ALERTE : L’Algérie recherche Al Sheebani, le cerveau du puissant lobby des Emirats

C’est une onde de choc qui traverse la Méditerranée et le Golfe. Ahmed Hassan Abdulqah Al Sheebani, l’homme dont le nom se murmurait avec crainte et respect dans les salons feutrés du pouvoir algérien, est désormais une cible. Les autorités algériennes ont officiellement lancé un mandat d’arrêt international contre celui qui fut, pendant près de vingt ans, le représentant incontesté des intérêts émiratis en Algérie. Mais derrière cette procédure judiciaire se cache une saga mêlant influence politique, empires industriels et une corruption systémique qui menace aujourd’hui de déstabiliser l’équilibre précaire de l’élite nationale.
L’homme sans visage au cœur du système
Ahmed Hassan Al Sheebani est un paradoxe vivant. Alors que son influence s’étendait sur des secteurs stratégiques comme le tabac, l’immobilier et la sidérurgie, l’homme cultivait un anonymat presque total. Une seule photo circule de lui, vestige d’une discrétion quasi maladive pour un personnage de son envergure. Entre 1999 et 2019, sous l’ère Bouteflika, Al Sheebani n’était pas seulement un homme d’affaires ; il était le pont, le négociateur et le garant des intérêts du groupe émirati Al Rashideen sur le sol algérien.
C’est sous son impulsion que la STAEM (Société algéro-émiratie de fabrication de tabac) a vu le jour, transformant le marché local en une véritable mine d’or. En s’associant avec le géant Philip Morris pour produire des marques comme Marlboro ou L&M, Al Sheebani a créé une machine à cash générant des milliards de dollars de chiffre d’affaires. Mais officiellement, il n’apparaissait nulle part. Ni conseil d’administration, ni poste de direction. Son pouvoir résidait dans l’ombre, agissant comme bénéficiaire effectif via un montage complexe de sociétés écrans basées aux Émirats Arabes Unis.
Corruption et “diplomatie du chéquier”
La force d’Al Sheebani ne résidait pas uniquement dans ses compétences managériales, mais dans sa capacité à “tenir” la classe dirigeante algérienne. Installé à demeure dans la suite présidentielle de l’hôtel Sheraton d’Alger, il y recevait le Tout-Alger : généraux, chefs de partis, ministres et hommes d’affaires. Selon des sources proches du dossier, il était l’interlocuteur direct de Saïd Bouteflika, accédant à la présidence avec une facilité déconcertante.
Pour protéger les intérêts de Dubaï et d’Abou Dabi, Al Sheebani ne se contentait pas de négocier des contrats. Il finançait le train de vie fastueux de l’élite. Des vacances au prestigieux hôtel Lanesborough à Londres, des cures de bien-être à la Villa Stéphanie à Baden-Baden, ou des séjours à l’hôtel Le Apogée à Courchevel : tout était pris en charge par le “Sheikh”. Cette générosité n’était pas fortuite ; elle visait à transformer les décideurs algériens en obligés des Émirats, garantissant ainsi un traitement préférentiel pour les investissements étrangers.
Le mécanisme du siphonnage : L’affaire Boubak

Le vent a tourné fin 2025 avec l’enquête sur l’affaire “Boubak”. La justice algérienne a mis au jour un système sophistiqué de surfacturation visant à extraire illégalement des devises du pays. Le schéma était simple : la STAEM achetait des équipements et des services de maintenance à des prix exorbitants via une société écran française, Boubak Industrie, dont les actionnaires réels étaient des dirigeants de la STAEM eux-mêmes.
L’implication d’Al Sheebani dans ce réseau a été confirmée grâce à la coopération de banques internationales telles que HSBC et Citibank. En identifiant Al Sheebani comme l’un des bénéficiaires finaux des dividendes bloqués (estimés entre 120 et 130 millions de dollars par an), les autorités algériennes ont trouvé le levier juridique nécessaire pour l’inculper de fraude fiscale, de transfert illicite de capitaux et de blanchiment d’argent.
Un jeu politique dangereux pour le régime Tebboune
Pourquoi l’Algérie choisit-elle de frapper maintenant ? La volonté de nationaliser la filière du tabac et d’éjecter les partenaires émiratis sans verser d’indemnités colossales semble être le moteur principal. En constituant un dossier criminel contre les investisseurs, l’État algérien se donne les moyens de rompre les contrats pour “faute grave”.
Toutefois, cette stratégie comporte un risque majeur : celui de l’effet boomerang. Al Sheebani, traqué, possède un carnet d’adresses et des preuves compromettantes sur l’ensemble de la hiérarchie militaire et civile des deux dernières décennies. S’il décide de parler, ses révélations pourraient discréditer non seulement l’ère Bouteflika, mais aussi certains éléments toujours en place au sein de l’actuel appareil d’État.
Le régime de Tebboune se retrouve face à une équation complexe : peut-on poursuivre pour corruption un homme qui a corrompu le système même que l’on tente de réformer, sans risquer de voir tout l’édifice s’effondrer ? La traque d’Al Sheebani n’est plus une simple affaire judiciaire ; c’est un test de survie politique pour la diplomatie et la justice algérienne face à la puissance financière des Émirats Arabes Unis.