Le taxi qu’il ne fallait surtout pas prendre à minuit.
C’est pas une heure pour marcher sur cette route. Monte, on te dépose. Il n’aurait jamais dû prendre cette voiture à minuit. Il y a des erreurs qu’on ne peut pas défaire. Des décisions prises en une fraction de seconde dans la fatigue et le froid d’une nuit de semaine qui change tout sans qu’on s’en rende compte sur le moment.
La plupart du temps, ces erreurs ont des conséquences qu’on peut réparer. On rate un rendez-vous, on perd quelque chose, on regrette un maudit trop vite, la vie continue. On apprend, on avance. [musique] Mais il y a d’autres erreurs. Des erreurs qui ne laissent pas la place de regretter. Des erreurs qui sont déjà faites avant même qu’on comprenne ce qu’on a fait.

Et dans ces [musique] cas-là, la question n’est plus comment revenir en arrière, c’est comment accepter qu’on ne reviendra pas. Je suis Fiona et vous suivez mes incroyables histoires africaines. La route nationale entre les deux villes était vide à cette heure-là. du matin, une ligne droite longue de 40 kilomètres bordé par des champs d’un côté et [musique] une forêt dense de l’autre.
Une route que tout le monde dans la région connaissait, pas parce qu’elle était belle ou remarquable, parce qu’il s’y était passé quelque chose il y a 10 ans. Un accident de nuit dont les gens du coin parlaient encore, pas souvent mais régulièrement, avec cette [musique] façon qu’on certains événements de revenir dans les conversations, même quand on pensait les avoir rangés.
Ce soir-là, [musique] un homme marchait sur le bas côté de cette route. Il avait un sac à dos sur [musique] une épaule et les mains dans les poches de son blouson. Il marchait vite, les yeux baissaient contre le vent. Derrière [musique] lui, à plusieurs centaines de mètres, les lumières de la ville s’éloignaient. Devant lui, [musique] il n’y avait que le noir.
Il n’aurait pas dû être à pied sur cette route à cette heure-là. [musique] Il n’aurait pas dû accepter le trajet quand les phares de la voiture avaient émergé du noir et que [musique] la vitre s’était baissée, mais il faisait froid. Il était fatigué et à trois heures [musique] du matin sur une route déserte, on prend ce qui vient. Ce qu’il prit [musique] ce soir-là était la mauvaise voiture.
Mais pour comprendre pourquoi cette voiture était la mauvaise voiture et pourquoi [musique] lui, précisément lui, se trouvait sur cette route à cette heure précise, il fallait remonter à la journée d’avant quand tout était [musique] encore simple et que la plus grande de ses préoccupations était de savoir s’il rentrerait chez lui avant ou après minuit.
Conan Brou avait 23 ans [musique] et étudiait la comptabilité dans la ville universitaire à kilomètres de chez ses parents. C’était un garçon ordinaire dans le bon sens du terme. Sérieux sans être rigide, sociable sans chercher à se faire remarquer. Il avait deux amis proches à la faculté, [musique] une petite amie qu’il voyait le weekend quand les emplois du temps le permettaient et une chambre dans une résidence universitaire [musique] qu’il partageait avec un camarade qui jouait de la guitare à des heures discutables.
Sa vie était [musique] simple, organisé autour de ses cours et de ses retours réguliers chez ses parents pour les weekends prolongés. Ce vendredi-là, [musique] il avait prévu de rentrer par le quart de 19h. Un trajet de 2h, retour habituel, [musique] le genre de chose qu’on fait sans y penser.

Il avait confirmé à sa mère qu’il serait là pour [musique] dîner. Il avait préparé son sac jeudi soir. Le vendredi avant sa mal. [musique] Un examen de rattrapage imprévu annoncé le matin même par un professeur qui avait l’habitude de ce genre de communication de [musique] dernières minutes. 2 heur d’examen qui décalèrent tout.
Puis une réunion de groupe pour un travail à rendre la semaine suivante qui s’étira au-delà de ce que les participants avaient prévu. Chacun ayant un point supplémentaire à ajouter, [musique] une remarque à faire, une correction à proposer. Il arriva à la gare routière à 21h30. Le dernier car direct [musique] était parti à 21h. Il n’y avait plus rien jusqu’au lendemain matin.
