Fiasco judiciaire avant le meurtre de Lyhanna : Les conclusions révoltantes du rapport d’inspection générale

L’effroi laisse désormais la place à une immense colère. Alors que la France pleure encore la jeune Lyhanna, les premières conclusions du rapport de l’Inspection générale de la justice et de la gendarmerie viennent de tomber, confirmant les pires soupçons de l’opinion publique : le meurtre de la fillette est le résultat d’un fiasco administratif et judiciaire sans précédent. Le document officiel met en lumière une accumulation de négligences, de lenteurs bureaucratiques et de défaillances systémiques qui ont permis à un prédateur sexuel déjà identifié de rester en liberté et d’agir en toute impunité.
L’historique du suspect, Jérôme B., aurait pourtant dû maintenir l’institution judiciaire en état d’alerte maximale. Dès 2017, un premier signalement pour un comportement suspect envers une mineure fait l’objet d’un classement sans suite. En 2020, l’homme est licencié de son poste d’agent d’entretien dans un lycée du Gers après une procédure disciplinaire déclenchée par des échanges ambigus sur Snapchat avec une lycéenne. En 2022, une nouvelle plainte est déposée contre lui pour le viol d’une enfant de 7 ans, elle aussi classée sans suite faute de preuves jugées suffisantes. Malgré ces signaux d’alarme répétés, l’individu n’a jamais été soumis à une surveillance concrète.
Le point de rupture le plus intolérable de cette chaîne de défaillances remonte à l’été 2025. En août, la mère d’une fillette de 10 ans prénommée Rosa dépose une plainte pour viols répétés auprès du parquet de Toulouse. Les examens médicaux confirment alors des lésions physiques indiscutables et les enquêteurs jugent le récit de l’enfant parfaitement crédible. Pourtant, en raison des règles de compétence territoriale de la procédure pénale, le parquet de Toulouse décide de se dessaisir du dossier au profit du tribunal d’Auch, le lieu de résidence du suspect.
C’est à cet instant précis que la bureaucratie française bascule dans le tragique. Au lieu d’utiliser les transmissions numériques immédiates pour une affaire de viol sur mineur, le dossier est envoyé par courrier postal papier. La lettre met treize jours à parcourir les quelques dizaines de kilomètres séparant Toulouse d’Auch. Pire encore, une fois arrivé à destination, le pli contenant les accusations de viol reste fermé sur un bureau au sein d’un parquet submergé par les dossiers. Pendant plus de neuf mois, le suspect n’est ni convoqué, ni entendu, alors que les magistrats avaient un accès direct à l’ensemble de ses antécédents via le logiciel partagé de l’institution.
Le rapport d’inspection pointe directement des responsabilités individuelles accablantes, visant notamment un officier de police judiciaire et un substitut du procureur chargé des mineurs au parquet d’Auch. Face à ce scandale d’État, le garde des Sceaux a immédiatement réclamé l’ouverture de procédures disciplinaires, évoquant des sanctions pouvant aller du blâme jusqu’à la révocation des fonctionnaires impliqués. De leur côté, les syndicats de magistrats dénoncent une crise systémique liée au manque chronique de moyens humains et financiers, rappelant que le tribunal d’Auch fonctionnait depuis de longs mois en sous-effectif critique, au détriment du traitement rapide des affaires de violences sexuelles. Pour la famille de Lyhanna et leurs avocats, ce drame national pose la question cruciale de la responsabilité de l’État face aux carences lourdes de son service public de la justice.