L’enfant qu’elle portait n’avait pas de père humain.
Vous êtes enceinte madame 11 semaines. C’est impossible docteur. Je suis vierge. Il y a des choses que la science ne s’est pas encore nommée. Des choses qui arrivent dans le monde réel à des femmes réelles. Des femmes qui ont des emplois et des familles et des vies ordinaires et qui se retrouvent soudainement face à quelque chose que leurs médecins ne peuvent pas expliquer, que [musique] leur famille refuse de croire et que leur propre corps leur impose de toute façon.
Ces [musique] femmes ne sont pas folles, elles ne mentent pas. Elles vivent simplement quelque chose que la plupart des gens n’ont jamais eu à vivre. Ce qui arrive à Seinabu Dialo à 29 ans dans une ville ordinaire, dans un appartement ordinaire et de cet ordre-là. quelque chose qui ne devrait pas être possible et qu’il est quand même.

Je suis Fiona et vous suivez mes incroyables histoires africaines. La gynécologue regardait l’écran de l’échographie avec une expression que Seinabou n’avait jamais vu sur le visage d’un médecin. Pas de l’inquiétude, [musique] pas de la compassion, quelque chose de plus proche de la confusion totale. Vous êtes sûr de ne jamais avoir eu de rapport sexuel ? Seinabou était assise sur la table d’examen, les mains croisées sur les genoux, le regard fixe.
[musique] Elle avait répondu à cette question quatre fois depuis le début de la consultation. Elle la répondit une certaine. La gynécologue se retourna vers elle, chercha quelque chose sur son visage. Un signe de mensonge, une hésitation, [musique] n’importe quoi qui lui aurait permis de ranger cette situation dans une case connue.
[musique] Elle ne trouva rien parce qu’il n’y avait rien à trouver. Sainabou avait ans. [musique] Elle était vierge et elle était enceinte de 11 semaines. Mais pour comprendre comment cette femme en était arrivé là, assise [musique] dans ce cabinet face à une médecin incapable d’expliquer ce que son propre appareil confirmait, il fallait remonter 7 ans en arrière.
[musique] À l’époque où Seinabou sortait avec un homme qui souriait trop et donnait trop facilement. Seinabou Dialo avait 22 ans quand elle avait rencontré Karim Touré. [musique] Elle était à cette époque étudiante en gestion. sérieuse, organisée, du genre à avoir ses relevés de notes classées dans un dossier [musique] et ses rendez-vous notés dans un carnet papier.
Elle vivait dans un studio meublé que ses parents payaient partiellement, complétait par un petit job [musique] de caissière le weekend et menait une vie sans éclats particulier mais sans problème notable. Ce qui définissait Seinabou à 22 ans, c’était une conviction très claire sur une chose : elle ne coucherait pas avec un homme avant le mariage.
Pas une posture religieuse rigide. Elle n’était pas fondamentaliste. Plutôt une décision personnelle réfléchie qu’elle avait prise à 16 ans en regardant ses amis traverser des ruptures douloureuses après des relations où le corps avait précédé le reste. [musique] Elle avait décidé que ce ne serait pas son chemin. Elle tenait à cette décision avec la tranquille fermeté des gens qui ont choisi quelque chose pour de bonnes raisons et qui ne se laisse pas facilement déstabiliser.
Karim Touré [musique] avait 30 ans. Consultant dans une entreprise privée disait-il. grand [musique] avec cette élégance désinvolte des hommes qui savent qu’ils plaisent et qui ont appris à en jouer sans en avoir l’air, il l’avait abordé dans une librairie geste classique mais exécuté avec suffisamment de naturel pour paraître spontané.
Ils étaient sortis ensemble pendant 14 mois. [musique] Karim était attentionné, généreux. Il l’invitait dans de bons restaurants, lui offrait des cadeaux sans occasions particulières, prenait de ses nouvelles avec une régularité qui, en d’autres circonstances, [musique] aurait pu passer pour de la possessivité mais qui se présentait comme du soin.
Il avait rencontré ses parents, s’était comporté impeccablement et il n’avait jamais vraiment insisté pour [musique] le sexe, du moins pas de façon directe. Il soulevait la question parfois avec légèreté et quand Nabou répondait non, il acceptait. Il repartait à ses affaires sans boudderie ni pression visible.
