L’ALGÉRIE PREND LE SAHEL — CE QUE LA FRANCE N’A PAS VU VENIR

Mes frères, mes sœurs, bienvenue sur Algérie juillet 2023, Niamé, capitale du Niger. 6h du matin, la garde présidentielle encercle le palais présidentiel. Le chef de l’État est arrêté dans sa propre résidence. Quelques heures plus tard, les chaînes de télévision nationales diffusent la proclamation d’un conseil militaire.
Et parmi les premières décisions annoncées, l’une frappe par sa clarté et sa symbolique. L’armée française est priée de quitter le territoire nigérien. En quelques mois, tout bascule. Paris refuse d’abord de croire à la durabilité. Du coup, Paris menace. Paris tempête. Paris cherche des appuis diplomatiques.
Et finalement, en décembre 2023, Paris part. 5 mois après le coup d’état. Le dernier soldat français embarque, l’ambassade française à Niaméferme, la base aérienne cédée à l’armée nigérienne. Fin officiel d’un demi-siècle de présence militaire française au Sahel. Les télévisions françaises parlent de déroutes humiliantes.
Les médias africains parlent de libération historique. Et dans les chancelleries du monde entier, une seule question s’impose : qui va occuper le vide que la France laisse derrière elle ? Les analystes occidentaux regardent immédiatement vers Wagner, vers la Chine, vers les États-Unis. Ils font des reportages sur les mercenaires russes.
Ils s’interrogent sur les ambitions chinoises. Il spéculent sur un possible retour américain. Et dans cette course aux explications, personne ou presque ne pose la question évidente, la question géographique, la question logique, la question que n’importe qui regardant une carte du Sahel devrait poser en premier.

qui est l’acteur régional qui partage des milliers de kilomètres de frontières avec le Mali, le Niger, la Mauritanie, la Libye, la Tunisie et le Maroc qui est le pays dont la capitale est à moins de 400 km des zones de conflit saélienne. Qui est la puissance militaire la plus importante du continent africain ? qui possède la diplomatie la plus aguérie, la plus ancienne, la plus enracinée dans la culture sahélienne, l’Algérie.
Toujours l’Algérie. Et aujourd’hui dans cette vidéo, on va raconter comment l’Algérie, en silence, avec méthode, avec patience est en train de faire exactement ce que tout observateur sérieux aurait prédit si seulement ils avaient regardé la carte avec honnêteté. Elle est en train de devenir la puissance structurante du Sahel, celle que la région attendait depuis des décennies.
Celle que la France dans son aveuglement néocolonial avait tout fait pour empêcher d’émerger. Restez avec moi. Ce que vous allez entendre ne figure dans aucun média français grand public et c’est précisément pour ça que cette vidéo existe. Parti un pourquoi l’Algérie la puissance naturelle du Sahel soisante en dis d’histoire pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui au Sahel.
Il faut sortir du récit médiatique qui commence en 2023. Il faut remonter beaucoup plus loin parce que la relation entre l’Algérie et ses voisins saéliens n’est pas une invention récente. Elle est le produit de siècle d’histoire commune que les frontières coloniales ont tenté d’effacer sans jamais vraiment y parvenir. Les toirges algériens de Tamand Rasset, d’Ilisi et de Janette et les Toire maliens de Kidal, Gao et Tombuktou ne sont pas des étrangers les uns pour les autres.
Ce sont des cousins, souvent au sens littéral et biologique du terme. Les mariages intersahariens traversent les frontières depuis des siècles. Les routes caravanières qui relient le Hogar à la drar deshoras ont plus de 1000 ans d’existence. Les échanges commerciaux, les traditions culturelles, les solidarités tribales ne respectent pas les lignes tracées au cordau par des administrations coloniales qui ne connaissaient pas le terrain.
