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Alerte sur l’économie algérienne : Kamel Rezig hérite de pouvoirs absolus et centralisés au détriment des institutions

Alerte sur l’économie algérienne : Kamel Rezig hérite de pouvoirs absolus et centralisés au détriment des institutions

Le paysage institutionnel et économique algérien vient de subir un séisme dont les répercussions pourraient s’avérer dévastatrices pour le secteur privé, la gouvernance publique et le quotidien des citoyens. Par le biais d’une publication officielle récente, le gouvernement a acté un transfert de compétences d’une ampleur inédite vers une figure unique de l’exécutif : Kamel Rezig, actuel ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations. Ce réalignement des forces, consigné dans le décret exécutif numéro 26-199 signé par le Premier ministre, dote ce super-ministre de prérogatives si étendues qu’elles redéfinissent l’architecture même du pouvoir de l’État algérien, le plaçant de fait dans une position hiérarchique et opérationnelle supérieure à celle de ses homologues, voire du chef du gouvernement lui-même sur les questions stratégiques nationales.

Le texte juridique, publié dans le Journal officiel numéro 37 daté du 20 mai 2026, fixe de manière exhaustive les nouvelles attributions du ministère de Kamel Rezig. En analysant scrupuleusement la teneur de ce texte de loi, il apparaît que le ministre dispose dorénavant de la capacité exclusive de définir la politique nationale de contrôle des opérations d’importation et d’exportation. Bien que la mention réglementaire d’une « coordination avec les autres secteurs » soit inscrite dans le document, la structure administrative réelle induit un rapport de subordination de fait : ce ne sont plus les différents ministères qui délibèrent collégialement, mais les départements tiers qui doivent se soumettre aux arbitrages et orientations de Kamel Rezig.

L’absorption des prérogatives douanières et l’extension aux services

La transformation la plus radicale et la plus problématique de ce décret réside dans le transfert de la surveillance des flux de marchandises aux postes frontaliers. Traditionnellement placés sous la tutelle exclusive de la Direction générale des douanes, elle-même rattachée au ministère des Finances, ces pouvoirs de suivi et d’inspection au niveau des frontières terrestres, maritimes, des zones aéroportuaires ainsi que des entrepôts sous douane échoient désormais au ministère du Commerce extérieur. Ce glissement sème une confusion profonde quant aux rôles respectifs des agents douaniers et des fonctionnaires du ministère du Commerce extérieur, ouvrant la voie à des conflits de compétences institutionnels majeurs.

Au-delà des biens matériels, le contrôle absolu de Kamel Rezig s’étend à l’importation et à l’exportation des services. Cette disposition englobe toutes les transactions immatérielles nécessitant le recours aux devises étrangères, de l’acquisition de licences de logiciels informatiques à la souscription de formations professionnelles ou d’expertises techniques à l’étranger. De surcroît, le ministre est investi de la gestion directe des licences d’importation automatiques, de la supervision exclusive des zones franches, des zones économiques spéciales, des bases logistiques, ainsi que de l’élaboration des « indicateurs de risque » destinés à identifier la surfacturation et la sous-facturation.

La genèse d’une bureaucratie paralysante et de goulots d’étranglement

Kamel Rezig, l’homme qui est en train de ruiner la crédibilité et la  Présidence de Tebboune

La justification théorique avancée par le régime de Abdelmadjid Tebboune s’appuie sur la nécessité impérieuse de rationaliser les réserves de change du pays, de juguler la fuite des capitaux à l’étranger et de protéger un tissu industriel local encore fragile face à la concurrence internationale déloyale. Si ces objectifs macroéconomiques s’avèrent légitimes et partagés par de nombreux observateurs, l’approche méthodologique choisie par l’exécutif est vivement critiquée pour son anachronisme et sa dangerosité systémique.

L’histoire économique moderne démontre invariablement que l’hypercentralisation des processus décisionnels engendre des goulots d’étranglement administratifs majeurs. En concentrant la signature finale et l’approbation de milliers de dossiers d’importation de biens et de services sur le seul bureau d’un ministre et de son cabinet restreint, le fonctionnement quotidien de l’économie algérienne se trouve exposé à des retards critiques. La moindre absence, réorientation des priorités politiques ou saturation des services ministériels se traduira inévitablement par un blocage en cascade des cargaisons aux frontières et des flux d’approvisionnement des entreprises.

