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Le Sang de la Terre : Ses enfants mouraient un à un… comme s’ils avaient été effacés de la réalité par une main invisible

Le Sang de la Terre : Ses enfants mouraient un à un… comme s’ils avaient été effacés de la réalité par une main invisible

Ses enfants mourraient un à un comme frappés par un sort. Les histoires de Flaudive. Dans la cour d’une concession silencieuse, Sira jeune mère s’affirait à allumer un petit feu pour préparer le déjeuner. Ses deux garçons, Laziie et Ghana, rient et se poursuivaient. Mais soudain, un silence étrange tomba. L’Asie, l’aîné, s’arrêta net.

 Ses yeux s’écarquillèrent, se révulsèrent et dans un frisson collectif, le village tout entier le vit ce à courir à reculon. Oui, à recul comme si une main invisible le tirait loin de sa mère. Ses pieds frappaient le sol dans une danse effrainée et incompréhensible. Les cris de Sira déchirèrent l’air. Lazie, mon fils, arrête, attrapez-le, je vous en prie.

Le soir tombait sur le village quand Sono fit son retour. Après des années passées à étudier dans la grande ville, il revenait seul sur la terre de ses parents, décédé peu avant la fin de ses études. Son visage, marqué par les épreuves urbaines, portait la détermination de ceux qui croient pouvoir changer leur destin.

 Même les enfants cessèrent leur jeux pour observer cet homme que la ville avait avalé puis recracher. “Tu es revenu pour mourir ici ?” lança le vieux DHBO adossé à sa canne, les yeux plissés sur Son. “Non”, répondit-il d’un ton plus assuré qu’il ne se sentait. “Je suis revenu pour bâtir.” Son reprit sa marche. Arrivé devant la case de ses parents, il poussa la porte grinçante.

 Un nuage de poussière s’éleva comme un souffle du passé. Chaque nuit, il s’endormait en repensant à ses parents, travaillant ces mêmes champs. La journée, il défrichait, plantaiit, traçait de nouvelles parcelles, convaincu qu’il réussirait à transformer cette terre dure en domaine florissant. Pourtant, les regards sceptiques pesaient sur lui.

 Pourquoi un homme instruit qui avait goûté aux lumières de la ville reviendrait-il à la vie d’agriculteur ? Quelques mois plus tard, il rencontra Sira, une orpheline du village, ilétrée et discrète, qui avait perdu ses parents dans un incendie tragique à l’âge de 12 ans. Leur union, célébrée sous les regards intrigués et les champs lia deux solitudes dans un village qui murmurait déjà.

 Ensemble, Sono et Sira transformèrent chaque levée de soleil en promesse de prospérité. Dès l’aube, on les voyait côte à côte dans les champs. Sira, malgré son absence d’instruction, connaissait chaque secret de la terre, comment la retourner pour qu’elle respire. De son côté, Sono utilisait son savoir-acquis en ville.

 Il gérait les finances, négociaient les contrats, écrivaient aux coopératives. Grâce à ce mélange unique de traditions paysanes et de rigueur intellectuelle, ils réussirent à créer le plus grand champ de cacao du village, un domaine dont la rumeur franchit bientôt les limites de la région. Il durent attendre plus de quatre longues années avant de voir apparaître les premières cabosses prêtes à être récoltées.

 Pendant ce temps, ils entretenaient les jeunes plans avec patience malgré les intempéries et les regards sceptiques. Mais quand la première récolte arriva, elle balaya tous les doutes. Les récoltes furent si abondantes que des camions vinrent régulièrement charger des sacs de cacao jusqu’au portail de leur concession.

 Les deux garçons, Lazie et Ghana, nés de cette union, grandissaient entre les rires et les senteurs sucrées des cabosses fendu. La maison familiale, d’abord simple case en terre, s’était peu à peu agrandie, transformé et protégé par une clôture solide. 8 années durant, ils vécurent dans le travail et la paix, unis par leur amour et la réussite de leur culture.

 Mais dans les villages, la prospérité attire autant la jalousie que l’admiration. Un jour, le soleil s’était levé voilé ce matin-là et dans la brume, une silhouette féminine descendait lentement la piste menante à la place du marché. Elle s’appelait Abena. Elle n’était pas originaire du village, elle venait d’un village voisin.