Cette mémoire commune est fondamentale. Elle explique pourquoi depuis l’indépendance algérienne en 1962, Alger a toujours considéré la stabilité du Sahel comme une question de sécurité nationale directe et non comme une affaire extérieure dans laquelle on intervient par idéalisme ou par opportunisme. La leçon la plus dure, l’Algérie l’a tiré dans les années 90.
Pendant la décennie noire, cette période tragique de guerre civile qui a coûté la vie à des dizaines de milliers d’Algériens, les groupes armées terroristes qui opéraient sur le territoire algérien trouvaient refuge, approvisionnement et soutien logistique dans le nord du Mali avec la complicité passive d’un État malien alors trop faible pour contrôler ses propres territoires septentrionaux.
des camps d’entraînement dans le Sahara, des routes de ravitaillement qui traversaient une frontière impossible à surveiller dans sa totalité, des réseaux de financement et de recrutement qui opéraient librement dans la zone grise entre les deux États. Cette expérience a gravé dans la doctrine sécuritaire algérienne une vérité que personne ne peut contester.
La paix en Algérie dépend directement de la paix au Sahel. Ce n’est pas une ce n’est pas une métaphore, ce n’est pas une rhtorique, c’est une réalité opérationnelle confirmé par les faits. C’est cette doctrine qui a conduit l’Algérie à jouer un rôle central dans l’accord de paix d’Alger signé en juin 2015. Un accord entre le gouvernement malien et les groupes armés du nord médiatisé par Alger qui a maintenu pendant plusieurs années une stabilité relative dans la région de Kidal.
Un accord imparfait, contesté, fragile mais réel. Un accord qui prouvait que la diplomatie algérienne quand elle s’investitement dans un dossier est capable de produire des résultats là où d’autres ont échoué. Pour comprendre l’émergence algérienne au Sahel, il faut d’abord comprendre l’échec français parce que c’est cet échec qui a ouvert l’espace dans lequel l’Algérie est aujourd’hui en train de s’installer.
En janvier 2013, la France déclenche l’opération Servale au Mali. L’objectif officiel annoncé à l’époque stopper une colonne de combattants islamistes qui descendaient vers Bamaako et menac de faire tomber la capitale. L’objectif non dit, celui que les diplomates comprennent immédiatement, reprendre pied militairement dans une région que Paris considère comme sa zone d’influence naturelle et dans laquelle sa présence s’était progressivement effilochée depuis des années.
L’opération Servale est un succès militaire à court terme. Les colonnes armées sont stoppées. Bamako ne tombe pas. Les chefs d’état africains et les médias occidentaux saluent l’intervention française. Le président François Hollande fait une entrée triomphale à Bamaako sous les acclamations de la foule.
Les images font le tour du monde, mais ce succès tactique masque une absence totale de stratégie de long terme. La France ne sait pas quoi faire de la stabilisation. Elle ne comprend pas les dynamiques locales. Elle choisit ses alliés en fonction de ses propres intérêts plutôt qu’en fonction des réalités du terrain. Et elle reproduit les réflexes paternalistes qui ont caractérisé sa relation avec l’Afrique depuis les indépendances.
En août 2014, l’opération Servale est transformée et élargie pour devenir l’opération Barkan. Cinq pays couverts le Mali, le Burkina Faso, le Niger, la Mauritanie et le Tchad. 5200 militaires français déployés simultanément. Un budget annuel d’un milliard d’euros. Une ambition officiellement présentée comme la construction d’une architecture de sécurité saélienne durable.
Pendant tout ce temps, que fait l’Algérie ? Elle observe, elle refuse systématiquement de participer à Barkan, elle refuse de fournir des bases. Elle refuse d’autoriser les survols militaires français de son territoire. Elle refuse tout accord opérationnel avec Paris sur le Sahel. Elle applique sa doctrine constitutionnelle avec une cohérence absolue.
Aucune intervention militaire en dehors de son territoire, aucune base étrangère sur son sol. Non ingér absolue dans les affaires intérieures des États souverains. À Paris, certains interprètent ce refus comme de la frilosité algérienne, comme une incapacité à assumer des responsabilités régionales, comme un manque de courage stratégique, un aveuglement colossal.
