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Alger ne se négocie pas : le message qui a surpris Abu Dhabi et convoqué Washington

Alger ne se négocie pas : le message qui a surpris Abu Dhabi et convoqué Washington

Depuis plusieurs semaines, les chancelleries du monde arabe retiennent leur souffle. Quelque chose se passe en Algérie. Quelque chose que beaucoup n’avaient pas anticipé, que certains refusent encore d’admettre et que d’autres observent avec une admiration mêlée d’inquiétude. L’Algérie est en train de reprendre l’initiative et cette fois elle le fait sur plusieurs fronts à la fois.

 Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui, il faut remonter quelques semaines en arrière. Les Émirats arabes unis, acteurs incontournabl de la diplomatie régionale, avait multiplié les signaux. Des signaux discrets mais lisibles pour quiconque connaît les codes de la politique du golfe. Abu Dhabi cherchait à repositionner ses cartes dans le Maghreb, à peser sur les équilibres, à influencer les décisions qui se prennent à Alger.

 Certains observateurs avaient eux-mêmes évoqué des tentatives de pression, des messages envoyés à travers des canaux officieux, des intermédiaires mandatés pour faire passer des positions qui n’auraient jamais pu être exprimées publiquement. L’Algérie a répondu : “Mais pas de la manière dont on aurait pu l’imaginer. Il n’y a pas eu de déclaration fracassante, pas de communiqué incendiaire, pas de rappel d’ambassadeur.

 L’Algérie a répondu par les actes, par une série de décisions souveraines coordonnées qui ont envoyé un message clair à Abu Dhabi, mais aussi à l’ensemble de la région. Alger n’est pas une capitale que l’on manœuvre. Alger n’est pas une pièce sur les chiquers des autres. Alger joue sa propre partie. Et c’est précisément à ce moment-là, dans ce contexte de tension diplomatique feutrée, que Washington a décidé d’envoyer une délégation de haut niveau en Algérie.

UAE có tân Tổng thống

 Une visite qui n’était pas prévue dans les agendas officiels. Une visite qui a surpris les observateurs. Une visite dont les détails complets n’ont pas été rendus publiques, ce qui en dit déjà beaucoup sur sa nature. Pourquoi Washington ? Pourquoi maintenant ? Et surtout, quel est le lien entre la réponse algérienne aux Émirats et cet intérêt américain soudain et pressant ? Pour répondre à ces questions, il faut d’abord poser un cadre.

 L’Algérie n’est plus le pays qu’elle était il y a 10 ans. Ce n’est pas une formule rétorique, c’est une réalité géopolitique que les grandes puissances ont été obligées d’intégrer dans leur calcul. Le pays a traversé une décennie de reconstruction silencieuse, reconstruction économique, reconstruction institutionnelle, reconstruction de son appareil sécuritaire, reconstruction de sa position sur la scène internationale et cette reconstruction commence à produire des effets visibles.

 L’Algérie est aujourd’hui le pays africain qui dispose du budget militaire le plus important du continent. Elle a modernisé ses forces armées avec une cohérence et une constance qui ont impressionné les observateurs militaires. Elle a diversifié ses partenariats stratégiques en maintenant ses liens historiques avec Moscou, en développant sa coopération avec Pékin, en restant engagé dans ses relations avec les capitales européennes et en cultivant des ponts avec Washington.

 

 Cette multidirectionnalité n’est pas de la naïveté. C’est une stratégie délibérée qui offre à Alger une marge de manœuvre que peu de pays de la région peuvent se permettre. Sur le plan économique, les réserves de change ont été reconstituées. Les revenus des hydrocarbures ont permis de financer des investissements massifs dans les infrastructures et surtout l’Algérie a commencé à développer des capacités industrielles et technologiques qui à terme rédui dépendance à l’égard des importations.

 Ce n’est pas encore l’économie diversifiée dont le pays a besoin, mais la trajectoire est là, lisible. documenté. C’est dans ce contexte de puissance montante de pays qui reprend confiance en lui-même et en sa capacité à peser sur les événements que les tensions avec les Émirats arabes unis doivent être lues.

 Abou Dhabi et Alger ont une histoire compliquée. Les deux pays partagent une appartenance commune au monde arabe, mais leurs visions de ce que ce monde devrait être sont profondément différentes. Les Émirats ont fait le choix d’une intégration totale dans les systèmes économiques et sécuritaires occidentaux, d’une normalisation avec Israël, d’une politique régionale agressive qui passe par des financements, des lobbyes, des réseaux d’influence tissés patiemment sur plusieurs continents.