Ce que Sainabou ne voyait pas, ce qu’elle ne pouvait pas voir à 22 ans, sans l’expérience qui permet de lire entre les lignes, c’est que Karim Touré ne cherchait pas à coucher avec elle. [musique] Il cherchait autre chose et ce qu’il cherchait, il l’obtenait. La relation avec Karim suivait un schéma que Seinabou n’analysa qu’après coup longtemps [musique] après.
Il invitait, il payait, il offrait et en retour, jamais explicitement, jamais sous forme de pression directe, il recevait du temps, [musique] de l’attention, de la présence. Seinabou était là. Elle répondait à ses messages. [musique] Elle annulait d’autres plans pour le voir. Elle acceptait ses invitations de façon quasi systématique.
[musique] Elle était, dans la terminologie que ses amis auraient utilisé, une petite amie modèle. Disponible, [musique] agréable, reconnaissante. Mais il y avait autre chose. Karim avait l’habitude d’insister [musique] pour régler l’addition. Seinabou au début avait essayé de contribuer. Il refusait chaque fois avec le sourire, avec un geste [musique] de la main qui signifiait “Ne t’inquiète pas”.
Elle avait fini par ne plus essayer, par accepter les dîners, les sorties, les cadeaux avec la normalité que l’habitude crée. Ses amis, [musique] les amis de Karim, que Sénabou rencontraient parfois lors de soirée, faisaient parfois des plaisanteries à demi-voie sur le sujet. des [musique] plaisanteries dont elle ne comprenait pas tout à fait la teneur sur le moment, des références à des femmes qui font tourner en rond, à des hommes qui paient sans jamais rien recevoir.
Karim riait avec eux. Seinabou souriait poliment [musique] sans saisir quel était le sujet. La rupture vint au 14e mois, pas un grand drame. Seinabou avait rencontré quelqu’un d’autre, [musique] un homme de son âge, étudiant comme elle, avec qui elle avait senti quelque chose de différent. [musique] Elle avait dit à Karim qu’elle voulait mettre fin à leur relation.
Elle avait [musique] été directe, honnête, respectueuse. Karim avait hoché la tête, [musique] avait dit qu’il comprenait, avait souris. Ce sourire làà elle [musique] s’en souviendrait. Pas le sourire de quelqu’un qui accepte, le sourire de quelqu’un qui range [musique] quelque chose pour plus tard. La relation avec l’autre homme n’avait duré que quelques mois.
Seabou avait continué sa vie, ses études, son diplôme, son premier emploi dans un cabinet comptable. Les années avaient passé. Karim Touré était devenu un souvenir de jeunesse, une relation sans grande importance dont elle ne parlait presque jamais. À ans, ansupture, elle vivait [musique] seule dans un appartement de deux pièces, travaillait comme comptable dans une PME et n’était toujours pas mariée, pas par manque d’envie, mais parce que ça n’avait pas encore rencontré la bonne personne et qu’elle n’était pas du genre à se précipiter. Sa vie était calme,
ordonnée, normale. Jusqu’au matin où elle s’était réveillée avec des nausées. Les nausées avaient commencé un lundi matin de février. Sainabou avait [musique] d’abord pensé à quelque chose qu’elle avait mangé, un repas de la veille qui était passé de travers. Peut-être. [musique] Elle avait bu du thé, manger quelques biscuits, était allée travailler.
Le lendemain, [musique] les nausées étaient revenues plus fortes avec une fatigue associée qu’il avait forcé à s’asseoir à son bureau en milieu de matinée parce que ses jambes ne l’apportaient plus vraiment. La troisième matinée, elle avait [musique] acheté un test de grossesse en rentrant du travail.
Elle l’avait fait le soir même dans sa salle de bain [musique] avec la certitude tranquille que ce serait négatif parce que comment pourrait-il être autre chose ? Et elle avait regardé le résultat pendant une minute entière sans comprendre ce qu’elle voyait. [musique] Positif, elle en avait acheté trois autres le lendemain.
Marque [musique] différentes, tous positifs. Elle avait pris rendez-vous chez la gynécologue [musique] le surlendemain avec dans la tête la seule explication rationnelle qu’elle pouvait trouver. Une erreur. Les tests pouvaient [musique] se tromper. Ce genre de chose arrivait. La médecine allait lui expliquer que ce n’était pas ça, que c’était une anomalie hormonale, inquiste, [musique] n’importe quoi d’autre.
