Le secret des 8 000 milliards : Comment le régime de Tebboune sacrifie le dinar et vide le portefeuille des Algériens

L’illusion monétaire : Un document austère pour un grand secret d’État
Chaque citoyen algérien fait aujourd’hui le même constat amer en se rendant au marché : le couffin coûte de plus en plus cher, les prix des produits de première nécessité s’envolent, tandis que les salaires restent désespérément stagnants. Pour beaucoup, cette perte brutale de pouvoir d’achat semble être une fatalité, une crise invisible dont on ne comprend pas les ressorts. Pourtant, la réponse à cette détresse quotidienne n’est pas le fruit du hasard. Elle se trouve minutieusement consignée dans un document administratif austère que personne ne lit : le bilan officiel de la Banque d’Algérie.
C’est au cœur du Journal Officiel de la République algérienne démocratique et populaire, plus précisément dans son numéro 39 publié le 31 mai 2026, que se cache un chiffre vertigineux. Un chiffre que le gouvernement d’Abdelmadjid Tebboune maintient sous un écran de fumée technique et un jargon financier délibérément alambiqué pour le rendre inaccessible au commun des mortels. Ce secret d’État pèse exactement 8 164 milliards de dinars, soit l’équivalent de plus de 60 milliards de dollars de dette interne. Une décision politique invisible qui pèse de tout son poids sur la valeur de la monnaie nationale et, par ricochet, sur la vie de millions de citoyens.
La radiographie de la Banque d’Algérie : 4 dinars sur 10 sont de la dette
Pour comprendre la gravité de la situation, il convient de se pencher sur le rôle fondamental d’une banque centrale. Dans une économie saine, la Banque d’Algérie n’est pas une banque commerciale ordinaire. Elle ne s’adresse pas aux particuliers, n’ouvre pas de comptes d’épargne et ne distribue pas de crédits de consommation. Sa mission régalienne est de fabriquer la monnaie, de veiller à sa stabilité, de gérer les réserves de change et de réguler le secteur bancaire. Surtout, une banque centrale doit impérativement rester indépendante du budget de l’État. Elle ne doit pas financer directement les dépenses publiques, sous peine de créer de l’argent à partir de rien.
Or, la situation mensuelle de la Banque d’Algérie, qui dresse la radiographie comptable des actifs et des passifs de l’institution, révèle une réalité diamétralement opposée. Au 30 novembre 2025, le total du bilan de la banque centrale s’élevait à 21 113 milliards de dinars (environ 156 milliards de dollars). Ce qui alerte immédiatement les économistes, c’est une ligne spécifique située à l’actif du tableau, intitulée : « Titres émis ou garantis par l’État algérien ».
Ce poste comptable atteint le montant astronomique de 8 164 milliards de dinars. Cela signifie que près de 39 % de l’ensemble du bilan de la Banque d’Algérie est constitué de dettes que l’État a contractées envers elle-même. En d’autres termes, près de 4 dinars sur 10 détenus par la banque centrale ne reposent sur aucune richesse réelle, mais sur des promesses de remboursement d’un État en déficit chronique.
Le mécanisme diabolique de la planche à billets

Comment en est-on arrivé là ? Face à l’incapacité de l’État à générer des ressources financières suffisantes pour couvrir son train de vie et ses subventions massives (carburant, électricité, farine, sucre, médicaments), le régime a choisi la solution de facilité : forcer la banque centrale à faire tourner la planche à billets.
Ce mécanisme de financement destructeur s’articule en deux grandes parties bien distinctes dans le bilan officiel :
1. Le rachat des créances des entreprises publiques défaillantes
Une première enveloppe de 5 614 milliards de dinars (environ 41,6 milliards de dollars) correspond à des dispositions légales permettant à la Banque d’Algérie de racheter les dettes accumulées par les grandes entreprises étatiques. Des entités publiques majeures comme Air Algérie, Sonelgaz, Algérie Télécom ou encore le complexe d’El Hadjar sont structurellement déficitaires. Incapables de rembourser leurs traites au Trésor public ou de payer leurs impôts, ces entreprises bénéficient d’un tour de passe-passe comptable. La Banque d’Algérie crée de nouveaux dinars ex nihilo pour racheter ces créances pourries. Sur le papier, les dettes s’effacent ; dans la réalité, des milliards de dinars sans contrepartie économique sont injectés dans le circuit.
2. Le financement direct du budget de l’État
La seconde partie du tableau affiche une somme plus récente de 2 550 milliards de dinars (environ 18,9 milliards de dollars). Ce montant s’appuie directement sur une modification législative controversée adoptée en 2023 sous l’ère Tebboune. Cette loi autorise la Banque d’Algérie à acheter directement des bons du Trésor. Ce n’est plus une banque commerciale qui prête à l’État, mais l’institution émettrice de la monnaie elle-même qui finance directement les dépenses de fonctionnement des ministères, de la présidence et du secteur de la Défense nationale.
