Le grand bluff de la Présidence : La vérité sur Boualem Boualem !

L’illusion d’un retour et la réalité du pouvoir
Le 7 juin 2026, les canaux officiels de la présidence algérienne diffusaient une série de clichés soigneusement calibrés. On y découvrait Boualem Boualem, le tout-puissant directeur de cabinet et conseiller de l’ombre du président Abdelmadjid Tebboune, affichant un sourire radieux au milieu des joueurs de l’équipe nationale de football. Pour le régime, l’objectif de cette séquence médiatique était limpide : balayer d’un revers de main les spéculations de plus en plus persistantes sur sa mise à l’écart, faire taire les révélations des observateurs avertis et projeter l’image d’un sommet de l’État uni et parfaitement fonctionnel.
Pourtant, le miroir aux alouettes n’aura tenu que quatre petits jours. Le 11 juin 2026, lors de la réunion la plus cruciale et la plus stratégique pour la sécurité nationale du pays — celle du Haut Conseil de Sécurité (HCS) —, le fauteuil réservé au directeur de cabinet est resté désespérément vide, ou plutôt occupé par un intérimaire, l’actuel ministre de l’Intérieur Brahim Merad. Cette absence flagrante, lors d’un événement où la présence de Boualem Boualem est pourtant dictée par les décrets d’organisation de l’État, apporte la preuve irréfutable que l’apparition du 7 juin n’était qu’une immense mise en scène, un coup de bluff politique destiné à masquer une crise de gouvernance profonde. En réalité, le retour effectif du bras droit du président est aujourd’hui impossible.
Les vérités d’une absence : Entre défaillance physique et dérapages politiques
Pour comprendre les raisons de cette disparition des radars qui dure depuis plus de quarante jours, il convient de dissocier les facteurs humains des impératifs politiques, même si, dans le cas présent, les deux ont fini par se percuter de plein fouet.
Une santé chancelante à 75 ans
La première réalité, objective et médicale, concerne l’état de santé de Boualem Boualem. Âgé de près de 75 ans, l’homme souffre de pathologies chroniques particulièrement lourdes, incluant une insuffisance cardiaque sévère et des troubles circulatoires importants. Ces facteurs de santé hautement instables l’empêchent désormais d’assumer la charge de travail titanesque et la vigilance de chaque instant que requiert sa fonction auprès du chef de l’État.
L’affaire Merzouk Noureddine : La goutte d’eau militaire
Si la maladie aurait pu être gérée en coulisses par une réduction progressive de ses activités, elle a coïncidé avec un scandale politico-judiciaire majeur qui a scellé sa mise à l’écart momentanée. Durant les semaines précédant le procès prévu à la fin du mois d’avril 2026 devant le tribunal militaire de Blida, Boualem Boualem a tenté d’user de tout son poids pour s’immiscer dans une affaire ultra-sensible relevant de la justice militaire : le dossier de l’ancien patron de la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN), accusé d’espionnage, de trahison et de complot contre l’autorité de l’État.
Selon des sources particulièrement bien introduites au sein du dossier, l’ex-chef de la police a explicitement cité Boualem Boualem comme le principal instigateur d’opérations de déstabilisation et de surveillance ciblant de hauts responsables des services secrets algériens, ainsi que des membres de l’entourage immédiat du général d’armée Saïd Chengriha, le chef d’état-major. Les pressions directes exercées par le conseiller présidentiel sur le tribunal militaire pour obtenir des libérations et étouffer l’affaire ont provoqué une vague d’indignation et une colère noire au sein de l’institution militaire. Face à ce tollé et pour éviter un affrontement frontal avec l’armée, Abdelmadjid Tebboune a été contraint de profiter de la maladie de son collaborateur pour l’éloigner des affaires courantes.
Le protocole du Haut Conseil de Sécurité ne ment pas

Pour mesurer la gravité de la situation, il suffit de se pencher sur les règles strictes qui régissent les institutions de la République algérienne. Le fonctionnement du Haut Conseil de Sécurité est rigoureusement encadré par le décret présidentiel numéro 21-539 du 27 décembre 2021. Ce texte stipule noir sur blanc la composition officielle de cette instance suprême présidée par le chef de l’État :
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Le Premier ministre
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Le Directeur du cabinet de la Présidence
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Le Ministre de la Défense nationale et le Chef d’État-major
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Les ministres régaliens (Intérieur, Affaires étrangères, Justice)
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Les chefs des grands corps de sécurité (Gendarmerie nationale, DGSN)
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Les patrons de la communauté du renseignement (DDSE pour l’extérieur, DGSI pour l’intérieur, et DCSA pour la sécurité de l’armée).