Les Algériens ne refusent pas par faiblesse, ils refusent parce qu’ils ont une lecture du Sahel que les Français n’ont pas. Ils savent que l’interventionnisme militaire sans légitimité locale finit toujours par produire son propre rejet. Ils attendent patiemment, méthodiquement, en construisant les relations bilatérales qui leur permettront d’agir le moment venu selon leur propre terme.
Ce moment arrive entre 2020 et 1 et 2023. Trois coups d’état, trois ruptures avec Paris. Le Mali en août 2020 confirmé en mai 2021, le Burkina Faso en janvier puis en septembre 2022, le Niger en juillet 2023. En septembre 2023, les trois pays signent la charte de Liptaco Gourma et fondent l’alliance des États du Sahel, un bloc politique et militaire en rupture totale avec Paris et avec la CDAO.
Le vide laissé par la France est immense et l’Algérie est la mieux placée pour le combler. Ce qui est remarquable dans la façon dont l’Algérie a agi depuis le départ des Français, c’est la cohérence et la discrétion de sa démarche. Pas de conférence de presse triomphantes, pas de déploiement militaire spectaculaire, pas de déclaration tonruante sur le leadership algérien en Afrique.
Une succession d’actions concrètes négociées bilatéralement. qui construisent progressivement une architecture d’influence durable. Premier mouvement algérien. Dans les semaines qui suivent le coup d’état au Niger, Alger reçoit discrètement des émissaires des nouveaux dirigeants militaires saéliens, des visites non officielles, aucun communiqué public, aucune photo, des avions qui atterrissent la nuit et repartent quelques jours plus tard.
Alger écoute, Alger évalue. Alger ne juge pas. 2e mouvement algérien. En janvier 2024, le président Teboun reçoit à Alger le président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie nigérien pour sa première visite d’État étrangère depuis le coup un geste diplomatique majeur.
Quand un pays reçoit en visite officielle le dirigeant d’un état que la quasi-totalité de la communauté internationale refuse de reconnaître, ce pays envoie un message qui ne peut pas être mal interprété. L’Algérie dit “Nous ne vous abandonnons pas. Nous vous traitons en souverain. Nous respectons votre droit à choisir votre propre voix.
” Cette visite se conclut par un accord cadre de coopération sécuritaire et énergétique dont deux clauses mérite une attention particulière. L’Algérie s’engage à fournir du carburant au Niger à des prix préférentiels pendant toute la période de sanction imposée par la CDAO et le Niger s’engage en retour à autoriser le transit du futur gazoduc transsaharien sur son territoire à des conditions financières concessives.
Un accord gagnant gagnant qui soude une alliance économique solide entre les deux pays. 3è mouvement algérien. En avril 2024, Teboun reçoit le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la gente burkinabè, signature d’un accord de coopération militaire incluant la formation d’officiers burkinabé dans les académies militaires algériennes, la livraison de matériel militaire léger et une aide à la reconstruction de l’Académie militaire nationale burkinabèise partiellement détruite lors d’une attaque terroriste.
L’Algérie n’exige pas grand-chose en retour si ce n’est le soutien des positions algériennes dans les instances africaines, notamment sur certains dossiers géopolitique sensible. Ce qui frappe dans ces trois mouvements, c’est leur logique commune. L’Algérie ne cherche pas à reproduire le modèle français.
Elle ne cherche pas à installer des bases militaires. Elle ne cherche pas à imposer des conditions politiques humiliantes. Elle offre ce dont les pays saéliens ont besoin dans leur situation actuelle. Du carburant, des équipements, de la formation, de la reconnaissance diplomatique. Et elle construit en échange une architecture d’influence fondée sur la réciprocité et le respect mutuel.
