu, la maison où vivaient les Miazawa. Généralement, quand on parle de l’affaire de Cetagaya, on pense souvent à la quantité d’indice qui a été laissé sur place, aux vêtements, aux traces biologiques aussi qu’on a pu retrouver parce que c’est ce qui choque le plus.
Mais avant tout ça, il y a une chose qui est hyper importante et pourtant qu’on oublie souvent, c’est le lieu en lui-même. Parce qu’il faut bien comprendre que cette histoire, elle se déroule pas à Tokyo comme on se l’imagine. Là, ça se passe ni dans la foule, ni dans un immeuble où il y a tous les voisins qui entendent ce que vous faites autour.
Vraiment, ça se passe dans un endroit qui ressemble presque à une anomalie dans cette ville. D’ailleurs, je vous avoue que ça me met un petit peu mal à l’aise parce que moi, avant de connaître cette histoire, c’est vraiment le genre d’endroit où je me serais dit waouh, le rêve d’habiter là. Mais en voyant ce qui s’est passé ici, je crois que là, j’ai bien changé d’avis.
La maison, elle se trouve dans le parc de Soshigaya. Elle est entourée de verdur, il y a une rivière qui passe derrière et il y a même une petite aire de jeu pour enfants juste à côté. D’ailleurs, aujourd’hui, 25 ans après les faits, c’est très perturbant de voir le contraste entre une maison abandonnée qui est une scène de crime et une aire de jeu où il y a des enfants qui s’amusent.
Quoi qu’il en soit, dans cette affaire, ce n’est pas le parc qui est l’élément le plus important, mais c’est vraiment ce qui entoure la maison. Dans les années 90, au moment où la famille Miazawa emménage dans ce quartier-là, il faut comprendre qu’il y avait plus de 200 foyers autour. Donc vraiment, c’était un quartier où il y avait énormément de monde qui vivait.
Mais entre-temps, la ville de Tokyo a pris une décision, c’était d’agrandir le parc de Soshigaya. Et pour ça, ils ont dû racheter les terrains et les maisons de tous les gens qui habitaient dans le quartier. Ce qui fait que à la fin, ben il restait plus que quatre maisons sur les 200.
4 dans un quartier entier de Tokyo. Concrètement, ça veut dire qu’une fois la nuit tombée, il y a plus personne. En fait, il fait noir, il y a pas de bruit, il y a personne qui est là pour voir ce qui se passe autour. Dans les affaires criminelles comme celles de Cagaya, souvent une des premières étapes de la police, ça va être d’écouter les témoignages, donc de demander aux voisins s’ils ont entendu des bruits anormaux, s’ils ont vu des personnes qu’ils n’ont pas l’habitude de voir, des voitures, des voisins qui sont passés par là, peu importe. Mais là, dans notre
cas, il y a personne. C’est le néant. Et forcément ce genre de configuration où c’est un petit peu isolé, c’est dans le noir et cetera pour une personne qui est mal attentionnée mais c’est du pain béni en fait. D’ailleurs petite pensée à toutes les personnes qui regardent cette vidéo et qui eux-mêmes vivent dans un endroit isolé.
Désolé, j’espère que ça va pas trop vous stresser. En fait cet endroit pour une ville comme Tokyo, c’est vraiment bizarre. Et ça, les Miazawa, ils en avaient bien conscience. Ils avaient d’ailleurs prévu de déménager en mars 2001, soit seulement 3 mois après la tragédie. Ils avaient même déjà vendu leur terrain à la ville de Tokyo.
Voilà, ils étaient vraiment prêts à partir. Là, on va arriver dans le moment le plus dur de la vidéo. D’ailleurs, j’aimerais faire un avertissement petit trigger warning, enfin gros trigger warning même parce que là, on va toucher au moment le plus violent de cette histoire. Donc si jamais vous êtes trop sensible à ce genre de récit, n’hésitez [musique] pas à passer à ce time code.