 Elle avait un peu fréquenté l’école et savait écrire son nom, aligner correctement quelques phrases et cela suffisait pour impressionner ceux qui ne savaient ni lire ni signer. Le premier à la remarquer fut Somba, le vieux marchand. Ses yeux la suivirent alors qu’elle s’approchait de l’étal de légumes. “Tu viens d’où ?” demanda-t-il la voix prudente.

 Abena esquissa un sourire, balayant ses vêtements de poussière. “Je cherche un endroit où recommencer ma vie”, répondit-elle d’une voix douce mais assurée. Un après-midi, Sono se trouvait dans son champ quand il aperçut pour la première fois à Bena. Elle se tenait debout, immobile dans ses plantations. Ses vêtements soigneusement arrangés laissaient deviner une certaine fierté.

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 Ses yeux brillaient d’une assurance rare dans ce village où la plupart baissait le regard devant lui. Son frança les sourcils et la fixa. “Tu cherches quelque chose ?” demanda-t-il d’un ton sec, surpris et méfiant. Abas s’avança d’un pas sans hésiter. “Je cherchais le chemin pour rejoindre la rivière, mais je me suis perdue”, dit-elle, la voix douce, presque chantante.

 “La rivière est de l’autre côté du grand fromager”, indiqua Sono, essayant de garder un ton détaché. Elle hacha la tête, un sourire naissant au coin de ses lèvres. Merci. Tu es sono, n’est-ce pas ? Celui dont on dit qu’il a fait ses études en ville. La question le désarma. Peut ici osaiit mentionner son passé avec autant de franchise.

 Oui, c’est moi, répondit-il, un peu surpris qu’elle connaisse déjà son nom. On raconte que tu fais prospérer ces terres comme personne ne l’a jamais fait, poursuivit-elle en balayant le champ du regard, ses yeux semblant refléter la lueur du soleil couchant. Il voulut détourner la conversation, mais elle reprit avec assurance.

 Tu sais, la terre ne suffit pas toujours. Parfois, il faut quelqu’un qui sache la défendre, la faire respecter. Un silence étrange les enveloppa. Abena avança d’un pas encore jusqu’à effleurer presque son bras. Dans son regard, Sono lut une lueur à la fois attirante et inquiétante. “Tu ferais mieux de rentrer avant la nuit”, dit-il, d’une voix plus rô qu’il ne l’aurait voulu.

 Elle le fixa un long moment comme pour graver ce visage dans sa mémoire, puis tourna lentement les talons. Ses pas, silencieux, s’enfoncèrent dans l’ombre grandissante des cacao laissant Sonu seul, étrangement troublé. Depuis ce jour, Abena trouvait un prétexte pour croiser Sono. Une question sur les cultures, un conseil sur la terre, un compliment sur ses récoltes.

 Sa voix posée, son vocabulaire appris à l’école et son air assuré troublait son plus qu’il n’osait l’admettre, elle le flattait. le couvrait d’admiration, lui rappelait qu’il était un homme éduqué, différent des autres. Quelques jours plus tard, la rumeur se répandit comme une traînée de poudre. La nouvelle venue avait été vue près des champs de Sono.

Certains affirmaient l’avoir surprise, discutant avec lui, riant d’un rire clair que le vent avait porté jusqu’aux cases voisines. Les femmes du village commençaient déjà à chuchoter derrière leur pagne. Elle ne ressemble pas à une étrangère perdue. Elle est venue avec un but.

 Un soir, le regard accroché à celui de son mari, Sira interrogea sa voix serrée. “Sono, tu la connais ?” “Non”, mentit-il, détournant les yeux vers le feu qui se consumait. “Elle est nouvelle ici, c’est tout. Une nuit, alors que Sono rentrait tard, il trouva Abena assise sur une pierre le long du sentier. “Je t’attendais”, souffla-t-elle, sa voix presque inaudible dans le silence de la nuit.

“Pourquoi ?” demanda-t-il. La gorge soudain sèche Abénal le fixant avec assistance une lueur rouge dans ses yeux qui envoûa immédiatement Son parce que toi et moi, nous sommes faits pour de grandes choses. Sono, tu le sais pas vrai ? Dans l’ombre, le vent sembla s’arrêter comme pour écouter leur échange.