 L’Algérie, de son côté a maintenu une ligne de non alignement, une fidélité aux principes de souveraineté nationale, une méfiance structurelle à l’égard de toute forme d’ingérence extérieure. Ces deux visions se sont heurtées sur plusieurs dossiers. La Libye d’abord où les Émirats ont soutenu des acteurs armés qui menaçaient directement la sécurité aux frontières algériennes.

 Le Mali et le Sahel ensuite où les influences étrangères ont contribué à alimenter une instabilité que l’Algérie paye au prix fort et bien sûr la question palestinienne sur laquelle Alger n’a jamais varié d’un millimètre pendant que d’autres capitales arabes révisaient leur position. Les tentatives émirc d’influencer la politique algérienne n’ont pas commencé hier, mais elles se sont intensifiées ces dernières années au fur et à mesure que l’Algérie gagnait en poids et en influence.

 Car c’est une logique que l’on observe souvent en politique internationale. On ne cherche pas à neutraliser les acteurs faibles. On cherche à contraindre les acteurs qui comptent et l’Algérie compte. La réponse algérienne aux manœuvres émircis a donc pris plusieurs formes. Il y a eu d’abord un renforcement des positions sur les dossiers régionaux où les deux pays s’opposent.

 Alger a maintenu voire amplifié son soutien au processus politique inclusif en Libye en opposition aux solution de force que certains acteurs extérieurs continuent de préférer. Sur la Palestine, la position algérienne s’est faite encore plus audible, encore plus présente dans les enceintes internationales. L’Algérie a accueilli des délégations, organisé des réunions, porté des résolutions.

Elle a utilisé sa présence au Conseil de sécurité. des Nations Unies pour faire entendre une voix qui tranche avec le consensus mou de certaines capitales arabes. Il y a eu ensuite un message plus discret mais tout aussi clair envoyé à travers les canaux diplomatiques et économiques. L’Algérie a montré qu’elle était capable de diversifier ses partenariats commerciaux et énergétiques sans se laisser dicter ses choix par qui que ce soit.

 Des accords ont été signés, des partenariats ont été annoncés. des délégations ont été reçues. Tout cela dans un calendrier qui n’était pas anodin et puis il y a eu la dimension sécuritaire. L’Algérie a renforcé sa coopération avec ses voisins immédiats, a intensifié ses échanges de renseignement avec des partenaires soigneusement choisis, a démontré sa capacité à gérer les menaces à ses frontières sans avoir besoin de l’aide ou de la permission de qui que ce soit.

C’est un message qui s’adresse à tous ceux qui auraient pu croire qu’une pression externe pourrait amener Alger à revoir ses positions. C’est dans ce contexte que la visite américaine prend tout son sens. Washington observait. Washington analyse depuis un moment la nouvelle donne algérienne et ce que Washington voit, c’est un pays qui occupe une position géographique et géopolitique absolument stratégique.

L’Algérie est au cœur du Maghreb, à la jonction entre l’Afrique sub-saharienne et la Méditerranée, entre les enjeux sahéliens et les dynamiques européennes. Elle partage des frontières avec six pays. Elle contrôle des routes commerciales et migratoires essentielles. Elle dispose de réserves énergétiques considérables dans un moment où l’Europe cherche à réduire sa dépendance à l’égard du gaz russe.

 Et l’Algérie, malgré ses relations parfois tendues avec l’Occident, malgré son nonalignement affiché, malgré ses partenariats avec Moscou et Pékin, reste un interlocuteur avec lequel Washington sait qu’il faut composer. La visite surprise de la délégation américaine n’était donc pas un geste de courtoisie protocolaire.

 C’était un signal fort envoyé à plusieurs destinataires à la fois à Alger d’abord. Washington reconnaît votre poids, votre rôle, votre indépendance. Nous voulons vous parler, pas vous dicter. À Abu Dhabi ensuite. Vos tentatives de contenir l’influence algérienne ne fonctionnent pas. Alger joue dans une cour que vous ne contrôlez pas.

 Aux capitales européennes également. L’Algérie est un partenaire que vous ne pouvez pas ignorer ni sous-estimer. Et à l’Afrique enfin, regardez ce qui se passe lorsqu’un pays africain refuse de se laisser définir par les agendas des autres lorsqu’il maintient sa souveraineté avec constance et cohérence. Les sujets abordés lors de cette visite américaine n’ont pas tous été rendus publ et c’est précisément ce silence qui est instructif.

