BRICS : les Émirats ont bloqué l’Algérie — voici pourquoi Tebboune a eu raison de tout refuser

En août 2023, le sommet de Johannesburg devait marquer le couronnement de la diplomatie algérienne. Le président Abdelmadjid Tebboune l’avait promis : 2023 serait l’année de l’adhésion de l’Algérie aux BRICS. Pourtant, lors de l’annonce historique de l’élargissement du groupe, le nom de l’Algérie brillait par son absence. Alors que l’Égypte, l’Éthiopie ou encore l’Argentine étaient accueillies à bras ouverts, le plus grand territoire d’Afrique, détenteur des troisièmes réserves de gaz du continent et d’un budget militaire colossal, se voyait fermer la porte au nez. Un affront ? Une humiliation ? Pour Tebboune, la réponse a été immédiate et cinglante : l’Algérie n’est plus intéressée par les BRICS dans leur « format actuel ».
Le choc des chiffres : Une injustice économique flagrante
Pour comprendre l’ampleur du séisme, il faut regarder froidement les indicateurs économiques des pays admis face à ceux de l’Algérie. L’Égypte a intégré le bloc alors que sa dette extérieure culmine à plus de 50 milliards de dollars et que sa monnaie subit une dévaluation quasi permanente sous la pression du FMI. L’Éthiopie, elle, sortait à peine d’une guerre civile sanglante au Tigré. Quant à l’Argentine, son inflation galopante à 140 % aurait dû être un frein majeur.
Face à cela, l’Algérie présentait un dossier exemplaire : une dette extérieure quasi nulle, une position de pivot énergétique pour l’Europe et une stabilité macroéconomique enviée. Le refus n’était donc pas économique. Il était profondément, brutalement, politique.
L’ombre des Émirats arabes unis : Le veto de l’ombre
Si officiellement aucune raison n’a été fournie par le bloc, les analyses les plus fines, notamment celles d’Africa Intelligence, pointent du doigt un acteur précis : les Émirats arabes unis (EAU). Sous l’impulsion de Mohamed Ben Zayed (MBZ), les Émirats auraient activement œuvré pour bloquer la candidature algérienne.
Les motivations de Dubaï sont multiples et s’inscrivent dans une stratégie régionale agressive. Alliés stratégiques du Maroc, les Émirats voient d’un mauvais œil l’influence croissante d’Alger sur le dossier du Sahara Occidental. De plus, le modèle souverainiste et non-aligné de l’Algérie dérange. Les Émirats, qui cherchent à transformer les BRICS en un outil d’influence aligné sur leurs propres intérêts et souvent en coordination avec Washington, ne voulaient pas d’un membre capable de dire « non » avec autant de fermeté qu’Alger.
La réponse de Tebboune : « Notre dignité avant tout »

Au lieu de protester ou de solliciter une seconde chance, le président Tebboune a choisi la rupture. En déclarant que le dossier des BRICS n’était « plus à l’ordre du jour », il a envoyé un message de puissance au monde entier. « Ceux qui se sont opposés à notre adhésion ont en réalité servi nos intérêts », a-t-il affirmé plus tard, soulignant que l’Algérie ne sacrifierait jamais sa dignité pour un label international.
Cette posture n’est pas qu’une question de fierté ; c’est une stratégie de réalisme géopolitique. L’Algérie a compris que les BRICS de 2023 n’étaient plus le club originel (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) destiné à contrer l’hégémonie occidentale. Avec l’entrée des monarchies du Golfe et de pays sous perfusion financière, le groupe risque de devenir une arène de règlements de comptes régionaux.
Une victoire discrète : L’adhésion à la Nouvelle Banque de Développement
Si l’Algérie a refusé le club politique, elle n’a pas quitté la table financière. Le 31 août 2024, le pays a officiellement intégré la Nouvelle Banque de Développement (NDB), le bras financier des BRICS. C’est un coup de maître diplomatique : Alger garde un pied dans le système financier multipolaire, accède à des financements pour ses infrastructures, mais sans se soumettre aux diktats politiques des pays membres du bloc élargi.
L’Algérie est-elle plus forte en dehors des BRICS ?
Ironiquement, la position de l’Algérie semble aujourd’hui plus robuste que celle de certains nouveaux membres. Sans l’étiquette BRICS, l’Algérie continue de commercer avec tout le monde selon ses propres conditions :
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La Chine reste son premier partenaire commercial avec plus de 12 milliards de dollars d’échanges.
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La Russie assure la quasi-totalité de son équipement militaire.
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L’Europe (Italie, Espagne, Portugal) dépend de son gaz pour sa sécurité énergétique.
L’Algérie incarne ce « modèle » qui effraie tant l’Occident et certains voisins : un pays riche en ressources, sans dettes, doté d’une armée puissante et qui refuse toute base militaire étrangère sur son sol.
Conclusion : Le choix de la souveraineté
L’épisode des BRICS restera dans l’histoire non pas comme un échec algérien, mais comme le moment où Alger a refusé d’être un “membre de seconde zone” dans un club en pleine mutation. En choisissant ses partenaires au cas par cas, de Pékin à Rome, l’Algérie prouve que la véritable puissance ne réside pas dans l’appartenance à un acronyme, mais dans la capacité à préserver son indépendance nationale envers et contre tout. Le message de Tebboune est clair : l’Algérie reviendra peut-être vers les BRICS, mais ce sera à ses conditions, et non à celles dictées depuis Dubaï ou Washington.