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Pierre Perret : quatre mois après la mort de son épouse, le magnifique cadeau qu’il a dédié à Rebecca bouleverse profondément : « Je me demande parfois si elle ne se trompe pas de maison lorsqu’elle vient me rendre visite la nuit… »

Pierre Perret : quatre mois après la mort de son épouse, le magnifique cadeau qu’il a dédié à Rebecca bouleverse profondément : « Je me demande parfois si elle ne se trompe pas de maison lorsqu’elle vient me rendre visite la nuit… »

Le 4 janvier dernier, le temps s’est figé pour Pierre Perret. À 91 ans, l’interprète de « Lily » et du « Zizi » a dû affronter l’insoutenable : le départ de Rebecca, l’unique, la complice de soixante-sept années de vie. Rebecca, née Simone Mazaltarim, n’était pas seulement son épouse ; elle était le pilier central d’une existence vouée à la poésie, à la musique et à la gourmandise de vivre. Aujourd’hui, quatre mois après ce grand vide, Pierre Perret se livre avec une pudeur bouleversante sur leur « petit paradis » de Nangis, en Seine-et-Marne, et sur cet incroyable cadeau qu’il lui fit un jour, un secret de pierre et de lumière qui continue de faire battre le cœur de leur demeure.

Leur histoire commence en 1957, dans les bureaux de la maison Barclay, par une dispute, de celles qui forgent les passions indestructibles. Elle était secrétaire, il était un jeune artiste en quête de lumière. De ce désaccord initial naîtra une fusion absolue. Rebecca deviendra tout pour lui : sa muse, sa comptable, son agent, son chauffeur, et surtout sa protectrice. Pendant des décennies, elle a œuvré dans l’ombre pour que Pierre n’ait qu’à se soucier de « ce qu’il a dans le citron » pour guider son stylo.

C’est en 1964 que l’aventure de Nangis débute. Alors qu’ils vivent modestement dans un HLM de Gennevilliers, Rebecca déniche ce vieux corps de ferme abandonné à 75 kilomètres de la capitale. Pour Pierre, c’est le coup de foudre immédiat. Mais la maison d’aujourd’hui, avec ses tuiles plates, ses tomettes anciennes et ses poutres apparentes, n’est en rien le reflet de la ruine qu’ils acquirent alors. À l’époque, le sol n’était que terre battue. Durant trente ans, le couple a transformé chaque recoin de cette propriété en un cocon de rêve.

C’est au cœur de cette épopée de rénovation que se situe le « magnifique cadeau ». À une période où Pierre Perret frôlait le burn-out, épuisé par un rythme de 250 concerts par an, le couple décide de s’envoler pour un tour du monde de quinze mois. C’est durant cette absence prolongée que Pierre, en secret, orchestre un chantier titanesque. Il fait construire une extension monumentale à la maison, une aile entière conçue pour le confort et l’esthétique du lieu qu’ils chérissaient tant.

Pierre Perret : "Traverser les générations, comme l'ont fait mes chansons,  c'est quand même assez peu commun" | ICI

Le retour fut digne d’un film. En franchissant le portail, Rebecca, désorientée par la métamorphose de sa propre demeure, eut cette phrase que Pierre raconte aujourd’hui avec une tendresse infinie : « Je crois qu’on s’est trompé de maison ». Ce cadeau, plus qu’une simple construction, était une preuve d’amour monumentale, un ancrage définitif pour leur vieillesse commune. Aujourd’hui, cette extension et les jardins de Nangis — où poussent encore les haricots tarbais pour le cassoulet et les arbres fruitiers — sont devenus le théâtre d’une présence invisible.

Car pour Pierre Perret, Rebecca n’est jamais vraiment partie. Dans les colonnes du Parisien, ses mots résonnent avec une mélancolie mystique : « Je me demande parfois si elle ne se trompe pas de maison lorsqu’elle vient me rendre visite la nuit… ». Cette phrase illustre l’état de grâce et de douleur dans lequel vit l’artiste. Dans le silence de Nangis, chaque objet chiné ensemble, chaque reflet de la piscine, chaque recoin de la véranda semble attendre le passage de celle qui gérait tout.

Pourtant, malgré l’amour qu’il portait à ce foyer, Pierre Perret n’a jamais pu y écrire ses chansons. Il l’avoue sans détour : la maison était trop pleine de vie, trop remplie de Rebecca, des enfants, des chiens et des chats. Pour créer, l’homme avait besoin de l’ascèse et de la solitude de la Normandie. Nangis était le lieu de la vie, du partage avec les amis illustres comme Bernard Pivot ou Lino Ventura, mais pas celui de la torture créative.

Pierre Perret : sa maison à Nangis, une ancienne ferme

Aujourd’hui, le vide est immense. Rebecca s’est éteinte à 88 ans, suite à une mauvaise chute, emportant avec elle une partie de l’âme du chanteur. Mais elle a laissé derrière elle ce sanctuaire de Nangis, ce cadeau de quinze mois de travaux qui est aujourd’hui le gardien de leur mémoire. Pierre Perret, du haut de ses 91 ans, continue de déambuler dans ce jardin de souvenirs. Il y cultive ses légumes, se baigne dans cette piscine qu’ils ont tant aimée, et attend ces visites nocturnes où la frontière entre le rêve et la réalité s’amenuise.

Personne ne t'oubliera » : Pierre Perret rend hommage à son épouse Rebecca  décédée à 88 ans

L’histoire de ce cadeau à Rebecca est le témoignage d’une époque où l’on bâtissait pour l’éternité, que ce soit des murs ou des sentiments. En regardant cette extension qu’elle n’avait pas reconnue, Pierre Perret ne voit pas seulement de la pierre, il voit le sourire d’une femme qui a consacré sa vie à sa réussite. Et si parfois, la nuit, il croit entendre ses pas dans les couloirs de Nangis, c’est sans doute parce que l’amour, lorsqu’il est aussi pur, refuse de se soumettre aux lois de l’absence. Pierre Perret reste là, fidèle au poste, dans leur maison de bonheur, vivant chaque jour comme un hommage à celle qui a fait de lui l’homme et l’artiste qu’il est devenu.