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Les tombes de Michou: Seize ans après sa mort, leurs tombes actuelles sont toujours hantées

Les tombes de Michou: Seize ans après sa mort, leurs tombes actuelles sont toujours hantées

Le cimetière de Montmartre, niché dans le célèbre, pittoresque et artistique 18e arrondissement de Paris, est une nécropole romantique mondialement réputée pour abriter les dernières demeures de grandes figures de la littérature, de la peinture, du cinéma, du théâtre et de la chanson. Lorsque l’on arpente ses allées pavées, sinueuses et ombragées par des arbres centenaires, on se retrouve instantanément plongé dans un livre d’histoire culturelle à ciel ouvert. C’est un lieu de silence et de recueillement suspendu dans le temps, où reposent des géants de l’art tels que Dalida, France Gall, Michel Berger, Anouk Aimée, François Truffaut ou encore Jean-Claude Brialy. Pourtant, depuis le début de l’année 2020, une sépulture en particulier attire irrésistiblement le regard des passants, des habitués du quartier et des nostalgiques de la nuit parisienne, déclenchant une vague d’émotion, de respect et de curiosité sans pareilles. Il s’agit de la tombe de Michou, de son vrai nom Michel Catty, l’emblématique directeur de cabaret qui a fait rayonner le transformisme, l’extravagance et la fête montmartroise pendant plus de soixante ans. Cet emplacement funéraire, devenu un lieu de passage et de pèlerinage absolument incontournable pour les amoureux du Paris d’autrefois, frappe par sa singularité visuelle, sa symbolique colorée et la charge émotionnelle profonde qui l’entoure.

Pour comprendre la ferveur populaire et l’attraction magnétique qui entourent ce lieu de mémoire contemporain, il est indispensable de replonger dans ce que fut l’existence hors du commun de cet homme hors norme, qui a marqué de son empreinte indélébile l’histoire du spectacle français. Né à Amiens dans la Somme en 1931, le jeune Michel Catty débarque à Paris au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, à l’âge de 17 ans seulement, avec pour seule richesse sa joie de vivre et une ambition encore indéfinie. En arrivant sur la Butte, c’est un coup de foudre immédiat et définitif : il tombe éperdument amoureux de Montmartre, de son esprit de village, de sa bohème et de sa liberté. Devenu Michou, une figure familière des nuits parisiennes, il ouvre en 1956 son propre cabaret transformiste au numéro 80 de la célèbre rue des Martyrs. C’est le début d’une aventure entrepreneuriale et artistique unique en son genre. Rapidement, l’établissement de dimensions modestes devient une institution internationale incontournable, attirant le Tout-Paris de la politique, de la culture et des médias, ainsi que les plus grandes stars mondiales venues applaudir les célèbres “Michettes”. Ces artistes transformistes d’un talent exceptionnel parodient et réinventent avec un génie comique et poétique les divas de l’époque, de Dalida à titi parisien, sous l’œil bienveillant du maître des lieux.

Michou", figure des nuits parisiennes, a été enterré à Montmartre entouré d'une marée bleue – franceinfo

Vêtu de ses éternels costumes bleus sur mesure, coiffé de ses lunettes teintées rigoureusement assorties et arborant une coiffure impeccable, Michou incarne tout au long de sa longue carrière la joie de vivre absolue, l’excentricité chaleureuse, l’audace créative et une immense générosité populaire. Il ne se contente pas de diriger un lieu de plaisir nocturne ; il devient un véritable ambassadeur de l’esprit montmartrois, une figure tutélaire saluée par les plus hauts dirigeants de la République et profondément adorée par les habitants de son quartier, en particulier les personnes âgées de la Butte pour lesquelles il organisait chaque année un traditionnel et mémorable déjeuner de Noël. Pour Michou, Montmartre n’était pas un simple décor de théâtre ou un outil de travail, c’était sa véritable famille, son refuge et sa raison d’être. Sa silhouette familière, arpentant les rues escarpées un verre de champagne à la main, faisait partie intégrante du paysage parisien, symbolisant une époque de liberté, de tolérance et d’insouciance festive.