Il appela sa mère pour la prévenir. [musique] Elle proposa qu’il reste à la résidence et rentre le lendemain. Il refusa. [musique] Il avait promis et ses parents comptaient sur sa présence pour aider à un événement familial. Le samedi [musique] matin, il chercha un covoiturage sur l’application qu’il utilisait.
Parfois, rien de disponible pour cette heure-ci vers cette destination. [musique] Il demanda sur un groupe de messagerie des étudiants. Personne ne partait ce soir. Il finit par décider de prendre un taxi collectif [musique] jusqu’à la ville intermédiaire à mi-chemin et de trouver ensuite. La ville intermédiaire avait une gare routière avec des départs tôt le [musique] matin.
Il pourrait attendre là. Le taxi collectif le déposa à la gare de la ville intermédiaire à minuit. La gare était fermée. Une pancarte indiquait que le premier départ était à 5h30 du matin. 5 he [musique] d’attente dans une gare fermée où trouvait autre chose. Il sortit de la gare et se mit à marcher sur la route nationale.
Il lui restait [musique] 40 km. C’était absurde de marcher. Il le savait. [musique] Mais le mouvement lui semblait préférable à la tente immobile dans le froid. Il n’avait pas marché 5 minutes [musique] quand les phares apparurent. La voiture ralentit à sa hauteur. Une berline sombre, modèle courant, sans rien de particulier à signaler de l’extérieur.
La vitre avant-passager [musique] descendit. Une jeune femme le regarda depuis le siège. Elle avait 25 ans environ, des [musique] traits de faim, des cheveux courts. Elle lui sourit. Tu vas où ? Conan dit le nom de sa ville. On y va aussi. Monte. Il hésita une demi-se, le genre d’hésitation automatique qu’on a la nuit sur une route déserte face à [musique] une voiture inconnue.
Puis il regarda la route vide devant lui, sentit le vent froid dans son cou et ouvrit la portière arrière. Il y avait deux personnes à l’arrière, un jeune homme côté gauche, 20 ans [musique] peut-être, t-shirt sombre, casque audio autour du cou qui lui fit un signe de tête sans [musique] sourire. et une femme plus âgée au milieu, une quarantaine d’années, les yeux miclos qui semblaient dormir [musique] à demi.
Conan s’installa côté droit, referma la portière. [musique] La voiture repartit. Le conducteur était un homme dont Conan ne voyait que le profil, la [musique] cinquantaine, les épaules larges, silencieux. Il conduisait avec la concentration calme des gens qui ont fait cette route souvent. Je m’appelle Inè”, dit la jeune femme du [musique] siège avant en se retournant à demi.
Son sourire était agréable, chaleureux même. “Con !” Le jeune homme à l’arrière dit son nom sans lever les yeux. Lassan, [musique] la femme plus âgée, entrouvrit les yeux. Adjobo, sa voix était douce, un peu voilée, comme quelqu’un [musique] qui se réveille. Le conducteur ne dit pas son nom, il conduisait. La voiture avança dans la nuit.
Conan posa son sac entre ses pieds et regarda par la vitre, la route droite, les champs, la forêt plus dense à mesure qu’on avanç. Il était fatigué. La chaleur de la voiture après le froid du dehors [musique] agissait comme un somnifère léger. Ines recommença à parler des choses ordinaires où il étudiait ce qu’il [musique] faisait si le trajet était habituel pour lui.
Une conversation de covoiturage normal, le genre d’échange poli qu’on a avec des inconnus quand on partage un espace fermé [musique] et qu’on veut éviter le silence. Conan répondit, posa quelques questions à son tour. C’est au cours de ces échanges qu’il remarqua la première chose [musique] étrange. La première chose qu’il remarqua, c’est que la vitre ne montrait aucune buée.
Il faisait froid dehors. La voiture était [musique] chauffée. Dans toute voiture chauffée partant froid, les vitres accumulent une légère condensation, surtout avec plusieurs passagers qui respirent. [musique] Il n’y avait aucune buée, ni sur la vitre à sa gauche, ni sur le pare-brise, [musique] comme si la température à l’intérieur de la voiture était exactement la même qu’à l’extérieur ou comme si personne ne respirait vraiment.