Je vous le dis sincèrement, mais en écrivant le script de cette vidéo, en faisant mes recherches, j’ai pleuré plusieurs fois parce que c’est juste horrible en fait ce qui s’est passé. [grognement] Allez, on commence. Grâce à l’analyse de la scène de crime par la police métropolitaine de Tokyo, les enquêteurs ont pu établir une chronologie assez précise de l’attaque, bien que l’ordre exact entre les trois dernières victimes reste assez flou.
Comme on le disait précédemment, il est entré par la petite fenêtre du haut qui se trouvait dans la salle de bain qui était juste à côté de la chambre de Lay. Lay, c’est le fils de 6 ans. Il était endormi quand il a été étranglé à main nu par cet homme. C’est un détail crucial parce que c’est la seule victime qui n’a pas été poignardée et donc on pense que c’est pour cette raison que c’est lui qui a été tué en premier pour éviter qu’il ne donne l’alerte.
En fait, à ce moment-là, Miky le père, il se trouvait au rez-de-chaussée sur son ordinateur et on suppose qu’il a entendu du bruit à l’étage. Il a donc commencé à monter les escaliers et il est tombé face-àface avec le tueur. S’en est suivi une lutte d’une violence inouie entre les deux. Nik a tenté de le repousser mais il était déjà armé d’un long couteau et il a été poignardé à [musique] de très nombreuses reprises, notamment dans le crâne où on a retrouvé des fragments du couteau.
À ce moment-là, Mikyo s’effondre au pied de l’escalier. Quandas Coenina, elle elle dormait dans le grenier qui était accessible par une trappe. Alors ça peut paraître bizarre dit comme ça, mais c’est une pièce qui est aménagée et qui ressemble à une chambre. Elles, elles ont probablement été réveillées par la lutte dans l’escalier.
Et ce qu’on sait, c’est que le tueur est monté dans le grenier pour les attaquer. Mais comme son premier couteau était cassé, il a dû redescendre dans la cuisine en bas pour aller chercher un nouveau couteau. Il est remonté et il les a tué. Ce qui est horrible, c’est que il y a des preuves qui suggèrent que Yasuko, elle a tenté de protéger sa fille et pendant que le tueur est redescendu dans la cuisine, elle a essayé de soigner les blessures de sa fille avec des mouchoirs.
Donc voilà, on pense que c’est de cette manière-là que les choses se sont passées. Je vais m’arrêter juste une seconde par respect pour les victimes, par respect aussi pour leurs proches. Ce qu’ils ont subi, c’est vraiment inhumain. Analyser des affaires criminelles comme celle-ci, en faire des vidéos sur YouTube, écrire [musique] des articles, en faire des séries et cetera, c’est bien.
Et surtout, et le plus important, c’est qu’il faut jamais oublier les victimes qui sont derrière. Donc voilà, je pense très très fort à eux et à leurs proches qui sont encore ici et qui doivent vivre avec ça. Bon, maintenant, on va passer à la deuxième partie des événements qui est très perturbante aussi, c’est que après avoir commis les faits, le tueur est resté sur place et son comportement dans la maison, il est vraiment étrange.
Déjà, d’après le journal Asahi, on sait qu’il serait resté plusieurs heures jusqu’à 10h dans la maison. Et ça c’est presque une certitude. Quand on voit le bordel qu’il a fait dedans, on retrouve des traces de pas de partout. La maison, elle est retournée. Les tiroirs sont ouverts.
Il y a des affaires qui ont été déplacées même. En fait, c’est un petit peu comme si il cherchait quelque chose ou comme s’il prenait juste le temps d’explorer la maison. Et surtout là-dedans, il y a des gestes qui sont mais complètement incompréhensibles. Par exemple, il a pris des petits objets et des documents, il les a découpé au ciseaux, mis dans la baignoire et il les a plongé dans l’eau.
On a toujours pas compris pourquoi il a fait ça. Et c’est ce qui rend l’affaire un petit peu dérangeante en fait, c’est que on voit qu’il y a des comportements et on n arrive pas à les décrypter. Et puis il y a la nourriture aussi. Ça c’est une des choses qui a le plus choqué, le fait qu’il se serve dans le frigo familial pour manger une glace.