Mettons de côté les déclarations d’intention et regardons les résultats concrets parce que la diplomatie algérienne au Sahel ne se mesure pas uniquement en communiqué officiel, elle se mesure en fait documenté et vérifiable. Premier fait, depuis le départ des troupes françaises du Sahel, aucun groupe djihadiste majeur n’a réussi à s’établir durablement dans la bande frontalière algérienne au Mali.
Cette zone d’environ 450 km de profondeur est systématiquement surveillé par des drones de surveillance et des patrouilles de force spéciales algériennes. Le résultat est saisissant. Le nombre d’attaques djihadistes transfrontalières dirigées vers le territoire algérien est tombé de 37 incidents recensés en 2022 à seulement 4 en 2025. une baisse de 429 % en 3 ans.
Ce n’est pas un hasard, ce n’est pas une coïncidence, c’est le résultat d’une stratégie sécuritaire cohérente et opérationnellement efficace. Deuxème fait, l’Algérie est devenue depuis 2024 le premier partenaire commercial des trois pays membres de l’Alliance des États du Sahel. Les exportations algériennes cumulées vers le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont atteint de 8 milliards de dollars en 2025 contre 800 millions de dollars en 2022.
une multiplication par 3 et demi en seulement 3 ans, des produits pétroliers, du blé, des matériaux de construction, des équipements électriques, des échanges économiques réels qui créent des interdépendances concrètes entre les économies algériennes et saéliennes. 3è fait, la formation des officiers saéliens dans les écoles militaires algériennes s’accélère de manière spectaculaire.
En 2022, environ 75 officiers maliens, burkinabé et nigériens étaient formés chaque année dans les académies de Cherchel et Blida. En 2025, ce chiffre a atteint 300 officiers, une multiplication par quatre en 3 ans. L’objectif annoncé pour 2030 est de former la moitié du corps d’officier des trois armées saéliennes dans les institutions militaires algériennes.
Ce n’est pas un simple échange académique, c’est la construction d’une influence doctrinale et culturelle à long terme qui façonnera les choix stratégiques de ces armées pour des décennies. fait, en mars 2026, l’Algérie a ouvert son premier consulat à Kidal dans le nord du Mali. Kidal, rappelons-le, est la capitale traditionnelle des Toirg Mali, une ville qui a été le théâtre de conflits violent et dont le statut politique reste un sujet extrêmement sensible.
Ouvrir un consulat dans cette ville, c’est envoyer un signal politique fort. C’est affirmer publiquement la préoccupation algérienne pour les populations locales et son rôle implicite de protecteur de la minorité tout à de part et d’autres de la frontière. Ce geste a été critiqué par Bamco mais toléré du bout des lèvres parce que le Mali ne peut pas se permettre une nouvelle crise ouverte avec Alger.
5e fait, le plus stratégiquement significatif, l’Algérie a signé début 2026 un protocole tripartite avec la Mauritanie et les trois pays de l’Alliance des États du Sahel pour la création d’une force mixte antiterroriste saha-saélienne. Une force de 6000 hommes dont 2000 fournis par l’Algérie, 2000 par les trois pays de l’alliance et 2000 par la Mauritanie.
Une force financée à 50 % par Alger avec un mandat clair et délibérément limité. Sécurisation des axes commerciaux et lutte contre les groupes armés transfrontaliers sans intervention dans les affaires intérieures des pays membres. Ce modèle de coopération multilatérale est inédit dans l’histoire sécuritaire de la région.
Il remplace de facto ce que l’opération Barcane avec ses 5200 militaires français et son milliard d’euros annuel n’a jamais réussi à construire en disant d’intervention. Partie 5, les tensions. La réalité que personne ne veut dire mais un récit sérieux et honnête sur la stratégie algérienne au Sahel ne peut pas ignorer les tensions.
Elles existent, elles sont réelles. Les minimiser serait naïfs et malhonnêtes envers notre audience. La première tension et la plus importante concerne le dossier Tout à règle du nord du Mali. En 2023, la jeunte malienne avec l’appui des mercenaires d’Afrique Corp, successeur officiel du groupe Wagner, a repris militairement la ville de Kidal.