Il chassa [musique] cette pensée. Il était fatigué, il regardait mal. La deuxième chose, il la remarqua quelques minutes plus [musique] tard. La radio était allumée, un volume très bas, une station qui passait de la musique. Il tendit l’oreille pour identifier la chanson. [musique] Quelque chose lui était familier dans la mélodie, pas familier de cette semaine ou de ce mois, familier de bien plus longtemps.
Une chanson qu’il avait entendu enfant, [musique] qu’il n’entendait plus depuis des années parce qu’elle n’était plus diffusée nulle part. Il dit, sans vraiment [musique] y penser, “C’est quoi cette radio ?” Inessourna. “Pourquoi ?” “Cette chanson, ça fait longtemps que je ne l’avais pas entendu.” In [musique] eut un sourire qui n’atteignit pas ses yeux.
C’est une vieille station. Elle passe des choses d’une autre époque. Conan [musique] hocha la tête, regarda à nouveau par la vitre. La troisième chose fut plus difficile à rationaliser. Ils croisèrent une voiture, [musique] la première depuis qu’il était monté. Les phares de l’autre véhicule illuminèrent l’intérieur de la berline l’espace d’une seconde.
Conan regarda instinctivement les autres passagers, [musique] la façon que les gens ont de se voir soudainement dans une lumière vive. La lumière traversa la voiture. Pas exactement [musique] traversa, ce n’était pas aussi net que ça. Mais il y eut quelque chose d’étrange dans la façon dont l’éclairage se comporta sur les silhouettes autour de lui.
Comme si la lumière ne rencontrait pas tout à fait de résistance, comme si les ombres ne se formaient pas correctement, il cligna des yeux. Il avait du mal voir. La fatigue faisait des choses à la perception. Mais une idée avait commencé à prendre forme dans sa tête, encore flou, encore rejetée par la partie de son cerveau qui préférait les explications raisonnable.
[musique] C’est Lassan qui dit quelque chose qui fit basculer la conversation. Il roulait depuis 21 minutes environ. Conan avait [musique] réussi à maintenir une conversation légère avec Ines. Adjobo dormait pour de bon maintenant ou semblait dormir. Le conducteur n’avait pas dit un mot depuis le départ. Lassan qui n’avait presque pas parlé non plus, dit tout à coup en regardant par la vitre : “On approche du kilomètre 47.
” Un silence s’installa. [musique] Conan ne comprit pas immédiatement pourquoi ce silence. Puis il vit. Iness avait [musique] cessé de sourire. Ses mains sur ses genoux s’étaient légèrement serrées. Dans le rétroviseur, le conducteur avait les yeux fixés droit devant lui, mais [musique] quelque chose dans la tension de son cou avait changé.
Ajobo, qui dormait murmura quelque chose sans ouvrir les yeux. Conan ne capta pas les mots. [musique] Qu’est-ce qui se passe au kilomètre 47 ? Demanda Conan. Personne ne répondit immédiatement. [musique] Puis Iness dit doucement avec cette même façon de sourire qui n’atteignait pas les yeux. C’est là qu’on allait.
Il y a 10 ans. Conan la [musique] regarda. Vous avez déjà fait ce trajet il y a 10 ans ? Pas exactement. Elle hésita, [musique] regarda par le pare-brise. C’est là qu’on s’est arrêté. Vous avez eu une panne ? Lassan dit depuis l’arrière [musique] avec une neutralité absolue. Pas une panne, un accident.
Conan sentit quelque chose changer dans sa [musique] poitrine. Pas encore de la peur. Quelque chose d’antérieur à la peur, une qualité de vigilance, une mise en alerte de tous [musique] les sens. Vous avez eu un accident ici il y a 10 ans ? Oui, tous les quatre. Un silence. [musique] Ines dit, “On était trois dans la voiture ce soir-là.” Conan compta.
Le conducteur, Ines, Lassan, [musique] Adjobo, quatre personnes, lui comprit. Il dit très lentement : “Vous étiez trois.” “Oui.” Il regarda Iness puis se retourna pour regarder la sanne puis Adjobo [musique] endormit. “Et moi, je suis le 4è. Le silence dura longtemps.” Conan regardait Iness. [musique] Elle le regardait en retour avec une expression qu’il commença à analyser différemment maintenant qu’il cherchait au-delà du sourire de surface.
