ALERTE — Panique à El Mouradia : Ce que cache le démenti suspect sur Boualem Boualem

Le sommet de l’État algérien traverse une zone de turbulences inédite, caractérisée par une dérive communicationnelle qui confine à l’amateurisme le plus consternant. Au cœur du palais présidentiel d’El Mouradia, l’instance suprême de la République, le spectacle offert ces derniers jours est celui d’une improvisation désolante et d’une incohérence politique majeure. Le 18 mai 2026 restera sans doute comme le jour où la direction générale de la communication de la présidence a choisi de sacrifier la solennité de la parole publique sur l’autel de la panique et de l’opacité.
Tout a commencé par la diffusion d’un communiqué laconique, une note de deux phrases à peine, visant ostensiblement à éteindre l’incendie provoqué par les révélations entourant le sort de Boualem Boualem. Directeur de cabinet d’Abdelmadjid Tebboune depuis la fin de l’année 2023, cet homme de l’ombre est perçu par tous les observateurs comme le véritable cerveau du régime et le bras droit indispensable du chef de l’État. Pourtant, la méthode choisie pour répondre aux informations faisant état de sa mise à l’écart relève d’une légèreté déconcertante pour une institution de cette envergure. Dans ce texte bâclé, le nom de Boualem Boualem n’est jamais prononcé, son départ n’est ni explicité ni commenté, et l’opinion publique se retrouve face à un vide informationnel abyssal.
La présidence algérienne a choisi de justifier cette sortie médiatique en affirmant réagir à des rumeurs distillées par “certaines pages sur les réseaux sociaux”. Une telle posture soulève une question fondamentale sur la désacralisation de la parole présidentielle. Comment un palais présidentiel, censé incarner la majesté de l’État et ne s’exprimer que sur des sujets d’un intérêt général crucial ou face à des menaces avérées, peut-il s’abaisser à polémiquer avec des comptes anonymes sur internet ? En agissant de la sorte, El Mouradia abandonne son prestige pour se positionner au niveau d’une simple municipalité ou d’un média de seconde zone.

Le contenu même du communiqué officiel frise le ridicule et illustre une déconnexion totale avec la réalité juridique du pays. Le texte stipule que la direction générale de la communication “dément les informations relayées par certaines pages sur les réseaux sociaux concernant des cas de fin de fonction ou de nouvelles nominations”, qualifiant ces données de “fallacieuses” et rappelant que le site officiel de la présidence demeure l’unique source fiable. Or, ce démenti se heurte de plein fouet aux publications officielles de l’État algérien lui-même.
Pour mesurer l’ampleur de cette contradiction, il suffit de se référer au Journal Officiel numéro 33, rendu public le 6 mai 2026. Ce document officiel contient un décret présidentiel daté du 29 avril 2026, signé de la main d’Abdelmadjid Tebboune, qui met explicitement fin aux fonctions de Mohamed Hammouche, conseiller auprès du président chargé des affaires juridiques et judiciaires. Ce poste n’est pas anodin : il s’agit de l’ancienne fonction de Boualem Boualem, que Mohamed Hammouche avait reprise lorsque le premier avait été promu directeur de cabinet. Le même Journal Officiel annonce également le limogeage d’un autre conseiller d’envergure, Farid Feridi, qui était en charge des dossiers financiers stratégiques tels que le budget, les banques et les réserves de change.
Dès lors, une question s’impose : de quelles informations fallacieuses parle la présidence lorsque les décrets de licenciement sont imprimés noir sur blanc dans le Journal Officiel ? La direction de la communication est-elle en train de démentir les propres décisions du président de la République ? À moins de suggérer une falsification des signatures ou des documents officiels de l’État, El Mouradia s’enferme dans un mensonge d’État flagrant, incapable d’assumer publiquement les purges qu’elle opère en interne.