La médecine ne lui avait pas expliqué ça. L’échographie [musique] était sans ambiguïé. Il y avait un embryon. 11 semaines en [musique] bonne santé, battement de cœur régulier, développement normal. La gynécologue avait demandé avec [musique] toute la délicatesse professionnelle possible si Seinabou était absolument certaine de ce qu’elle affirmait.
Seinabou l’était. Elle rentra chez elle ce soir-là et s’assit dans son salon sans allumer la lumière. Elle resta dans le noir pendant 2 heures. Elle n’appela personne, elle ne pleura [musique] pas. Elle essaya de réfléchir, de trouver une explication, [musique] une logique, quelque chose à quoi accrocher ce qui était en train de lui arriver.
Elle ne trouva rien parce que dans le monde rationnel où elle avait toujours vécu, ce qu’elle vivait n’avait pas d’explication. Sein Nabou [musique] ne l’avait pas encore dit au médecin parce qu’elle même n’avait pas su comment le formuler. Depuis environ 2 mois, ce qui coïncidait, [musique] elle le comprit en faisant le calcul avec les premières semaines de la grossesse.
[musique] Elle faisait des rêves. Des rêves d’un type particulier. Pas des cauchemars, pas des rêves ordinaires non plus. Quelque chose entre les deux. des rêves où elle était dans son propre appartement, dans son propre lit et où [musique] une présence se manifestait. Pas une forme clairement visible, plutôt une densité dans l’air, un poids, quelque chose qui occupait l’espace à côté d’elle avec une matérialité impossible pour un rêve.
[musique] Dans ses rêves, elle savait qu’elle dormait. C’était ça le plus troublant, pas l’état de confusion du rêve ordinaire où on croit que tout est réel. Elle savait qu’elle était allongée dans son lit. Elle reconnaissait [musique] le plafond de sa chambre, la lumière du couloir qui passait sous la porte et malgré cette lucidité, elle ne pouvait pas bouger.
Pas une paralysie douloureuse, plutôt comme si son corps avait décidé de rester immobile, comme si se lever n’était tout simplement pas une option disponible. Elle se réveillait de ses rêves avec une sensation physique [musique] désagréable, pas douloureuse mais réelle, un essoufflement, une lourdeur dans le bas du ventre, la certitude [musique] d’avoir été touchée par quelque chose qu’elle n’avait pas vu.
Elle avait essayé d’écarter ça. [musique] Les gens font des rêves intenses. Les hormones de grossesse perturbent le sommeil. Elle avait [musique] lu des articles là-dessus. La paralysie du sommeil était un phénomène documenté, [musique] fréquent, lié à des transitions entre les phases de sommeil. Elle avait passer une soirée à lire des témoignages de gens qui décrivaient exactement ce qu’elle [musique] vivait et elle avait ressenti ce soulagement fragile de quelqu’un qui trouve une case ou ranger quelque chose d’inconfortable.
[musique] Mais les rêves revenaient deux trois fois par semaine [musique] et à chaque fois cette même présence, ce même poids dans l’air et avec [musique] eux quelque chose de plus difficile à écarter. Le lendemain de chaque nuit de ce type, elle se sentait vidée d’une façon [musique] particulière, pas la fatigue ordinaire d’une mauvaise nuit, quelque chose de plus profond comme si quelque chose avait été prélevé.
Et une autre chose plus difficile à formuler encore. Dans ses rêves, parfois elle voyait [musique] un visage pas clairement comme à travers un verre dépoli. Mais les contours étaient là, un homme grand avec [musique] quelque chose dans la façon de sourire qui lui était familier. Elle avait mis plusieurs semaines à mettre un nom sur ce visage, Karim Touré.
Elle s’était réveillée un matin avec cette certitude et elle était restée assise [musique] dans son lit jusqu’au lever du soleil. Les genoux remontés contre la poitrine à essayer de comprendre ce que ça signifiait. Un homme qu’elle n’avait pas vu depuis sept ans. Un homme à [musique] qui elle ne pensait jamais. Pourquoi son visage apparaissait-il dans ses rêves ? Ce matin-là, elle appela sa cousine Aminata.