Pas de la malveillance, pas de la menace, quelque chose de plus difficile à nommer, de l’attente. Comme quelqu’un qui tient une porte ouverte et qui attend que l’autre décide de franchir [musique] le seuil. Vous êtes morts ! Dit-il. Ce n’était pas vraiment une question. Iness la tête légèrement.
Lassan dit : “L’accident était sur ce tronçon. Le chauffeur avait dormi. La voiture a quitté la route. Conan regarda le conducteur dans le rétroviseur. Ses yeux dans la glace était [musique] fixe. Pas dans le sens d’une concentration, dans le sens de quelque chose qui ne clignne pas assez souvent. Quelque chose qui regarde sans vraiment voir.
Il était le chauffeur ce soir-là aussi. Oui, dit Inè. Et vous trois, vous étiez les passagers ? Oui. Et l’accident a tué tout le monde. Un autre silence. Adjobo bougea dans son demi-sommeil, [musique] un mouvement lent comme quelqu’un qui flotte dans une haute tiède plutôt que quelqu’un qui dort normalement. “Tout le monde dans la voiture”, dit Lassan.
Conan sentit sa gorge se serrer, tout le monde dans la voiture et maintenant [musique] dans la voiture, il y avait quatre personnes dont trois étaient mortes dans un accident sur cette route il y a 10 ans. Et lui, “Pourquoi vous m’avez pris ?” Iness le regarda. Quelque chose traversa son visage. [musique] Quelque chose qui ressemblait à de la gêne ou à ce que la gêne serait sur un visage qui a [musique] perdu l’habitude des émotions ordinaires.
On roule sur cette route depuis 10 ans. Chaque nuit. On ne peut pas partir. Partir où ? Là où on devrait aller. [musique] On est bloqué ici sur cette route, cette voiture. Pourquoi ? [musique] La sanne dit parce qu’on était quatre dans la voiture ce soir-là. Conan attendit. Non, on était trois. On devait être [musique] quatre.
Un passager supplémentaire devait monter avec nous cette nuit-là. Il a raté le départ. Sa voiture est arrivée en retard. Il n’a jamais su que la voiture qu’il avait manqué [musique] était celle dans laquelle il aurait dû mourir. Conan regarda ses mains posées sur ses genoux. Ses mains [musique] à lui concrètes avec leurs ongles trop longs et la petite cicatrice sur le pouce droit d’une chute vélo à 12 ans. Des mains vivante.
[musique] Vous cherchez le 4e passager depuis 10 ans. Iness dit simplement : “Oui, Conan avait peur maintenant. La peur propre est froide de quelqu’un qui comprend une situation et qui ne se raconte pas d’histoire dessus. Mais il était aussi encore en train de penser et la partie [musique] de lui qui pensait refusait de considérer la situation comme terminée.
“Je ne suis pas votre qurième passager”, dit-il. [musique] “Tu es dans la voiture”, dit Lassan. “J’ai monté dans la voiture sur une route de nuit. Ça ne fait pas de moi votre qurième passager.” Iness regarda la voiture s’est arrêtée pour toi. Les voitures s’arrêtent souvent pour les gens qui marchent la nuit.
Adjobo, sans ouvrir les yeux, dit d’une voix très calme : “Pas à cette heure, pas sur cette route.” Conan se tourna vers elle. C’était la première fois qu’elle parlait clairement. Sa voix était douce, précise, le genre de voix qui a de l’autorité sans avoir besoin d’élever le ton. “Combien d’autres voitures tu as vu depuis [musique] que tu marches ?” Conan réfléchit.
Depuis qu’il avait quitté la gare de la ville intermédiaire, il y avait eu cette voiture qui les avait croisé tout à l’heure. Et avant ça, rien, pas un seul véhicule depuis qu’il avait commencé à marcher. Pendant combien de temps avait-il marché avant qu’ils arrivent ? La voiture qui vous croise tout à l’heure, dit-il.
Elle vous a vu ? Un silence. Iness dit nous ? Non. Conan sentit quelque chose se déplacer dans sa compréhension de la situation. Si l’autre voiture ne les avait pas vu, si les voitures qui croisaient ne voyaient qu’une route vide, alors [musique] la question n’était plus de savoir si ces gens étaient des fantômes. La question était de savoir s’il était encore de ce côté-ci de ce qu’il représentait.
