Des moutons en AVION ?! La facture salée du grand délire de Tebboune

Le surréalisme à l’aéroport de Constantine : Un pont aérien pour le bétail
Le spectacle qui s’est déroulé à l’aéroport international Mohamed Boudiaf de Constantine en ce mois de mai 2026 restera sans doute gravé dans les annales de l’absurdité politique et logistique. Sur instruction directe du gouvernement algérien, les autorités locales ont déployé un cérémonial digne de l’accueil de chefs d’État ou de cargaisons médicales d’urgence pour réceptionner… des moutons. Débarquées d’un avion cargo en provenance directe de Hongrie, quatre cents premières têtes de bétail ont foulé le tarmac sous les yeux stupéfaits des observateurs.
Nous sommes en 2026. À une époque où les nations rivalisent d’ingéniosité dans les secteurs de l’intelligence artificielle, de la conquête spatiale, des véhicules électriques, des drones ou des réseaux de télécommunication de cinquième génération, la « Nouvelle Algérie » d’Abdelmadjid Tebboune a choisi de mobiliser sa flotte aérienne et ses ressources stratégiques pour transporter des ovins destinés au sacrifice de l’Aïd el-Adha. La presse institutionnelle et privée locale s’est empressée de relayer l’événement sans la moindre once de sens critique, célébrant une opération que d’aucuns qualifient déjà de burlesque et de digne d’un scénario de fiction. Un pont aérien ininterrompu a été officiellement décrété pour relier la Hongrie à l’Algérie, transformant une fête religieuse et familiale en une mise en scène politique internationale frôlant le ridicule.
Le précédent qatari détourné : L’Algérie n’est pourtant pas sous blocus
Pour tenter de justifier le recours à un moyen de transport aussi disproportionné et coûteux que le fret aérien pour du bétail, certains esprits courtisans ont tenté de tracer des parallèles historiques. On se souvient qu’entre 2017 et 2021, le Qatar, soumis à un blocus terrestre, maritime et aérien ultra-sévère de la part de ses voisins du Golfe, avait dû organiser des ponts aériens spectaculaires pour importer des vaches laitières et des vivres afin d’assurer la survie alimentaire de sa population.
La comparaison s’arrête là, et elle est particulièrement douloureuse pour Alger. L’Algérie de 2026 n’est pas sous blocus. Elle n’est pas en guerre. Elle ne subit aucune sanction internationale qui l’isolerait des circuits commerciaux traditionnels. Bien au contraire, le pays dispose de milliers de kilomètres de côtes, de ports fonctionnels et de structures d’élevage historiques. Le recours à l’aviation pour acheminer des animaux de boucherie n’est dicté par aucune urgence humanitaire ou sanitaire majeure. Si un citoyen ne peut pas sacrifier de mouton le jour de l’Aïd, sa foi n’en est pas altérée et sa vie n’est pas en danger. L’urgence ici n’est pas religieuse ou vitale ; elle est purement politique. Elle découle d’un besoin viscéral du chef de l’État de sauver les apparences après les fiascos logistiques de l’année précédente.
Les promesses d’un homme en mal d’affection populaire
Pour comprendre la genèse de cette folie aérienne, il faut revenir aux engagements non tenus de l’année passée. Abdelmadjid Tebboune s’était solennellement engagé à fournir un million de moutons sur le marché national à des prix dérisoires. En réalité, en raison d’une désorganisation chaotique des chaînes de distribution et des transports maritimes, à peine la moitié de cet objectif avait été atteinte. Blessé dans son orgueil et soucieux de prouver qu’il est un « homme de parole » (l’ Ergaz, comme on dit en Kabylie), le président a exigé que le million de moutons soit disponible sur le territoire avant le coup d’envoi des célébrations, peu importent les moyens, peu importe le coût.
En mal d’affection populaire, le chef de l’État semble s’être convaincu que l’amour et la dévotion du peuple algérien ne se gagnaient pas par l’édification d’hôpitaux modernes, de lignes de trains à grande vitesse, d’universités de pointe ou d’infrastructures de transport de masse, mais par la distribution massive et subventionnée d’ovins importés. Sous l’ère Tebboune, l’importation est devenue un tabou absolu, souvent qualifiée de crime contre l’économie nationale. Tout doit être produit localement, sauf lorsqu’il s’agit de flatter l’électorat à l’approche des fêtes. C’est ainsi que l’État s’est engagé dans la plus grande opération de dilapidation d’argent public de son histoire récente, en injectant plus de 260 millions d’euros dans l’achat et le transport de bétail étranger auprès de pays comme la Roumanie, l’Espagne, le Brésil, l’Uruguay et désormais la Hongrie.
Une hérésie économique : Acheter à prix d’or pour revendre à perte
Sur le plan purement comptable, l’opération menée par le ministère de l’Agriculture et les services de la wilaya de Constantine relève du suicide financier. Il est de notoriété publique que le fret aérien coûte entre cinq et dix fois plus cher que le transport maritime. Pour chaque tête de mouton achetée initialement en Europe entre 180 et 225 euros (soit environ 28 000 à 35 000 dinars algériens au cours officiel), le transport par avion cargo rajoute instantanément une surcharge aberrante de 50 à 100 euros par animal.
Lorsque l’on comptabilise le prix d’achat initial, le coût astronomique du carburant aéronautique, les frais vétérinaires transfrontaliers et l’alimentation de transit, chaque mouton importé par les airs revient à l’État algérien à un coût réel oscillant entre 100 000 et 130 000 dinars. Or, dans un élan de populisme effréné, le gouvernement a bloqué le prix de vente final à un tarif « symbolique » de 50 000 dinars pour des bêtes de 40 à 45 kilogrammes. L’État subventionne donc plus de la moitié de la valeur réelle de chaque animal vendu. Ce sont ainsi des centaines de millions d’euros de réserves de change qui s’envolent en fumée, brûlées bêtement pour une opération de consommation éphémère qui ne générera aucune valeur ajoutée, aucun emploi durable et aucune structure d’avenir.