Concernant plus spécifiquement le cas de Boualem Boualem, le flou artistique entretenu par le palais présidentiel cache une réalité bien plus complexe que celle d’une simple absence. Si le puissant directeur de cabinet n’a pas été formellement écarté, comment expliquer son remplacement systématique lors des dernières activités protocolaires de l’État ? Depuis le début du mois de mai 2026, c’est Brahim Merad qui occupe le terrain de manière intensive. Qu’il s’agisse du dernier Conseil des ministres, de la réunion hautement stratégique avec les services de sécurité pour l’organisation des élections législatives prévues en juillet prochain, ou encore de la réception officielle de la délégation ministérielle française le 9 mai 2026, Brahim Merad est sur tous les fronts.
La présence de Brahim Merad lors de l’audience accordée à Alice Rufo, la ministre déléguée auprès du ministère français des Armées et des Anciens combattants, est à cet égard particulièrement révélatrice. Officiellement, Brahim Merad est ministre chargé de l’inspection des services de l’État et des collectivités locales. Que venait donc faire un tel profil dans une rencontre bilatérale portant sur les relations internationales et les questions de défense aux côtés du ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf ? Les images diffusées par l’Algérie Presse Service (APS) ne laissent planer aucun doute : Brahim Merad agit bel et bien en qualité de directeur de cabinet par intérim. Il y a donc bel et bien une nouvelle nomination matérielle, en totale contradiction avec le démenti présidentiel.
Derrière ce chaos de communication se dessine une profonde crise politique et institutionnelle. Les révélations factuelles indiquent que Boualem Boualem a été mis à l’écart, affaibli par une grave maladie, mais surtout emporté par les vagues de scandales judiciaires qui secouent le sommet de l’appareil sécuritaire. L’affaire impliquant Farid Zinedine Bencheikh, l’ancien patron de la police nationale inculpé pour espionnage et haute trahison, pèse lourdement sur le directeur de cabinet. Des accusations précises font état de tentatives d’interférence de la part de Boualem Boualem et de son collaborateur déchu Mohamed Hammouche auprès du tribunal militaire de Blida pour étouffer le dossier.
Cette situation a brisé le consensus fragile qui maintenait Boualem Boualem au sommet. Aujourd’hui, l’armée ne veut plus de lui, les services de sécurité réclament sa tête, et même le cercle familial le plus restreint d’Abdelmadjid Tebboune pousse pour que cette page soit définitivement tournée. Le président Tebboune se retrouve ainsi dans une impasse totale, soumis à d’immenses pressions pour sceller le sort de son bras droit, tout en étant incapable de planifier sa réhabilitation ou de lui trouver une porte de sortie honorable.
Pour Abdelmadjid Tebboune, la disgrâce de Boualem Boualem est vécue comme un échec personnel et une blessure narcissique profonde. Le président refuse que le peuple algérien comprenne que son clan est profondément divisé, affaibli et que la main lui a été forcée par d’autres centres de pouvoir. Admettre la mise à l’écart de son stratège reviendrait à projeter l’image d’un président faible et sous tutelle, une posture intenable à l’approche d’échéances politiques majeures. Si la raison de son absence était purement médicale, la présidence aurait pu, comme elle l’avait fait lors des hospitalisations de Tebboune en Allemagne en 2020 et 2021, publier un communiqué de santé transparent. Le choix délibéré de l’opacité prouve que le motif est éminemment politique.
En choisissant la voie de l’enfumage et de la manipulation informationnelle, les services de la présidence ont produit l’effet inverse de celui escompté. Loin d’éteindre les spéculations, ce communiqué désastreux n’a fait qu’alimenter les rumeurs et révéler au grand jour les dysfonctionnements structurels et les failles systémiques du pouvoir algérien. La panique est telle que les alliés de Boualem Boualem, à l’instar de certaines figures politiques comme Abdelkader Bengrina et d’autres collaborateurs de l’ombre, commencent déjà à fuir les radars et à quitter le pays, terrorisés par l’onde de choc que va provoquer la chute définitive de leur protecteur. El Mouradia a voulu jouer la carte du secret, elle n’a réussi qu’à exposer sa propre fragilité.