Il a aussi bu du thé, apparemment. vraiment tranquille quoi. Je sais que je l’ai déjà dit avant mais c’est quand même fou quand même ce détail. Imagine tu viens de tuer une famille entière et tu te poses là dans leur cuisine comme si de rien nétait. tu manges leur glace qui était certainement la glace des enfants, je sais pas mais je trouve ça lunaire vraiment c’est inhumain.
Et en réalité ça c’est pas qu’un détail parce que ça raconte quelque chose sur la personnalité du tueur le fait qu’il prenne son temps, qu’il ait pas peur d’être pris sur le fait qu’il vive sa vie comme si de rien n’était dans la maison d’inconnu qu’il vient de tuer. En plus de ça, il retourne la maison et cetera. Ça veut bien dire qu’on est face à une personne qui n’est pas du tout normale en fait.
Du coup, ça orienté les enquêteurs vers le profil d’un individu qui est particulièrement froid et surtout qui est capable de se déconnecter de la réalité. D’ailleurs, fait intéressant, je vous ai dit qu’on avait retrouvé plusieurs traces biologiques du tueur. Grâce à ça, la police estime l’âge du tueur entre 15 et 35 ans.
C’est assez large quand même. Puis en 2018, ça change et il pense qu’il a plutôt entre 15 et 22 ans. Mais vous allez voir que en 2025, ça a encore changé parce que cette fois-ci, on pense qu’il aurait plutôt la trentaine. En dehors des traces biologiques, il y a aussi les vêtements qu’il a laissé sur place. On retrouve une veste Uniclo, des chaussures qui ont été achetées en Corée du Sud parce que apparemment il avait des grands pieds et il y avait pas sa taille au Japon.
Donc il a dû les acheter à l’étranger. Mais c’était euh un style qui faisait un peu penser au style skater de l’époque au Japon. Et donc il pense que c’est une personne qui est jeune parce qu’elle a un style de jeune. Il y a aussi des accessoires comme une sacoche. Il a un parfum dracar noir. Voilà parfum français.
Et tout ça, ben ça les fait penser, voilà, à un individu qui est plutôt jeune comme il a des grands pieds et avec la taille de ses vêtements, il pense que c’est quelqu’un qui est plutôt fin et qui fait au moins un mien évidemment, il y a aucune certitude et surtout depuis le temps, son physique a certainement changé.
Autre détail qui fait la différence aussi, le fait qu’il soit rentré par la petite fenêtre du deuxème étage. Ça montre qu’il était assez agile pour grimper et pour se faufiler dans une petite fenêtre. aussi la force et la violence avec laquelle les victimes ont été attaquées montrent que c’était quelqu’un de plutôt athlétique apparemment.
Et je vous parlais de trace biologique tout à l’heure. Donc ça veut dire qu’on a retrouvé sa salive dans ce qu’il a mangé, les bouteilles de thé qu’il a bu, le sang aussi, on a pu distinguer un groupe sanguin différent de ceux de la famille. Et avec ces traces-là, on a pu en déduire que c’était un homme. J’ai vu aussi sur internet sur certaines sources qui sont pas ultra fiables.
Donc euh je vous donne ça comme information mais je suis pas sûre que ce soit vrai. Apparemment, il aurait aussi laissé les toilettes pleines. Donc voilà, il a laissé ses selles sur place. Genre si c’est vrai, c’est vraiment l’irrespect le plus total. Et surtout le gars, il s’en fout quoi, il laisse toutes les traces biologiques possible.
Et c’est pour ça aussi que au début tout le monde pense que ça va aller vite, qu’ils vont résoudre l’affaire vite. Mais malgré tout voilà, 25 ans plus tard, on a toujours aucune piste, aucun suspect et je crois que c’est ça qui est le plus frustrant dans cette affaire. Bon, entre-temps, il y a eu de l’avancée au niveau de la science, notamment au niveau de l’ADN et on pourrait se dire “OK, maintenant qu’on a un ADN, ça va être simple pour trouver quelqu’un.
Sauf qu’au Japon, c’est beaucoup plus compliqué que ça. Déjà, il faut comprendre une chose importante, un ADN, ça ne donne pas un nom. Et pour identifier quelqu’un avec son ADN, il faut que ce soit comparable à quelque chose. Donc, un profil qui est déjà enregistré, un suspect connu ou une correspondance dans une base ADN.