 Après cette rencontre, quelque chose changea imperceptiblement chez Sono. Ses yeux, autrefois vifs et chaleureux, semblaient plus sombre. Ses silences, autrefois paisibles, devinrent pesant et nerveux. Il se surprenait à se lever en pleine nuit pour sortir. Revenant des heures plus tard, le regard éteint. Sira, assise dans la chambre, l’observait rentrer chaque fois avec un malaise croissant.

 “Sono, tu ne dors plus ? Qu’est-ce qui se passe ?” osa-t-elle demander un soir. “Occupe-toi de tes tâches”, répliqua-t-il froidement, les yeux fuyant les siens. Et un soir, alors que Sira rentrait du marché, elle les aperçut tous deux au bord du champ, leurs silhouettes trop proches, leur rire trop complice. La terre sembla se dérober sous ses pieds.

“Sono, c’est toi ?” appela-t-elle d’une voix tremblante. Il sursauta, se tourna vers elle, mais Abena resta impassible, le menton haut. “Oui”, répondit-il d’un ton sec. “Rentre à la maison, Sira.” Le soir, Sono rentra plus tard que jamais, le visage fermé, la démarche mécanique. “Sono”, murmura Sira à peine audible, “queont-ils fait ?” Il ne répondit pas.

Il la dépassa comme si elle n’existait pas, poussa la porte de la chambre d’un geste sec et la laissa seule dans la nuit. Les semaines passèrent et la relation de Sono et Abena ne se cacha plus. On les voyait ensemble au marché, au bord du champ, parfois riant aux éclats alors que Sira passait, feignant de ne pas les voir.

 Les rumeurs s’épaissaient comme un orage au-dessus du village. Les regards se faisaient fuyants quand Sira apparaissait. Un après-midi, Abena alla plus loin. Elle se présenta directement devant la cour de Sira. “Tu sais qui je suis ?”, lança Abena la voix dure, les mains sur les hanches. “Je suis la femme de Sono maintenant.

 Tu ferais mieux de quitter cette maison avant qu’il ne soit trop tard.” Sira la fixa pétrifié. Ses lèvres tremblaient. Aucun mot ne sortit. Abénarikana s’avança encore jusqu’à la frôé. C’est moi qui le veut, pas toi. Ce soir-là, Sira se réfugia dans la chambre. Ses deux garçons blottis contre elle, la regardait en silence. À peine quelques nuits après leur première rencontre, Abena intensifia son emprise sur Sono. La nuit venait de tomber.

Sira, recroquevillé sur le bord du lit, pénète à trouver le sommeil. Soudain, la porte s’ouvrit. Sono entra, suivit d’Abena qui afficha un sourire méchant. “Lève-toi”, hurla Sono d’une voix qu’elle ne lui connaissait pas. “Sono, qu’est-ce qui se passe ?” suppli Sira, les larmes montant déjà à ses yeux. “Ne fais pas ça.

” Il avança jusqu’au lit et la saisit par le bras. “J’ai dit : “Lève-toi, tu n’as plus ta place ici.” Sira chancela tombant sur le sol. Sa main chercha appui sur le matelas, mais Sono le repoussa violemment. Derrière lui, Abena s’assit lentement sur le lit. Ses yeux rivés sur Sira, un sourire glacé aux lèvres. “Tiens ça !” ordonna Sono en lui tendant la lampe à huile.

“Tiens-la bien haut !” Abena n’aime pas l’obscurité quand elle fait l’amour. Sira resta figée, la lampe tremblant dans ses mains. Elle voulut détourner le regard, mais la voix de Sono claqua comme un fouet. “Regarde, regarde et apprends comment les intellectuels font l’amour.” Abena éclata d’un rire bas et attira Sono contre elle.

 Ils s’allongèrent sur le lit, leur mouvement secouant les draps alors que Sira, paralysé, ne pouvait que regarder. La respiration hachée. Chaque fois que Sira baissait la lampe, Sono se redressait, le regard fou. “Remonte !” cria-t-il, “Garde la lumière !” Les larmes coulaient silencieusement sur le visage de Sira. Sa gorge était nouée.