Des combats violents qui ont fait plusieurs centaines de morts dont de nombreux civils tout à parmi lesquels des membres de tribu qui partagent des liens de sang avec des familles algériennes du côté algérien de la frontière. L’Algérie a réagi avec une fermeté inhabituelle pour un pays qui pratique généralement la discrétion diplomatique.
Elle a dénoncé publiquement l’offensive militaire contre les populations civiles du Normaliie. Bamaco a répliqué en rappelant son ambassadeur à Alger en décembre 2023 une crise diplomatique majeure qui a conduit à la dénonciation officielle par le Mali de l’accord de pédalger de 2015 en janvier. 2024, les deux pays ont failli rompre complètement leurs relations diplomatiques.
Une médiation discrète impliquant plusieurs acteurs régionaux a finalement permis de sauver les apparences au printemps 2024. Les relations ont été restaurées à un niveau minimal en juin 2024, mais la confiance est sérieusement ébranlée et sur le dossier Tout àÈ précisément, Alger reste officiellement préoccupé par la situation des populations civiles du Normali.
Le chef d’état-major algérien a déclaré publiquement en septembre 2024 que la stabilité du Sahel passe par la protection de toutes les populations sans exception. une formule diplomatique soigneusement choisie dont la lecture est limpide pour quiconque suit ce dossier. La deuxième tension concerne le rôle des mercenaires russes d’Afrique à Corp au Sahel.
L’Algérie a toujours observé d’un œil méfiant la présence de ses forces au Mali et au Burkina Faso, non pas par hostilité envers Moscou avec lequel Alger entretient des relations excellentes sur les dossiers énergétiques et militaires, mais parce que les méthodes des mercenaires russes, les exécutions sommaire documentées, la brutalité envers les civils, le comportement mafieux dans les zones où ils opèrent sont aux antipodes de la doctrine algérienne de coopération militaire basée sur le respect des populations et et la légitimité des
institutions. En juillet 2024, lors d’une embuscade tendue à Tinzawatin dans le nord du Mali, 54 mercenaires russes ont été tués par des combattants tout à règle du mouvement pour le salut de la Zawad. La presse prorusse a immédiatement accusé l’Algérie d’avoir fourni du renseignement aux combattants qui ont conduit cette opération.
Accusation officiellement démenc par Alger, mais un démenti qui n’a pas cherché à éliminer toute ambiguïté. Ce flou apparent autour du déni algérien est probablement délibéré. Un message envoyé à Moscou. Ne débordez pas sur ce que nous considérons comme notre arrière-cour sécuritaire naturel. Nous avons nos propres règles et nos propres priorités.
La troisième tension est de nature commerciale. Elle concerne les droits de transit que le Niger a tenté d’augmenter unilatéralement sur les marchandises empruntant le corridor routier algérien vers l’Afrique sub-saharienne. Niamé souhaite maximiser ses recettes du futur corridor commercial. Alger considère les tarifs proposés comme excessifs et potentiellement pénalisants pour le projet d’intégration économique régionale qui est au cœur de la stratégie algérienne.
Des négociations bilatérales sont en cours depuis plusieurs mois. Selon des sources proches de la diplomatie algérienne, Alger aurait fait savoir à Niamé de manière directe qu’un partenaire stratégique ne se comporte pas comme un simple opérateur de péage sur un axe commercial commun. Partie 6, la comparaison.
Pourquoi l’Algérie réussit là où la France a échoué ? Cette comparaison est cruciale, pas pour humilier la France, mais pour comprendre pourquoi deux approches de la sécurité sahélienne ont produit des résultats diamétralement opposés. L’approche française de 2013 à 2023 reposait sur un interventionnisme unilatéral assumé des bases militaires permanentes sur des territoires étrangers des choix d’alliés locaux en fonction des intérêts français plutôt qu’en fonction des réalités de terrain.