“Si je descends de cette voiture”, dit-il, “qu’est-ce qui [musique] se passe ?” Lassan regarda par la vitre. Dehors, la forêt [musique] était devenue plus dense. “Tu peux essayer ? Je t’ai pas demandé si je pouvais. Je t’ai demandé ce qui se passerait. Personne ne [musique] répondit à ça. Conan regarda par la vitre, la route, le bas côté, l’herbe du fossé visible [musique] dans la lumière des phares, des choses concrètes, physiques, présentes.
Il tendit [musique] la main et toucha la vitre froide, réelle. Le verre sous ses doigts avait la [musique] texture exacte du verre. Il posa la main sur la poignée de la portière. La poignée bougea. Ça le surprit. Il avait à moitié attendu qu’elle ne bouge pas, que quelque chose de surnaturel [musique] et d’absurde l’en empêche.
Mais la poignée bougea normalement avec le [musique] clic habituel d’une portière de voiture. La portière s’ouvrit. Le vent de la route entra d’un coup. L’air froid, la vitesse de la [musique] voiture qui créait une pression vers l’extérieur. Il y avait du réel là-dedans, du vent vrai, [musique] de la vitesse vraie, un fossé qui défilait à une vitesse qui rendait tout dangereux. Inè se retourna. Conan.
Sa voix n’avait pas changé de ton. Pas de l’urgence, pas de la supplication, [musique] juste son prénom. Dit avec quelque chose dans la voix qui ressemblait à de la tristesse anticipée. Le conducteur ne [musique] ralentit pas. Conan regarda le bas côté qui défilait. La végétation, le fossé. Il calcula.
[musique] Sauter à cette vitesse, peut-être kilomètres à l’heure, signifiait [musique] une chute brutale, une blessure certaine, peut-être grave, mais une blessure était réparable. [musique] Ce que la voiture représentait ne l’était peut-être pas. Il sauta, il roula dans l’herbe du bas côté, absorba [musique] le choc de son mieux, sentit son épaule gauche heurter quelque chose de dur sous la végétation.
Il s’arrêta, allongé sur le dos dans l’herbe froide et humide, le souffle coupé. Il était vivant, il [musique] respirait. L’épaule faisait mal, une douleur réelle, précise, le genre de douleur qui indique un impact vrai. Il bougea les doigts, les jambes, tout fonctionnait. Il se redressa en position assise, regarda la route. La voiture continuait.
Les feux arrières rouges s’éloignaient dans le noir, régulier, sans ralentir, sans dévier, comme si personne dedans n’avait remarqué son [musique] saut ou n’avait voulu remarquer ou savait que remarquer ne changeait rien. Il les regarda disparaître. Puis il se leva, s’épousetta, prit son sac qu’il avait réussi à garder dans la chute [musique] et regarda autour de lui.
Il était seul sur la route. Nuit, vent froid, la forêt d’un [musique] côté, les champs de l’autre. Il n’avait aucune idée de la distance exacte jusqu’à la prochaine [musique] habitation, mais il était sorti. Il prit son téléphone pour appeler quelqu’un, [musique] ses parents, un ami, n’importe qui. L’écran s’alluma, pas de réseau.
Il marcha pendant quelques minutes en regardant les barres de signal. Toujours rien. Il vit la lumière avant d’entendre la voiture. Des phardes dans son dos, une voiture qui approchait dans sa direction, pas dans le sens [musique] inverse, dans la même direction que lui, venant de derrière. Il se retourna et leva la main.
[musique] La voiture s’arrêta. La vitre descendit. Inè le regarda depuis le siège avant passager. Conan resta immobile au bord de la route, la main encore levée, à regarder le visage d’Ine. Le même sourire, la même façon de tenir la tête légèrement inclinée. “Tu es sorti, dit-elle, mais tu es toujours sur la route.
” [musique] Il regarda la voiture, puis la route derrière lui d’où la voiture était venue. Il avait marché [musique] dans une direction depuis qu’il était sorti. La voiture était venue de derrière lui dans cette même direction, [musique] ce qui signifiait qu’elle avait fait demi-tour ou qu’elle avait continué et était revenue ou autre chose qu’il ne voulait pas formuler encore.