Et d’ailleurs, que ce soit en France ou États-Unis, grâce aux bases de données ADN, il y a énormément d’affaires qui sont résolues mais voilà, le Japon lui se distingue un peu par rapport à ça. Il y a plusieurs raisons. Les bases de données ADN, elles existent bel et bien mais d’une manière un peu différente.
En fait, ici, ils ont des bases de données pour les scènes de crime. Donc, ils vont récupérer ce qu’ils peuvent sur des scènes de crime, mais ça n’inclut pas automatiquement l’ADN des suspects. Et ça pour des raisons de protection de la vie privée. Donc en gros pour faire simple, c’est très facile au Japon de pouvoir comparer des données ADN qu’il y a entre les différentes scènes de crime.
Mais par contre relier un suspect à une scène de crime, c’est plus compliqué. En fait, c’est plus difficile de faire matcher un ADN avec un grand fichier de personne. En 2005, la police, elle a quand même créé une base de données ADN de suspect et celle-ci, elle a beaucoup grossi avec environ 1,3 million de personnes enregistrées dedans.
Mais aujourd’hui, c’est devenu un sujet ultra sensible au Japon. Parce que le problème, c’est qu’ici, on n’ pas de loi qui encadre la question des données ADN. Par exemple, quand vous avez une personne qui a été acquitée ou innocentée, on sait pas vraiment ce qu’il advient de ces données dans ce système là.
Et c’est là qu’on arrive à un point assez délicat dans l’affaire, c’est que l’ADN du tueur, elle ne pose pas seulement la question de l’identification, c’est-à-dire est-ce que cet ADN appartient bien au tueur ? Ça va au-delà de ça parce que certains ont essayé de déduire ses origines [musique] avec. Et là, on entre dans un terrain qui est extrêmement dangereux.
Du coup, en 2006, il y a certains articles qui sont sortis avec des résultats assez déroutants concernant [musique] les données ADN du tueur. Apparemment, il aurait une lignée très rare au Japon. Donc, son père serait d’Asie de l’Est, donc potentiellement du Japon. Mais sa mère, on sait pas trop.
C’est une lignée qui est vraiment rare au Japon. Concernant ces résultats qu’on a avec un ADN, [musique] il faut bien rappeler que c’est probabiliste. Ça ne veut pas dire la vérité. On suppose que il serait de telle ou telle origine, mais c’est pas un fait avéré. Sauf que voilà, dans l’opinion publique, ce genre d’information peut très vite se transformer en certitude et alimenter des raccourcis qui sont parfois carrément raciste, [musique] n’ayons pas peur d’utiliser les termes.
Et ça notamment envers les Coréens. Ça c’est exactement le piège. L’ADN peut aider pour une enquête mais il peut aussi provoquer des dégâts au niveau sociétal quand on le transforme en étiquette. Bref, on l’aura compris, ici l’ADN, malheureusement ce n’est pas une baguette magique. Et c’est terrible parce que malgré les traces biologiques à foison qu’on a pu trouver, il y a rien qui matche.
Et à ce stade, l’enquête, elle se retrouve coincée dans un paradoxe. [musique] Elle a toute la matière qu’il faut, mais il lui manque la porte qui l’amène [musique] à un an. Et dans ce genre de situation quand la science ne peut plus nous venir en aide et bien il faut revenir à des moyens humains. Donc ce que la police a décidé de faire c’est des appel à témoin de masse essayer de raviver les souvenirs de ce jour-là.
Quels étaient les trajets de la famille, quels achats ils ont fait. Essayer de retracer tout ça, retracer aussi ce qu’ils ont retrouvé du tueur, donc ses vêtements. Où est-ce qu’il a acheté son couteau, d’où venaient ces objets qu’il a laissé dans la maison ? Ça a été un travail colossal et surtout ils ont fait appel au pays entier.
