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L’émotion de Lio qui rend hommage à son fils Diego

L’émotion de Lio qui rend hommage à son fils Diego

 

-M.Bouhafsi: C’était très touchant. On sent encore votre émotion. Vous avez sorti en novembre dernier votre album “Geoid Party In The Sky”. Il existe grâce à votre public. Vous aviez lancé une campagne de financement participatif en 2024, et vous avez atteint votre objectif en 9 jours à peine seulement. C’est la plus belle des reconnaissances? -Lio: J’ai jamais manqué d’amour.

Il faut vraiment que les gens le sachent. J’ai pris des coups, ça a été dur, c’est dur, mais de l’amour, il y en a partout. J’en reçois des tonnes. -M.Bouhafsi: Aujourd’hui, le public est plus que jamais derrière vous. Les nouvelles générations vous voient comme une icône. Il y a 20-25 ans, vos prises de parole pouvaient choquer, mais en fait, vous étiez en avance sur votre temps.

-Lio: Ma conscience parle. La conscience est universelle. La morale, c’est un moment, un temps, un peuple, un contexte. La conscience est universelle. Elle nous dit qu’on doit s’aimer. C’est ça, être humain. On peut rien éviter de grave, on est mortels, il y a l’ambivalence, mais notre grandeur, c’est de nous aimer.

On n’est jamais “trop bon, trop con”. -M.Bouhafsi: On sentait votre émotion. Je n’avais pas prévu de vous poser la question. Pourquoi c’est toujours un moment particulier de chanter? Pourquoi vous êtes aussi émue? -Lio: Pas quand je chante “Banana split”! Non mais voilà… Diego… C’était il n’y a pas longtemps.

Cette chanson, elle est beaucoup pour lui, et je suis très heureuse de ça. C’est pas parce que je suis émue que je suis malheureuse. Je suis triste parce qu’il me manque, mais je suis heureuse. -M.Bouhafsi: Il faut l’expliquer à certains téléspectateurs. Votre album est un disque en hommage à votre fils décédé pendant l’enregistrement. “Geoid” est l’anagramme de Diego.

-Lio: C’est aussi la Terre en forme de patate quand elle n’a pas la gravité, c’est une vraie formule. Il adorait l’espace. Il est parti “in the sky”, mais “party in the sky”, j’espère! -M.Bouhafsi: La constellation sur la pochette de l’album, il l’avait dessinée enfant. -Lio: Il est parti d’une madone, au milieu.

Et puis il a tout bougé. -M.Bouhafsi: Vous avez toujours mené des combats. Après cette tragédie, vous avez fait de la santé mentale des jeunes votre prochaine lutte. -Lio: Merci pour ce choix du mot “lutte”, oui. C’est un bien plus beau mot que “combat”. Lutter, ça évite le combat. On lutte, c’est pas pareil.

-M.Bouhafsi: Et pourquoi la santé mentale des jeunes? -Lio: C’est un vrai sujet. On est vraiment en perte d’amers. Vous remarquerez, je ne dis pas “repères”. C’est un truc grand qu’on voit depuis l’eau, sur terre, un amer. Moi, j’ai des enfants neurodivergents. Aujourd’hui, je découvre que je suis neurodivergente.

Comme je suis une fille, je me suis fort adaptée. Maintenant, c’est dur. J’ai eu un tel traumatisme que toutes mes défenses que j’avais mises en place, cet hyperdyslexisme que j’avais réussi à maîtriser, cette hyperémotivité, pam… Ca a pété un câble. Heureusement que dans le même temps, je m’accepte complètement comme je suis.

Qu’est-ce qui peut m’arriver de pire? Héhé, rien! Donc forcément, ça me donne une liberté énorme, et pas une liberté vilaine. “Waouh! Alors je peux aimer tout ce que je veux.” Qu’est-ce que je peux craindre? -M.Bouhafsi: Et cette liberté, vous l’exprimez dans votre album, notamment avec le titre “Basta”.

