“Je suis un Tebboune” : Révélations sur un scandale d’abus de pouvoir et d’intimidations à Tiaret

L’Algérie traverse une période où l’influence de l’entourage présidentiel semble franchir des frontières jusque-là réservées au cercle familial restreint. Aujourd’hui, porter le patronyme « Tebboune » semble être devenu, pour certains, un bouclier d’impunité et une arme d’intimidation massive. Au cœur de cette dérive monarchique qui ne dit pas son nom, une enquête approfondie révèle les agissements de Mohammed Tahar Tebboune, un homme qui fait la pluie et le beau temps dans la wilaya de Tiaret, au mépris total des lois de la République.
Une ascension fulgurante sur fond d’illégalité
L’histoire commence par une nomination qui a rapidement fait grincer des dents au sein de l’appareil exécutif local. Par décret exécutif, Mohammed Tahar Tebboune a été propulsé à la tête de la Direction de la Formation Professionnelle (DFP) de Tiaret en 2026. Problème : ce parcours ressemble davantage à un parachutage politique qu’à une promotion méritocratique. En Algérie, l’accès à un tel poste stratégique exige un cheminement rigoureux : il faut avoir été directeur de centre (CFPA), puis directeur d’institut (INSFP), avant de pouvoir prétendre à la direction d’une wilaya.
Mohammed Tahar Tebboune a tout simplement brûlé les étapes. Ancien simple directeur de centre, il a été nommé directement directeur de wilaya, sans jamais passer par la case « institut ». Plus grave encore, nos investigations confirment qu’il a cumulé deux postes de direction simultanément, une pratique formellement interdite par la loi algérienne, mais rendue possible par la simple évocation de son lien de parenté avec le chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune.
Le chantage comme méthode de management
Le ministère de la Formation professionnelle, conscient du manque d’expérience du candidat, aurait initialement tenté de privilégier un profil plus compétent. C’était sans compter sur l’audace de l’intéressé. Selon des sources internes, Mohammed Tahar Tebboune n’aurait pas hésité à menacer sa propre tutelle, affirmant qu’il saisirait directement « la famille » à la présidence si ses exigences n’étaient pas satisfaites.
Une fois installé, le nouveau directeur a instauré un climat délétère. Les cadres et employés de la DFP de Tiaret décrivent un homme méprisant, dont la principale méthode de gestion est la peur. À la moindre contestation ou simple rappel à la réglementation, la sentence tombe : la menace d’envoyer ses interlocuteurs en prison. Fort de son nom, il se présente comme un homme au-dessus des lois, réduisant les fonctionnaires de l’État à un état de soumission totale par la persécution morale et l’intimidation systématique.
Abus de pouvoir et dérives éthiques : le seuil de l’intolérable
Au-delà des irrégularités administratives, l’enquête soulève des accusations bien plus sombres. Mohammed Tahar Tebboune est accusé d’utiliser son influence et son nom pour harceler de jeunes collaboratrices et des stagiaires. Profitant de la vulnérabilité de ces jeunes femmes en quête d’avenir professionnel, il exercerait des pressions pour obtenir des faveurs personnelles et intimes.
Lorsqu’elles refusent de céder à ses avances, il utilise son pouvoir pour bloquer leurs carrières ou les terrifier. Ce mélange toxique de prédation et d’abus de fonction choque une population locale déjà éprouvée par la précarité. À Tiaret, ville stratégique de l’ouest algérien marquée par un taux de chômage élevé, la formation professionnelle est pourtant le dernier rempart contre la délinquance et le désespoir social pour des milliers de jeunes.
Un secteur stratégique pris en otage

Le budget alloué à la formation professionnelle en Algérie est colossal : plus de 125 milliards de dinars (environ 900 millions de dollars) pour l’année 2026. Ce secteur gère plus de 1 100 établissements et près de 700 000 apprentis à travers le pays. À Tiaret, deux centres — l’institut Abid Bassam et le centre Hamdania Adda — ont récemment dû fermer leurs portes suite à des mouvements de grève. Les stagiaires dénoncent un manque criant de moyens et de matériel, alors même que l’État injecte des sommes astronomiques.
L’arrogance ne s’arrête pas au directeur de wilaya. La directrice du centre Hamdania Adda, protégée par ce dernier, aurait menacé les grévistes en invoquant le grade militaire de son mari, un officier supérieur, pour étouffer les revendications légitimes des étudiants. Cette collusion entre népotisme familial et pressions militaires illustre la fragilité de l’État de droit dans cette région.
L’Algérie, une « République » aux allures de monarchie ?
Le silence assourdissant des autorités locales est révélateur. Ni le Wali de Tiaret, ni les élus locaux n’osent demander des comptes à celui qui se définit avant tout comme « un Tebboune ». Ce comportement rappelle les pratiques des régimes que le pouvoir algérien actuel aime pourtant critiquer chez ses voisins, dénonçant souvent des structures « archaïques » ou « monarchiques ».
Pourtant, les faits sont là : à Tiaret, le mérite s’efface devant le patronyme. Le journalisme, dans ce contexte, ne s’attaque pas à une famille par plaisir, mais par nécessité de défendre l’intérêt général. Si un membre de la famille présidentielle possède les compétences requises, sa place dans l’administration ne pose aucun problème. Mais quand l’incompétence s’allie à l’arrogance et à l’illégalité, c’est toute la crédibilité de l’État qui s’effondre. Le cas de Mohammed Tahar Tebboune est le symptôme d’un mal plus profond : celui d’une Algérie où le nom pèse plus lourd que la loi.