On a vraiment fait en sorte que l’affaire de Cetaga prenne une ampleur nationale parce que malgré les années qui passent, on ne veut pas oublier. On ne veut pas que le temps profite au tueur. Je pense que vous le savez mais souvent dans les col case, on a tendance à oublier, à refermer des dossiers, à ne plus jamais les rouvrir.
Mais ici c’est tout l’inverse qui se passe. Et c’est ça qui est trop intéressant. L’affaire au lieu de disparaître, elle s’élargit. Et pas qu’au Japon, on l’entend même à l’international. Et du coup, comment on fait pour qu’une enquête elle ne soit pas oubliée et qu’elle prenne une telle ampleur ? Ben ça c’est surtout le travail de la police.
Ils essayent de toujours donner des information pour que les médias puissent les relayer. Et aussi il y a des affiches qui sont présentes de partout dans les commissariats, dans tous les quartiers de Tokyo. Je suis sûre que vous pouvez voir l’apparence du tueur de ces tag. vraiment personne ne veut laisser cette histoire s’effacer.
Et ce qui est quand même assez frappant, c’est que au fil des années, tous ces appels, ils prennent une dimension un petit peu différente. On n’est plus vraiment sur le “idez-nous à résoudre cette affaire, mais plutôt sur le [musique] aider-nous à faire en sorte qu’on oublie jamais cette affaire.” Et ça, ça nous ramène à un symbole que les gens connaissent souvent, même sans connaître l’affaire, c’est le fait que la maison soit toujours présente.
À l’endroit où le meurtre s’est déroulé, on s’est pas contenté juste de poser une stelle, de mettre une statue histoire de tourner la page et de penser aux victimes. Le lieu est resté tel quel. Au départ, la raison, elle est assez simple. En fait, la maison, elle est gardée en tant que preuve. C’est la scène de crime.
C’est là où ça s’est passé. Il y a énormément de preuves à l’intérieur. Donc c’est logique pour la police de la garder pour aller faire des analyses dedans. Et il faut savoir qu’au Japon, tant qu’une affaire n’est pas résolu, en fait le lieu, il reste une preuve potentielle. Donc on fait tout pour garder le lieu comme ça. Mais au-delà de l’aspect preuve de la maison, il y a aussi toute la charge symbolique qu’il y [musique] a derrière.
Parce que garder une maison telle qu’elle, c’est aussi garder l’affaire visible. D’ailleurs, dans un article de Friday, la sœur de Yasuko dit quelque chose qui est très parlant. Pour certains habitants du quartier, la maison peut être vue comme un symbole négatif. Mais si elle disparaît, il y a aussi le risque d’effacer ce qui pour elle est le vrai symbole, la volonté toujours présente de résoudre l’affaire.
En fait, c’est ça cette maison, c’est une cicatrice et c’est une présence qui rappelle que l’histoire, elle est pas encore terminée. Sauf qu’évidemment, garder un tel lieu aussi longtemps, forcément, ça pose des questions. Surtout que, vous le savez, au Japon, il y a beaucoup de séismes. On reconstruit très souvent les maisons justement pour des raisons de sécurité.
Il y a eu énormément de discussions pour savoir s’il fallait détruire ou non la maison parce que clairement elle est à l’abandon, elle est pas entretenue et donc ça peut être potentiellement dangereux. En plus, il y a eu des cas d’intrusion récemment. En 2023, il y a un groupe de lycéens qui est entré dedans pour se faire peur.
Et en 2025, [musique] il y a aussi eu une intrusion où la personne a cassé la fenêtre et a déverrouillé la porte d’entrée. Il y a des traces de pas et cetera qui ont été trouvées dedans. Donc vraiment, les preuves ont été complètement souillées. Je vous avoue que moi-même, la première fois que je suis passée devant cette maison, j’avais envie de rentrer à l’intérieur parce que j’adore faire de l’urbex.
Et donc tomber sur une maison comme ça en plein Tokyo, c’est tellement rare que je me suis dit “Waouh, ça doit être incroyable. Heureusement, je ne suis pas allée dedans et surtout maintenant il y a du voisinage autour, il y a des gens qui vivent donc ouf, j’ai pas pris le risque. Mais voilà, il y a des gens qui l’ont fait, ça c’est très perturbant pour le voisinage.
