Algérie-Turquie : Maroc, Sahara, alliance, que se joue en Turquie entre Tebboune et Erdogan ?

La visite de Teboun en Turquie est présentée comme une visite d’état de plein exercice avec entretien au sommet, réunions élargies aux délégations ministérielles et signature de nouveaux accords. Mais elle vise aussi en arrière-plan à obtenir d’Erdogan des garanties plus favorables à la position algérienne sur le Sahara marocain.
Alors que la Turquie investit de plus en plus ouvertement dans les provinces du sud-marocain. Annoncé pour la période du 6 au 8 mai, les communiqués insistent sur la densification du partenariat algéro-turc et la tenue d’instance bilatérale de haut niveau, confirmant la volonté d’Ankara et d’Alger de formaliser un axe structurant en Méditerranée centrale et en Afrique du Nord.
Au-delà du protocole, il s’agit pour le régime algérien de verrouiller un allié capable de lui offrir des marges de manœuvre diplomatique et économique dans un contexte de recomposition régionale marqué par la normalisation accrue du dossier saharien en faveur du Maroc. Pour un Ankara, cette séquence permet de consolider sa présence en Afrique du Nord, tout en gardant un pied dans les deux camps rivaux, le Maroc et l’Algérie, avec un calcul essentiellement géoéconomique.

Sur le plan économique, la Turquie est devenue l’un des premiers investisseurs non occidentaux en Algérie avec des engagements atteignant jusqu’à dix milliards de dollars dans l’industrie, l’énergie et les infrastructures. L’Algérie, en quête de diversification de son économie au-delà des hydrocarbures, voit dans le capitale turc un levier pour industrialiser certaines filières, tout en évitant une trop grande dépendance vis-à-vis des partenaires européens et Chinois.
Dans l’énergie, la nouvelle loi algérienne sur les hydrocarbures est mise en avant pour attirer des partenaires comme Ankara qui cherche à sécuriser des approvisionnements et des positions dans la chaîne gazière et pétrochimique méditerranéenne. C’est sur la question saharienne que l’agenda officielle et l’agenda réel diverge.

Depuis plusieurs années, Ankara a fait le choix pragmatique d’intensifier ses relations économiques avec le Maroc, y compris dans les provinces du sud, afin de préserver et développer l’accord de libre échange et l’accès au marché marocain. Des entreprises turques se sont installées au Sahara marocain et un rapport divulgué évoque même la décision d’Erdogan de charger son agence d’investissement d’ouvrir un bureau commercial dans le sud du Maroc destiné à servir de base aux exportations vers l’Afrique.
Ce positionnement a provoqué la colère du policario qui a dénoncé la complicité d’Ankara avec Raba, mais aussi le malaise d’une partie de l’establishement algérien pour qui la Turquie devrait se comporter en allié aligné sur la thèse séparatiste. [musique] [musique]