Al Bano et Romina Power, l’aveu des 81 ans : Pourquoi le cri du cœur tardif du ténor des Pouilles a bouleversé la mémoire collective

Le temps possède cette vertu rare de dépouiller les hommes de leurs artifices. Arrivé au soir d’une existence monumentale, gravée dans le marbre de la chanson populaire internationale, Al Bano Carisi n’a plus rien à prouver, plus rien à cacher, et surtout, plus rien à feindre. À 81 ans, l’éternel enfant de Cellino San Marco a prononcé sept mots qui ont instantanément figé le temps et fait trembler les réseaux sociaux de l’Europe à l’Amérique latine : « Elle est l’amour de ma vie. »
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Il n’a pas eu besoin de nommer celle dont il parlait. Pour le public, pour l’histoire de la musique, et pour quiconque a un jour vibré au son de l’hymne universel « Felicità », ce pronom n’a qu’un seul visage, une seule voix : Romina Power. Cette confession publique, livrée avec la nudité d’un homme face à son propre destin, vient clore un chapitre de trente ans de silences, de spéculations, de pudeur et de larmes rentrées. C’est l’épilogue d’un roman d’amour moderne que beaucoup croyaient brûlé par les tragédies de l’existence, mais dont les braises couvaient, intactes, sous les cendres des décennies passées.
Pour comprendre l’impact sismique de cette déclaration, il faut remonter à la genèse du mythe, en 1967, sur le plateau de tournage du film Nel Sole. À l’époque, le jeune Al Bano est l’incarnation pure du miracle italien et de la méritocratie rurale. Né en 1943 dans une famille de paysans modestes des Pouilles, il a grandi au rythme du travail de la terre, cultivant les oliviers avec son père avant de tenter sa chance à Milan avec seulement quelques lires en poche. Serveur, ouvrier, sa trajectoire bascule lorsque l’industrie découvre sa tessiture de ténor exceptionnelle, une force de la nature capable de faire vibrer les pierres.
Face à lui, Romina Power est le produit d’un tout autre univers. Fille de la légende hollywoodienne Tyrone Power et de la sublime actrice Linda Christian, elle a grandi entre Los Angeles, Rome et les projecteurs de la jet-set internationale. Elle possède une beauté angélique, une douceur aristocratique et une sensibilité à fleur de peau. Sur le papier, leurs mondes respectifs étaient strictement inconciliables. Dans la réalité, le choc thermique produit une étincelle immédiate. L’amour éclôt loin des paparazzi, nourri par une curiosité mutuelle et une fascination sincère pour leurs différences. Lorsqu’ils se marient en 1970, la presse italienne s’empare de ce qui devient instantanément le symbole d’une Italie romantique, authentique et lumineuse.
L’hymne au bonheur simple et le poids de la perfection
Pendant plus de deux décennies, Al Bano et Romina Power ne se contentent pas d’être un couple ; ils deviennent une institution culturelle, une thérapie par le bonheur pour des millions de foyers. Leurs morceaux se transforment en hymnes transgénérationnels. « Felicità » en 1982 célèbre la joie des choses simples, tandis que « Ci sarà » remporte le prestigieux festival de Sanremo en 1984. De l’Europe à l’ex-URSS, en passant par l’Amérique du Sud, ils incarnent l’harmonie absolue. Le public s’identifie à leur complicité, à leurs regards qui ne trompent pas sur scène, à cette famille idéale qu’ils fondent ensemble au cœur du domaine familial des Pouilles.

