Mali, Niger, Burkina : l’Algérie a fait ce que personne n’a vu (et la France n’a rien compris)

L’onde de choc que Paris n’a pas anticipée
Il y a à peine une décennie, la présence française en Afrique semblait immuable, presque éternelle. De Gao à Niamey, en passant par Ouagadougou, N’Djamena ou Dakar, le drapeau tricolore flottait sur des bases militaires stratégiques. Des milliers de soldats, des drones de dernière génération et des avions de chasse quadrillaient le ciel sahélien. La France se comportait en terrain conquis, installant ou déposant des présidents, contrôlant les économies via le franc CFA et sécurisant ses approvisionnements en uranium et en or.
Pourtant, en ce mois de mai 2026, le paysage géopolitique est méconnaissable. Les opérations Barkhane et Serval ne sont plus que des souvenirs amers dans les livres d’histoire. Le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont non seulement exigé le départ des troupes françaises, mais ont scellé leur union au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Mais derrière cette rupture brutale, un acteur clé a agi avec une subtilité qui a totalement échappé aux analystes de l’Élysée : l’Algérie.
La géographie comme destin : Le géant silencieux
Pour comprendre pourquoi l’Algérie a réussi là où la France a échoué, il suffit de regarder une carte. Alger partage plus de 2 000 kilomètres de frontières avec le Mali et le Niger. Cette bande de terre, l’une des plus instables au monde, est le théâtre permanent de trafics d’armes, de drogue et d’activités terroristes menées par le JNIM ou l’État islamique au Sahel.
Alors que la France intervenait avec la force brute des blindés, l’Algérie a choisi la voie de la profondeur stratégique. Contrairement à l’ancienne puissance coloniale, Alger n’a jamais cherché à bombarder des villages ou à installer des bases permanentes chez ses voisins. Sa doctrine est simple mais radicale : “Les problèmes de l’Afrique doivent être résolus par les Africains.” En refusant systématiquement toute ingérence militaire étrangère, y compris celle des drones américains, l’Algérie a préparé le terrain idéologique à ce que nous voyons aujourd’hui : une Afrique qui refuse les tuteurs.
Diplomatie de l’ombre contre diplomatie du spectacle
L’influence algérienne s’est manifestée à travers trois piliers invisibles mais dévastateurs pour les intérêts français :
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La légitimité de la médiation : En 2015, les Accords d’Alger ont prouvé que c’était en Algérie, et non à Paris, que se négociait l’avenir du Nord-Mali. La France, étant juge et partie avec ses intérêts économiques (uranium du Niger, contrats de défense), ne pouvait prétendre à l’impartialité. Alger, sans soldats sur le terrain, disposait d’un capital confiance que la France avait dilapidé depuis longtemps.
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Le nerf de la guerre : Le Renseignement : Loin des caméras et des communiqués de presse héroïques, l’Algérie a tissé un réseau de partage d’informations cruciales avec les armées sahéliennes. Interceptions de convois, mouvements de groupes djihadistes, sécurisation des frontières… Cette coopération discrète a montré aux dirigeants du Sahel qu’une alternative régionale efficace existait, rendant la présence française superflue.
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Le soutien à la souveraineté : Lorsque les coups d’État ont secoué le Mali (2020-2021), le Burkina Faso (2022) et le Niger (2023), l’Algérie n’a pas crié au loup comme Paris. Elle a rappelé son propre passé — celui de 1962 — et a murmuré aux nouveaux leaders qu’ils avaient le droit de choisir leurs partenaires, qu’ils soient Russes, Turcs ou Chinois.
2026 : Un Sahel sans la France, mais face à ses défis

Aujourd’hui, le constat est cinglant pour la diplomatie française. En février 2026, lors du sommet de Ouagadougou, la feuille de route de l’AES a confirmé l’irréversibilité du divorce. Les négociations menées par Lansana Kouyaté avec la CEDEAO confirment que le bloc sahélien ne fera pas marche arrière.
Cependant, le départ des Français n’a pas transformé la région en paradis instantané. Le terrorisme reste une menace sanglante, comme en témoigne l’attaque tragique de Kofono au Bénin en mars dernier, coûtant la vie à 15 soldats. La Russie, via “Africa Corps”, a comblé le vide laissé par Barkhane. Mais pour Alger, là n’est pas la question principale. L’objectif était de briser le cordon ombilical colonial.
L’Algérie se positionne désormais comme le leader naturel de la stabilité en Afrique du Nord. Son message est clair : on peut protéger ses frontières sans asservir ses voisins. Pour la France, la leçon est amère. En n’ayant “rien compris” à la mutation profonde des aspirations sahéliennes et au rôle pivot d’Alger, elle a perdu sa place dans une région qu’elle pensait contrôler pour toujours. Le débat reste entier : la France trouvera-t-elle un moyen de revenir, ou assistons-nous aux funérailles définitives de son empire africain ? Une chose est sûre, l’Algérie, elle, ne bougera pas.