Documents exclusifs. L’hôtel bar-restaurant caché du patron de la Police Algérienne à Paris

L’affaire secoue les fondations mêmes de l’appareil sécuritaire algérien. Alors que les autorités multiplient les campagnes de communication pour fustiger certains journalistes et opposants, qualifiés tour à tour de « traîtres » ou de « criminels », une enquête approfondie menée par le média Algérie Part révèle une facette beaucoup plus trouble au sein de l’élite dirigeante. Au cœur de ces révélations se trouve Monsieur Farid Bencheir, l’actuel patron de la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN), un homme qui occupe l’un des postes les plus stratégiques et les plus sensibles du pays.
Depuis son accession à la tête de la police algérienne en mars 2021, Farid Bencheir a toujours cultivé une image de rigoriste, pilier de l’ordre public. Pourtant, des documents officiels français, issus du Registre de Commerce et des Sociétés et validés par le greffe du Tribunal de commerce de Nanterre, viennent contredire cette façade. Ces documents attestent que Monsieur Bencheir, bien loin de se consacrer exclusivement à ses fonctions régaliennes à Alger, a tissé au fil des années des liens étroits avec le monde des affaires en France, et plus précisément dans le secteur très lucratif de la restauration et de l’hôtellerie.
Une structure commerciale au cœur du 92
Le point central de cette enquête concerne un établissement dénommé « L’Étoile », situé au 45 rue Victor Hugo, à Malakoff, dans les Hauts-de-Seine. Ce quartier, prisé pour sa proximité avec la capitale, abrite un bar-restaurant et hôtel dont les frères Bencheir – Farid et Adel – ont été les propriétaires déclarés. Les statuts, datés du 1er décembre 2016, ne laissent aucune place à l’interprétation : Farid Bencheir, né en 1964 à Bordj Bou Arreridj, y figure comme associé.
Ce qui rend cette découverte particulièrement explosive, ce n’est pas seulement la possession d’un fonds de commerce à l’étranger par un haut fonctionnaire algérien, c’est la temporalité et le contexte des faits. En 2016, Farid Bencheir n’était pas un simple citoyen libre de ses investissements. Il était un officier supérieur de la police algérienne, occupant des fonctions de haute responsabilité. Après avoir été chef de la sûreté de la wilaya de Bordj Bou Arreridj, puis de celle de Djelfa, il était, à cette période précise, inspecteur régional de la police pour toute la région sud-est, basé à Ouargla.
Comment, avec le salaire d’un officier de police, même de haut rang, peut-on justifier l’acquisition et la gestion d’un hôtel-bar dans l’une des zones les plus chics de la périphérie parisienne ? Cette question, légitime et impérative, se pose désormais avec acuité. Les revenus nécessaires pour une telle opération se comptent en centaines de milliers d’euros, une somme difficilement explicable par la seule rémunération de la fonction publique algérienne.
Une adresse de prestige en plein Paris

L’enquête ne s’arrête pas là. Les documents révèlent également que Farid Bencheir a déclaré aux autorités françaises, au moment de la restructuration de sa société en 2016, une adresse personnelle située place Boildieu, dans le 2ème arrondissement de Paris. Pour quiconque connaît la géographie parisienne, cette localisation n’a rien d’anodin. Situé au cœur de la capitale, ce quartier est l’un des plus exclusifs et des plus chers de France.
Il est difficile, voire impossible, de concilier cette réalité avec les missions de sécurité nationale que Farid Bencheir est censé assurer en Algérie. Comment un haut responsable, siégeant au Conseil de sécurité de l’État algérien, où se traitent les dossiers les plus critiques concernant la défense et la souveraineté du pays, peut-il disposer d’une résidence privée au cœur de Paris et y mener des activités commerciales ? Cette situation soulève des questions fondamentales sur le respect de la législation algérienne, qui interdit formellement à ses hauts responsables de détenir des biens immobiliers, des comptes ou des activités professionnelles à l’étranger.
Plus troublant encore, ces révélations surviennent alors que l’appareil policier algérien a été mis en cause pour des méthodes jugées attentatoires à la vie privée de journalistes et d’opposants politiques. En utilisant des contenus tirés de téléphones saisis lors d’arrestations arbitraires pour tenter de diffamer ceux qui osent poser des questions, la police semble agir comme un outil au service d’intérêts particuliers plutôt que comme le rempart de la loi.
Une stratégie de dissimulation financière
Les investigations menées par Algérie Part ont également mis en lumière une stratégie complexe de montage financier. Les frères Bencheir, conscients de la sensibilité de leur position, auraient mis en place des techniques visant à effacer leur nom des registres officiels de gestion, tout en continuant à percevoir les bénéfices de leurs établissements. Un acte financier étrange, survenu en août 2022 – alors que Farid Bencheir occupait déjà son poste actuel de patron de la DGSN – illustre la persistance de ces activités.
Il est important de souligner que ce travail d’enquête ne constitue pas une campagne de vengeance, mais une démarche journalistique nécessaire pour informer l’opinion publique. Dans un État de droit, les institutions doivent être exemplaires. Or, le cumul de responsabilités sécuritaires nationales et d’intérêts commerciaux transfrontaliers, dissimulés derrière des montages juridiques, est incompatible avec l’éthique attendue d’un patron de police.
Alors que le président de la République algérienne, Abdelmadjid Tebboune, prône la transparence et la lutte contre les dérives, cette affaire place le chef de l’État face à une responsabilité historique. Peut-on tolérer que celui qui est chargé de protéger les secrets du pays soit, lui-même, dans une situation de vulnérabilité potentielle face à des puissances étrangères, du simple fait de ses attaches personnelles et financières à l’étranger ?
Le poids du silence
Face à ces preuves, le silence des autorités algériennes devient assourdissant. La défense classique, qui consiste à discréditer les sources ou à accuser les enquêteurs de trahison, ne pourra pas occulter indéfiniment la réalité des documents. Ces derniers, authentifiés par le greffe du tribunal de commerce, sont irréfutables. Ils ne sont pas des rumeurs, ni des interprétations malveillantes, mais des faits bruts, gravés dans le marbre des archives administratives françaises.
Les policiers algériens, qui se sont sentis choqués par les récentes campagnes de propagande orchestrées par leur hiérarchie, devraient être les premiers à exiger des comptes. Leur honneur, leur dignité et leur mission de protection de la population sont bafoués par une gestion qui privilégie les intérêts personnels de quelques-uns au détriment de l’intérêt général.
L’enquête, loin d’être terminée, promet de nouvelles révélations. Les manœuvres financières observées, notamment les opérations d’août 2022, font l’objet d’une analyse minutieuse. Chaque document, chaque signature, chaque mouvement de fonds est passé au crible pour lever le voile sur cet empire caché. Pour le citoyen algérien, pour le contribuable, mais aussi pour les institutions, il est temps que la vérité soit faite. L’Histoire, en fin de compte, jugera ceux qui ont choisi la voie de la transparence et ceux qui ont préféré les jeux de l’ombre.
À l’heure où l’Algérie traverse une période charnière de son histoire, le besoin de vérité est plus impérieux que jamais. Ce dossier n’est pas qu’une affaire concernant un homme ; c’est le miroir d’un système qui doit, tôt ou tard, se regarder dans les yeux et rendre des comptes au peuple qu’il est censé servir.