Aminata Dialo avait 34 ans. [musique] Elle était l’aînée de la famille côté maternel et portait ce statut avec une combinaison de pragmatisme et de profondeur spirituelle [musique] qui la rendait différente des autres membres de la famille. Elle avait fait des études de psychologie, travaillait [musique] dans une ONG et avait en parallèle une connaissance sérieuse des [musique] pratiques traditionnel, pas par superstition, mais parce qu’elle avait grandi entre une grand-mère maternelle qui lui avait transmis des savoirs anciens et une
formation académique qui lui avait appris à ne rien écarter trop vite. Sein Nabou lui dit tout. La grossesse, [musique] les tests, le médecin, les rêves, le visage de Karim. Aminata écouta sans l’interrompre une seule fois. Quand Seinabou eut terminé, elle [musique] resta silencieuse un long moment. Puis elle dit : “Est-ce que Karim t’invitait [musique] souvent au restaurant ?” Seinabou fronça les sourcils.
“Oui, tout le temps. Pourquoi est-ce que tu le laissais commander pour toi ? Parfois, qu’est-ce que tu Est-ce qu’il t’offrait parfois à boire directement [musique] ? Pas en commandant avec le serveur, mais en te versant lui-même ?” Seinabou réfléchit. [musique] Son estomac se serra légèrement. Oui, il avait souvent une bouteille. Il servait.
Aminata aucha la tête lentement. Et tu n’as jamais couché avec lui ? Jamais. [musique] Il le savait. Et il a quand même continué à sortir avec toi pendant plus d’un an. Il disait qu’il m’aimait. Aminata la regarda. Se abou, je ne dis pas [musique] que c’est ça, mais ce que tu me décris, les rêves, la présence, le visage et la façon dont cette relation s’est passée, il faut que tu parles à quelqu’un qui [musique] peut vraiment lire ça.
Qui ? Aminata sortit son téléphone, fit défiler [musique] ses contacts, s’arrêta sur un nom. El Hadj Soulean, un homme que ma grand-mère m’a fait connaître il y a longtemps. [musique] Il vit dans le vieux quartier. Il ne se présente pas comme Marabou. Il n’aime pas ce mot mais il sait des choses. Seinabou [musique] regarda le nom sur l’écran.
Tu crois vraiment que Je crois que ce que tu vis ne se résout pas chez une gynécologue. La maison d’Elhadhaj Souleiman était dans une ruelle du vieux quartier que Saintabou n’avait jamais eu raison de visiter. Une maison [musique] basse ancienne dont la façade était presque entièrement couverte par un bouquin viler d’une couleur bordeaux intense.
La porte était [musique] ouverte. Une femme âgée qui ne dit pas son nom les fit entrer et les installa [musique] dans une petite pièce au sol en terre battue meublée de nates et d’un bat tabouret. Elhaj Souleiman arriva quelques minutes plus tard. Un homme de sox ans environ maigre, le crâne rasé, il avait des yeux d’une acuité particulière, le genre dieu qui regarde sans sembler chercher à voir parce qu’il voit déjà.
Il salua Aminata [musique] avec la familiarité de quelqu’un qui la connaît depuis longtemps. Puis il regarda Sénabou, pas longtemps, juste quelques secondes. Mais quelque chose dans ce regard fit à ses nabou l’effet d’une [musique] main posée sur une plie. une pression qui localise exactement l’endroit qui fait mal. [musique] Il s’assit, croisa les mains.
Parle-moi de l’homme. Seabou n’avait pas encore dit pourquoi elle était là. Elle n’avait pas encore dit le nom de Karim. Elle avait simplement dit bonjour. Elle regarda [musique] Aminata. Aminata hoa la tête imperceptiblement. Seinabou parla. Karim, les 14 mois, les restaurants, les verres qu’il servait lui-même, les cadeaux, sa décision de ne jamais coucher avec lui, la rupture, [musique] les sept années sans nouvelles, maintenant les rêves, la présence, le visage.
[musique] Elhaj Souleiman l’écouta sans noter, sans bouger, avec cette immobilité des gens qui n’ont pas besoin de geste [musique] pour rester attentif. Quand elle eut fini, il resta silencieux un long moment. Ses lèvres bougaient légèrement. une prière ou une formule ou simplement la façon dont il traitait l’information. Puis il dit ce que tu portes en toi n’est pas le fruit d’un homme vivant.
