Stade de Douera : Le complot secret du secrétaire de Tebboune révélé !

L’illusion d’un procès pour corruption : Les dysfonctionnements du Stade de Douera
Au mois de février 2026, les portes du tribunal de Sidi M’hamed à Alger se sont ouvertes sur l’un des feuilletons judiciaires les plus médiatisés de l’année : l’affaire du stade Ali la Pointe de Douera. Présentée par les autorités et la justice algérienne comme une opération d’assainissement d’envergure contre la délinquance financière, l’enquête officielle a dressé un catalogue impressionnant d’irrégularités et de dysfonctionnements administratifs.
Les révélations du pôle pénal spécialisé dans les affaires économiques et financières ont d’abord stupéfié l’opinion publique. Ce joyau architectural, destiné au club du Mouloudia d’Alger et ayant coûté la somme astronomique de plus de 100 millions d’euros (soit environ 110 millions de dollars), aurait été bâti et inauguré sans le moindre permis de construire réglementaire. Les investigations ont également mis en lumière une gestion chaotique des études de faisabilité. Deux cabinets d’expertise étrangers, l’un français et l’autre italien, avaient été sollicités à grands frais par l’État algérien. Pourtant, leurs recommandations techniques n’ont jamais été suivies à la lettre, donnant lieu à de graves infractions à la réglementation des changes et à des litiges financiers majeurs.
Plus surprenant encore, l’implantation géographique même de l’infrastructure a fait l’objet d’un virement radical. Initialement prévu pour être érigé sur une assiette foncière située dans la commune de Khraicia, le projet a été délocalisé à la dernière minute vers Douera par une décision unilatérale. Ce changement de cap a entraîné une explosion du budget initial de plus de 100 %. En 2021, alors que le président Abdelmadjid Tebboune était déjà au pouvoir, la finalisation des derniers 15 % des travaux restants a englouti à elle seule près de 80 % des enveloppes budgétaires globales déjà engagées par l’État.
Entre les retards cumulés s’étalant sur quatorze ans de chantier, l’attribution opaque des marchés à l’entreprise chinoise Zhang Construction Investment Group, l’emploi de travailleurs étrangers non déclarés et la falsification de documents officiels, le dossier technique s’est transformé en un véritable réquisitoire contre la gestion publique.
Le verdict de Sidi M’hamed et le sacrifice de l’ancien Wali d’Alger
Pourtant, au cours des audiences, un phénomène saillant a frappé les observateurs : l’ensemble des prévenus, qu’il s’agisse des cadres du ministère de l’Habitat, de ceux de la Jeunesse et des Sports ou des fonctionnaires de la wilaya d’Alger, ont plaidé non coupables. Tous ont rejeté la responsabilité des dérives sur les « ordres venus d’en haut » et sur des contraintes extérieures insurmontables. Pour la défense et les accusés présents à la barre, un seul homme détenait les clés des secrets de ce fiasco : l’ancien Wali d’Alger, Mohamed Kebir Addou.
Absent lors du procès et n’ayant pas répondu aux convocations de la justice, Mohamed Kebir Addou a été condamné par contumace, le 8 avril 2026, à une peine lourde de 10 ans de prison ferme, assortie d’un mandat d’arrêt international. L’appareil judiciaire l’a désigné comme le responsable absolu du gâchis financier de Douera, retenant contre lui les chefs d’inculpation d’octroi d’avantages indus, de délapidation de deniers publics, d’abus de fonction et de violation de la réglementation des marchés.
Pourtant, un examen attentif du verdict final révèle une contradiction fondamentale avec la rhétorique officielle de la lutte anticorruption. En droit financier, la corruption implique nécessairement l’existence d’un enrichissement personnel illicite ou la perception de pots-de-vin et de rétrocommissions. Or, dans le cas de Mohamed Kebir Addou, aucune preuve matérielle d’enrichissement personnel n’a été apportée par l’accusation. Ancien Wali de Tiaret entre 2000 et 2004, puis figure respectée de l’administration territoriale à Alger jusqu’en 2013, cet homme possède une longue carrière au service de l’État sans qu’aucun soupçon de patrimoine occulte ou financier à l’étranger n’ait jamais été validé. Comment un grand projet décidé en Conseil des ministres sous l’ère d’Abdelaziz Bouteflika a-t-il pu être imputé à la seule responsabilité pénale d’un wali, treize ans après son départ de ses fonctions ?
Les vérités cachées du dossier : L’impératif sécuritaire de l’armée
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Les investigations journalistiques approfondies menées sur les origines de l’affaire dévoilent une réalité totalement occultée par le tribunal de Sidi M’hamed. Au tout début de l’instruction, le nom de Mohamed Kebir Addou ne figurait même pas dans le dossier judiciaire. L’enquête se concentrait légitimement sur les surcoûts et la gestion des ministères sectoriels et du maître d’œuvre chinois. Dans le système politique algérien, un Wali, bien que dépositaire de l’autorité de l’État dans sa circonscription, ne possède aucunement le pouvoir politique ou pénal de modifier unilatéralement un projet d’infrastructure présidentiel d’une telle envergure.
