Zeroual et Tebboune : Du soutien à la déception, révélations sur un dernier adieu teinté de regret

Le 29 mars 2026, l’Algérie a perdu l’une de ses figures les plus respectées. Liamine Zeroual, l’ancien président qui avait pris les rênes du pays au plus fort de la décennie noire, s’est éteint à l’âge de 84 ans. Si les images officielles montrent un Abdelmadjid Tebboune profondément ému par cette disparition, la réalité des relations entre les deux hommes, loin des caméras, s’était considérablement assombrie ces dernières années. Entre soutien patriotique initial et désillusion profonde, le parcours de leur relation est le miroir des tensions qui traversent l’État algérien.
Un soutien au nom de la stabilité nationale
Pour comprendre la genèse de ce lien, il faut remonter au 15 juin 2020. À cette époque, Abdelmadjid Tebboune est un président en quête de légitimité. Élu dans un contexte de contestation massive (le Hirak) et perçu par une grande partie de la population comme le candidat du système militaire, il souffre d’un déficit d’image criant. C’est alors que Liamine Zeroual, pourtant retiré de la vie publique depuis 1999 et connu pour sa discrétion absolue, fait un geste historique : il se rend au palais d’El Mouradia pour soutenir Tebboune.
Ce geste était hautement symbolique. Zeroual n’avait jamais remis les pieds à la présidence sous l’ère Bouteflika, un homme pour qui il n’éprouvait que froideur et mépris. En se déplaçant malgré sa maladie et la pandémie de COVID-19, Zeroual voulait envoyer un message clair : l’Algérie traverse une crise dangereuse, et il faut stabiliser l’État. Pour lui, Tebboune représentait alors une chance de transition, même imparfaite, pour éviter l’effondrement des institutions.
La rupture éthique : Le refus d’être un instrument électoral
La première véritable cassure survient à l’été 2024, lors de la préparation des élections présidentielles anticipées. Le clan Tebboune, conscient de la popularité intacte de Zeroual auprès des “masses populaires” — qui voient en lui un homme honnête, sobre et intègre — tente d’utiliser son image. Le staff de campagne invite l’ancien général à un meeting électoral pour promouvoir le second mandat de Tebboune.
La réponse de Zeroual est cinglante, bien que polie en apparence. Il décline l’invitation, prétextant sa santé fragile. Pourtant, quelques semaines plus tard, on l’aperçoit à une fête de mariage à Alger, prouvant que sa fatigue n’était pas l’unique raison de son absence. En réalité, Zeroual est offusqué. Pour lui, un ancien chef d’État doit rester au-dessus de la mêlée, garant de l’unité nationale et non outil marketing pour un candidat. Il refuse d’être manipulé par un pouvoir qu’il commence à juger indécent dans ses méthodes.
L’affaire Ben Nassar : Le coup de grâce
Le point de non-retour est atteint le 1er avril 2025, lors d’une visite de Tebboune au domicile de Zeroual à Batna. Au-delà des politesses d’usage, Zeroual décide d’intercéder en faveur de la famille Ben Nassar. Le général Larbi Ben Nassar, figure emblématique de la justice militaire décédé en 2005, était un ami proche de Zeroual. Ses deux fils, un colonel des services secrets et un commissaire de police, sont alors en détention préventive depuis un an, accusés de complot dans une guerre de clans opaque entre services de sécurité.
Zeroual expose à Tebboune le drame humain : une veuve malade, des enfants privés de leurs pères sans preuve tangible de culpabilité, et une détention qui s’éternise sans procès. La réponse de Tebboune choque l’ancien président. Le chef de l’État refuse toute clémence, justifiant son inflexibilité par le comportement d’un troisième frère Ben Nassar, exilé à l’étranger, qui critique violemment le régime sur les réseaux sociaux.
Pour Zeroual, cette réponse est inacceptable. Dans son code d’honneur militaire et éthique, on ne punit pas une famille entière pour les actes d’un seul homme, surtout lorsque les détenus n’ont eux-mêmes rien commis. Il voit dans ce refus une forme de cruauté et une instrumentalisation flagrante de la justice à des fins de vengeance politique.
Un héritage de valeurs face à une Algérie qui change

Liamine Zeroual n’était sans doute pas le stratège le plus brillant ni un visionnaire politique complexe, mais il possédait une qualité rare : l’intégrité absolue. Jusqu’à son dernier souffle, il a vécu simplement dans sa maison personnelle, faisant ses courses lui-même, loin du luxe et des privilèges de la nomenclature. Il représentait cette “Algérie des valeurs” où la parole donnée et le respect des familles étaient sacrés.
En quittant ce monde, Zeroual laisse derrière lui une Algérie qu’il ne reconnaissait plus. Une Algérie où la répression semble avoir pris le pas sur le dialogue, et où même les anciens soutiens finissent par se murer dans le silence du dégoût. Si Tebboune pleure aujourd’hui le “frère” et le “patriote”, les investigations révèlent que le cœur de Zeroual, lui, avait déjà cessé de battre pour ce pouvoir bien avant ce 29 mars 2026. L’homme qui a refusé les voitures blindées et les villas de luxe s’en est allé avec la seule chose que personne n’a pu lui voler : son honneur.