 Aucun son ne sortait. Quand tout fut fini, Abena se leva la première et Toisa d’un air triomphal. Souviens-toi de cette nuit”, dit-elle d’une voix glaciale. “C’est la première, pas la dernière.” Dans la chambre, le silence retomba plus lourd que jamais, uniquement brisé par les sanglots étouffés de Sira, seul au pied du lit, la lampe encore allumée entre ses mains tremblantes.

 Une nuit, Abena glissait des mots à l’oreille de Sono. “Si tu veux vraiment être à moi, Son”, murmura-t-elle, “Il faut rompre les chaînes qui te retiennent. Elles te retiennent ! Elles te retiennent à elle, à eux ! Que veux-tu dire ?” Balbucia-til prie entre la peur et l’envie. “Tes fils, ce sont eux qui lient ta femme à toi”, souffla-elle, “es yeux sombres brillant d’une lueur rouge.

 Tant qu’ils existeront, elle aura un pouvoir sur toi et tu ne seras jamais vraiment libre.” Son la regarda sans mot et Abena continua. Donne ton accord pour leur sacrifice et tu seras à moi entièrement. Nous pourrons tout reconstruire. Sono ferma les yeux. “Tu dois choisir, souffla Aba, son ton plus insistant. Montre-moi que tu as la force d’un homme.

 Montre-moi que tu es prêt à tout pour moi. Mais comment cela serait-il possible ? Demanda Sono. Laisse-moi m’en charger. Donne-moi juste ton accord et c’est tout, répondit à Bena. Je suis d’accord. Si cela nous permettra de vivre ensemble, finit par dire Sono. Un matin dans la cour, Sira allumait un petit feu pour préparer le déjeuner.

 Ses deux garçons de 7 et 5 ans jouaient, leur rire sonnant comme le dernier écho d’une paix fragile. Soudain, un silence étrange s’abattit sur la concession. L’aîné l’Asie 7 ans, s’arrêta de rire, les yeux écarquillés comme hypnotisé par un point invisible au loin. Sa respiration devint sacadée. Sa tête se mit à tourner convulsivement.

 Son frère Ghana poussa un cri. Sira se précipita vers lui. “Laie, mon fils !” s’écria-t-elle, la voix brisée, mais l’enfant ne semblait plus la voir. Ses yeux étaient révulsés, ses membres secouaient de spasmes violents. D’un coup, il se mit à courir mais à reculon, comme poussé en arrière par une force invisible.

 Sa petite silhouette zigzaguait dans la poussière, ses talons frappant le sol à un rythme effrainé. “Sonor ! Son !” hurla Sira affolé, cherchant son mari du regard. Elle ne le trouva nulle part. Des voisins, attirés par ses crisurent. Leur visages se figèrent d’horreur en voyant l’enfant courir à reculon, ses pieds laissant de longues traces désordonnées dans la poussière.

 Certains hommes tentèrent de le rattraper, mais chaque fois qu’il s’approchait, l’Asie changeait brusquement de direction comme tiré par un fil invisible. “Arrêtez-le, il va se blesser !” cria un homme. Mais l’Asie ne s’arrêtait pas. Ses petits pieds bondissaient en arrière, sa bouche entrouverte comme pour crier sans émettre le moindre son.

 Son corps traversa la place du village sous les regards terrifiés des habitants. Un frisson glaça l’assemblée. Soudain, l’Asie s’effondra au sol. Sira se précipita vers le corps inerte de son fils, le serra contre elle, secouant sa tête sans vie. “Lazie, réveille-toi par pitié, réveille-toi !” sanglotta-t-elle. Autour d’elle, le silence des villageois était devenu funèbre.

 Certains hommes baissaient la tête. D’autres s’éloignaient lentement, incapables de soutenir la scène. Un vieil homme s’approcha, posa une main sur l’épaule de Sira, sa voix sans espoir. Mon enfant, il est parti. Que Dieu nous protège tous. La nuit s’était abattue sur la concession. Le corps de l’Asie, enveloppé dans un pagne blanc, avait été veillé toute la soirée.

 Les champs funèbres des anciens montant doucement dans le silence oppressant. Autour du feu, Sira était restée prostrée, ses yeux secs à force d’avoir pleuré toutes les larmes de son corps. Elle rentra se coucher auprès de son plus jeune fils Ghana, épuisé par la longue journée. Quand le premier champ du coq retentit, Sira à demi à soupi, ouvrit les yeux.