 – A ceux qui critiquent ma vie, à ceux qui n’ont rien compris… -M.Bouhafsi: “C’est vrai, “je donne mon avis et j’en ai payé le prix, “mais je fonctionne à l’envie et puis basta.” Cette reconnaissance, elle répare quelque chose en vous un peu? -Lio: Je m’étais réparée toute seule, j’ai pris de la super glu. Déjà, j’avais dit Seccotine quand on m’avait demandé  le personnage de BD…

Donc la colle, ça reste quelque chose d’important. Je me suis réparée toute seule. -A.Bégot: C’est pas une revanche? -Lio: Pas du tout. Non, moi, je dis “en revanche” quand je parle français, et je dis pas “par contre”… -M.Bouhafsi: J’insiste là-dessus, c’est pas un album sur le deuil. C’est un album joyeux sur lequel on danse, on rit.

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Il commence par une phrase que j’adore. “J’étais un peu banale dans les années 80, “mais cette fois, dans le miroir, mon reflet me dit ‘je t’aime’. “Je vois enfin un monde qui me plaît.” -Lio: Exactement. Le monde est merveilleux. Le monde est plein de miracles. Il faut s’émerveiller, on en parlait, il faut prendre ce temps-là, parce qu’on peut s’émerveiller d’à peu près tout.

-M.Bouhafsi: Il y a des choses qui vous agacent, notamment le snobisme. -Lio: Oui, la mauvaise foi, ne pas se rendre à l’évidence. -M.Bouhafsi: Cette manière de classer les artistes…. “Le beauf, ça n’existe pas, “c’est une invention des grandes métropoles.” Vous avez vécu ce snobisme? -Lio: Et puis moi-même, je l’ai infligé à des gens.

Très sincèrement, François Valéry, je le trouvais ringard. -M.Bouhafsi: Ouais. -Lio: Je ne sais pas si j’ai beaucoup changé d’avis, mais ça ne me viendrait plus à l’esprit d’utiliser ces mots-là  et pas comme ça. Je sais exactement ce qui me dérange, pas dans la variété, je suis une chanteuse de variété, mais quand les sujets ne sont pas faits pour qu’on soit libres, mais pour replonger dans une condition basse, je n’aime pas qu’on dise ça aux gens.

Par exemple, “ce soir, j’ai envie de rendre mon tablier. “Ce soir, emmène-moi danser comme au tout premier soir”. Faut un gros coup de pied dans la porte, meuf! Casse-toi, va danser avec tes copines! Rends pas ton tablier, pour le remettre après! C’est ça que je vais te dire. Rends-le une fois pour toutes! C’est un peu ça.

Mon idée, elle est là. Surtout, je trouve qu’il y avait cette espèce de condescendance. C’est très français, le côté rive gauche, auteur-compositeur ou autrice-compositrice, même si c’est plus dur pour les femmes. Ca passe, mais pas les interprètes. Ca, j’ai toujours détesté. -M.Bouhafsi: Vous l’avez vécu aussi, Aurélie Valognes.

Vous avez vendu des millions de livres, mais on disait: “Non, c’est pas de la littérature.” -A.Valognes: Quand c’est populaire, forcément, c’est vulgaire. En plus, j’ai eu l’outrecuidance de commencer par l’autoédition. J’ai même pas demandé  la validation d’un milieu. Je suis arrivée et ça a été un succès.

C’est ce qui peut arriver de pire. Si c’est lu par autant de gens… -Y.Goosz: On disait “des romans feel good” comme si c’était péjoratif. -A.Valognes: D’un coup, quand il y a autant de femmes qui se mettent à écrire, qui s’autoéditent, qui ont des enfants à côté, il y a un truc de “c’est pas sérieux, tout ça”.

Soit c’est de la new romance, soit c’est du feel good, mais surtout pas de la vraie littérature. Aujourd’hui, je prends plaisir à travailler mes phrases. C’est la première fois que j’écris de la poésie parce que le sujet s’y prêtait, parce que je voulais faire une ode à la nature. Maintenant que je sais écrire, je n’ai plus besoin de la validation du tout.

Je me suis autoréparée aussi, mais il a fallu 10 ans pour que je me défasse de ce syndrome de l’impostrice. 10 ans, c’est très long. -M.Bouhafsi: Aujourd’hui, il y a une vraie nostalgie des années 80. Tous les jeunes écoutent la musique des années 80. Les années 80, c’est aussi celles de “Banana split”, mais aussi de l’image de lolitas hyper sexualisées.

