Mounir Zahi : Cet homme Qui a Surgi de Nulle Part pour diriger les Services Algériens

Un Changement Radical au Cœur du Pouvoir
Le paysage sécuritaire algérien vient de connaître un bouleversement sans précédent. Une année jour pour jour après son installation à la tête de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI), la puissante agence du renseignement intérieur, le général Hassan a été brusquement écarté de ses fonctions. Pour lui succéder, les plus hautes autorités de l’État ont choisi le général major Mounir Zahi. Ce choix a provoqué une immense surprise, car l’homme demeure largement méconnu du grand public ainsi que des réseaux traditionnels des services secrets.
La cérémonie officielle d’installation s’est déroulée le 21 mai 2026. C’est le général de corps d’armée Saïd Chengriha, agissant au nom du président de la République Abdelmadjid Tebboune, qui a formalisé cette transition majeure. Bien que le ministère de la Défense nationale ait diffusé des images de l’événement, reprises en boucle par l’ensemble des médias nationaux, aucune explication officielle n’a été fournie pour justifier le départ du général Hassan. Cette absence de clarification alimente les spéculations au sein d’une institution caractérisée par une instabilité chronique, où les directeurs se succèdent à un rythme annuel.
La DGSI représente la colonne vertébrale des services secrets algériens. Elle constitue l’entité la plus puissante sur les plans opérationnel et logistique. Chargée du contre-espionnage, de la lutte contre le terrorisme, de la cybercriminalité et de la neutralisation des menaces protéiformes, cette direction dispose de ressources humaines et d’infrastructures considérables. Ses casernes et centres logistiques quadrillent l’ensemble du territoire national. Parmi ses installations figurent le Centre Principal des Opérations (CPO), connu sous le nom de caserne Antar, ainsi qu’un siège moderne situé à Douéra, souvent comparé à un véritable Pentagone algérien. Depuis la crise politique de 2019 et l’emprisonnement du général Tartag, l’Algérie ne possède plus de coordinateur unique pour l’ensemble de ses services. La DGSI, la DDSE (renseignement extérieur), la DGRT (renseignement technique et écoutes) et la DCSA (sécurité militaire) fonctionnent de manière autonome, ce qui accentue l’importance stratégique du nouveau directeur de la sécurité intérieure.
Le Parcours Atypique d’un Technocrate Militaire
Le profil du général major Mounir Zahi rompt radicalement avec celui de ses prédécesseurs. Originaire de Metlili, dans la wilaya de Ghardaïa, il est issu de la grande tribu des Chaâmba, une communauté sunnite et arabophone du Sud algérien. Contrairement à une idée reçue qui associe systématiquement la région de Ghardaïa aux Mozabites, de confession ibadite et d’origine berbère, le parcours de Mounir Zahi reflète la diversité culturelle et géographique des cadres de l’armée nationale.
Ce qui surprend le plus les observateurs, c’est que le nouveau patron de la DGSI n’a jamais fait carrière dans le renseignement. Il n’a jamais été un espion de terrain et n’a pas gravi les échelons au sein des structures classiques de la sécurité. L’essentiel de son parcours s’est déroulé au sein des Forces de Défense Aérienne du Territoire (CFDAT), un département technique et hautement stratégique de l’état-major. Au sein de ce corps, il s’est imposé comme un spécialiste de premier plan des drones et des technologies de guerre moderne. Dans un contexte mondial où les conflits se modernisent et se digitalisent, sa maîtrise des armements sophistiqués est devenue un atout majeur pour le commandement militaire.
En plus de ses compétences techniques, le général major Mounir Zahi possède un profil international extrêmement rare parmi les officiers supérieurs algériens. Parfaitement anglophone, il fait partie d’un groupe très restreint de généraux ayant suivi une formation de haut niveau au Collège de défense de l’OTAN, situé près de Rome, en Italie. Cette institution prestigieuse forme les cadres de l’Alliance atlantique ainsi que les officiers de pays partenaires. Cette expérience à l’étranger lui a permis d’acquérir une vision globale des enjeux de sécurité contemporains, une expertise qui a rapidement attiré l’attention de l’état-major de l’Armée Nationale Populaire (ANP).
L’Architecte du Rapprochement Stratégique avec Washington

Entre 2022 et le début de l’année 2023, le commandement militaire a choisi d’exploiter les compétences linguistiques et diplomatiques de Mounir Zahi en le transférant vers le département de la coopération internationale du ministère de la Défense nationale. C’est à ce poste que le général major a connu une ascension fulgurante, devenant l’interlocuteur privilégié des autorités américaines et du Pentagone.
Son rôle est devenu central lors du dialogue militaire conjoint entre l’Algérie et les États-Unis. Du 4 au 6 décembre 2023, il a voyagé à Washington pour diriger la délégation algérienne lors de la 11e session de ce sommet bilatéral. À cette occasion, il a coprésidé des réunions stratégiques au Pentagone aux côtés de Jennifer Zakriski, alors sous-secrétaire adjointe à la Défense par intérim pour les affaires africaines. Au cours de ces discussions, Mounir Zahi a directement négocié les termes d’un protocole d’accord visant à établir une coopération militaire renforcée entre les deux pays. Face à l’efficacité de sa gestion, l’état-major l’a nommé directeur adjoint de la DGSI le 7 décembre 2025, pour seconder le général Hassan, avant de lui confier la direction totale de l’organisme quelques mois plus tard.
Le travail préparatoire mené par Mounir Zahi a abouti, le 22 janvier 2025, à la signature officielle d’un accord-cadre de coopération militaire bilatérale d’une importance historique. Cet accord a été paraphé à Alger par le général de corps d’armée Saïd Chengriha et le général Michael Langley, commandant du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM). Ce partenariat inédit englobe des volets essentiels tels que l’échange d’informations sécuritaires sur la situation critique dans la région du Sahel, des programmes de formation militaire conjoints, ainsi que des négociations avancées pour l’acquisition de matériel militaire américain.
Un Tournant Géopolitique Majeur pour l’Algérie
La nomination de Mounir Zahi à la tête de la DGSI intervient dans un contexte de reconfiguration géopolitique majeure pour l’Algérie. Historiquement, sur les plans doctrinal et idéologique, l’Algérie est un allié traditionnel de la Russie. L’armée algérienne dépend de manière structurelle de l’industrie militaire russe pour ses achats d’équipements, la maintenance de ses armements et la formation de ses officiers.
L’émergence d’un profil comme celui de Mounir Zahi, formé par l’OTAN et artisan d’un rapprochement d’envergure avec Washington, signale une volonté de diversification stratégique de la part du pouvoir algérien. Face à l’instabilité grandissante à ses frontières méridionales, notamment au Sahel, et face aux mutations technologiques de la guerre moderne, l’Algérie semble vouloir moderniser ses appareils de renseignement en intégrant des compétences techniques et diplomatiques nouvelles. En plaçant un spécialiste des drones et des relations internationales à la tête de son service de renseignement le plus puissant, l’état-major algérien choisit de privilégier l’efficacité technologique et l’ouverture diplomatique pour faire face aux menaces contemporaines. Reste à savoir comment ce changement de cap sera perçu par les partenaires traditionnels du pays et s’il permettra de stabiliser durablement une institution clé pour la sécurité de la nation.
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