Des millions évaporés en Turquie : L’enquête explosive qui fait trembler la CNAN et le secteur maritime algérien

Un nouveau scandale financier d’une ampleur inédite secoue les fondations de l’une des plus importantes entreprises publiques algériennes : la Compagnie Nationale Algérienne de Navigation (CNAN El Djazaïr). Des documents internes confidentiels, obtenus au cours d’une investigation exclusive, révèlent des pratiques frauduleuses, des contrats truqués en Turquie et des détournements de fonds publics qui pourraient envoyer plusieurs hauts dirigeants directement derrière les barreaux.
Une fusion récente sur fond de faiblesses stratégiques
Pour comprendre l’importance de cette affaire, il convient de rappeler la restructuration récente du secteur. En 2024, la fusion entre la CNAN Med et la CNAN Nord a donné naissance à une entité unique, la CNAN El Djazaïr, directement affiliée au Gatma (Groupe Algérien de Transport Maritime). Dotée d’une flotte modeste de neuf navires (deux porte-conteneurs et sept cargos polyvalents), la compagnie peine à imposer le pavillon national. Plus de 90 % des marchandises importées en Algérie sont acheminées par des armateurs étrangers, privant le pays de sa souveraineté maritime.
C’est au cœur de cette fragilité structurelle que s’est joué un scénario de corruption et de surfacturation, lié à des obligations écologiques internationales.
L’affaire des systèmes WBMS : Le début de la dérive
En 2025, la CNAN devait impérativement conformer ses navires aux normes mondiales en installant un système de traitement des eaux de ballast (WBMS – Water Ballast Management System). Ce dispositif purifie l’eau de mer pompée par les navires pour leur stabilité avant qu’elle ne soit rejetée, évitant ainsi la prolifération de bactéries et d’espèces invasives destructrices pour les écosystèmes locaux.
Pour réaliser ces travaux sur deux de ses navires phares, le Harrata et le Constantine, la CNAN s’est tournée vers un chantier naval turc, le Desan Shipyard, situé à Tuzla en Turquie. Les investigations démontrent que ce marché a été attribué de gré à gré, sans aucune mise en concurrence ni appel d’offres, écartant d’emblée les chantiers européens ou asiatiques sans justification technique ou financière.
Le navire Harrata : Des avenants suspects signés en quelques heures
Le contrat numéro 05/2025, initialement conclu le 15 septembre 2025 pour le navire Harrata, prévoyait un montant initial d’environ 394 000 dollars. Les anomalies relevées par les rapports d’audit interne sont flagrantes :
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Simultanéité suspecte : Le contrat principal et l’ensemble de ses annexes ont été signés le jour même de l’attribution du marché, violant les règles internes de contrôle de l’entreprise.
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Explosion des coûts : Seulement trois jours après la signature initiale, un avenant de 147 244 dollars a été intégré directement, sans validation par la commission des marchés de la CNAN.
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Bilan financier : La facture totale s’est brutalement élevée à 662 871 dollars sans le moindre rapport technique justificatif.
« Les modalités de passation de marché n’ont pas été respectées, gonflant artificiellement la facture pour permettre le versement de commissions occultes en devises. »
Le navire Constantine : Même mode opératoire, surcoûts majeurs

Pour le second cargo, le Constantine, le scénario s’est répété à l’identique en octobre 2025. Le contrat de départ, estimé à 390 000 dollars, a finalement atteint 583 000 dollars, soit un surcoût injustifié de 193 000 dollars.
Plus grave encore, les dirigeants de la CNAN ont fait preuve d’une générosité illégale en payant l’intégralité des sommes à l’avance au chantier turc. Le cahier des charges initial imposait pourtant un paiement échelonné et le dépôt d’une caution de garantie de 3 à 6 mois. En l’absence de cette caution, le chantier turc a bloqué le navire à quai, le prenant véritablement en otage face à des litiges de paiement résiduels, immobilisant ainsi un outil stratégique pour l’économie algérienne.
Un risque pénal majeur pour la direction de la CNAN
Les conclusions des rapports d’audit interne sont sans appel et mettent en avant des infractions directes à la législation algérienne relative à la prévention et à la lutte contre la corruption (loi 06-01). Les faits caractérisés relèvent de plusieurs articles pénaux :
| Article de Loi | Infraction Constatée | Risque Encouru |
| Article 26 | Octroi d’avantages injustifiés lors de la passation de marchés publics | Peines de prison ferme et lourdes amendes |
| Article 29 | Détournement de deniers publics par surfacturation | Dissolution des structures et poursuites judiciaires |
| Article 33 | Abus de fonction et contournement des commissions de contrôle | Incarcération immédiate des signataires |
Ce dossier, mêlant défaillances systémiques de gouvernance et soupçons de corruption internationale sous couvert d’urgence opérationnelle, met en péril l’avenir de la compagnie nationale. L’enquête approfondie ne fait que commencer, et de nouvelles révélations sur la gestion financière du secteur maritime algérien s’annoncent encore plus dévastatrices.