Une absence de partage réelle du renseignement avec les armées partenaires. Un paternalisme diplomatique qui traitait les dirigeants africains comme des interlocuteurs de second rang. et une incapacité chronique à comprendre les dynamiques politiques locales. Résultat de 10 ans d’opération Barcane, 1 milliard d’euros dépensés chaque année, 53 soldats français morts, des milliers de civils saéliens tués dans une insécurité qui n’a fait qu’augmenter pendant toute la période de présence française.
Trois coups d’état dans les pays où la France avait le plus fortement ancré sa présence. et un retrait final qui ressemble à une fuite. L’approche algérienne depuis le même période repose sur des principes exactement opposés. Non interventionnisme militaire absolu respecté scrupuleusement. Aucune base algérienne sur un territoire étranger.
Une coopération bilatérale négociée au cas par cas selon les besoins et les priorités de chaque pays partenaire. un partage du renseignement conditionnel et réciproque, un respect formel et sincère de la souveraineté des États-partenaires et une patience stratégique qui préfère les résultats durables au succès médiatique immédiat. Résultat : baisse de 89 % des attaques transfrontalières djihadistes.
Multiplication par 3 et demi des échanges commerciaux. Quadruplement de la formation militaire des officiers saéliens. Ouverture d’un consulat dans la ville la plus sensible du Sahel et création d’une force de sécurité multilatérale qui remplace que 10 ans d’intervention française n’ont pas réussi à construire.
La différence entre ces deux approches n’est pas une question de moyens financiers ou militaire, elle est une question de philosophie. Les peuples africains n’acceptent plus les puissances qui les traitent comme des mineurs incapables de gérer leurs propres affaires. Ils n’acceptent plus les tutelles militaires habillées en coopération.
Il n’accepte plus les accords qui servent d’abord les intérêts du partenaire le plus fort. Ils acceptent en revanche les partenaires qui les traitent comme des souverains égaux, qui respectent leur droit à choisir leur propre voix et qui offrent une coopération réelle plutôt qu’une domination déguisée.
L’Algérie a compris ça dès les années 60 à partir de sa propre expérience coloniale. Elle n’a jamais oublié ce que signifie vivre sous une puissance qui prétend vous aider tout en vous contrôlant. Et cette mémoire historique est précisément ce qui lui donne aujourd’hui une légitimité que la France n’a jamais pu acquérir malgré toutes ses ressources.
Le succès algérien au Sahel est réel mais il n’est pas acquis définitivement. Plusieurs défis sérieux menacent de compliquer ou de remettre en cause les progrès accomplis. Le premier défi est la gestion de la relation avec la Russie. Moscou conserve une présence militaire significative au Mali et au Burkina Faso via Africors.
Les relations entre Alger et Moscou sont globalement excellentes sur les dossiers énergétiques et sur les équipements militaires. Mais au Sahel, il existe une compétition d’influence discrète mais réelle. L’Algérie préfère les accords institutionnels avec les États fondés sur une coopération à long terme.
Moscou préfère les contrats directs avec les juntes militaires moins stables mais plus rentables à court terme. Moscou préfère les contrats directs avec les juntes militaires moins stables mais plus rentables à court terme. Ces deux logiques ne sont pas fondamentalement incompatibles mais elles créent des frictions que la diplomatie algérienne doit gérer avec soin.
Le deuxième défi concerne l’avenir politique des juntes militaires elles-mêmes. Les régimes actuels au Mali, au Burkina Faso et au Niger ne sont pas éternels. Leurs dirigeants font face à des contestations internes, croissantes. Une transition politique dans l’un de ces pays pourrait remettre en cause les accords bilatéraux signés avec Alger et nécessiter un réinvestissement diplomatique coûteux.
L’Algérie doit à long terme construire des relations non seulement avec les pouvoirs en place mais avec les sociétés civiles, les milieux académiques, les mouvements politiques saéliens. Un travail de longue haleine qui est en cours mais qui demande du temps. Le troisème défi est le plus délicat politiquement.