Gana était allongée à ses côtés. Elle effleura sa joue et la trouva glacée. Gana ! Doucement, secouant légèrement ses épaules. Réveille-toi, mon fils. Il fait jour. Mais le petit corps resta inerte. Elle secoua plus fort. Gana ! Cria-t-elle, la voix brisée, le balançant désespérément entre ses bras. Réveille-toi ! Rien ! Son petit visage était figé, les paupières closent comme s’il dormait profondément.

 Mais son corps, déjà rigide, portait le silence froid de la mort. Un hurlement s’échappa des entrailles de Sira. Un cri si déchirant qu’il raisonna jusqu’aux maisons voisines. Les voisins accoururent, certains tombant à genou devant la chambre, d’autres regardant avec horreur. Deux morts en deux jours. Le malheur frappait trop fort, trop vite. “Ce n’est pas normal.

 Ce n’est pas une maladie. C’est c’est” balbucia une vieille femme, le regard fou. Le village entier fut saisi par la peur. Sira, elle, resté figée. Gana serré contre elle, le regard perdu dans un vide absolu. Son esprit semblait s’être brisé. Le monde autour d’elle avait cessé d’exister et dans ce silence même le vent n’osait plus souffler.

 Trois jours étaient passés depuis la mort de Ghana. La concession de Sono semblait figée dans le temps. Le feu s’était éteint, la case était restée ouverte et sira comme une statue. Quand le soleil atteignit son zénite, Sono revenait enfin. Son pas était lent, son visage ferma. Il évitait de croiser les regards qui le suivaient depuis les cases voisines.

 Il franchit le seuil de la concession, s’arrêta mais n’osa pas lever les yeux vers Sirira. Elle le regarda un long moment, immobile, puis se leva lentement. Sa voix, quand elle s’éleva, n’avait plus rien de la femme soumise qu’elle avait toujours été. “Où étais-tu, Sono ?” demanda-t-elle. Il resta silencieux, fixant le sol. Elle avança d’un pas, les points serrés.

“Réponds-moi !” rugit-elle, sa voix brisant le silence de la concession. Nos enfants sont morts deux en deux jours, toi tu disparais, cria Sira. Dis-le. Dis à tout le monde ce que tu as fait. Sonor éleva enfin les yeux. Ils étaient rouges, perdus, comme s’il venait de sortir d’un cauchemar. Sira, je ne prononce pas mon nom, coupa-t-elle avec une rage nouvelle. Tout le monde sait.

Tu n’es plus le même depuis qu’elle est arrivée. Abena ? Oui, j’ose le dire. Elle t’a pris, elle t’a changé. Un silence lourd s’abatti. Son lui tremblait incapable de prononcer un mot. Ses lèvres remuaient mais aucun son n’en sortait. Sira entra dans la case. Elle prit un sac dans lequel elle rangea quelques vêtements.

 Je ne mourrai pas ici, murmura-t-elle d’une voix ferme. Pour elle-même autant que pour les murs. Elle sortit sans se retourner. Le village la regardait passer. Certains la suivant du regard avec admiration, d’autres avec crainte. Dans son dos, la silhouette de Sono ne bougea pas. Il resta figé dans un silence éternel. À la lisière du village, Sira s’arrêta un instant.

 Elle inspira profondément, sentant sur sa peau la promesse d’un avenir incertain. Mais elle se jura de survivre, de reconstruire sa vie loin de cette terre où ses rêves avaient été étouffés. Quelques mois après le départ de Sira, Abena avait pris sa place dans la concession. Un soir, alors qu’Abena descendait vers le marché, confiante dans son pouvoir sur son et sûr de sa domination, deux hommes surgits de nulle part croisèrent sa route.

 Leurs habits étaient ceux de voyageurs, couverts de la poussière de longue route. Leur regard était lourd de reconnaissance. L’un d’eux s’arrêta net, la bouche entrouverte. “Toi, toi, ici ?” s’écria-t-il, la voix stridante. “Tu n’as pas ta place ici.” Abena sentit son cœur s’arrêter. Le second homme avança, pointant un doigt accusateur.

