Chengriha a surpris les invités en déclarant le statut de l’Algérie vis-à-vis de la France ! Ségolène Royal a mis en garde contre un grave problème : « Ne faites pas ça ! »

Le poids de l’histoire au cœur de la diplomatie
Dans le théâtre complexe des relations franco-algériennes, chaque mot, chaque geste et chaque silence pèse le poids de décennies de souffrances et d’aspirations contrariées. Récemment, la visite en Algérie d’Alice Rufo, ministre française chargée des Anciens combattants, a servi de catalyseur à une nouvelle démonstration de la doctrine algérienne : la coopération, certes, mais jamais au prix de l’amnésie. Le lieutenant-général Saïd Chengriha, chef d’état-major de l’Armée Nationale Populaire (ANP), a profité de cette rencontre pour envoyer un message d’une clarté absolue, définissant ce que l’on pourrait appeler “la condition algérienne”.
Recevant la délégation française, le général Chengriha a prononcé une sentence qui résonne bien au-delà des cercles militaires : l’Algérie et la France doivent travailler ensemble pour surmonter les vestiges du douloureux passé colonial, mais « sans l’oublier ». Cette nuance n’est pas une simple clause de style. En politique étrangère, elle signifie que l’Algérie ne fermera pas la porte au futur, mais qu’elle ne l’ouvrira pas non plus à n’importe quel prix. Pour Alger, le passé n’est pas un dossier que l’on enterre tranquillement ; c’est une réalité qui doit être reconnue pour que la relation puisse enfin cicatriser.
Un anniversaire chargé de symboles : Le 8 mai 1945
La visite de la délégation française n’a pas été choisie au hasard. Elle a coïncidé avec la commémoration nationale des massacres du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata. Ce moment charnière de l’histoire algérienne, où des milliers de civils furent massacrés alors qu’ils réclamaient l’indépendance à la fin de la Seconde Guerre mondiale, demeure une plaie ouverte. Le général Chengriha a rappelé avec force que le peuple algérien, qui s’était sacrifié durant le conflit mondial pour la liberté de l’Europe, avait reçu pour seule réponse la répression sanglante.
La présence d’Alice Rufo à Sétif, où elle a déposé une gerbe de fleurs devant le mémorial du martyr Bouzid Saâl, constitue un geste politique fort. C’est un pas vers la reconnaissance, une tentative de “courage” face à l’histoire, comme l’a souligné la ministre elle-même. Pourtant, pour de nombreux observateurs algériens, ce geste reste insuffisant. On se situe ici dans une zone grise : c’est plus que le silence des décennies passées, mais c’est encore moins que les excuses formelles et la reconnaissance pleine et entière attendues par la mémoire collective algérienne. Cette “froideur” protocolaire algérienne n’est pas un rejet du dialogue, mais un refus de transformer la mémoire en un simple échange de courtoisies diplomatiques.
Coopération militaire et enjeux sécuritaires

Derrière les questions mémorielles, la realpolitik reprend ses droits. Les discussions entre le général Chengriha et la partie française n’ont pas porté uniquement sur les archives et les stèles. Le ministère de la Défense a évoqué une coordination sur des sujets d’intérêt commun et une coopération militaire accrue. Dans un contexte mondial marqué par des transformations rapides et des menaces sécuritaires transfrontalières, notamment au Sahel, les deux armées ont tout intérêt à échanger leurs points de vue.
L’Algérie adopte ici une stratégie duale. Elle ne sépare pas le dossier de la mémoire de celui de la politique ou de la sécurité. Pour Alger, la confiance nécessaire à une coopération militaire de haut niveau ne peut naître que si le contentieux historique est traité avec sérieux. C’est un test de sincérité permanent imposé à Paris.
Le retour de l’ambassadeur et les mises en garde de Ségolène Royal
Le climat diplomatique semble sortir d’une période de glaciation. Le retour de l’ambassadeur de France, Stéphane Romatier, à Alger après une période de tensions extrêmes marque une volonté de rétablir un dialogue constructif. Cependant, l’accueil réservé par les autorités algériennes est resté très calculé : pas d’escalade, mais pas non plus d’enthousiasme excessif. Alger observe les mouvements français et attend des preuves concrètes.
C’est dans ce contexte que Ségolène Royal est intervenue sur la scène médiatique pour saluer ce retour au dialogue. Tout en qualifiant la participation française aux commémorations du 8 mai d’étape distincte vers la compréhension mutuelle, elle a lancé une mise en garde sérieuse. Elle a dénoncé l’utilisation de certains dossiers, comme l’affaire du journaliste Christophe Gallet, comme des outils de pression politique. Selon elle, toute exploitation de ces fichiers sensibles pourrait saboter les efforts d’apaisement. Cette sortie révèle que la relation ne se joue pas seulement entre les présidences, mais est soumise à des interférences qui peuvent rapidement faire dérailler le processus de réconciliation.
Une accumulation de dossiers brûlants
La crise entre les deux nations ne se résume pas à l’histoire. Les points de friction sont nombreux et actuels :
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La question du Sahara Occidental : Le soutien de la France à la proposition marocaine a provoqué le retrait de l’ambassadeur algérien l’année dernière.
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Immigration et visas : Les politiques de déportation et de gestion des flux migratoires restent un sujet de tension permanent.
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Les essais nucléaires : Les séquelles des essais français dans le Sahara algérien et la demande de décontamination et d’indemnisation sont toujours sur la table.
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L’incident consulaire d’avril 2025 : L’expulsion de 15 employés du consulat de France suite à l’arrestation d’un employé consulaire algérien en France a laissé des traces.
Ces dossiers montrent que la réconciliation ne peut être ignorée ou traitée séparément. Le retour de l’ambassadeur n’est pas une fin en soi, mais le début d’un nouveau test des intentions politiques mutuelles.
Conclusion : Vers une nouvelle page ?
La phrase du général Chengriha — dépasser le passé sans l’oublier — résume parfaitement l’équilibre précaire de cette relation. L’Algérie ne cherche pas l’éloignement pour le plaisir de la rupture, ni une normalisation de façade pour l’image. Elle exige une relation basée sur le respect de la souveraineté et de la mémoire.
La France, de son côté, semble vouloir rouvrir les canaux de communication au moindre coût symbolique. Elle offre une présence à Sétif, mais sans excuses décisives. Elle parle de confiance, mais sans s’attaquer à toutes les causes de sa perte. Le chemin vers une nouvelle page de l’histoire entre l’Algérie et la France est encore long. Il ne commencera véritablement que lorsque le colonialisme sera reconnu pour ce qu’il a été, transformant ainsi la diplomatie des mots en une réalité de respect mutuel. Jusque-là, l’Algérie avancera vers l’avenir, mais elle gardera toujours sa mémoire à la table des négociations.