“Combien de fois tu peux sauter ?” dit Lassan [musique] depuis l’arrière. La question était posée sans moquerie, vraiment posée comme si la réponse [musique] importait. Conan regarda ses mains, ses mains à lui. La cicatrice du pouce droit, la douleur de l’épaule gauche qui battait régulièrement. Il était sorti de la voiture.
Il avait roulé dans l’herbe froide. Il avait de la terre sur les genoux. Tout ça était réel. [musique] Alors, pourquoi la voiture était-elle devant lui ? Il dit, d’une voix plus calme qu’il ne l’aurait cru possible, je ne monte pas. Iness le regarda un long moment, puis elle dit quelque chose qu’il n’attendait [musique] pas. Conan, est-ce que tu te souviens du moment exact où tu es monté dans la voiture ? Il allait répondre oui.
Évidemment qu’il s’en souvenait. C’était il y a 20 minutes [musique] quand quelque chose coinça. Il chercha le souvenir, la vitre qui descendait, le sourire d’in sa propre hésitation [musique] d’une fraction de seconde, la poignée, la portière. Mais avant ça, juste avant ça, [musique] qu’est-ce qui s’était passé ? Il y avait eu les phardes dans le noir ? Oui, les phardes qui approchaient.
Et avant les phares, il marchait. Il marchait sur le bas côté, le vent dans le cou, le sac sur l’épaule. [musique] Et avant de marcher, il chercha le souvenir de la gare de la ville intermédiaire, le parking, la pancarte qui indiquait 5h30. Il était sorti [musique] et avait commencé à marcher. Il avait pris la route nationale.
Il chercha le souvenir d’être sorti [musique] de la gare. Il ne le trouva pas. Il chercha encore méthodiquement le taxi collectif qu’il avait déposé. Oui, [musique] il y avait ça. La gare fermée, la pancarte et ensuite ensuite il y avait les phares. Entre la gare et les phares, il devait y avoir eu de la marche, du temps sur la route, le froid [musique] dans le cou, ses pieds sur le bitume.
Mais quand il cherchait ce souvenir avec précision, pas juste son existence, [musique] sa texture concrète, il ne trouvait rien de solide, juste l’idée qu’il avait marché, pas le [musique] souvenir de l’avoir fait. Il regarda ses chaussures. La semelle droite avait de la boue, [musique] logique si on avait marché dans la nuit humide.
Il regarda ses mains, la cicatrice du pouce droit, [musique] la douleur de l’épaule gauche depuis la chute. Il dit très doucement à Iness qui attendait est-ce qu’il y a eu un accident ce soir sur cette route ? Iness [musique] répondit pas. Lassan dit depuis l’arrière sans le regarder. Le taxi [musique] collectif.
Conan sentit le sol se dérober sous lui, pas physiquement. Il était debout, les pieds sur le bitume, tout était solide. Mais quelque chose dans sa façon d’habiter [musique] ce corps, cette route, cette nuit, bascula, le taxi collectif qu’il avait amené [musique] de la ville universitaire à la ville intermédiaire. Un trajet de 2 heures dans la nuit.
Il avait somnolé. Il se souvenait du départ, la gare routière, les autres passagers, le moteur qui démarrait. Il se souvenait de s’être appuyé contre la vitre et d’avoir fermé les yeux. Il ne se souvenait pas de l’arrivée. [musique] Il ne se souvenait pas d’être sorti du taxi, d’avoir payé, de voir ses bagages sur le trottoir, [musique] d’entrer dans la gare et de lire la pancarte.
Ses souvenirs n’étaient pas flou. Il n’existait [musique] pas. Il dit “Le taxi a eu un accident.” Adjobo de l’intérieur de la voiture dit doucement : “Oui, je n’ai pas survécu. Un silence [musique] sur la route.” “Non, dit Ines. Conan resta debout au bord de la route nationale [musique] à 2h du matin ou 3h ou peu importe l’heure puisque les heures ne comptaient plus de la même façon [musique] et regarda ses mains une dernière fois.
la cicatrice du pouce droit, la douleur de l’épaule, des traces de vie que son corps portait encore par habitude, par fidélité à ce qu’il avait été pendant 23 ans. Il regarda la voiture. Inessan dans l’ombre de l’arrière, le profil du conducteur silencieux. Il ouvrit la portière arrière et monta. La voiture repartit.
