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L’affaire Geneviève Montillet : La machination infernale de la « Diabolique d’Antibes » et le pacte criminel qui a terrifié la France

L’affaire Geneviève Montillet : La machination infernale de la « Diabolique d’Antibes » et le pacte criminel qui a terrifié la France

Le monde des faits divers recèle parfois des affaires si sombres qu’elles défient la raison humaine, bousculent les certitudes des enquêteurs et ébranlent les fondements mêmes de la cellule familiale. L’affaire Geneviève Montillet, également connue sous le nom tristement célèbre de la « Diabolique d’Antibes », s’inscrit directement dans cette catégorie de crimes barbares où la manipulation psychologique, l’appât du gain, la duplicité et la trahison la plus absolue se mêlent pour tisser une toile mortelle. Pendant près d’une décennie, cette femme froide, calculatrice et d’une rigueur méthodique implacable a cru de toutes ses forces avoir accompli le crime parfait. Elle était persuadée que le feu avait définitivement emporté ses secrets, avant que les traumatismes les plus profonds et les secrets les plus enfouis de sa propre progéniture ne finissent par faire surface de manière spectaculaire. Ce retournement de situation l’a conduite directement dans le box des accusés de la cour d’assises, face à ses juges, pour y recevoir une condamnation à 25 ans de réclusion criminelle.

Tout commence le 1er novembre 1992, en fin d’après-midi, alors que la nuit commence à tomber sur le chemin des Niel au Cap d’Antibes. Un bruit de choc violent, un fracas métallique aigu, retentit soudainement dans la rue, brisant le calme dominical et alertant immédiatement les habitants d’un immeuble voisin. À l’extérieur, la scène est terrifiante. Un homme gît sur la chaussée, inanimé, ensanglanté, à côté d’un vélo complètement défoncé et tordu par la violence de l’impact. La voiture responsable de ce carnage a déjà pris la fuite dans un crissement de pneus, disparaissant rapidement dans l’obscurité. La victime, transportée d’urgence à l’hôpital le plus proche dans un état critique, souffre de multiples fractures et d’un traumatisme crânien sévère. Il s’appelle Éric de Vriant. À ce moment précis, la police locale ouvre une enquête classique pour accident de la circulation avec délit de fuite, une procédure malheureusement courante, sans se douter un seul instant que ce drame routier cache en réalité une entreprise criminelle d’une perversité inouïe et un complot familial terrifiant.

Trois mois plus tard, le 26 janvier 1993, Geneviève Montillet se présente d’elle-même au commissariat d’Antibes pour faire une démarche administrative : déclarer officiellement le décès de son compagnon, survenu selon ses dires le 15 janvier à leur domicile commun. Avec un calme déconcertant et un empressement qui ne passe pas inaperçu, elle informe les policiers que le corps du défunt a déjà été incinéré et que le vélo accidenté a été détruit et jeté. Cette précipitation extrême pour faire disparaître les restes de la victime et les preuves matérielles de l’accident alerte immédiatement les enquêteurs chevronnés. En fouillant le passé, l’entourage et la situation personnelle de la victime, les policiers découvrent qu’Éric de Vriant était un homme fortuné, issu d’une bonne famille, mais souffrant d’une fragilité psychologique majeure et d’une immaturité affective qui l’avaient conduit à être placé sous curatelle. Plus troublant encore, ni sa curatrice officielle, ni sa propre mère n’avaient été informées de sa mort, et encore moins de sa crémation express.

L’enquête bascule radicalement de dimension et s’accélère lorsque les compagnies d’assurance révèlent aux policiers le cœur financier du mobile. Entre 1989 et 1992, pas moins de huit contrats d’assurance-vie ont été souscrits sur la tête d’Éric de Vriant, tous au bénéfice exclusif de Geneviève Montillet. L’analyse de ces documents montre que certains contrats comportent des signatures grossièrement falsifiées. Plus accablant encore, l’un de ces contrats, signé quelques semaines seulement avant le fameux accident du Cap d’Antibes, prévoyait le versement d’une prime colossale de 500 000 francs de l’époque en cas d’accident de la circulation survenant spécifiquement un jour férié. Le 1er novembre, jour de la Toussaint, correspondait parfaitement à cette clause financièrement très avantageuse.

