Bouteflika a rempli les caisses, Tebboune les vide ? Le choc des bilans

Dans les couloirs feutrés du pouvoir à Alger, le discours officiel est immuable : l’Algérie de l’ère Tebboune serait en pleine “révolution”, une métamorphose radicale portée par une gestion intègre et visionnaire. Pourtant, si l’on gratte le vernis de la communication politique, une vérité beaucoup plus nuancée — et pour tout dire, inquiétante — émerge. Contrairement aux affirmations répétées d’Abdelmadjid Tebboune, la prospérité relative et la résilience économique dont jouit l’Algérie aujourd’hui ne sont pas le fruit de sa politique actuelle, mais bien les dividendes d’un héritage stratégique légué par le régime de son prédécesseur, le défunt Abdelaziz Bouteflika.
Comparer n’est pas raison, certes, mais l’analyse factuelle des flux financiers et des infrastructures énergétiques révèle un constat sans appel : le régime actuel capitalise presque exclusivement sur les acquis de “l’ancien régime”. Là où Bouteflika a investi massivement pour remplir les caisses et diversifier les actifs industriels, le système actuel semble se contenter de les vider pour financer un quotidien sans horizon.
L’hélium : Le génie oublié d’une vision à long terme
Le premier exemple de cette dépendance est sans doute le plus frappant, car il touche à la haute technologie mondiale. Au milieu des années 2000, alors que l’hélium n’était qu’une préoccupation marginale pour de nombreux pays, le régime Bouteflika a fait un pari audacieux : investir dans l’extraction de ce gaz rare à partir du gisement géant de Hassi R’mel.
Aujourd’hui, l’hélium est devenu un composant critique pour l’industrie spatiale, la médecine et surtout la fabrication des semi-conducteurs — le cœur battant de l’intelligence artificielle et des smartphones. Grâce à ces investissements datant de 2005-2010, l’Algérie occupe désormais la troisième place mondiale en termes de réserves, derrière les États-Unis et le Qatar. C’est une manne financière et géopolitique colossale qui tombe dans l’escarcelle de Tebboune, sans qu’il n’ait eu à poser la moindre pierre à cet édifice. Pendant que le président actuel parle de zinc ou de fer — des minerais exploités depuis des siècles —, il profite silencieusement du “soft power” technologique construit par ses prédécesseurs.
La révolution des engrais : De la terre au portefeuille
Le secteur de la pétrochimie offre un contraste tout aussi saisissant. Sous Bouteflika, l’Algérie a vu naître des géants comme Sorfert, Alwihda ou encore Fertial. Ces complexes industriels ont transformé le gaz naturel, une ressource brute, en produits à haute valeur ajoutée : les engrais azotés.
Aujourd’hui, l’Algérie produit près de 7 millions de tonnes d’engrais par an et détient environ 30 % du marché européen. À l’heure où les prix mondiaux s’envolent à cause des tensions géopolitiques, c’est une véritable mine d’or. Pourtant, quel a été l’apport du régime actuel ? Au lieu de consolider ces acquis, le pouvoir de Tebboune a multiplié les obstacles, allant jusqu’à fragiliser certains partenariats internationaux sous couvert de “moralisation” de la vie publique. On récolte les milliards des usines de l’époque, tout en emprisonnant ceux qui les ont bâties.
Gaz et GNL : Le pont vers l’Europe n’a pas été construit hier
La crise énergétique en Ukraine a propulsé l’Algérie au rang de partenaire indispensable pour l’Europe, notamment pour l’Italie et l’Espagne. Mais cette capacité d’exportation n’est pas tombée du ciel. Le gazoduc Medgaz, véritable cordon ombilical reliant Beni Saf à Almeria, est l’œuvre du régime Bouteflika, mis en service en 2011 après des années de travaux pharaoniques.
Il en va de même pour la rénovation des usines de liquéfaction (GNL) de Skikda et d’Arzew. Ce sont ces infrastructures, planifiées et financées bien avant 2019, qui permettent aujourd’hui à Abdelmadjid Tebboune de signer des contrats d’approvisionnement records. Sans la vision de modernisation des infrastructures gazières de la décennie précédente, l’Algérie serait aujourd’hui incapable de répondre à la demande européenne. Pire encore, les experts s’inquiètent : en poussant les capacités de production au maximum pour faire du chiffre immédiat, le régime actuel mettrait en péril la maintenance et la sécurité des gisements, privilégiant le profit instantané à la durabilité.
L’affaire Augusta : Un coup de maître diplomatique et financier

Enfin, comment ne pas citer la raffinerie d’Augusta en Sicile ? Achetée en 2018 par Sonatrach sous l’ère Bouteflika, cette acquisition a été vivement critiquée, menant même à l’incarcération de l’ancien PDG de la compagnie pétrolière. Pourtant, le temps a rendu son verdict : c’est l’une des affaires les plus rentables de l’histoire de l’Algérie.
Située au cœur de la Méditerranée, Augusta fournit du carburant de haute qualité, y compris pour les besoins de l’OTAN, et génère des centaines de millions de dollars de bénéfices annuels. Elle offre à l’Algérie une présence stratégique sur le sol européen. Là encore, le régime Tebboune encaisse les dividendes d’un “coup de génie” qu’il a pourtant tenté de criminaliser.
Conclusion : Une gestion sans vision ?
En somme, l’Algérie actuelle vit sur ses réserves, tant financières qu’industrielles. Le régime de Bouteflika, malgré toutes les critiques légitimes sur sa gestion politique, avait une vision industrielle à long terme : transformer la rente pétrolière en outils de production et en actifs stratégiques.
Le contraste avec l’administration Tebboune est flagrant. Si ce dernier profite d’une conjoncture mondiale favorable (prix de l’énergie élevés, besoins européens accrus), il peine à lancer des projets d’envergure équivalente pour préparer l’après-pétrole. Entre insultes envers le passé et autosatisfaction de façade, le pouvoir actuel semble oublier une règle fondamentale de l’économie : on ne peut pas indéfiniment vider des caisses que l’on ne sait plus remplir par soi-même. L’histoire retiendra peut-être que l’un a construit l’outil, tandis que l’autre s’est contenté de s’en servir, sans jamais penser à l’entretien, ni à la relève.