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Triste exploit : les Algériens deviennent depuis 2025 les premiers sans-papiers d’Europe

Triste exploit : les Algériens deviennent depuis 2025 les premiers sans-papiers d’Europe

Les chiffres officiels viennent de tomber, et ils résonnent comme un terrible aveu d’échec pour le pouvoir algérien. Selon les données les plus récentes publiées par Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne, les Algériennes et les Algériens occupent désormais la première place des ressortissants étrangers en situation irrégulière sur le territoire européen. L’Algérie est ainsi devenue, en 2025, le premier pays exportateur de « harragas » et de migrants clandestins vers les 27 pays de l’Union. Ce constat effarant, qui fait froid dans le dos, témoigne d’un grand malaise social et des immenses difficultés politiques et économiques qui assaillent le pays, contraignant une part toujours plus importante de la population à fuir pour s’établir clandestinement à l’étranger.

Une explosion statistique qui dépasse les pays en guerre

L’analyse des données comparatives d’Eurostat révèle l’ampleur inédite de ce phénomène. Plus de 70 905 personnes de nationalité algérienne ont été officiellement identifiées et détectées comme migrantes clandestines en Europe. Ce chiffre représente une hausse spectaculaire et inquiétante de 22 % par rapport à l’année précédente. Pour la première fois, la communauté des sans-papiers algériens surpasse en nombre des populations issues de nations pourtant structurellement dévastées ou en plein conflit armé.

À titre de comparaison, l’Europe recense 42 635 sans-papiers afghans, alors que l’Afghanistan subit le joug d’un régime taliban archaïque et demeure l’un des pays les plus pauvres de la planète. Plus frappant encore, le nombre de clandestins algériens dépasse celui des Ukrainiens (dont le pays subit une invasion militaire majeure) et celui des Marocains, qui occupent la troisième place avec 39 030 ressortissants en situation irrégulière.

Alors que l’ensemble des autres flux migratoires clandestins vers l’Europe affiche une baisse significative — le nombre de sans-papiers afghans a chuté de 29 %, celui des Marocains de 20,6 % et celui des Ukrainiens de 17,7 % —, l’Algérie est la seule et unique nationalité dont la courbe s’envole de manière exponentielle. Avec trois autres pays, l’Algérie représente à elle seule plus du quart de la totalité des cas de migrants clandestins détectés au sein de l’Union européenne.

Le couperet des obligations de quitter le territoire (OQTF)

Cette présence massive et irrégulière se traduit logiquement par un autre record tout aussi sombre : celui des procédures d’expulsion. L’Algérie se classe en tête des pays dont les ressortissants reçoivent le plus d’obligations de quitter le territoire national, qu’il s’agisse des OQTF en France ou des mécanismes administratifs et judiciaires équivalents chez ses voisins européens.

Pour l’année 2025, pas moins de 45 725 ordres de quitter le territoire ont été émis à l’encontre de citoyens algériens. Là encore, l’Algérie devance largement le Maroc (29 030 ordres d’expulsion), la Turquie (24 780) et la Syrie (20 555). Si les chiffres globaux de l’Union européenne indiquent que 719 395 ressortissants de pays tiers ont été interceptés en situation irrégulière et que 132 600 personnes ont été refoulées aux frontières extérieures, la part algérienne y demeure disproportionnée.

Algérie: vers une régularisation des expatriés sans-papiers | APAnews -  Agence de Presse Africaine

Il convient de préciser que ces données officielles ne représentent que la partie visible de l’iceberg. En Europe, un migrant est généralement comptabilisé en situation irrégulière lorsqu’il est interpellé lors d’un contrôle de routine ou à la suite d’un délit. Les milliers de sans-papiers qui travaillent dans l’ombre, sans faire parler d’eux, échappent totalement à ces statistiques. La réalité du nombre d’Algériens vivant dans la clandestinité sur le sol européen est donc nettement supérieure aux chiffres d’Eurostat.

