ALERTE – Comment l’Algérie a perdu 20 milliards de dollars en 10 mois

L’économie algérienne traverse une tempête silencieuse, mais d’une violence inouïe. Derrière les indicateurs de façade fièrement brandis par le président Abdelmadjid Tebboune — notamment une baisse apparente de l’inflation à 2 % et une hausse du paiement électronique de 46 % — se cache une réalité macroéconomique extrêmement préoccupante. Un rapport indépendant majeur, publié par le Cercle de réflexion algérien CARE (Centre algérien d’analyse et de recherche économique), tire la sonnette d’alarme : l’Algérie est face à un mur invisible. Soit elle opère des réformes structurelles immédiates, soit la crise de la rente pétrolière va la frapper de plein fouet.
Le constat le plus spectaculaire et le plus inquiétant de cette enquête concerne l’effondrement des réserves de change du pays. En l’espace de seulement dix mois, entre la fin de l’année 2024 et octobre 2025, les réserves réelles en devises et en or sont passées de 67,8 milliards de dollars à peine 47 milliards de dollars. Une hémorragie colossale de 20 milliards de dollars qui met en péril l’autonomie financière de la nation.
Le mirage des chiffres officiels et la manipulation du régime
Face à cette chute vertigineuse, le gouvernement et la Banque d’Algérie tentent de rassurer l’opinion publique en maintenant un discours lénifiant. En décembre 2025, Abdelmadjid Tebboune déclarait encore que les réserves de change s’élevaient à 70 milliards de dollars. Un chiffre qualifié de mensonger par les experts au fait des réalités comptables.
Pour masquer la fonte des devises liquides, le régime inclut artificiellement dans son calcul les DTS (Droits de tirages spéciaux) détenus auprès du Fonds monétaire international (FMI). Les DTS constituent une monnaie de réserve internationale créée par le FMI, mais ils ne représentent en aucun cas des liquidités immédiatement disponibles pour financer des opérations d’importation urgentes. Leur conversion en devises réelles est une procédure complexe, longue et coûteuse. En excluant ce tour de passe-passe comptable, la réserve réelle de l’Algérie stagne dangereusement à 47 milliards de dollars.
Un déficit budgétaire abyssal de 14 % du PIB
Le rapport du think tank CARE met en lumière un autre indicateur critique : un déficit budgétaire qui frôle les 14,4 % du Produit Intérieur Brut (PIB) en 2025, et projeté à 14,5 % pour l’année 2026. L’Algérie consomme près de 14 % de toute la richesse nationale créée en une année uniquement pour combler le gouffre qui sépare les dépenses de l’État de ses recettes réelles. La loi de finances 2026 a d’ailleurs porté le budget de l’État à un niveau record de 17 637 milliards de dinars, alors que les rentrées financières réelles peinent à atteindre la moitié de cette somme.
Pour financer ce train de vie, le FMI classe désormais l’Algérie dans la catégorie à “risque souverain élevé”, pointant du doigt le danger imminent d’un retour au financement non conventionnel — communément appelé la “planche à billets”. Cette création monétaire artificielle menace à terme de détruire la valeur du dinar algérien et de provoquer une inflation incontrôlable.

Contrairement à d’autres puissances mondiales qui contractent de la dette publique pour investir dans des projets d’infrastructure générateurs de croissance, la politique économique actuelle s’engouffre dans des dépenses de fonctionnement stériles. L’argent public est massivement injecté dans le recrutement de fonctionnaires, l’augmentation des salaires administratifs, l’extension des budgets des ministères, de la présidence, et le renforcement des budgets militaires. Ces dépenses massives soutiennent artificiellement la consommation mais ne créent aucune richesse durable.
Le piège de la transition énergétique européenne et le déclin des exportations
Le modèle économique algérien reste prisonnier d’une dépendance absolue aux hydrocarbures, qui représentent toujours entre 92 % et 93 % de la totalité des exportations nationales. Ce modèle est aujourd’hui condamné par deux facteurs majeurs :
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La transition écologique de l’Union européenne : Principal partenaire commercial de l’Algérie, l’Europe s’apprête à mettre en place des taxes carbone punitives sur les importations fortement polluantes. Cette réglementation va pénaliser lourdement le pétrole et le gaz algériens, provoquant une baisse drastique des rentrées de devises.
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L’explosion de la consommation interne : La population algérienne ne cesse de croître, atteignant 48 millions d’habitants en 2026 et projetée à plus de 51 millions d’ici 2030. Cette poussée démographique engendre une hausse spectaculaire de la consommation locale d’énergie. Aujourd’hui, entre 63 % et 65 % du gaz produit, et entre 55 % et 60 % du pétrole extrait, sont consommés sur le marché intérieur. D’ici 2030, plus de 80 % de la production d’hydrocarbures sera absorbée par les besoins locaux, réduisant la capacité d’exportation de l’Algérie à la portion congrue.
Si la hausse temporaire des cours du brut au premier semestre 2026 — portée par le contexte géopolitique international — apporte un répit de quelques centaines de millions de dollars, elle reste dérisoire. Pour compenser les 20 milliards perdus, il faudrait que les prix du pétrole se maintiennent à des niveaux record pendant au moins un an et demi, une hypothèse jugée peu probable par les marchés. Sans réformes profondes, le FMI projette que les réserves de change de l’Algérie s’effondreront à 18 milliards de dollars d’ici 2030, offrant une autonomie d’importation critique de seulement 2 à 3 mois.
Les 10 commandements de CARE pour éviter le naufrage
Face à l’imminence de la crise, le think tank CARE propose un plan d’urgence articulé autour de 10 actions prioritaires pour la période 2026-2028 :
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Sanctuariser un plancher de sécurité : Maintenir impérativement un minimum de 12 mois d’autonomie d’importation en réserves de change.
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S’adapter au bilan carbone européen : Engager immédiatement une stratégie nationale de décarbonisation des secteurs exposés à la tarification carbone de l’UE.
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Libéraliser les énergies renouvelables : Ouvrir la production d’énergies propres aux producteurs privés indépendants algériens pour libérer le gaz et le pétrole pour l’exportation.
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Capter l’épargne de la diaspora : Créer des comptes bancaires en devises attractifs pour détourner les flux financiers de la diaspora du marché parallèle de la devise (Square Port-Saïd).
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Soutenir l’innovation : Mettre en place un cadre de finance verte et un suivi statistique dédié aux start-ups via l’Office National des Statistiques (ONS).
L’année 2026 s’impose comme celle du choix ultime pour Alger. Les experts rappellent que les conditions d’un sursaut productif sont réunies, mais que tout dépendra de la volonté politique réelle de rompre avec le populisme économique. Dans le cas contraire, la dévaluation inéluctable de la monnaie nationale et la fonte des réserves risquent de plonger une part importante de la population dans la précarité.