Le déclin du cheptel national : Les vrais problèmes ignorés

Cette dépendance humiliante envers le bétail hongrois ou roumain est d’autant plus rageante que l’Algérie possède une culture pastorale millénaire. Le pays disposait historiquement d’un cheptel vigoureux qui dépassait les 23 millions de têtes avant la fin des années 2010. Malheureusement, selon les derniers recensements officiels, ce chiffre s’est effondré pour stagner aujourd’hui entre 17 et 19 millions de têtes, dont une immense partie est constituée de femelles reproductrices et de jeunes agneaux non sacrifiables.
Cette crise profonde de l’élevage algérien est la conséquence directe du réchauffement climatique, de sécheresses successives dévastatrices et d’une dégradation généralisée des parcours steppiques. Faute d’herbe, les éleveurs locaux ont été contraints de se tourner vers l’orge et les aliments concentrés importés, dont les prix mondiaux ont littéralement explosé. Bien que l’année 2026 ait bénéficié d’une pluviométrie plus clémente, la reconstitution des troupeaux est désespérément lente car de nombreux petits éleveurs, ruinés, ont dû liquider leurs bêtes les années précédentes. Sans un soutien structurel de l’État, le mouton local de race noble (comme la célèbre race Ouled Djellal, réputée mondialement pour ses qualités gustatives et nutritionnelles) est devenu inaccessible pour le foyer algérien moyen, affichant des tarifs allant de 80 000 à plus de 200 000 dinars, alors que le salaire moyen national ne dépasse pas les 43 000 dinars.
Ce que l’Algérie aurait pu faire avec 260 millions d’euros
Plutôt que de jeter l’argent public par les fenêtres des avions cargos pour satisfaire l’ego d’un régime en quête de plébiscite, l’utilisation rationnelle et stratégique de cette enveloppe de 260 millions d’euros aurait pu métamorphoser définitivement le secteur agricole algérien. Des experts et des agronomes indépendants ont dressé la liste des investissements productifs qui auraient pu être financés avec le budget de cette seule opération éphémère :
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Reconstitution durable du cheptel (Budget estimé : 100 millions de dollars) : Au lieu d’importer des mâles castrés destinés à être égorgés en quelques heures, l’État aurait pu importer plus de 500 000 agnelles de reproduction de races améliorées par an sur trois ans. Cela aurait permis d’augmenter durablement la taille du cheptel national et de franchir à nouveau la barre des 20 millions de têtes de manière pérenne.
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Réhabilitation de la steppe (Budget estimé : 75 millions de dollars) : Cette somme aurait suffi à restaurer entre 500 000 et un million d’hectares de terres pastorales dégradées par la désertification. Le financement aurait permis la création de points d’eau essentiels, la mise en place de clôtures de rotation, la plantation d’espèces fourragères hautement résistantes à la sécheresse et la lutte active contre l’ensablement des zones arides.
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Autonomie alimentaire du bétail (Budget estimé : 75 millions de dollars) : Financer des unités locales de production de fourrage et subventionner les semences de qualité auraient permis de libérer les éleveurs algériens de la dépendance totale vis-à-vis de l’orge d’importation, réduisant drastiquement le coût quotidien de l’alimentation animale, qui représente aujourd’hui leur plus lourde charge financière.
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Modernisation de la filière (Budget estimé : 10 millions de dollars) : Encadrer techniquement les éleveurs, faciliter leur accès aux crédits de campagne, moderniser le suivi vétérinaire et construire des abattoirs industriels modernes dotés d’unités de transformation auraient apporté une immense valeur ajoutée à l’économie nationale.
« Avec seulement 40% de la somme engloutie dans ce pont aérien burlesque, l’Algérie aurait pu poser les bases d’une autosuffisance ovine totale d’ici trois ans. Le choix de Tebboune prouve que la communication politique à court terme prime sur le développement économique à long terme. » — Synthèse des rapports d’experts agricoles.
Vision à long terme contre populisme de l’urgence
La tragédie de cette gouvernance réside dans l’incapacité chronique du régime en place à traiter les problèmes à la racine. Face à une crise complexe, le réflexe d’Abdelmadjid Tebboune reste le détournement, la fuite en avant et la mise en scène théâtrale. En agissant ainsi, le pouvoir s’expose sciemment aux moqueries, aux quolibets et aux sarcasmes des observateurs internationaux et des pays voisins, qui contemplent avec effarement un État dilapider ses précieuses devises pour faire voyager des moutons en classe cargo.
La différence fondamentale entre un gouvernement visionnaire et un régime populiste réside dans la gestion du temps. Un pouvoir responsable aurait eu le courage politique d’expliquer à sa population la nécessité de faire des sacrifices temporaires, d’accepter une réduction de la consommation immédiate pour investir massivement dans la reconstruction de l’appareil productif national. En injectant intelligemment ces capitaux dans la terre, l’eau, la génétique et la formation des éleveurs, l’Algérie aurait célébré l’Aïd dans trois ou quatre ans avec une abondance de moutons locaux, sains, savoureux et accessibles à toutes les bourses sans coûter le moindre centime d’euro aux réserves de la banque centrale. Malheureusement, le choix du spectacle éphémère a été préféré à la souveraineté alimentaire, confirmant que pour le régime actuel, le paraître l’emporte définitivement sur l’avoir.