Le transfert du site de Khraicia vers Douera n’a jamais été une initiative personnelle du Wali d’Alger. Ce choix stratégique a été imposé directement par le ministère de la Défense Nationale, par le biais d’une commission d’enquête de la Gendarmerie Nationale. Les services de sécurité de l’armée avaient émis un rapport officiel strict, exigeant l’arrêt immédiat des travaux à Khraicia en raison de la proximité d’infrastructures militaires hautement sensibles. Un stade de football moderne attire des dizaines de milliers de supporters, une frange de la population parfois marquée par des débordements et une forte politisation. Pour prévenir tout risque d’insécurité et d’interférences de masse près de zones stratégiques, l’armée a exigé la délocalisation.
Cette décision, validée à l’unanimité par une commission multidisciplinaire gouvernementale, expliquait à elle seule l’obligation pour l’entreprise chinoise de réadapter les études techniques initiales des bureaux d’études français et italiens au nouveau sol de Douera, justifiant ainsi la hausse inévitable des coûts d’ingénierie. Une vérité technique élémentaire que les juges ont délibérément choisi d’ignorer pour construire la culpabilité exclusive de l’ancien Wali.
L’ombre d’Amirouche Hamadèche : Une rancune tenace au cœur du pouvoir
Si les faits techniques disculpent la responsabilité unique du Wali, comment expliquer l’introduction soudaine et tardive de son nom dans la procédure pénale ? La genèse de cette manipulation remonte à des interventions politiques directes venues du sommet de l’État. Des informations ciblées ont été transmises à une journaliste basée à Alger par un conseiller du palais présidentiel d’El Mouradia, forçant la main aux magistrats pour modifier l’acte d’accusation.
Au cœur de cette manœuvre se trouve un homme aujourd’hui devenu extrêmement puissant dans l’entourage du président Tebboune : Amirouche Hamadèche, le secrétaire particulier du chef de l’État. L’histoire entre les deux hommes remonte aux années 2000. À l’époque où Mohamed Kebir Addou dirigeait la wilaya d’Alger, Amirouche Hamadèche n’était qu’un modeste employé affecté aux fonctions rudimentaires du service du protocole. En Algérie, ces tâches se résument bien souvent à la gestion de la vie privée des dirigeants, à l’organisation des collations et à la logistique domestique.
Durant cette période, le Wali Mohamed Kebir Addou avait officiellement sanctionné et dégradé Amirouche Hamadèche pour de graves manquements administratifs, des fautes professionnelles et des comportements jugés inappropriés dans l’exercice de ses fonctions. Blessé dans son amour-propre, le jeune fonctionnaire avait alors sollicité l’intervention d’une figure emblématique des services secrets de l’époque, le général Mohamed Mediène, dit « Toufik », ou encore de Mohamed Jabar, puissant patron de la Direction centrale de la sécurité de l’armée (DCSA) pendant la décennie noire. Devant l’insistance de Mohamed Jabar, le Wali Addou avait accepté de réintégrer le fonctionnaire sanctionné, mais à une condition stricte : son transfert immédiat loin de la wilaya d’Alger, vers une daïra périphérique à Chéraga, refusant catégoriquement de retravailler avec lui.
L’instrumentalisation des institutions et la terreur des Walis
Treize ans plus tard, les rôles se sont inversés. Le modeste agent du protocole de l’ère Bouteflika est devenu le tout-puissant secrétaire particulier d’Abdelmadjid Tebboune, accumulant une influence politique et des prérogatives considérables. Cultivant une rancune intacte et violente contre son ancien supérieur, Amirouche Hamadèche a profité de l’enquête technique sur le stade de Douera pour exercer des pressions directes sur l’appareil judiciaire algérien. En instrumentalisant les canaux médiatiques et en orientant les magistrats de Sidi M’hamed, il a transformé un dossier de mauvaise gestion bureaucratique en une machine de guerre destinée à briser moralement et socialement Mohamed Kebir Addou.
Cette affaire dépasse largement le cadre d’un simple litige sur des marchés publics. Elle met en lumière les dérives d’un système où des querelles personnelles et des vengeances privées peuvent dicter les verdicts de la plus haute instance judiciaire du pays. Au-delà du destin brisé de l’ancien Wali d’Alger, ce procès a envoyé une onde de choc et un vent de panique sans précédent au sein de l’ensemble du corps des Walis en exercice en Algérie.
Aujourd’hui, face à la jurisprudence dramatique de Douera, la haute administration territoriale est frappée de paralysie. Chaque Wali est désormais conscient qu’une signature ou qu’une décision prise dans le cadre de ses fonctions, même sous les ordres directs du gouvernement ou pour des motifs de sécurité nationale, peut se retourner contre lui une décennie plus tard, au gré des ascensions politiques de subalternes autrefois sanctionnés. L’affaire du stade de Douera ne restera pas dans l’histoire comme le symbole de la fin de l’impunité financière, mais bien comme l’illustration d’une justice instrumentalisée au service des règlements de comptes de l’ombre.