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Algérie : Au cœur de la toile d’araignée de la mafia des cigarettes, entre flics corrompus, juges achetés et milliards évaporés

Algérie : Au cœur de la toile d’araignée de la mafia des cigarettes, entre flics corrompus, juges achetés et milliards évaporés

Une véritable mafia prospère en Algérie, et elle le fait dans l’ombre, avec la bénédiction et la protection directe de ceux-là mêmes qui sont censés la combattre. Le secteur du tabac, hautement stratégique, opaque et brassant des sommes vertigineuses, est devenu le terrain de jeu d’un réseau criminel d’une puissance effrayante. Chaque jour, ce sont des dizaines de milliards de centimes en cash qui circulent dans l’illégalité la plus totale, échappant au contrôle de l’État pour finir dans les poches d’intermédiaires, de hauts responsables et d’enquêteurs complices. Face à l’ampleur de cette gangrène, le constat est sans appel : la police nationale et les services de sécurité civile ont failli, laissant la Direction Centrale de la Sécurité de l’Armée (DCSA), la sécurité militaire, comme l’unique bouclier capable de nettoyer l’État de l’intérieur.

L’affaire de la Société Algéro-Émiratie des Tabacs (STAEM) a mis en lumière l’hypocrisie du système judiciaire et policier. Entre septembre et octobre 2025, le Service Central de Lutte contre le Crime Organisé (SCLCO) de Saula, pourtant considéré comme l’unité d’élite de la DGSN, s’est contenté d’une justice de façade. Les enquêteurs se sont acharnés exclusivement sur Zohir Khalef, l’ancien directeur général de la STAEM, pour en faire le bouc émissaire parfait. Lors d’un procès expédié en toute opacité au début de l’année 2026, Khalef a été condamné sans aucune médiatisation. Pourquoi une telle discrétion ? Parce que ce dossier brûlant implique des figures intouchables, à l’image du fils de la présidente de la Cour constitutionnelle, Madame Asasla. Pour préserver ces requins, la police de Saula a décapité la tête visible mais a délibérément laissé les lieutenants et les cerveaux opérationnels de la mafia continuer leurs affaires dans l’aquarium de la STAEM.

Un marché noir hors de contrôle : Le secteur informel des cigarettes en Algérie représente un manque à gagner colossal situé entre 1 et 1,2 milliard de dollars par an, sans compter la contrebande internationale qui inonde l’Europe et les pays voisins.

L’un des personnages les plus énigmatiques et pourtant totalement épargné par les limiers de Saula se nomme Nordin Agon. Toujours en poste comme responsable des ressources humaines à la direction commerciale de la STAEM, cet homme est pourtant une pièce maîtresse du puzzle de Zohir Khalef. Ancien conseiller d’Abdelhamid Temmar, ministre emblématique de l’ère Bouteflika qui gérait les privatisations, Agon avait été informé des futurs investissements émiratis dans le tabac. Il a transmis cette information stratégique à Khalef, alors simple cadre, lui permettant de s’imposer auprès des investisseurs étrangers. En retour, Khalef l’a propulsé à la tête du Centre de Distribution de Boufarik, le véritable poumon économique du tabac en Algérie, gérant près de 40 % du marché national.

Tebboune Denies Algeria Meddling in Tunisia, Warns of Strife - Africa Press  English

À Boufarik, au cœur d’un business générant 3,2 milliards de dollars par an, les pratiques d’Agon relevaient d’un conflit d’intérêts massif et d’une corruption déguisée. Il louait sa propre villa à un grossiste distributeur de la STAEM, dissimulant des pots de vin derrière un bail immobilier fictif. Malgré la découverte de ce montage illégal, Khalef l’a protégé et transféré à la direction générale. Les grossistes de ce réseau utilisaient des sociétés écrans et des prête-noms pour obtenir d’immenses stocks de cigarettes en échange de rétrocommissions versées aux cadres de la STAEM, spéculant ensuite sur le marché noir par le biais de falsifications comptables. Pourtant, la police de Saula n’a jamais daigné auditionner Nordin Agon.

Le cas d’Aziza Btawi, responsable juridique de la STAEM, est tout aussi scandaleux. Gardienne de la légalité de l’entreprise, elle était parfaitement au courant des mécanismes de surfacturation et de siphonnage de devises orchestrés sous l’ère Khalef. Dès 2011, ce dernier avait créé en France la société Boubak Industrie, utilisée comme fournisseur privilégié de la STAEM pour des pièces de rechange et des équipements de production. Ce flux de contrats, se chiffrant en centaines de milliers, voire en millions d’euros, bénéficiait directement à Khalef et à sa famille via des prête-noms.

Une autre entité, la société Indalco, créée par le beau-frère de Khalef, participait au même réseau d’évasion de capitaux. En tant que directrice juridique, Aziza Btawi avait le devoir de vérifier la conformité de ces fournisseurs étrangers. Elle savait, les preuves existent, mais elle s’est tue. Protégée par des réseaux extrêmement puissants au sein du régime algérien, elle n’a, elle non plus, jamais été inquiétée par les policiers.

Cette impunité sélective s’explique par une réalité systémique révoltante : lors des saisies d’argent, d’or ou de marchandises, une partie substantielle des biens s’évapore régulièrement dans les poches des enquêteurs ou dans les stocks des commissariats. Au lieu de démanteler intégralement les réseaux criminels, certains services de sécurité préfèrent négocier avec les seconds couteaux pour leur soutirer des commissions mirobolantes et “manger” avec la mafia. C’est ce qui s’est produit en 2022 lors d’une affaire à la Cour de justice de Bouira, où une saisie évaluée initialement à 360 milliards de centimes — alors que sa valeur réelle était de 700 milliards — a été totalement bâclée par des magistrats corrompus. La marchandise avait ensuite été revendue aux enchères à d’autres grossistes de la même mafia, leur permettant de doubler leur mise en toute légalité.

Face à une police corrompue et une justice complice, l’avenir des institutions algériennes est gravement menacé par ce système de prédation. Seule une reprise en main totale du dossier par la sécurité militaire, imperméable aux pressions des lobbies du tabac, pourrait permettre de briser cette omerta et de traduire enfin les véritables coupables devant les tribunaux.