La question toeg reste une ligne de fracture potentiellement explosive entre Alger et Bamaco. L’Algérie ne peut pas soutenir ouvertement les revendications d’autonomie ou d’indépendance des taux à règles du Nord Mali sans entrer en conflit direct avec le gouvernement malien. Mais elle ne peut pas non plus abandonner des populations avec lesquelles elle partage des liens ethniques, culturels et historiques profonds sans trahir quelque chose d’essentiel dans sa propre identité nationale.
La diplomatie algérienne marche sur une corde raide et chaque faux pas dans ce dossier pourrait avoir des conséquences très sérieuses. Le 4è défi est l’émergence de nouveaux acteurs au Sahel dont l’Algérie n’avait pas à gérer la présence il y a encore 5 ans. Les Émirats arabes unis investissent massivement dans la région depuis 2024, notamment via leur fonds souverains et leur partenariat avec certaines forces militaires locales.
La relation algéro Mirati est globalement bonne, mais sur certains dossiers saéliens, les intérêts divergent suffisamment pour créer des frictions que la diplomatie algérienne devra gérer avec finesse. Nous arrivons à la question centrale, celle qui déterminera la place de l’Algérie dans le Sahel et dans l’Afrique du 21e siècle.
Que doit faire l’Algérie au Sahel dans les 10 prochaines années ? Plusieurs visions s’affrontent aujourd’hui dans les cercles diplomatiques et académiques algériens. Certains défendent la continuité de la politique actuelle qui a fait ses preuves la coopération bilatérale discrète, le non interventionnisme, le commerce croissant, la formation militaire.
Une approche qui avance sans faire de bruit et qui produit des résultats mesurables. L’argument est que cette politique a déjà démontré sa supériorité sur le modèle français et qu’il n’y a aucune raison de la changer pour satisfaire un désir de visibilité internationale. D’autres plaidentes pour un passage un leadership régional plus explicite et assumé.
L’Algérie devrait selon eux proposer formellement une organisation régionale de sécurité incluant Alger, les pays de l’Alliance des États du Sahel, la Mauritanie et le Tchad. un cadre multilatéral qui institutionnaliserait le rôle algérien et le rendrait moins dépendant des relation personnelles entre dirigeants. D’autres encore proposent la vision la plus ambitieuse.
Construire un véritable bloc géopolitique nord-africain intégrant l’Algérie, la Libye, la Tunisie et la Mauritanie. un ensemble cohérent capable de peser collectivement sur les grands équilibres méditerranéens et africains. Une vision panafricaniste réactualisée qui donnerait à l’Algérie le rôle historique que les pères fondateurs de l’indépendance avaient envisagé pour elle.
Et enfin, une vision plus prudente et peut être plus lucide, plaide pour que l’Algérie accepte les limites de ce qu’elle peut porter seule. se concentrer sur la sécurité de ses propres frontières, sur la protection des routes commerciales qui lui sont directement utiles et laisser chaque pays Saelli gérer lui-même son destin en étant disponible comme partenaire plutôt qu’en cherchant à s’imposer comme leader.
Ce débat n’est pas résolu, il est tout vert et c’est pour ça qu’il est important de le poser clairement. Mes frères, mes sœurs, voici ce que nous savons avec certitude. Depuis le départ des troupes françaises du Sahel en 2023, l’Algérie est devenue discrètement l’acteur le plus important de la région. Pas Wagner, pas la Chine, pas Washington, Alger.
Cette influence repose sur trois piliers solides. Une diplomatie bilatérale qui respecte la souveraineté de ses partenaires. Une coopération économique massive qui crée des interdépendances concrètes et une formation militaire qui construit une influence doctrinale à long terme. L’Algérie avance silencieusement, méthodiquement, souverainement et c’est sur Algérie puissance que vous l’apprendrez en premier.
Abonnez-vous, partagez cette vidéo et dites-nous en commentaire quelle vision vous souhaitez pour l’Algérie au Sahel dans les 10 prochaines années. Ce débat vous appartient. À très bientôt.