Scandale à Alger : grave Altercation entre Mehdi Ghezzar et un officiel du ministère de la Culture

L’Opéra d’Alger, joyau architectural et symbole du raffinement culturel algérien, a été le théâtre, le 30 avril dernier, d’une scène d’une rare violence qui détonne avec la solennité habituelle du Festival international de la musique symphonique. Ce qui devait être une soirée de célébration universelle, réunissant l’élite musicale internationale — de l’Autriche à l’Italie, en passant par la République tchèque — a basculé dans un pugilat aux répercussions politiques immédiates. Au centre de ce tumulte : Mehdi Ghezzar, entrepreneur et chroniqueur influent sur la chaîne AL24 News, ancien directeur de campagne du président Abdelmadjid Tebboune en France, et son épouse, la journaliste Hana Ghezzar Bouakaz.
L’incident du tapis rouge : Le point de rupture
Le conflit aurait pris naissance aux abords du tapis rouge, lieu hautement symbolique réservé au protocole. Selon des témoignages concordants recueillis sur place, Hana Ghezzar Bouakaz, accompagnant la délégation de l’ambassade de la République tchèque dans le cadre d’un reportage, aurait tenté d’emprunter ce passage exclusif. Elle a été stoppée net par le chef du protocole du ministère de la Culture, M. Mohammed Khouja.
Le refus de l’officiel a été catégorique : l’accès au tapis rouge est strictement réglementé et réservé aux invités de marque et aux participants officiels. Pour le fonctionnaire, aucune dérogation ne pouvait être accordée à une journaliste, quelle que soit sa couverture médiatique. Ce qui aurait pu rester un simple désaccord administratif s’est mué en un incident personnel houleux. Madame Ghezzar, se sentant humiliée par cette exclusion, a quitté les lieux, non sans avoir, selon certaines versions, rapporté des propos insultants tenus par le fonctionnaire à l’encontre de son statut et de son travail.
Une altercation physique sous haute tension
L’affaire a pris une dimension spectaculaire lorsque Mehdi Ghezzar, alerté par son épouse, a fait irruption à l’Opéra. La confrontation avec M. Khouja a rapidement dégénéré. Alors que l’atmosphère se cristallisait autour des deux hommes, la situation a basculé dans la violence physique. Des témoins oculaires ont décrit une scène où Mehdi Ghezzar, âgé de 41 ans, s’en est pris physiquement à M. Khouja, âgé de 55 ans, lui infligeant une série de coups sous le regard stupéfait des convives et du personnel de sécurité.
Ce moment de violence, inouï dans un cadre aussi feutré, a instantanément gâché l’inauguration du festival. Le choc est d’autant plus grand que les services de sécurité, habituellement prompts à réagir, sont restés en retrait, soulevant des questions persistantes sur le sentiment d’impunité dont jouirait l’entourage du clan au pouvoir.
Deux visions, une même polémique
Il est impératif, dans un souci d’éthique journalistique, de rapporter la version défendue par les proches de la famille Ghezzar. Ces derniers soutiennent que Mehdi et son épouse auraient été victimes de la grossièreté et de la vulgarité de M. Khouja. Selon ce récit, le responsable du ministère aurait non seulement refusé les autorisations de tournage présentées, mais aurait également usé de termes dégradants, sommant la journaliste de quitter les lieux avec mépris. Dans cette perspective, Mehdi Ghezzar ne serait intervenu que pour « défendre l’honneur » de son épouse face à un fonctionnaire ayant outrepassé ses droits.
Cependant, cette version se heurte frontalement aux récits des témoins directs présents à l’Opéra. Pour ces derniers, rien ne justifie le passage à l’acte physique. La divergence entre les versions souligne une réalité préoccupante : l’instrumentalisation de l’espace public et la confusion des genres dans l’exercice du pouvoir.
Un scandale systémique
Au-delà de l’altercation, cet événement met en lumière une problématique de fond. Mehdi Ghezzar, bien que n’occupant aucune fonction officielle définie par un décret publié, est devenu une figure omniprésente du lobbying politique algérien. Proche des cercles du pouvoir, présent sur les plateaux de la télévision gouvernementale pour défendre la ligne officielle, il est perçu par beaucoup comme une figure intouchable.
Ce scandale soulève une question fondamentale : une telle violence peut-elle être tolérée dans une République qui se veut exemplaire ? La légitimité d’un individu, aussi influent soit-il, ne saurait primer sur le respect des institutions et la dignité des fonctionnaires. Le comportement constaté à l’Opéra d’Alger — celui de « gros bras » — renvoie l’image d’une dérive inquiétante où les relations personnelles prennent le pas sur l’ordre républicain.
L’urgence de la transparence
Alors que le festival se poursuit jusqu’au 7 mai 2026, l’absence de réaction officielle ou d’enquête judiciaire immédiate suscite l’indignation. Pourquoi, dans un événement de portée internationale, une agression publique ne fait-elle pas l’objet d’une interpellation formelle ? L’impunité n’est pas seulement un échec administratif ; elle est un poison pour la confiance des citoyens envers leurs institutions.
Le respect dû à un aîné et la retenue attendue de la part de personnalités publiques devraient être la règle, non l’exception. Si M. Khouja a failli dans sa mission ou a manqué de respect à madame Ghezzar, les voies du recours existent : dépôts de plainte, rapports hiérarchiques, recours à la justice. En aucun cas la justice privée, exercée par la force physique, ne peut être une réponse acceptable.
L’Algérie traverse une période où l’image de ses institutions est primordiale. En invitant des diplomates et des artistes de renommée mondiale, le pays affiche son désir de rayonnement international. Ces efforts sont toutefois immédiatement annulés par ce type d’incartades, qui donnent l’impression d’un pays où les passes-droits remplacent le droit.
Il est temps de s’interroger sur la place de ces « intermédiaires » dans la vie publique. La fonction de chroniqueur ou d’influenceur politique ne donne aucun droit de police, ni aucune immunité face à la loi. L’agression de l’Opéra d’Alger n’est peut-être qu’un épiphénomène, mais elle cristallise un malaise plus profond sur la manière dont les membres de l’entourage présidentiel perçoivent leur pouvoir et leur légitimité à agir. Une enquête indépendante est non seulement nécessaire pour établir les faits, mais elle est indispensable pour restaurer la confiance dans l’impartialité de l’État. La culture, et par extension la nation, mérite mieux que ces scènes de violence qui n’ont pas leur place sous les projecteurs de la civilisation.