 Dans la diplomatie, ce que l’on ne dit pas est souvent aussi important que ce que l’on dit. Les informations qui ont filtré évoquent des discussions sur la sécurité régionale, sur la coopération en matière de lutte contre le terrorisme, sur les questions énergétiques, sur les dynamiques sahéliennes.

 Mais au-delà des sujets officiels, ce qui s’est joué dans ces discussions, c’est une évaluation mutuelle. Deux parties qui se regardent, qui évaluent leurs intérêts communs et leurs divergences, qui cherchent à définir les contours d’une relation qui pourrait être approfondie. Ce que l’Algérie a mis sur la table, c’est sa vision d’un partenariat équilibré, pas un partenariat de subordination, pas une relation où l’une des parties dicte et l’autre obéit.

 un partenariat entre acteurs souverains qui partagent certains intérêts et qui peuvent coopérer sur cette base sans que cela implique un alignement total sur la vision et les priorités de l’autre. C’est une position que Washington n’a pas l’habitude d’entendre de la part de ses interlocuteurs de la région. Et c’est peut-être précisément pour cela que cette visite a eu lieu.

 Il faut aussi parler de ce que cette séquence révèle sur les mutations en cours dans le monde arabe et africain. Nous sommes dans une période de reconfiguration profonde des alliances et des équilibres. Les certitudes de l’après-guerre froide s’ffritent. Les architectures sécuritaires construites dans les années 1990 et 2000 sont mises à rue d’épreuves.

 De nouveaux acteurs émerge. De nouvelles coalitions se forment, de nouvelles logiques s’imposent. Dans ce monde en mouvement, les pays qui ont maintenu leur cohérence stratégique, leur indépendance de jugement, leur capacité à nouer des partenariats sans se lier les mains, ces pays-là se retrouvent dans une position de force relative.

 L’Algérie est de ceux-là. Et les Émirats arabes unis, malgré leur puissance économique considérable, malgré leur réseau d’influence soigneusement tissé, ont découvert quelque chose d’important. On ne reconfigure pas Alger. On peut essayer, on peut envoyer des signaux, activer des relais, faire jouer des influences, mais en face, il y a un état qui a la mémoire de ses choix, qui a intégré dans son ADN politique la méfiance à l’égard des pressions extérieures et qui dispose désormais des moyens de maintenir cette ligne de conduite. La réponse algérienne aux

Émirats n’est donc pas anecdotique. Elle s’inscrit dans une logique de long terme. Elle dit quelque chose sur la nature du pouvoir en Algérie aujourd’hui, sur sa capacité [rires] à lire les situations, à décider, à agir avec une cohérence qui surprend même ceux qui pensaient connaître ce pays. Et la visite américaine qui a suivi n’est pas non plus un hasard du calendrier.

Elle confirme ce que les observateurs les plus attentifs avaient y commencé à noter. L’Algérie est redevenue un acteur que les grandes puissances ne peuvent pas se permettre d’ignorer. Ce qui se joue en ce moment dans les bureaux feutrés des chancelleries, dans les conversations discrètes entre conseillers diplomatiques, dans les câbles codés qui circulent entre les capitales, c’est une redéfinition du rôle de l’Algérie dans la géopolitique régionale et mondiale.

 Un rôle que le pays n’a peut-être pas encore pleinement assumé publiquement, mais que les autres acteurs ont déjà commencé à intégrer dans leur calcul. L’histoire n’est pas terminée. Elle s’écrit en ce moment même. Et ce qui est certain, c’est que le prochain chapitre sera déterminant pour l’Algérie, pour ses voisins, pour ses partenaires et pour tous ceux qui de près ou de loin ont des intérêts dans cette région du monde qui ne cessent de se transformer.

 Ce qui se passe à Alger en ce moment ne ressemble à rien de ce que nous avons connu ces dernières décennies. Et ceux qui comprennent la géopolitique savent que ce genre de moment, ce moment où un pays reprend confiance en lui-même et commence à peser sur les événements avec une nouvelle assurance, ce genre de moment ne se répète pas souvent.

 L’Algérie a répondu aux Émirats, l’Algérie a reçu Washington et l’Algérie visiblement n’a pas fini de surprendre. Yeah.