Conan était assis à sa place, le sac entre ses pieds, les mains sur les genoux. Adjobo à côté de lui n’était plus endormi. Elle le regardait avec quelque chose dans les yeux qui n’était ni de la pitié ni de la satisfaction. quelque chose [musique] de plus simple, de la reconnaissance, le regard de quelqu’un qui voit quelqu’un d’autre arriver là où on est soi-même.
Conan regarda par la vitre, la route, [musique] les champs, la forêt. Il dit “Le quatriè passager, celui qui devait être avec vous il y a 10 ans et qui a raté [musique] le départ.” Iness dit “Oui, c’était qui ?” “Un silence.” Puis Ines dit, “Qelqu’un qui prenait cette route régulièrement comme toi, un étudiant. Conan [musique] pensa à ça.
Il ne savait pas que vous attendiez. Non, il a continué sa vie. Il a fini ses études. [musique] Il a trouvé du travail. Il a eu une famille. Il est mort vieux dans son lit entouré de ses enfants. [musique] Alors, il n’est pas là avec vous.” Non. Conan regarda droit devant lui à travers le pare-brise.
La route droite [musique] qui continuait. les phares qui éclairaient quelques mètres devant. Alors pourquoi vous avez besoin d’un quatrième passager si le vrai quatrième a eu une vie entière et est mort autrement ? Pourquoi vous êtes encore bloqué ici ? Le silence qui [musique] suivit fut différent des autres silences de la nuit.
Plus long, plus dense, Ines regarda droit devant elle. Lassan ne bougea pas. Adjobo baissa les yeux. C’est le conducteur [musique] qui parla pour la première fois depuis le début du trajet. une voix basse, peu habituée [musique] comme quelqu’un qui n’a pas parlé depuis longtemps. Il dit “Parce que je savais que j’avais envie de dormir.
” Conan regarda le profil du conducteur dans le rétroviseur. Il ne bougea pas. Il continuait à regarder la route avec [musique] cette fixité qui n’était plus de la concentration. “Tu savais que tu allais t’endormir.” Je le sentais depuis 1 heure. Mes yeux se fermaient. J’avais [musique] demandé si quelqu’un voulait conduire.
Ils avaient dit “Non, il dormait.” Et tu as continué quand même. [musique] J’ai pensé que j’allais m’en sortir, que c’était encore loin, que le froid allait m’aider. Iness dit d’une voix qui [musique] ne portait pas de reproche. On dormait, on ne savait pas. Je savais moi. Conan comprit la structure [musique] entière de ce qu’il vivait.
La voiture qui roulait depuis dix ans, les trois passagers qui ne [musique] pouvaient pas partir, pas parce qu’ils avaient besoin d’un què pour compléter quelque chose, mais parce qu’ils étaient liés au conducteur. Et le conducteur ne pouvait pas partir parce qu’il n’avait pas encore dit ce qu’il savait.
Il regarda le conducteur dans le rétroviseur. Tu ne l’auras jamais dit. En 10 ans de route, tu ne leur as jamais dit que tu savais. Un silence. Lassan dit depuis l’arrière d’une voix qui portait quelque chose que les dixans n’avaient pas effacé. Non. Iness dit, “On le savait depuis le début, mais il fallait qu’il le dise lui-même.” [musique] Conan regarda le conducteur.
L’homme dans le siège avant ne se retourna pas. Ses mains sur le volant étaient [musique] immobile. “Parl-leur”, dit Conan doucement. Le conducteur parla pas longtemps, pas avec des mots élaborés ou une confession construite. [musique] Quelques phrases simples dites à voix basse dans la nuit à trois passagers qui les entendaient depuis [musique] 10 ans sans les avoir entendu.
Il savaient, il avait continué, il leur demandait pardon. Ce qui arriva [musique] ensuite, Conan le vécut sans pouvoir l’expliquer dans les termes ordinaires. La voiture ralentit, pas brusquement, progressivement, comme si le [musique] moteur perdait sa raison d’être plutôt que sa puissance. Elle s’arrêta au bord de la route [musique] sur un bas côté herbeux à un endroit que rien de visible ne distinguait des autres portions de route.
Mais Conan su sans qu’on lui dise que c’était le kilomètre 47. [musique] Les portières ne s’ouvrirent pas. Il ne se passa rien de spectaculaire. Juste le silence [musique] soudainement complet après des heures de route, le moteur coupé, les phares qui s’éteignirent. Dans le noir de la voiture, [musique] Conan sentit quelque chose se dissoudre autour de lui.
