“La trompette” “La flûte” “Les cymbales” : En larmes, Coline Berry révèle une série de vérités glaçantes sur son père.

L’orchestre du silence : Quand le traumatisme devient une mélodie macabre
C’est une déflagration qui a figé le Tout-Paris. Le nom de Berry, synonyme de talent et de charisme sur les planches et les écrans, est désormais associé à une affaire qui soulève le cœur et glace le sang. Lorsque Coline Berry-Rojtman a pris la parole, ce n’était pas pour interpréter un rôle, mais pour arracher le masque d’une idole. Son récit, haché par les sanglots, nous plonge dans l’intimité d’un foyer où l’horreur se déguisait en divertissement. « Ce n’était pas un jeu », insiste-t-elle. Une précision nécessaire, car le propre de l’inceste est de travestir le crime en secret partagé, en rituel ludique.
L’histoire commence dans les années 1980, une décennie de liberté apparente qui, pour la petite Coline alors âgée de dix ans, est devenue une prison sans barreaux. Le décor ? L’appartement parisien que Richard Berry partageait avec sa compagne d’alors, la chanteuse Jeane Manson. C’est là, entre deux répétitions ou après les projecteurs, que se serait joué ce qu’elle nomme « les jeux de l’orchestre ». Le vocabulaire utilisé est d’une perversité rare : le sexe du père était la « trompette » ou la « flûte », et les parties intimes de la belle-mère, les « cymbales ». Ce détournement sémantique n’est pas un simple détail ; c’est le mécanisme même de l’abus. En nommant l’innommable par des mots de l’enfance, l’agresseur neutralise la résistance de la victime. Pour l’enfant, on ne lui fait pas de mal, on l’intègre à une symphonie.

Pourtant, la musique était dissonante. Coline décrit avec une force dévastatrice le dégoût, cette nausée qui ne l’a jamais quittée quarante ans plus tard. Elle évoque les attouchements, les actes imposés, la sensation de n’être qu’un instrument parmi d’autres dans cette mise en scène orchestrée par ceux censés la protéger. Ce qui frappe dans son témoignage, au-delà de la violence des faits, c’est la solitude absolue de l’enfant. Dans cet environnement où le narcissisme des adultes occupait tout l’espace, il n’y avait pas de place pour ses larmes. La parole de Coline, aujourd’hui adulte et psychothérapeute, est celle d’une survivante qui a dû reconstruire chaque brique de son identité sur un terrain miné.
La réaction de Richard Berry a été immédiate et cinglante : un démenti catégorique, une indignation de patriarche offensé. Il crie à la calomnie, à la vengeance d’une fille jalouse. Mais le public français, sensibilisé par le mouvement #MeTooInceste, écoute désormais d’une oreille différente. Les larmes de Coline ne sont pas perçues comme une mise en scène, mais comme l’exhumation d’une douleur trop longtemps enfouie. Son combat ne se limite pas aux murs de sa propre famille ; il symbolise la fin de l’impunité pour ces « monstres sacrés » que le talent semblait protéger de toute enquête morale.
L’affaire a également mis en lumière la passivité, voire la complicité silencieuse de l’entourage. Jeane Manson, citée dans le récit, a nié avec la dernière énergie, allant jusqu’à poursuivre sa belle-fille en diffamation. Mais la justice, bien que contrainte par la prescription des faits pour les crimes eux-mêmes, a fini par relaxer Coline. Cette victoire juridique est un séisme symbolique. Elle signifie que, même si le temps empêche parfois la prison, il ne peut plus empêcher la vérité. Le tribunal de l’opinion publique, lui, a déjà rendu son verdict émotionnel : on ne peut plus regarder un film de Richard Berry sans entendre, en fond sonore, le cri étouffé de cette petite fille à qui l’on a volé son enfance sous prétexte de musique.

Le traumatisme de Coline est transgénérationnel. Elle évoque sa mère, Catherine Hiegel, victime elle aussi de violences alors qu’elle portait Coline. Ce cercle vicieux de la violence, de la domination masculine et du mépris des corps fragiles est ce que Coline tente aujourd’hui de briser. En parlant de “la trompette” et “la flûte”, elle transforme ces instruments de torture psychologique en outils de libération. Elle ne permet plus à son agresseur de nommer la réalité. C’est elle qui reprend la baguette de chef d’orchestre, non plus pour diriger une mascarade, mais pour sonner l’alarme.
Le peuple français, profondément attaché aux valeurs de la famille mais aussi prompt à protéger ses icônes, est aujourd’hui face à un miroir déformant. Comment avons-nous pu ne rien voir ? Comment le système a-t-il pu laisser une enfant de dix ans subir de tels outrages sans que personne n’intervienne ? Le courage de Coline Berry réside dans cette capacité à nous forcer à regarder l’abîme. Ce n’est plus une affaire privée, c’est une affaire d’État, une affaire de société.
Alors que les larmes coulent sur son visage lors de chaque interview, on comprend que Coline ne cherche pas la vengeance, mais la reconnaissance. Elle veut que le monde sache que dans cet orchestre maudit, elle était la seule à jouer une partition de vérité. Aujourd’hui, le silence est rompu, et le son de sa voix est bien plus puissant que n’importe quelle trompette. C’est le son de la justice qui s’éveille, enfin.