Mais aussi juste la maison en elle-même, voir cette scène de crime qui est conservée comme ça au milieu d’un quartier qui est vivant, au milieu d’un parc où il y a des familles qui viennent, des enfants et cetera, ça reste un poids émotionnel quand même qui est très dur à porter pour les habitants.
C’est aussi pour ça que je trouve que l’affaire de Cetaga, elle dépasse la simple histoire de True crime. En fait, ça raconte ce qui se passe quand une affaire d’une telle ampleur, elle est pas résolue au Japon. On s’accroche à un lieu physique, même s’il [musique] y a des gens qui continuent à vivre autour. J’aimerais bien maintenant vous donner quelques chiffres pour que vous compreniez l’ampleur de l’affaire.
C’est hallucinant. C’est une des enquêtes les plus vastes du Japon. Dites-vous que depuis le début de l’affaire, donc en 2000, il y a eu 298298 enquêteurs qui ont travaillé sur l’affaire. C’est énorme. Il y a aussi eu plus de 14000 signalements à la police et il existe une récompense de 20 millions de yennes, ça fait à peu près 130000 € pour quiconque donnerait des informations qui mèneraient [musique] à l’arrestation du tueur.
Et forcément, on peut se poser une question après tant d’années, qu’est-ce qu’il en est de la prescription du crime ? Historiquement, le Japon comme en France avait un système de prescription. Donc en France, il me semble que c’est 20 à 30 ans de prescription selon les crimes. Au Japon, je crois que c’était similaire. Quoi qu’il en soit, en 2010, ils ont décidé d’abolir la loi justement parce que c’était insoutenable en fait de se dire que juste parce que le temps passe, le tueur pouvait être pardonné en quelque sorte de ces actes. Grâce en grande
partie à cette affaire là de Cagaya, il y a aussi eu d’autres affaires qui sont rentrées en compte. Le Japon a pris la décision d’abolir la prescription pour les crimes mortels et voilà les crimes qui ont une telle ampleur. Mais voilà, tout ça montre quelque chose d’assez vertigineux dans l’affaire de Cetaga.
Malgré toute la frustration, malgré toute l’injustice qu’on peut ressentir en prenant connaissance de cette affaire, elle a quand même changé quelque chose de profond et elle a eu des répercussions positives. L’époque où un crime finissait par vieillir et être refermé dans le placard est terminé au Japon.
Aujourd’hui, l’idée même qu’on puisse tourner la page simplement parce que le temps passe est juste inimaginable. Pas pour un meurtre, pas pour une famille, pas pour une histoire comme celle-là. Le sentiment d’injustice serait trop insupportable. Et c’est peut-être ça la trace la plus profonde dans l’affaire de Caga. Cette affaire, elle a forcé un pays entier à regarder ses limites en face, les limites d’une enquête moderne, même saturée de preuves et les limite du temps surtout parce que le temps n’apporte pas forcément la vérité, il peut au contraire l’enterrer.
Alors oui, on est tous d’accord pour dire que cette affaire, elle est insoutenable, mais si il faut retenir une chose, c’est celle-là. Au Japon, tant que l’affaire n’est pas résolue, la question restera ouverte au pays entier. Et pour les victimes, pour ceux qui restent pour leur mémoire, c’est peut-être la seule chose juste qui soit possible malgré le drame.
Que cette histoire ne soit jamais rangé dans une case, qu’elle reste vivante jusqu’au jour où quelqu’un enfin pourra [musique] mettre un nom sur le tueur. Merci de m’avoir écouté jusqu’au bout. C’était la deuxième vidéo de cette chaîne. C’était pas le sujet le plus facile à traiter, mais moi j’ai trouvé passionnant. J’espère que ça vous a passionné autant que moi.
En tout cas, je vous avoue que je sais pas trop comment terminer cette vidéo parce que voilà, c’était assez lourd. En tout cas, je vous souhaite de prendre soin de vous après un sujet comme celui-ci. Et si vous voulez qu’on continue à explorer ce Japon là ensemble, vous savez où me trouver.