Un environnement hostile pour les opérateurs économiques

Pour les chefs d’entreprise, les importateurs et les exportateurs opérant sur le territoire algérien, cette réforme s’apparente à l’instauration d’un régime de contrôle sécuritaire particulièrement rigide, aux antipodes des mécanismes souples de régulation commerciale requis par les marchés internationaux. Le parcours administratif nécessaire pour réaliser la moindre transaction transfrontalière intègre de nouveaux visas, des autorisations supplémentaires et des audits discrétionnaires qui pénalisent lourdement la prévisibilité des affaires.

« L’économie internationale moderne exige de la fluidité, de la rapidité et de la visibilité réglementaire. En substituant la régulation économique par une surveillance de type sécuritaire, l’Algérie décourage ses propres forces productives. »

Les entreprises nationales, y compris celles axées sur la production locale, dépendent de manière intrinsèque de l’achat d’intrants, de pièces de rechange, de machines industrielles lourdes ou de technologies occidentales. En complexifiant à l’extrême l’accès à ces éléments fondamentaux, la réforme asphyxie l’appareil productif algérien et installe un climat d’incertitude réglementaire rédhibitoire pour l’investissement privé national et étranger.

L’émergence d’un risque systémique de corruption

Sur le plan de l’éthique et de la gouvernance, les spécialistes des politiques publiques s’accordent à dire que l’élargissement démesuré des pouvoirs discrétionnaires d’une seule et unique entité administrative constitue le terreau idéal pour le développement de pratiques de corruption. Lorsqu’une structure unique détient le droit exclusif d’octroyer ou de refuser des licences commerciales vitales pour la survie économique des entreprises, les incitations aux pots-de-vin et au trafic d’influence s’accroissent de façon exponentielle.

Pour prémunir un État contre ces dérives, les doctrines de saine gouvernance préconisent la dilution des pouvoirs, la multiplication des centres de contrôle indépendants et l’instauration de contre-pouvoirs institutionnels transparents. En annihilant l’équilibre traditionnel entre le ministère des Finances (via les douanes) et le ministère du Commerce, la nouvelle législation supprime les garde-fous nécessaires, exposant l’administration à des scandales financiers majeurs, similaires à ceux ayant déjà entaché le secteur par le passé.

Impact direct sur le citoyen : Inflation et pénuries

Les conséquences à moyen terme de ce verrouillage réglementaire toucheront de manière frontale le consommateur algérien, déjà confronté à une érosion continue de son pouvoir d’achat. Tout ralentissement de l’approvisionnement en produits finis ou en matières premières intermédiaires génère automatiquement une rareté sur le marché intérieur. En vertu des lois fondamentales de l’offre et de la demande, cette pénurie artificielle entraînera une hausse mécanique des prix à la consommation.

Même les articles étiquetés « Fabriqué en Algérie » subiront les contrecoups de cette politique. Qu’il s’agisse de l’emballage, d’un composant électronique mineur ou d’une maintenance technique logicielle facturée à l’étranger, la moindre entrave à l’importation globale se répercutera sur le coût de revient final des marchandises locales, alimentant ainsi une spirale inflationniste hors de contrôle.

Le grand flou institutionnel

Enfin, l’adoption du décret 26-199 consacre une dissolution alarmante des rôles au sein de l’appareil d’État algérien. Une opacité manifeste entoure désormais l’utilité et les attributions réelles des ministères régaliens. Quelle est l’autorité effective du ministre des Finances si la gestion des risques douaniers lui échappe en partie ? Quel est le rôle dévolu au ministre de l’Industrie si la chaîne logistique et technologique des usines est soumise aux directives discrétionnaires du Commerce extérieur ? Et que reste-t-il des compétences du ministère du Commerce intérieur face à cette mainmise globale ?

Ce chevauchement permanent des compétences crée un paysage administratif d’une complexité inextricable pour les opérateurs économiques, contraints de naviguer à vue au milieu d’injonctions contradictoires émanant de ministères concurrents.

En définitive, si la volonté affichée par la présidence algérienne de préserver la souveraineté monétaire du pays face à l’épuisement des devises est compréhensible, le choix d’un modèle d’hyper-centralisation étatique s’avère hautement préjudiciable. En reproduisant les schémas bureaucratiques rigides caractéristiques du sous-développement, l’Algérie tourne le dos à l’efficacité, à la transparence et à la croissance, s’enfermant dans un piège réglementaire qui menace de paralyser durablement son économie.