Une époque où votre maison de disques, Lio, vous a menacée parce que vous avez eu le malheur de vous montrer enceinte à la télévision. -Lio: Oui, c’était pas bien vu. Il y avait quand même ce côté un peu sex symbol. Il fallait surtout pas se montrer enceinte. Même un ami très cher me l’a dit, Hugo Pratt. Toute cette génération, il faut casser le moule parce qu’il y a une misogynie intégrée de fait.

Ils sont les plus charmants, extrêmement créatifs. Il y a deux sexes, il y a deux génies, mais il y a quand même ce moule d’une misogynie intégrée féroce. Oui, on m’avait dit ça et on m’avait dit que c’était fini pour moi. -M.Bouhafsi: Aujourd’hui, quand on voit Rihanna défiler au Met Gala enceinte, quand on voit Rihanna faire des concerts enceinte, vous vous dites: “Ca avance”? -Lio: Ca avance, oui.

Ca avance avec toujours un oeil sur le fait que ça ne devienne pas un accessoire de mode. Etre enceinte, c’est cool. C’est super pour certaines femmes, pas du tout cool pour d’autres. Elles sont toutes aussi là et elles ont tout à fait les mêmes droits. On les aime pareil. C’est comme ça, c’est la vie. Je veux pas que ça devienne un accessoire de mode.

J’ai regardé ça de très près parce que quand tout d’un coup, j’ai vu sur les défilés les meufs arriver avec leur bébé sous le bras, j’ai fait: “On ne s’entend pas. On ne s’est pas comprises.” -Y.Goosz: Lio, il y a plein d’archives de vous que les internautes ressuscitent pour vous encenser, des prises de parole fortes, comme cette vidéo, qui a 30 ans, sur le plateau de Jean-Luc Delarue.

– Des homosexuels ont été mariés à San Francisco. – C’est affreux! – Que vous êtes réactionnaire! – Non, mais ils vont pas nous faire ça chez nous! – J’ai trouvé ça vachement beau. – Vachement dégueulasse, oui. – Il y a des gens qui disent que quand on rit de tout, d’un plat de nouilles comme de l’homosexualité, ça commence à devenir très dangereux.

Aujourd’hui, ils ont une place reconnue. L’amour n’a pas de sexe. On ne peut pas se priver de plaisir ni d’abondance. Se faire du bien ne peut jamais faire de mal à partir du moment où on ne piétine pas les pâquerettes du voisin. -Y.Goosz: C’était aussi ça, les années 80, l’intolérance en direct à la télé. Vous répondez par de l’amour et de la patience, vous.

-Lio: Franchement, je me suis bien plu, là. En plus, je ne devais pas m’y attendre et je trouve que j’ai très bien géré. -A.Bégot: Et tout en douceur. -Lio: Je suis pas mal douce. -A.Bégot: Il y a pas besoin de violence pour lutter. -Lio: Non, radicalité  ne veut pas dire extrémisme. Je suis extrêmement radicale.

 Mes racines vont très loin, mais je suis pas extrémiste. -M.Bouhafsi: Lio, Aurélie, Nathalie, suivez-moi. On va passer à la table du dîner de “C à vous” avec Leslie Winandy, qui va nous rejoindre. Ce soir, Leslie, vous avez cuisiné pour Lio. Vous avez peut-être trouvé  son péché mignon. Il se trouve, Lio, que Leslie est belge. -Lio: Je l’aime déjà.

-M.Bouhafsi: Nathalie, Lio, Leslie, bienvenue à la table du dîner de “C à vous”. Leslie Winandy, c’est quoi, ce peut-être péché mignon de Lio? -L.Winandy: J’ai cru savoir que Lio passait beaucoup de temps à Liège pour des tournages. -Lio: J’adore Liège. -L.Winandy: C’est une belle ville. Je viens de Liège et je me suis dit: “On va faire des boulettes à la liégeoise.

” -Lio: Sauce lapin ou quoi? -L.Winandy: Oui, exactement. Il y a deux versions… -M.Bouhafsi: Elle va être pointilleuse sur la sauce. -L.Winandy: Oui, j’ai peur. -Lio: Ca sentait si bon que je sais que… -M.Bouhafsi: Je ne connaissais pas les boulettes à la liégeoise, mais je vous laisse découvrir ce plat le temps que je m’adresse à Aurélie.

Aurélie, vous inquiétez pas, il y a une petite vidéo, vous allez pouvoir continuer de manger. Il y a quelque temps, vous avez acheté une maison