Seabou sentit le silence s’épaissir [musique] dans la pièce. Ce que cet homme t’a fait pas dans ton corps, dans ta nourriture et ta boisson sur plusieurs mois, c’est [musique] un lien. Un lien qu’il a posé sur toi parce que tu lui avais pris quelque chose. Je ne lui ai rien pris. Elhaj [musique] Souleiman la regarda doucement.
Dans sa tête à lui, [musique] tu lui avais pris beaucoup. Son temps, son argent, sa fierté. Tu l’avais laissé [musique] croire pendant 14 mois que tu lui appartendrais. Et quand tu es parti, [musique] il a considéré que tu lui devais quelque chose. El Hadge Suleimman parla pendant longtemps. Sa voix était posée sans drama [musique] avec la neutralité de quelqu’un qui décrit des faits.
Ce que Karim Touré avait fait s’appelait, [musique] dans la terminologie que le vieil homme utilisait, un lien de possession différé. Pas un sort destiné à nuire immédiatement, pas une malédiction au sens classique, quelque chose de [musique] plus patient, de plus calculé. Le principe était simple dans sa logique et [musique] terrible dans son application.
Karim avait voulu ses Nabou, elle avait refusé. Il avait alors [musique] décidé, peut-être avec l’aide de quelqu’un, peut-être par une connaissance propre que les hommes de ce type accumulent parfois, que si elle ne lui donnerait pas son corps de son vivant, quelque chose d’autre le prendrait à sa place, [musique] pas lui précisément.
quelque chose qu’il avait invoqué, quelque chose qu’il avait nourri avec les rituels, avec les préparations dans la [musique] nourriture et les boissons, avec des semaines et des mois de présence physique auprès d’elle, une présence, [musique] un esprit lié, quelque chose qui avait attendu. “Ces choses attendent”, [musique] dit Elhaj Suleimman.
“Elles n’ont pas d’urgence. Elles peuvent rester dormantes des années. 7 ans, [musique] c’est une durée ordinaire pour ce type d’entité. Elles attendent que la protection naturelle [musique] de la personne s’affaiblisse. Un moment de vulnérabilité, un deuil, [musique] une maladie, une période de grande fatigue.
Seinabou pensa à l’année précédente. [musique] Elle avait perdu son poste dans son cabinet comptable suite à une restructuration. Avait [musique] passé 5 mois sans emploi. Une période de stress intense, d’insomnie, de doute. Il y a 1 an, j’étais dans une situation difficile. Elhaj Suleimman hocha la tête. C’est souvent à ce moment-là que ces entités activent [musique] le lien.
Elles sentent l’ouverture. Et l’enfant dit Sénabou, sa voix était étonnamment ferme. Elle avait décidé en venant ici de ne pas s’effondrer avant d’avoir toutes les informations. L’enfant que je porte, Elhaj Souleiman la regarda. [musique] L’enfant est réel. Il a une chair humaine, la tienne. Mais ce qu’il porte en lui [musique] en plus vient de l’entité. Il est des deux mondes.
Un silence. Est-ce qu’il est dangereux ? Le vieil homme réfléchit avant de répondre. Il prenait le temps de ses mots avec une précision qui indiquait qu’il ne voulait ni minimiser ni exagérer. Pas en lui-même. [musique] L’enfant n’a rien choisi. Mais tant que le lien qu’il a créé n’est pas rompu, l’entité qui est son père aura un accès à lui. Et par lui, [musique] à toi.
Senabou ne dormit pas cette nuit-là. Elle était allongée dans son lit, [musique] les mains posées sur son ventre, ce ventre encore presque plat. mais dans lequel quelque chose vivait, quelque chose grandissait, quelque chose qui était à la fois elle et autre chose. Elle essayait de penser clairement, de mettre de l’ordre. Elle était comptable.
[musique] Son métier consistait à faire en sorte que les chiffres s’équilibrent, que les colonnes s’additionnent, que rien ne reste inexpliqué. Elle avait une relation avec la logique qui était presque [musique] affective et ce qu’elle Hjouleimman lui avait dit sortait de toute logique qu’elle avait jamais connu. Pourtant, elle le croyait.
[musique] Elle ne savait pas exactement pourquoi. Peut-être parce que certaines parties de ce qu’il avait dit correspondaient [musique] à des choses qu’elle avait vécu et qui n’avaient pas d’autres explication. Peut-être parce que les yeux du vieil homme n’avaient pas le regard des gens qui inventent ou qui jouent un rôle.
