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Brahim Ghali humilié par Paris, Alger l’envoie en Ouganda

Brahim Ghali humilié par Paris, Alger l’envoie en Ouganda

Le paysage diplomatique africain est en train de subir une mutation profonde, et certains acteurs semblent s’être égarés dans les couloirs du temps. Ce mercredi 13 mai 2026 restera sans doute gravé comme une date charnière, non pas pour une victoire, mais pour le constat d’un isolement qui ne peut plus être dissimulé derrière des communiqués triomphalistes. Brahim Ghali, le chef de la milice du Polisario, s’est envolé pour l’Ouganda, une destination qui ressemble davantage à un exil protocolaire qu’à une visite d’État stratégique. Ce déplacement intervient dans un contexte de tension et de remise en question systématique de la légitimité d’un mouvement qui voit ses soutiens s’effriter un à un à travers le globe.

L’histoire commence par un silence assourdissant du côté de Paris. Lors du dernier sommet France-Afrique, un événement dont l’importance redéfinit les équilibres entre le continent et les puissances européennes, une absence a particulièrement été remarquée : celle du Polisario. Malgré les pressions incessantes et les tentatives de lobbying financées à grands frais par Alger, la France a maintenu une ligne de conduite d’une fermeté absolue. En refusant d’admettre Brahim Ghali à cette table de discussion majeure, Paris envoie un signal politique d’une clarté limpide : les entités sans réelle assise souveraine et aux méthodes contestées n’ont plus leur place dans les grands rendez-vous qui dessinent l’avenir du monde.

Cette mise à l’écart n’est pas qu’une simple question d’agenda. Elle représente le craquage définitif du vernis diplomatique que le Polisario tentait d’entretenir depuis des décennies. Pour Brahim Ghali, la pilule est amère. Se voir ainsi consigné sur le palier alors que les nations africaines bâtissent de nouveaux partenariats avec l’Europe est une humiliation qui frappe au cœur même de sa stratégie de reconnaissance. C’est précisément pour tenter de camoufler ce revers cuisant que l’appareil diplomatique algérien a orchestré en toute hâte une “opération de rattrapage” vers l’Afrique de l’Est.

À Kampala, le décor est celui de l’investiture de Yoweri Museveni. À 81 ans, le président ougandais entame un septième mandat, dans un cadre qui semble convenir parfaitement à Brahim Ghali : une scène de substitution où les vieux réflexes de la guerre froide ont encore parfois cours. L’Ouganda fait partie de ce cercle restreint de pays qui reconnaissent encore la prétendue RASD. C’est donc dans un cadre acquis d’avance, presque anachronique, que le chef séparatiste tente de simuler une activité diplomatique normale. Mais il ne faut pas s’y tromper : être accueilli pour une cérémonie protocolaire entre alliés de longue date ne constitue en rien une percée politique. C’est, au mieux, une séance de photos destinée à alimenter la propagande interne.

Algerian president Tebboune transferred to German hospital amid Covid-19  fears - France 24Sur place, la présence d’Azou Nassri, président de la chambre basse du Parlement algérien, lève les derniers doutes sur la nature de ce voyage. Ghali n’est pas à Kampala par conviction ou par stratégie régionale, il y est parce qu’Alger l’y a envoyé. Le régime algérien continue de porter à bout de bras une cause artificielle, agissant comme un metteur en scène qui repeint inlassablement un vieux décor de théâtre pour éviter qu’il ne s’effondre sous le poids de la réalité. Cette obsession stérile pour un conflit sans issue semble être devenue l’unique boussole d’un pouvoir algérien figé dans le passé.

Pendant que les ressources et l’énergie diplomatique de l’Algérie sont mobilisées pour maintenir en vie l’illusion du Polisario, la population algérienne, elle, attend toujours des réponses concrètes à ses difficultés quotidiennes. Il y a un contraste saisissant, presque tragique, entre les aspirations d’une jeunesse algérienne tournée vers l’avenir et un pouvoir qui s’accroche à des rancunes historiques et à des milices déconnectées des enjeux du XXIe siècle. En recyclant les mêmes postures et les mêmes alliés depuis des décennies, Alger donne l’image d’un régime qui tourne en rond, prisonnier d’un logiciel politique obsolète.

Le malaise est palpable. Chaque invitation secondaire, chaque poignée de main dans un forum de second plan est transformée par les médias partisans en une “victoire historique”. Pourtant, la réalité du terrain est toute autre. Le mouvement séparatiste survit dans une dépendance totale vis-à-vis de son protecteur, incapable d’exister par lui-même sur la scène internationale dès que l’ombre d’Alger s’éloigne. L’escale de Kampala raconte l’histoire d’un mouvement qui, exclu des scènes majeures, se rabat sur des tribunes amies pour entretenir un semblant de vie.

Le constat est sévère pour le Polisario : le monde change, les alliances se redéfinissent sur des bases économiques et de stabilité régionale, et le projet séparatiste apparaît de plus en plus comme un vestige encombrant. Le Maroc, de son côté, continue de consolider sa position grâce à une diplomatie de développement et de coopération sud-sud qui séduit une majorité croissante de pays africains. Face à ce dynamisme, la stratégie de la “chaise vide” ou du “rattrapage en Ouganda” montre ses limites.

En conclusion, le voyage de Brahim Ghali en Ouganda n’est pas le signe d’un renouveau, mais celui d’une fin de cycle. C’est le témoignage d’un isolement croissant que même les pétrodollars ne peuvent plus masquer. Le vernis craque, et derrière les sourires de circonstance à Kampala, se cache la détresse d’une organisation qui sent le sol se dérober sous ses pieds. La diplomatie ne se nourrit pas d’illusions, elle se construit sur des réalités. Et aujourd’hui, la réalité est que le Polisario est en train de perdre sa dernière bataille : celle de la pertinence internationale.