 “Nous venons de ton village natal”, cracha-t-il. “Nous rendre directement chez le chef et raconter qui tu es vraiment. Tes jours dans ce village sont comptés.” Ils la dépassèrent brusquement, laissant Abena debout au milieu du chemin. La poitrine secouait par un souffle court. Elle comprit qu’elle n’avait plus le choix.

 Si ces hommes parlaient, tout ce qu’elle avait construit s’effondrerait et le village retournerait sa colère contre elle. Des années plus tôt, dans son village natal, Abena avait connu l’humiliation publique. Un après-midi, alors qu’elle se trouvait dans sa chambre, des cris avaient surgi.

 Sorcière, sorcière, sors de cette case. Elle avait ouvert la porte sur un groupe de femmes furieuses armées de bâtons. La sueur perlait déjà sur son front. “Mais que se passe-t-il ?” Balbucia-t-elle ? “Tu es convoqué chez le roi rugit une femme, la voix vibrante de rage. Elles l’enfer clair et la forcèrent à marcher jusqu’à la grande cour royale devant le roi, la foule en liè hurlait.

 Sorcière ! Sorcière ! Le roi la fixa longuement. Aba, tu es accusé d’avoir tué les enfants du village en envoûtant leur père, déclara-t-il, la voix tonnant sur la foule. Mon roi, c’est faux. Comment pourrais-je faire une chose aussi abominable ? Je vous en supplie, croyez-moi ! Sanglota Abena. Mais le roi secou lentement la tête.

 Le féticheur du village a confirmé les soupçons, reprit le roi. Pour cela, je te bannis à jamais. Quitte ce village et ne reviens jamais. Bonne décision, notre roi ! Crièrent les femmes derrière elle en signe de triomphe. La honte, la peur et la rage se mélangèrent dans le cœur d’Abena alors qu’elle quittait son village sous les regards accusateurs.

C’est ainsi qu’elle erra jusqu’à trouver refuge dans le village où vivait Sono. Debout sur le chemin, Abit le sol se dérober sous ses pieds. “Je dois partir avant que ces deux idiots ne me dénoncent au chef”, murmura-t-elle, la voix tremblante. Elle tourna les talons, courut jusqu’à la chambre, entassa quelques vêtements et amulettes dans un sac.

 Sans un regard pour la concession, elle quitta précipitamment le village, profitant de l’absence de Son. Ses pas rapide et silencieux la portèrent vers un avenir incertain. Mais Abena savait une chose, elle devait disparaître avant que la vérité n’éclate. Deux années s’étaient écoulées depuis la nuit où Sira avait quitté la concession de Sono.

 Le temps avait filé comme un torrent, emportant avec lui les larmes, les cauchemars, mais jamais le souvenir de ses fils. Sira avait trouvé refuge dans un village à plusieurs jours de marche. Là, elle avait recommencé à vivre, travaillant comme journalière, offrant ses mains pour semer, récolter. Petit à petit, elle avait reconstruit un semblant de paix intérieur.

 Un après-midi, alors qu’elle pilait du mil à l’ombre d’un grand tamarinier, un marchand ambulant venu de son village natal s’arrêta près d’elle. Son regard se posa sur le visage de Sira avec une curiosité inquiet. “Tu es Sira, la femme de sa n’est-ce pas ?” demanda-t-il. Elle hoa lentement la tête, la gorge soudain serrée.

 “Tu n’as pas entendu ? Il est mort il y a quelques semaines. On l’a trouvé sans vie dans la chambre seul.” L’on disait qu’il appelait tes enfants dans son sommeil. Et Aba, la fille qui était avec lui demanda Sira. Elle a quitté le village quelques jours avant la mort de Sono d’après ce que j’ai appris, répondit le marchand. Sira resta figée, les yeux baissés, laissant une larme unique rouler sur sa joue, puis reprit son travail.

 Dans le bruit régulier du pilon frappant le grain, elle trouva une étrange paix. Le malin rôe, cherchant qui dévorer. Quand le mal est invisible et dépasse notre compréhension, l’amour seul peut ne pas suffire à nous protéger. La vraie force n’est pas seulement dans la connaissance ou la réussite.

 Même un cœur pur et une famille unie peuvent être impuissants sans la force spirituelle pour combattre le mal.