Pourtant, derrière cette image publique immuable de fêtard éternel, où le champagne coulait à flots et où les rires résonnaient jusqu’à l’aube, Michou était un homme profondément lucide, pragmatique et organisé qui avait minutieusement préparé son départ du monde des vivants. Disparu le 26 janvier 2020 à l’âge de 88 ans des suites d’un malaise respiratoire aigu, le légendaire “Prince Bleu” de Paris avait orchestré ses propres funérailles avec le soin méticuleux d’un metteur en scène préparant son ultime et plus grand spectacle. Fidèle à la couleur qui avait défini son identité visuelle pendant des décennies, il avait expressément exigé que son cercueil soit d’une teinte bleue étincelante et que sa dernière demeure terrestre reflète exactement l’esthétique excentrique et colorée qui avait fait sa gloire internationale. Sa disparition, survenue juste avant les grands bouleversements mondiaux de l’année 2020, a marqué de manière symbolique la fin définitive d’une ère d’insouciance nocturne parisienne, provoquant une immense vague de tristesse nationale et scellant sa légende dans le cœur du public pour l’éternité.

Paris' man in blue Michou dies age 88 - RFI

Aujourd’hui, loin du tumulte joyeux, des applaudissements nourris de son cabaret de la rue des Martyrs et des bouchons de champagne qui sautent, Michou repose pour l’éternité dans la division 21 du cimetière de Montmartre. Sa sépulture ne ressemble à aucune autre dans cette nécropole historique et s’apparente à un dernier clin d’œil poétique, audacieux et résolument provocateur face à la mort. Conçue en stricte conformité avec ses dernières volontés, la tombe est réalisée dans un marbre sombre et élégant, mais elle se distingue immédiatement de toutes les autres par la présence d’une immense plaque commémorative personnalisée. Cette œuvre d’art funéraire arbore un portrait stylisé et gravé de l’artiste, arborant fièrement ses célèbres lunettes bleues iconiques. De surcroît, les inscriptions de son nom d’artiste, de son véritable patronyme et de ses dates de vie sont rehaussées d’un éclat bleuté unique qui capte immédiatement la lumière. Ce choix architectural audacieux immortalise Michou dans sa splendeur chromatique, transformant son lieu de repos final en une extension posthume de sa propre scène théâtrale. La lumière changeante du ciel parisien joue en permanence avec les reflets bleus de la pierre, donnant aux visiteurs l’illusion magique et troublante que le célèbre directeur de cabaret garde un œil malicieux, protecteur et éternel sur les passants qui viennent lui rendre hommage.

Pour les passants, les touristes du monde entier et les fidèles de la première heure qui se recueillent quotidiennement devant ce mémorial spectaculaire, l’émotion est palpable, intense, mais elle s’accompagne presque toujours d’un sourire nostalgique chargé de souvenirs heureux. La tombe de Michou est perpétuellement submergée sous un océan de fleurs fraîches où les compositions bleues dominent largement, respectant ainsi les préférences de l’artiste. De manière plus insolite et touchante, on y trouve régulièrement des bouteilles de champagne vides ou des bouchons de liège laissés en guise d’hommage par d’anciens habitués, des proches, des artistes de cabaret ou de simples clients venus le remercier pour les nuits magiques passées en sa compagnie. Des dizaines de petits messages d’affection, de poèmes improvisés et de témoignages de gratitude sont déposés sur la pierre, prouvant que malgré les années qui s’écoulent depuis son grand départ, la présence spirituelle de Michou reste extraordinairement vivante sur la Butte. Cette sépulture extraordinaire dépasse donc largement le simple cadre du monument funéraire traditionnel pour devenir un symbole majeur de la mémoire collective parisienne et de la préservation de l’esprit frondeur et festif de Montmartre. Elle incarne de manière grandiose la victoire de la joie de vivre et de la fête face à la fatalité de la mort, et la puissance d’une icône populaire face à l’oubli du temps.