Pas une disparition brutale, une dissolution lente [musique] comme du brouillard qui se lève avec la chaleur du matin. Iness était là, puis elle était moins là, puis elle n’était plus là du tout. Lassan de même [musique] à Jobo, le conducteur. Et puis Conan était seul dans une voiture vide au bord d’une route nationale [musique] à 3h du matin avec de la boue sur les genoux et une douleur dans l’épaule gauche et [musique] un sac à dos entre ses pieds.
Il resta assis un long moment dans le silence [musique] puis il sortit de la voiture. Dehors, l’air était froid, réel. [musique] Il respira profondément, regarda la route dans les deux sens. Il était [musique] seul. Il prit son téléphone, deux barres de réseau. Il appela [musique] sa mère.
Elle décrochanerie la voix de quelqu’un qui ne dormait pas vraiment. Conan, [musique] il est 3h du matin. Qu’est-ce qui se passe ? Il dit qu’il avait eu un problème de transport, [musique] qu’il était sur la nationale, qu’il avait besoin qu’on vienne le chercher. Il donna sa position approximative. [musique] Elle dit d’accord. Elle envoyait son père.
Il attendit au bord de la route, les [musique] mains dans les poches, regardant les étoiles qui étaient visibles ici, loin des lumières de la ville. Il pensa aux [musique] quatre personnes dans la voiture, à ce que dizant sur une route représentait, à la façon dont une erreur inavouée pouvait devenir une prison aussi réelle qu’une cellule de béton.
Quand les phardes de la voiture de son père apparurent au bout de la ligne droite, il ressentit quelque chose qu’il ne saurait jamais bien nommé, [musique] pas exactement du soulagement, quelque chose de plus fondamental, la simple certitude d’être là, [musique] présent, vivant, sur une route qui menait vers quelque chose plutôt que de tourner en boucle sur elle-même.
[musique] Il monta dans la voiture de son père. La portière se ferma. La voiture repartit. Son père ne lui posa pas [musique] de questions. Il conduisit en silence, les yeux sur la route, avec la concentration tranquille de quelqu’un qui est réveillé depuis 20 minutes et qui conduit [musique] prudemment parce que la nuit est noire et la route est longue.
Conan regarda par la vitre. Le kilomè 47 passa sans signe particulier. Juste un bas côté herbeux comme les autres, [musique] une portion de route comme les autres. Il ne dit jamais à personne ce qui s’était passé [musique] cette nuit-là. pas à ses parents, pas à ses amis, pas à sa petite amie.
Pas parce qu’il ne croyait pas lui-même à ce qu’il avait vécu. Il y croyait profondément et sans doute [musique] possible. Mais parce que certaines choses appartiennent à la nuit dans laquelle elles se sont produites [musique] et les raconter à la lumière du jour aurait été une façon de les trahir. Les morts ne cherchent pas toujours à nuire.
Parfois, ils cherchent juste à finir quelque chose qu’ils [musique] n’ont pas pu finir. Une parole non dite, une faute non reconnue, une vérité qui stagnait depuis trop longtemps dans le silence. Conan a [musique] eu de la chance, pas parce qu’il est sorti de la voiture. Sortir de la voiture ne changeait rien. [musique] La route ramenait toujours au même endroit.
Mais parce qu’il a compris ce que la nuit lui demandait. pas d’être le 4e fantôme, d’être le témoin qui permette à une vérité de se dire. Il y a [musique] des choses qu’on ne peut pas emporter avec soi dans l’au-delà sans que ça laisse une traîne dans le monde des vivants. Des aveux différés, des [musique] responsabilités niées, des mots qu’on a rangé au fond de soi en pensant qu’ils n’avaient plus d’importance [musique] puisqu’on était mort. Ils ont toujours de l’importance.
Merci d’avoir suivi cette histoire. Si elle vous a tenu en haleine, si elle vous a donné envie de regarder deux fois avant de monter dans une voiture de nuit, abonnez-vous, partagez-la et dites-nous dans les commentaires ce qui vous a le plus effrayé. À très bientôt pour une nouvelle histoire qui vous fera frissonner. M.