Malgré l’accumulation de ces lourds soupçons et une conviction intime des enquêteurs, l’affaire s’enlise et s’embourbe pendant plusieurs années. Le corps ayant été réduit en cendres, les expertises médicales et les autopsies s’avèrent impossibles, privant la justice de preuves matérielles indiscutables. Le certificat de décès initial, rédigé par un médecin généraliste induit en erreur, mentionnait une simple « fausse route », une asphyxie mécanique impossible à vérifier après coup. Persuadée d’avoir définitivement triomphé et d’avoir réalisé le coup du siècle, Geneviève Montillet engage des procédures pour réclamer l’argent des assurances, mais les compagnies, flairant l’escroquerie et la machination, refusent obstinément de payer tant que l’enquête judiciaire reste ouverte.

Le dénouement tant attendu survient enfin en mars 1998, lorsque le dossier est officiellement repris par la brigade criminelle des policiers de Marseille. Le basculement décisif a lieu grâce à la mise en place d’écoutes téléphoniques ciblées. Les enquêteurs interceptent une conversation bouleversante entre l’ex-mari de Geneviève et l’un de leurs fils jumeaux, Fabrice. Les paroles du père, hanté par les confidences de ses enfants, sont sans équivoque et d’une clarté absolue : “Aucune mère ne demande ça à ses enfants. Ton frère doit déculpabiliser, cette affaire le poursuit.” Muni de cet enregistrement capital, la police passe à l’action le 19 janvier 1999 et interpelle l’ensemble des protagonistes de ce drame.

Placé en garde à vue, pressé par les questions des policiers et submergé par la culpabilité qui le rongeait depuis des années, Fabrice craque complètement. En larmes, il livre aux enquêteurs stupéfaits les secrets terrifiants de sa mère, dévoilant l’horreur absolue de la cellule familiale. Il avoue que Geneviève lui avait explicitement demandé de tuer Éric de Vriant, en lui faisant croire que cet homme était devenu dangereux pour elle et pour leur jeune fille. Tenant ses fils jumeaux sous sa coupe psychologique et financière en entretenant leur grave toxicomanie, elle avait entièrement orchestré l’accident de la route. Elle avait poussé Fabrice à recruter un de ses amis, Yann, pour jouer le rôle du chauffard et renverser le cycliste à moto, promettant une forte somme d’argent prélevée sur les futures primes d’assurance-vie. Yann avait suivi sa cible pendant de longues minutes avant de le percuter violemment.

Geneviève Montilliet : comment "la diabolique d'Antibes" a-t-elle tué son  compagnon ?

Mais les révélations du fils ne s’arrêtent pas là et atteignent des sommets dans l’effroi. Yann révélera plus tard que Geneviève Montillet, furieuse et insatisfaite d’apprendre que son compagnon avait survécu au terrible choc initial, lui avait ordonné de se rendre à l’hôpital pour « terminer le travail » et l’étouffer. Devant le refus du jeune exécutant, cette femme déterminée s’était rendue elle-même au chevet du malade. Profitant de l’absence momentanée du personnel infirmier, elle avait tenté à deux reprises d’injecter de l’air dans les lignes de perfusion à l’aide d’une seringue pour provoquer une embolie gazeuse mortelle. Face à l’échec de cette tentative technique, elle avait alors insisté auprès des médecins, contre tout bon sens médical, pour ramener le blessé grave à son domicile. C’est dans l’intimité de cette maison, loin des regards indiscrets et de la surveillance hospitalière, qu’elle est soupçonnée de l’avoir achevé en lui administrant des surdoses massives de médicaments et de substances cardiaques retrouvées plus tard lors des perquisitions.

Pour parachever le portrait de celle que la presse nomme désormais la « Diabolique d’Antibes », les investigations approfondies des policiers marseillais révèleront que Geneviève Montillet n’en était pas du tout à son coup d’essai en matière criminelle. En 1985, elle avait déjà tenté de faire assassiner son tout premier mari en recrutant un tueur à gages par le biais de petites annonces dans les journaux, une tentative qui avait échoué après que le tueur, pris de remords, l’avait dénoncée. Plus effroyable encore, quelques années plus tard, elle avait mis un fusil de chasse entre les mains de son fils Fabrice, alors âgé de seulement 12 ans, en lui ordonnant de tirer sur Éric de Vriant lors d’une première tentative de meurtre qui avait échoué par miracle. Ce long parcours criminel, marqué par une absence totale d’empathie et une cupidité sans limites, aura vu une mère sacrifier sans sourciller la vie de ses compagnons et détruire à tout jamais l’innocence et la santé mentale de ses propres enfants, les entraînant avec elle dans un voyage sans retour au bout de l’enfer.

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