Note économique fondamentale : Créer de la monnaie sans qu’il y ait une hausse équivalente de la production de biens, de marchandises ou de services réels provoque mécaniquement une dépréciation de la monnaie et une inflation incontrôlable.
La chute brutale du dinar : Les chiffres d’un désastre
Les conséquences de cette politique monétaire ultra-expansive ne sont pas des concepts abstraits pour les théoriciens de l’économie. Elles se mesurent concrètement à travers l’effondrement de la valeur du dinar algérien au cours des deux dernières décennies, et plus particulièrement depuis l’avènement du régime actuel en 2019. Les données comparatives entre 2006 et 2026 mettent en lumière l’ampleur du désastre
L’écart (le fameux “spread”) entre le taux de change officiel et le marché parallèle du Square Port-Saïd est passé d’environ 40 % en 2019 à plus de 75 % en 2026. Cette dégringolade accélérée transforme le dinar en ce que le jargon populaire qualifie désormais de « monnaie de Monopoly ».
Puisque l’Algérie est un pays qui importe massivement ses denrées alimentaires et ses biens d’équipement, un dinar faible signifie automatiquement des importations beaucoup plus coûteuses. Même pour les rares produits fabriqués localement, les coûts de production explosent car les machines, les pièces de rechange et les matières premières proviennent inévitablement de l’étranger. Pour compenser la perte de valeur de leurs gains, les commerçants et les entreprises répercutent cette baisse sur les étiquettes. C’est le citoyen ordinaire qui paie la facture finale de cette planche à billets déguisée.
Le bouclier fragile des réserves de change en voie d’épuisement
Une question légitime se pose : si la situation est aussi grave, pourquoi l’Algérie n’a-t-elle pas encore sombré dans le chaos économique total qu’elle a connu durant les années 90 ? La réponse tient en un seul mot : les réserves de change.
L’État dispose encore d’un matelas financier de sécurité d’une quarantaine de milliards de dollars, dont au moins 22,4 milliards de dollars sous forme de réserves d’or. Ce stock de devises permet pour l’instant de colmater les brèches, de financer les importations vitales et de continuer à subventionner lourdement les produits de première nécessité comme le blé et les céréales, ainsi que les infrastructures cruciales (notamment les usines de dessalement d’eau de mer et la production d’électricité).
Cependant, ce bouclier est en train de s’effondrer à une vitesse alarmante. Les réserves de change sont passées d’une soixantaine de milliards de dollars à près de 40 milliards vers la fin de l’année 2025. Malgré la conjoncture internationale et les tensions géopolitiques, ces réserves ne parviennent plus à remonter durablement au-dessus de la barre des 50 milliards de dollars.
Les projections à moyen terme des institutions financières internationales, telles que le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque mondiale, sont sans appel : d’ici 2030, l’Algérie disposera de moins de 20 milliards de dollars de réserves de change. Sans réformes structurelles, sans diversification économique et sans l’arrêt immédiat de la planche à billets, le pays n’aura plus aucun paramètre économique viable pour soutenir sa monnaie nationale.
Un modèle rentier à bout de souffle et un peuple tenu à l’écart
La tragédie de l’économie algérienne réside dans sa dépendance absolue à la rente pétrolière et gazière. Le pays souffre d’une absence chronique de tissu industriel, d’un secteur touristique quasi inexistant et d’un secteur commercial atrophié à l’exportation. De plus, le marché informel ronge l’économie nationale, représentant 40 % de l’activité globale et grimpant jusqu’à 60 % dans certains secteurs clés. Cette informalité généralisée prive l’État de ressources fiscales saines basées sur les impôts sur le revenu ou sur les bénéfices des entreprises.
Lorsque l’argent des hydrocarbures ne suffit plus à maintenir l’illusion de la prospérité, le pouvoir politique refuse d’affronter les réalités économiques et préfère s’endetter auprès de sa propre banque centrale. C’est un choix délibéré de dissimulation. En imposant ce mécanisme de financement non conventionnel, Abdelmadjid Tebboune et son gouvernement maintiennent artificiellement en vie un système à bout de souffle, tout en appauvrissant la population par une inflation structurelle et destructrice.
Le grand secret des 8 000 milliards de dinars reste jalousement gardé par les cercles du pouvoir. Pendant ce temps, le peuple algérien, écarté des centres de décision et de la gouvernance économique, continue de subir de plein fouet la cherté de la vie, la précarité et une misère sociale grandissante, spectateur impuissant de la dépréciation programmée de son propre pays.