Mais la perfection est un fardeau lourd à porter sous l’œil impitoyable des médias. Derrière les sourires de façade et l’euphorie des tournées mondiales, la pression s’accumule. Le duo donne tout à son public, parfois au détriment de l’intimité nécessaire pour protéger un foyer. Pourtant, ce ne sont pas les dérives de la gloire qui ébranleront la structure de leur union, mais un coup du sort d’une cruauté sans nom.
Le 6 janvier 1994, le destin du couple bascule définitivement dans les abysses. Leur fille aînée, Ilenia Carisi, jeune femme brillante de 23 ans, disparaît mystérieusement à la Nouvelle-Orléans. Les recherches policières intenses, les appels à témoins déchirants à la télévision, les enquêtes privées obsessionnelles : rien n’y fait. Le vide s’installe. Ilenia demeure introuvable, laissant derrière elle un mystère jamais résolu.
Ce traumatisme absolu agit comme un acide sur le ciment du couple. Face au deuil impossible d’un enfant disparu, les deux artistes réagissent de manière diamétralement opposée. Al Bano, l’homme de la terre, s’enferme dans une rationalité douloureuse et une mélancolie profonde, continuant à chanter presque par instinct de survie, les larmes dissimulées dans le coffre de sa voix. Romina, quant à elle, se replie sur elle-même, cherchant refuge dans le silence, l’écriture et le mysticisme oriental. La souffrance, au lieu de les rapprocher, creuse un fossé infranchissable. En 1999, l’inévitable se produit : le divorce est prononcé. Pour les fans, c’est un deuil collectif. Le couple qui avait promis l’éternité venait de capituler face à la douleur.
Les branches séparées d’un même olivier
Les années qui suivent sont celles de la reconstruction séparée. Al Bano poursuit une brillante carrière solo, fonde une nouvelle famille avec Loredana Lecciso et érige un empire viticole à Cellino San Marco, au milieu des oliviers centenaires. Romina s’exile aux États-Unis, vivant une existence spirituelle, loin du tumulte médiatique. Mais le public refuse d’oublier. Malgré les autres compagnes, malgré les décennies de séparation, l’ombre de Romina plane constamment sur la vie du chanteur.
Le miracle de la réconciliation s’opère en 2013 à Moscou, lorsque, contre toute attente, les deux ex-époux acceptent de remonter sur scène ensemble pour la première fois depuis près de quinze ans. Lorsque les premières notes de « Felicità » résonnent, le public est en larmes. Les vidéos font le tour de la planète. Ce retour n’a rien d’un coup marketing ; la complicité, les sourires complices et le respect mutuel sont intacts. Le temps a poli la douleur, ne laissant subsister que l’essence même de ce qu’ils ont été l’un pour l’autre.
Un aveu en guise de monument à l’éternité

L’aveu récent d’Al Bano, formulé au micro d’une grande émission de télévision, n’est pas le caprice d’une star nostalgique. À 81 ans, c’est l’acte de courage d’un homme qui regarde son passé en face et choisit la vérité nue plutôt que les conventions. « J’ai aimé d’autres femmes, j’ai eu une autre famille, mais il n’y a eu qu’un seul amour dans ma vie avec une majuscule : Romina », écrivait-il déjà en substance dans son autobiographie. En le verbalisant aujourd’hui face caméra, il offre une rédemption à tous ceux qui ont connu les ruptures, les regrets et les blessures de la vie.
Fidèle à sa légendaire réserve, Romina Power n’a pas répondu par une déclaration tonitruante. Quelques semaines plus tard, elle a publié sur ses réseaux sociaux la photo d’un vieil olivier des Pouilles, accompagnée de ces mots d’une beauté poignante : « Certains arbres sont faits pour pousser ensemble, même si leurs branches se séparent avec le vent. »
Par cette métaphore végétale, le couple légendaire confirme ce que la mémoire collective savait déjà : Al Bano et Romina ne vivront plus jamais sous le même toit, mais ils partagent les mêmes racines et la même sève. Au crépuscule d’une vie passée sous les projecteurs, cette ultime confession est sans doute la plus belle partition qu’ils nous aient livrée. Une chanson sans musique, mais d’une vérité absolue, qui prouve au monde entier que l’amour véritable ne meurt jamais ; il change simplement de forme pour devenir immortel.