L’Ascension fulgurante d’une « Reine » de l’ombre
Le 9 mai 2026 restera une date gravée dans les annales de l’opacité politique algérienne. Dans une discrétion absolue, loin des projecteurs et des caméras qu’elle affectionne pourtant tant, Ibtissem Hamlaoui a été reconduite à l’unanimité pour un deuxième mandat à la tête du Croissant-Rouge Algérien (CRA). Ce huis clos forcé, imposé à une presse nationale muselée, n’est pas le fruit du hasard. Il est le point d’orgue d’un système que les observateurs les plus avertis nomment désormais l’affaire « Ibstein », en référence au sinistre réseau de Jeffrey Epstein aux États-Unis.
Comment une femme, dont le bilan est entaché de polémiques judiciaires et d’accusations de violations graves des droits de l’homme, a-t-elle pu s’imposer comme la figure la plus inamovible du système actuel ? La réponse ne se trouve ni dans ses compétences diplomatiques, ni dans son expérience humanitaire, mais dans les alcôves du pouvoir, là où l’intimité des dirigeants devient une monnaie d’échange redoutable.
Un système de faveurs et de chantage : Le réseau « Ibstein »
L’affaire Hamlaoui dépasse le simple cadre de la corruption administrative. Selon des investigations poussées et des témoignages accablants, la présidente du CRA aurait instauré un véritable système d’influence basé sur la satisfaction des penchants libidinaux des élites algériennes. Entre 2022 et 2025, une villa située à Hydra servait de théâtre à des soirées libertines où se croisaient colonels, directeurs de la présidence et chefs des services secrets.
Ibtissem Hamlaoui n’était pas seulement l’hôte de ces soirées ; elle en était l’architecte. En fournissant des jeunes femmes à des dirigeants puissants et en organisant des séances de « bien-être » dans des salons de massage privés, elle aurait accumulé une « boîte noire » de secrets compromettants. Photos, vidéos, enregistrements : elle tiendrait aujourd’hui les hommes les plus puissants du pays par leur propre intimité. C’est cette emprise psychologique et sexuelle qui explique pourquoi des figures autrefois craintes, comme le général Hassan de la DGSI, semblent aujourd’hui agir comme ses subordonnés, neutralisant toute concurrence pour lui offrir un boulevard royal vers son second mandat.
Torture et impunité : Le règne de la terreur au Croissant-Rouge
L’influence de la « courtisane bien-aimée » ne s’arrête pas aux portes des salons privés. Elle s’étend jusque dans les cellules des brigades de gendarmerie. Le cas de Yassine Ben Shatta, ancien président du comité de Skikda, et de Hajar Zitouni, ex-directrice de la communication du CRA, est à ce titre glaçant. Pour avoir dénoncé la gestion opaque des fonds publics et les avantages illicites de leur présidente, ces deux cadres ont vécu l’enfer.
Les témoignages décrivent des scènes d’une brutalité moyenâgeuse : humiliations, violences physiques, et même des actes de torture au sein de la brigade de recherche de Bab Jedid. Ibtissem Hamlaoui elle-même serait entrée dans les locaux pour cracher sur ses détracteurs, menaçant de les « briser » définitivement. Sous sa dictée, des procès-verbaux auraient été réécrits pour justifier des emprisonnements arbitraires. Aujourd’hui, ces lanceurs d’alerte sont des ombres, brisés professionnellement et socialement, tandis que leur bourreau présumé continue de trôner au sommet d’une institution censée incarner la charité et l’humanité.
L’Algérie de Tebboune : Une « République des Courtisanes » ?

Ce scandale met en lumière une fragilité inquiétante au sommet de l’État. Si l’Algérie a connu par le passé des réseaux d’influence et des clans financiers, elle n’avait jamais été confrontée à une telle érosion de ses institutions régaliennes au profit des caprices d’une seule personne. La gendarmerie, les services de renseignement (DSE et DGSI) et la justice semblent avoir abdiqué leur mission de protection de l’intérêt général pour devenir les gardes du corps d’un empire bâti sur le vice.
Le régime de Abdelmadjid Tebboune, bien que conscient de l’exaspération de l’opinion publique, semble piégé. Abandonner Hamlaoui, c’est prendre le risque qu’elle livre ses secrets aux clans adversaires. La maintenir, c’est accepter que le Croissant-Rouge, héritage sacré de la guerre de libération, soit souillé par des pratiques de proxénétisme politique.
Une frustration médiatique et un avenir incertain
Aujourd’hui, Ibtissem Hamlaoui est une femme protégée mais cachée. Le régime, honteux de son propre asservissement, a décidé de réduire son exposition médiatique pour éviter une explosion populaire. Celle qui aimait tant la lumière et les portraits élogieux doit désormais se contenter d’un pouvoir de l’ombre, consciente qu’elle est devenue un fardeau encombrant.
Cette situation soulève une question fondamentale pour l’avenir de l’Algérie : un État peut-il survivre quand sa classe dirigeante sacrifie la sécurité nationale sur l’autel de ses plaisirs personnels ? L’affaire « Ibstein » n’est pas seulement un scandale de mœurs, c’est le symptôme d’un système en décomposition où la compétence a été remplacée par la séduction, et la loi par le chantage. L’Algérie mérite mieux que d’être gouvernée par les secrets d’alcôve d’une courtisane.
