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Malika Bendouda face au scandale de Laghouat : L’arrogance envers les faibles, la soumission devant les puissants

Malika Bendouda face au scandale de Laghouat : L’arrogance envers les faibles, la soumission devant les puissants

L’étincelle de Laghouat : Un incident protocolaire qui vire au révélateur politique

Ce qui aurait dû rester un simple accroc protocole, sans grande importance ni conséquences, est en train d’enflammer la websphère algérienne et de susciter une vague d’indignation sans précédent sur les réseaux sociaux. L’affaire se déroule à Laghouat, cette magnifique ville du centre-sud de l’Algérie, souvent qualifiée de porte du désert. C’est ici, au cœur de cette Algérie profonde, que la ministre de la Culture, Malika Bendouda, s’est déplacée pour inaugurer en grande pompe la 12e édition du Festival international du Samaâ Soufi, un événement dédié au chant mystique qui se tient au théâtre régional Moudjahid Boubaker-Belkacem.

Alors que la ministre s’apprête à faire une déclaration solennelle devant un parterre de caméras et de journalistes mobilisés pour l’occasion, un acteur politique local entre en scène. Il s’agit du président de l’Assemblée populaire communale (APC) de Laghouat. Dans ces régions éloignées de la capitale de plusieurs centaines de kilomètres, la visite d’un membre du gouvernement et le déploiement des médias nationaux constituent une opportunité rare. Pour cet élu local, se positionner à côté de la ministre devant l’objectif n’est rien d’autre qu’un réflexe politique classique, une tentative un peu naïve de communication pour montrer à ses administrés qu’il est présent et actif. L’homme ne commet aucune agression, ne se montre ni harcelant ni irrespectueux. Il cherche simplement à figurer sur l’image.

La réaction de Malika Bendouda est immédiate, disproportionnée et d’une agressivité rare. Visiblement excédée, la ministre interrompt brutalement sa déclaration à la presse, manifestant une colère noire teintée d’un profond dédain. Elle menace de tout annuler, refusant catégoriquement de s’afficher aux côtés de cet élu. Pour elle, cet homme n’est ni un wali, ni un général, ni un conseiller à la présidence. Ce n’est qu’un Algérien de l’intérieur, une quantité négligeable. Ce geste, capturé par les caméras, a agi comme un miroir grossissant du complexe de supériorité qui caractérise une partie des dirigeants algériens, habitués à traiter le citoyen lambda avec le plus grand mépris.

Le double standard du pouvoir : Quand le courage s’efface devant les privilèges

Si l’incident de Laghouat a provoqué une telle colère au sein de la population, c’est parce qu’il met en lumière une logique à deux vitesses insupportable pour les citoyens. L’arrogance dont la ministre a fait preuve face à un élu sans défense s’oppose radicalement à une autre scène, restée confidentielle, mais d’une gravité bien supérieure. Quelques jours plus tôt, le 30 avril, lors de l’ouverture du prestigieux Festival international de musique symphonique à l’Opéra d’Alger, la ministre de la Culture s’est retrouvée dans une situation autrement plus conflictuelle.

Ce soir-là, un incident violent éclate à cause d’un refus protocolaire. L’épouse de Mehdi Ghezzar, chroniqueur médiatique influent et fervent défenseur du régime, s’est vue interdire l’accès au tapis rouge officiel par le directeur du protocole du ministère, un certain Monsieur Houja. Furieuse, la journaliste appelle son époux à la rescousse. Fidèle à sa réputation d’homme excessif, habitué aux diatribes et aux intimidations, Mehdi Ghezzar débarque sur les lieux. S’ensuit une altercation d’une rare violence physique et verbale au cours de laquelle le haut fonctionnaire du ministère est agressé et malmené sous les yeux des services de sécurité et de témoins oculaires, parmi lesquels des invités étrangers de marque comme Ségolène Royal.

Le contraste des attitudes : Face à l’agression flagrante de son propre personnel au sein d’une institution officielle, qu’a fait la ministre de la Culture ? Absolument rien.

Mehdi Ghezzar s’est ensuite dirigé vers le salon d’honneur pour interpeller directement Malika Bendouda. Il l’a sommée de s’isoler, l’a littéralement « lessivée », humiliée et menacée verbalement, lui reprochant le comportement de ses services. Devant cet homme puissant, réputé proche du clan présidentiel et des enfants du chef de l’État, la ministre n’a pas montré ses muscles. L’arrogance de Laghouat s’est transformée en une soumission totale. Pas un éclat de voix, pas un geste de dignité pour défendre son administration ou son honneur.

Les rouages de l’impunité : La stratégie du retrait temporaire

Cette affaire est symptomatique du fonctionnement interne du régime algérien, où le réseau et les connexions familiales ou politiques garantissent une impunité quasi totale. Mehdi Ghezzar n’est pas un élu, il n’est pas un représentant de la loi, et il ne dispose d’aucun mandat pour corriger ou frapper un fonctionnaire de l’État. En temps normal, une telle agression dans un lieu officiel aurait dû déboucher sur une enquête policière immédiate, des sanctions administratives et des poursuites judiciaires. Pourtant, le silence radio a été complet.

Pour étouffer le scandale et protéger ce “proche parmi les proches”, le pouvoir a appliqué une recette bien connue, déjà utilisée par le passé pour d’autres figures protégées du système : la stratégie de l’effacement temporaire.

Cette ruse politique permet d’essuyer la tempête médiatique sans jamais avoir à rendre de comptes au peuple ou à la justice. Pendant ce temps, les victimes réelles, qu’il s’agisse du directeur du protocole agressé ou du président d’APC humilié publiquement, sont laissées face à leur impuissance.

L’exigence de dignité : Être ministre n’est pas une condition éternelle

Malika Bendouda appelle à une réforme profonde et modernisée du théâtre  algérien - La voie dAlgérie

Le comportement de Malika Bendouda à Laghouat pose une question fondamentale sur l’éthique du pouvoir en Algérie. Comment peut-on prétendre diriger un ministère de la Culture, censé rayonner par l’humanisme, l’éducation et l’élévation des esprits, tout en affichant un tel mépris envers les citoyens des régions intérieures ? Le respect de chaque individu, quel que soit son rang social ou sa provenance géographique, n’est pas une option, c’est une obligation morale absolue pour quiconque exerce une parcelle de l’autorité publique.

La ministre a commis une erreur politique et humaine majeure. Elle s’est souvenue qu’elle était puissante face à un élu de Laghouat, mais elle a oublié qu’elle était une citoyenne comme les autres, soumise aux mêmes règles de courtoisie. En Algérie comme ailleurs, les fonctions ministérielles sont éphémères. On ne naît pas ministre et on ne termine pas son existence avec ce titre. Le pouvoir passe, mais les actes et le mépris restent ancrés dans la mémoire collective.

Il est temps que les dirigeants algériens comprennent que la véritable force ne réside pas dans l’écrasement des faibles ou la flatterie des puissants. L’indignation qui secoue actuellement le pays montre que le peuple n’est plus disposé à accepter cette arrogance systémique. Malika Bendouda se doit de présenter des excuses publiques aux habitants de Laghouat et de se remettre profondément en question. Si elle voulait prouver son autorité et sa poigne, c’est face aux menaces et aux insultes de Mehdi Ghezzar qu’elle aurait dû le faire, et non en humiliant un élu qui ne cherchait qu’à faire honneur à sa ville.