Elle pensa [musique] à l’enfant. C’était là que tout devenait vraiment difficile parce qu’elle pouvait accepter intellectuellement [musique] l’idée d’un sort, d’une entité, d’un lien posé par un homme malveillant. Ce genre de chose dans la culture dans laquelle elle avait grandi n’était pas totalement inimaginable. Elle l’avait tenue à distance pendant [musique] toute sa vie adulte.
Ce mondelà lui semblait appartenir aux générations précédentes, [musique] à sa grand-mère et à ses tantes, pas à elle. Mais elle pouvait s’y ouvrir. Ce qu’elle ne pouvait pas résoudre aussi facilement, [musique] c’était la question simple et bouleversante qui s’imposait à elle dans le noir. Est-ce qu’elle [musique] voulait cet enfant ? Pas dans le sens médical ou logistique, dans le sens profond.
Cet enfant, [musique] cet être qu’elle n’avait pas choisi, qu’on lui avait imposé, qui portait en lui quelque chose qu’elle ne comprenait pas encore, est-ce qu’elle pouvait [musique] l’aimer ? Elle posa la paume à plat sur son ventre. Elle attendit comme si une réponse pouvait venir de là et quelque chose vint. Pas une voix, pas une sensation surnaturelle, juste ceci.
Une chaleur ordinaire et immédiate sous sa paume. La chaleur de son propre corps, la chaleur de quelque chose de vivant. Elle ferma les yeux. Elle ne savait pas encore ce qu’elle déciderait, mais elle savait qu’avant de décider quoi que ce soit, il fallait d’abord rompre le lien. Elj Souleiman avait été clair sur ce point.
[musique] La rupture du lien nécessitait une confrontation, pas nécessairement physique, [musique] mais une confrontation réelle, directe avec celui qui l’avait posé. Une parole prononcée en face, [musique] une restitution. Seinabou mit 4 jours à retrouver Karim Touré. Les réseaux sociaux avaient rendu ce genre de recherche plus simple qu’elle ne l’aurait été 7 ans plus tôt.
Elle le trouva sur une plateforme professionnelle. [musique] Il était à présent directeur commercial dans une entreprise de BTP. Photo de profil récente, il avait 44 ans maintenant, [musique] avait épais mais gardait ce sourire qu’elle reconnut immédiatement. Ce sourire qui ne montait pas jusqu’aux yeux.
[musique] Elle lui envoya un message direct. Court. Elle avait besoin de le voir pour lui parler de quelque chose d’important. [musique] Pas d’explication supplémentaire. Il répondit en moins d’une heure comme s’il attendait. Bien sûr, avec plaisir, [musique] quand tu veux. Cette rapidité lui fit quelque chose dans l’estomac. Elle aurait [musique] préféré qu’il mette du temps à répondre, qu’il hésite, qu’il demande des explications.
Sa promptitude ressemblait à de la certitude, [musique] comme s’il savait pourquoi elle contait, comme s’il avait attendu ce moment. Ils se retrouvèrent dans un café. Un soir de semaine, Sein Nabou avait demandé à Aminata de l’attendre dehors, pas d’entrer avec elle, juste d’être là sur le trottoir visible depuis la vitre présente.
Elle était arrivée 5 minutes en avance. Elle avait voulu arriver avant lui. Une façon de ne pas subir l’entrée de l’autre, de ne pas être celle qui cherche du regard, qui s’installe [musique] sous observation. Une petite chose, mais qui comptait ? Karim arriva à l’heure exacte. Il la trouva donc déjà assise. [musique] Il marqua un imperceptible temps d’arrêt en la voyant, un réajustement presque invisible, puis sourit et s’avança.
[musique] Il la salua avec une aisance parfaite, comme si 7 ans ne s’était pas passé, [musique] comme si c’était une réunion ordinaire entre deux personnes qui se connaissent bien. Il la [musique] regarda, son ventre encore peu visible sous sa veste et quelque chose traversa son regard. [musique] Pas de la surprise, de la satisfaction.
Une satisfaction rapide, aussitôt effacée, remplacée par l’expression [musique] neutre et polie d’un homme en réunion professionnelle. Elle s’assit. Tu sais pourquoi je suis là ? Ce n’était pas une question. Karim s’installa [musique] en face d’elle, croisa les bras, souris de ce sourire qu’elle avait mis 14 mois à comprendre.
