La pluie frappait encore l’asphalte lorsque Anna quitta le commissariat.
Les gyrophares bleus illuminaient les vitres détrempées, tandis que des journalistes se massaient déjà derrière les barrières de sécurité. Des questions fusaient de toutes parts :
— Madame la Vice-Gouverneure !
— Est-ce vrai qu’il existe d’autres agents impliqués ?
— Allez-vous démissionner après ce scandale ?
Anna ne répondit pas.
Son regard était fixé sur une seule chose : une silhouette immobile de l’autre côté de la rue.
Un homme en manteau noir.
Il se tenait sous la pluie, sans parapluie, observant la scène avec un calme étrange.
Puis il tourna lentement les talons… et disparut dans une ruelle.
Le cœur d’Anna se serra.
Elle connaissait cette démarche.
Impossible.
Son téléphone vibra brusquement.
Numéro inconnu.
Elle décrocha immédiatement.
— Vous auriez dû laisser cette affaire mourir, dit une voix grave et déformée.
Anna resta silencieuse.
— Johnson n’était qu’un pion.
Un bruit métallique résonna derrière l’appel… comme une porte blindée qu’on verrouille.
Puis la voix reprit :
— Si vous continuez à creuser… vous découvrirez pourquoi votre père a vraiment été tué.
Le souffle d’Anna se coupa net.
— Qui êtes-vous ?
Un léger rire froid.
— Quelqu’un qui vous connaît depuis très longtemps.
L’appel fut coupé.
Pendant quelques secondes, Anna resta figée sous la pluie battante.
Son père.
Mort dans un prétendu accident de voiture quinze ans plus tôt.
Un accident que personne n’avait jamais réussi à expliquer.
Soudain, un des inspecteurs sortit précipitamment du commissariat.
— Madame !
Anna se retourna.
L’homme semblait pâle.
— Vous devriez voir ça.
Dans une salle sécurisée, plusieurs dossiers étaient étalés sur une table.
Photos. Témoignages. Rapports internes.
Et au milieu…
Une vieille photographie jaunie.
Anna sentit son sang se glacer.
Sur cette photo apparaissaient quatre hommes devant le même commissariat, quinze ans plus tôt.
L’un d’eux était Johnson, beaucoup plus jeune.
Un autre portait l’uniforme de capitaine.
Et au centre…
Le père d’Anna.
Mais ce n’était pas le pire.
Le pire, c’était l’homme à côté de lui.
Le même manteau noir.
Le même regard froid.
L’homme que Anna venait de voir sous la pluie.
Toujours vivant.
— Cette photo était cachée dans le bureau personnel de Johnson, expliqua l’inspecteur. Et il y avait autre chose…
Il posa un dossier rouge devant elle.
Dessus, un simple nom était inscrit :
“Projet ORPHÉE”
Anna ouvrit lentement le dossier.
Ses yeux parcoururent les premières lignes…
Puis son visage changea complètement.
— Mon Dieu…
L’inspecteur fronça les sourcils.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
Anna releva lentement les yeux.
Pour la première fois depuis des années… elle semblait réellement terrifiée.
— Ce réseau ne contrôle pas seulement la police.
Elle tourna une page supplémentaire.
Des noms apparurent.
Des juges. Des sénateurs. Des chefs d’entreprise.
Puis un dernier nom.
Celui de la gouverneure.
Le silence devint étouffant.
Au même instant, dehors…
Le téléphone d’Anna vibra une nouvelle fois.
Un message venait d’arriver.
Une simple photo.
La gouverneure… attachée à une chaise.
Le visage ensanglanté.
Et sous l’image, une phrase :
“Vous avez déclenché une guerre, Anna.”
Puis une seconde notification apparut.
Cette fois, ce n’était pas un message.
C’était une vidéo en direct.
La caméra tremblait dans l’obscurité.
Un homme masqué entra dans le champ.
Tenant une arme.
— Vous avez exactement une heure pour remettre le dossier ORPHÉE, dit-il calmement. Sinon… elle meurt en direct.
L’écran devint noir.
Dans la pièce, plus personne ne respirait.
Anna referma lentement le dossier.
Puis elle murmura :
— Préparez les véhicules.
Son regard était devenu glacial.
— On va les faire tomber… un par un.