Au sein de ce conclave exclusif, l’absence d’un membre de plein droit sans motif de force majeure est le signal politique le plus limpide d’une disgrâce ou d’une disqualification. Une question de pure logique se pose alors : comment un homme prétendument rétabli et pleinement opérationnel peut-il trouver l’énergie d’assister à une séance photo décontractée et de partager un cocktail avec des footballeurs, mais se trouver dans l’incapacité absolue de siéger, d’étudier des dossiers et de prendre des décisions vitales lors de la réunion de sécurité la plus importante du pays ?
Si le président Tebboune avait réellement le pouvoir d’imposer le retour de son favori contre l’avis de l’appareil sécuritaire, il aurait poussé la mise en scène jusqu’au bout en l’asseyant à la table du HCS, quitte à ce qu’il se retire discrètement par la suite. Si cela n’a pas été fait, c’est que l’institution militaire s’y est fermement opposée. Le verdict est sans appel : Boualem Boualem n’est plus en gestion active, il subit une mise à l’écart bien réelle.
La pauvreté politique du clan Tebboune : Pourquoi le Président s’accroche à son conseiller
Cette crise met en lumière une faille systémique majeure de l’actuelle présidence. Contrairement à ses prédécesseurs, et notamment au long règne de Abdelaziz Bouteflika, le pouvoir d’Abdelmadjid Tebboune ne repose pas sur un « système » structuré, capable de régénérer ses cadres et de former de nouvelles générations de commis de l’État. Le “système Tebboune” est une illusion ; il s’agit en réalité d’un clan, un cercle familial et amical extrêmement restreint, né des circonstances exceptionnelles de la crise politique de 2019 et d’une légitimité initialement octroyée par le défunt général Ahmed Gaïd Salah plutôt que conquise de haute lutte.
Dans ce paysage politique aride, Boualem Boualem représente la seule et unique pièce maîtresse sur laquelle le président peut s’appuyer pour centraliser le pouvoir. Les autres profils de l’entourage présidentiel soulignent, par contraste, cette dépendance absolue
Boualem Boualem, par son passé d’ancien magistrat et surtout par son expertise acquise entre 2015 et 2019 à la tête de l’organe national de surveillance et de contrôle des communications électroniques et des écoutes téléphoniques, possède une arme absolue : la maîtrise parfaite des dossiers secrets, des réseaux d’influence et des faiblesses de chaque acteur du sérail. Il est l’oreille unique du président.
Un homme de l’ombre à la dimension historique limitée
S’il est incontestablement un géant au sein du microcosme restreint du clan Tebboune, Boualem Boualem reste pourtant un nain politique lorsqu’on le compare aux grandes figures qui ont structuré l’histoire de l’État algérien depuis l’indépendance. L’histoire du pays a vu défiler de véritables stratèges, des érudits du pouvoir et des bêtes politiques de l’envergure d’un Ahmed Ouyahia, d’un Yazid Zerhouni, d’un Belaïd Abdesselam ou encore des grands chefs du renseignement militaire comme le général Toufik ou le général Mohamed Betchine.
Face à ces monuments de l’appareil d’État, l’expertise de Boualem Boualem se résume essentiellement à la manigance policière et à la surveillance technique. Le régime actuel n’a pas su attirer les compétences nationales ni former des cadres de haut niveau, à l’image d’un Bouteflika qui, malgré toutes les critiques légitimes sur sa gestion, avait su s’entourer de technocrates puissants et de visionnaires économiques.
Les risques majeurs d’une fin de règne centralisée
Cette concentration absolue de tous les pouvoirs — judiciaires, diplomatiques et économiques — entre les mains d’un seul homme aujourd’hui affaibli et contesté représente un facteur de risque systémique pour l’Algérie. La dépendance exclusive du chef de l’État vis-à-vis de son conseiller de l’ombre a déjà conduit à de très nombreuses maladresses et à des décisions économiques et diplomatiques jugées désastreuses par les observateurs et par l’état-major de l’armée.
Si la mort politique définitive de Boualem Boualem n’est pas encore formellement actée, sa mise sur la touche actuelle démontre que les équilibres de l’appareil d’État algérien sont en train de muter profondément. Le bluff de la séance photo n’aura pas suffi à masquer la fracture ouverte entre la présidence et les institutions sécuritaires du pays.