[musique] Le sourire de quelqu’un qui a une longueur d’avance et qui s’en satisfait en silence. Je peux imaginer. Seinabou avait préparé ce moment pendant quatre jours. Elle avait écrit ce qu’elle voulait dire, [musique] l’avait lu et relu, avait travaillé avec Aminata sur la façon de le formuler. Elle Hadge Souleiman lui avait donné des instructions précises, [musique] des paroles à prononcer dans un ordre précis et une chose à lui remettre physiquement. Elle commença.
Il y a 7 [musique] ans, tu m’as mis quelque chose dans ce que je mangeais et buvais. Des préparations, des rituel. Tu as posé quelque chose sur moi parce que je ne t’avais pas donné ce que tu voulais. Karim ne n’y a pas. Il la regarda avec cette même expression calme, [musique] presque amusée, qu’elle avait haï sans savoir exactement pourquoi pendant 14 mois.
Tu as bien travaillé pour trouver ça. Je te restue ce que tu m’as donné, continua-t-elle. [musique] Sa voix ne tremblait pas. Elle avait décidé qu’elle ne tremblerait pas. Tes cadeaux, tes repas, ton attention. Je ne te dois rien. Je n’ai jamais rien pris qui t’appartenait. [musique] Elle posa sur la table l’objet quelqu Hadj Souleiman lui avait remis.
Un petit sachet de tissu fermé par un nœud. Le vieil homme lui avait dit ce que c’était. [musique] Une restitution symbolique, une façon de refermer le cycle et je ronds tout lien que [musique] tu as cru établir sur moi. Karim regardait le sachet. Quelque chose avait changé dans son expression.
La désinvolture [musique] s’était légèrement effritée. Pas de la peur, pas exactement, mais quelque chose [musique] qui ressemblait à de la contrariété, comme un homme qui voit une transaction qu’il croyait acquise lui échapper. Tu ne peux pas juste si. Elle se leva. L’enfant que je porte, dit-elle en le [musique] regardant une dernière fois, ne t’appartient pas ni à toi, ni à ce que tu as invoqué.
Elle sortit dehors. Amiata [musique] l’attendait. Sainabou s’arrêta sur le trottoir, prit une longue inspiration. L’air du soir était frais avec cette odeur [musique] de poussière et de gaz d’échappement des villes qui sentent toujours la même chose. Elle réalisa que ses mains ne tremblaient pas. La nuit qui suivit la confrontation fut [musique] différente.
Seinabou s’endormit tôt épuisé par la tension des jours précédents et elle [musique] attendit à demi-consciente dans ce demi-ommeil où on perçoit encore ce qui nous entoure. La présence [musique] habituelle, le poids dans l’air, la densité, le visage flou, rien ne [musique] vint. Elle dormit jusqu’au matin d’un sommeil plein et profond, sans interruption, [musique] sans rêve d’aucune sorte.
Elle se réveilla à cette heur avec la lumière qui entrait par les rideaux mal fermés et resta allongé quelques minutes [musique] à écouter le silence de son appartement. Le silence était ordinaire, juste du silence. Pas cette qualité [musique] particulière que les nuits des semaines précédentes avaient. Pas cette sensation d’une présence retenue juste hors de vue.
Elle posa [musique] les mains sur son ventre. Elle avait pris sa décision pendant la nuit. Pas au cours d’un rêve, pas sous l’influence d’une révélation. simplement entre 2hures et trois heures du matin [musique] dans ce silence enfin propre, elle avait su garderait l’enfant pas par résignation, pas parce qu’elle n’avait pas le choix, mais parce que cet enfant, aussi étrange que fut son origine, aussi [musique] inexplicable que fut ce qu’il portait, était réel.
Il était vivant et il avait une mère humaine qui pouvait [musique] décider consciemment et librement de ce qu’elle ferait avec cette réalité. Elle appela [musique] Amiata. Je le garde un silence de deux secondes. Je sais, [musique] dit Aminata. Je le savais depuis hier soir. Elhaj Souleiman l’ai reçu une dernière fois, deux semaines après la confrontation.