Les causes profondes d’un exode : la faillite du système Tebboune

Une question fondamentale s’impose à la lecture de ce bilan : pourquoi les Algériens fuient-ils en si grand nombre un pays qui n’est pourtant pas en guerre, qui n’est ni bombardé ni envahi ? La réponse réside dans l’instabilité politique et le marasme économique qui caractérisent la gouvernance actuelle. Sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune, l’Algérie a paradoxalement réussi ce que certains critiques qualifient ironiquement de « diversification des exportations hors hydrocarbures » : le pays exporte désormais ses propres forces vives.

Le malaise national est global. L’absence totale de perspectives socio-économiques, le chômage de masse qui frappe la jeunesse, l’effondrement continu du pouvoir d’achat, la dépréciation du dinar et les pénuries récurrentes de produits de première nécessité ont plongé une grande partie de la population dans la précarité et la détresse psychologique. À cette crise matérielle s’ajoute un climat de répression étouffant, marqué par la persécution des libertés publiques et individuelles. Sous l’ère de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, l’Algérie n’avait jamais atteint ce rang de première nation pourvoyeuse de l’immigration clandestine en Europe. Le système actuel a brisé l’espoir, ne laissant d’autre choix à ses enfants que l’exil forcé.

L’échec et la complicité des services de sécurité

Chaque année, entre 10 000 et 15 000 personnes tentent la traversée de la Méditerranée à partir des wilayas côtières du nord et de l’ouest de l’Algérie. La route maritime vers l’Espagne, et plus particulièrement vers les îles Baléares — Ibiza, Formentera — ainsi que vers les provinces d’Alicante et d’Almería, connaît une affluence sans précédent.

Cet exode massif met en lumière une faillite sécuritaire monumentale. Alors que le Maroc et la Tunisie ont considérablement renforcé leurs contrôles côtiers, neutralisant efficacement les réseaux de passeurs et déviant les flux vers l’Algérie, les forces de sécurité algériennes échouent magistralement. Comment un pays disposant d’un budget militaire colossal, équipé de drones de surveillance, d’hélicoptères et d’une marine de guerre moderne, peut-il laisser des dizaines d’embarcations quitter quotidiennement ses 1 200 kilomètres de côtes sans rien détecter ?

La réponse des experts est sans appel : une telle augmentation des départs ne peut s’expliquer par le seul manque d’efficacité. Elle révèle une porosité, voire une complicité active entre la mafia des passeurs et certains éléments des services de sécurité, notamment la gendarmerie nationale et les garde-côtes algériens. La « harga » est devenue un business hautement lucratif. Si une traversée coûtait environ 1 000 euros par le passé, les tarifs ont triplé sous le régime actuel. Il faut aujourd’hui débourser entre 2 000 et 3 000 euros pour une place sur une embarcation de fortune, et parfois plus de 4 000 euros pour des traversées dites « de luxe » à bord de bateaux semi-rigides ultra-puissants ou de yachts de plaisance. Cette économie souterraine et florissante alimente les caisses d’organisations criminelles qui ne pourraient opérer au grand jour sans de hautes protections.

Une tragédie nationale face au silence des dirigeants

Malgré la gravité de la situation, le sujet reste tabou au sein des institutions de l’État. Aucun député, aucun sénateur, aucun média officiel ne demande des comptes aux garde-côtes ou aux responsables de la sécurité nationale sur l’utilisation des budgets astronomiques qui leur sont alloués pour des résultats aussi catastrophiques. Pire encore, le pouvoir utilise régulièrement le flux migratoire comme un outil de chantage diplomatique lors de ses crises successives avec ses voisins européens, notamment l’Espagne, prouvant qu’il conserve un contrôle indirect sur ces départs.

L’Algérie, le plus grand pays d’Afrique, regorge de richesses naturelles exceptionnelles : du pétrole, du gaz, du phosphate, un potentiel agricole immense et un ensoleillement permanent. Logiquement, une telle nation devrait être une terre d’accueil, un eldorado capable d’attirer les compétences et la main-d’œuvre étrangère. C’est pourtant le scénario inverse qui se produit.

Ce triste record européen n’est pas un motif de fierté, mais une source de honte nationale qui devrait empêcher les dirigeants algériens de dormir. En se fermant à tout avenir meilleur sur son propre sol, l’Algérie de Tebboune regarde sa jeunesse se clochardiser et risquer sa vie en mer, transformant les espérances de tout un peuple en une véritable hécatombe humaine.