Il écouta Seinabou lui raconter la nuit après le café, [musique] l’absence de la présence, le sommeil retrouvé. Ilcha la tête. Le lien principal est rompu. Ce que [musique] tu as fait était juste et complet. Mais dit Sein Nabou, elle avait entendu dans sa voix quelque chose qui n’était pas de la conclusion. Le vieil homme croisa les mains.
L’enfant porte encore une part de ce qu’il a hérité. Ce n’est pas [musique] quelque chose qui disparaît avec la rupture du lien. C’est ce qu’il est. Comment je gère ça ? Elle Soleiman la regarda. La même façon que tu gères n’importe quel enfant qui vient au monde avec quelque chose de particulier.
Tu l’aimes, [musique] tu le guides, tu lui apprend ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. Un enfant [musique] n’est pas sa naissance. Il est ce qu’on fait de lui après. Seinabou resta silencieuse un moment. Est-ce qu’il saura ? Probablement avec le temps. [musique] Ces enfants-là sentent le monde différemment. Ils voient des choses, perçoivent des présences.
Ça peut être une charge. Ça peut aussi être autre chose. Autre chose [musique] ? Comment ? Elle Haj Souleiman sourit. C’était la première fois qu’elle lui voyait ce sourire. Pas le sourire d’un homme qui sait quelque chose que vous ne savez pas. Le sourire de quelqu’un qui a confiance.
Ses enfants, [musique] quand ils sont bien guidés, voi ce que les autres ne voient pas. Ils sentent ce qui vient. Ils protègent ceux qu’ils aiment avec quelque chose que les humains ordinaires n’ont pas. Il regarda le ventre de Senabou. Ce que Karim voulait faire de mauvais, transformer une possession en malédiction. Tu as la possibilité d’en faire autre chose.
[musique] Un enfant qui protège, pas un enfant qui nuit. Sein Nabou posa la main sur son ventre. Elle pensa à ce que ça voulait dire. Élever seul [musique] un enfant dont le monde ne comprendrait jamais la véritable origine. Répondre aux questions sans pouvoir dire la vérité entière. Regarder cet enfant grandir avec quelque chose en [musique] lui qu’elle ne pourrait jamais entièrement comprendre.
Elle pensa aussi à autre chose. À la main posée dans le noir sur son ventre. [musique] Deux semaines plus tôt, à la chaleur ordinaire et immédiate sous sa paume, elle dit : “Il s’appellera Samuel.” Aminata tourna la tête vers elle. “Pourquoi Samuel [musique] ?” Seinabou réfléchit. Elle n’avait pas eu cette décision de façon délibérée.
Le prénom était venu simplement dans sa tête, sans qu’elle comprenne d’où. Parce que Samuel veut dire Dieu a entendu. Il y a des histoires que les gens ne racontent pas. Pas parce qu’elles ne sont pas vraies. Parce qu’elles sont [musique] vrai d’une façon que le monde ordinaire ne sait pas encore recevoir.
Seinabou n’a jamais raconté à personne, sauf à Aminata et au vieil homme de la ruelle ce qui lui était arrivé. [musique] Elle a dit au médecin ce que les médecins pouvaient entendre. Elle a dit à sa famille ce que sa famille pouvait entendre. Le reste elle le porte. Samuel est [musique] né quatre mois après la confrontation dans ce café.
Un garçon en bonne santé qui pleurait fort à la naissance et regardait le monde avec des yeux d’une intensité que les infirmières commentèrent sans savoir [musique] pourquoi. Il grandissait bien, il dormait bien, il était aimé. Ce que Seinabou a appris progressivement, c’est qu’on ne gagne pas contre les forces invisibles par la peur ou par la fuite.
On gagne en reprenant ce qu’on leur a laissé prendre, son corps, sa décision, son avenir. Un homme [musique] l’avait traité comme une chose à posséder, quelque chose qu’on peut marquer et revendiquer. Elle avait refusé cette logique, pas seulement dans le café face à Karim, [musique] mais le soir dans le noir, la main sur son ventre quand elle avait choisi librement.
La possession ne résiste pas au choix libre. C’est peut-être là sa seule vraie limite. Méfiez-vous de ceux qui donnent trop facilement. [musique] Pas parce que la générosité est mauvaise, mais parce que certains donnent pour créer une [musique] dette qu’ils n’ont jamais eu l’intention de nommer clairement et qu’ils encaissent d’une façon que vous n’aurez pas vu venir.
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