La Chute Express d’un Ministre en 7 Jours : révélations sur la face cachée du Pouvoir Algérien

Au cœur du pouvoir algérien, là où les décisions se prennent à l’abri des regards, une semaine de février 2025 restera gravée comme une démonstration brutale de la realpolitik locale. En l’espace de sept jours seulement, le sommet de l’État a orchestré un scénario à deux visages : la destitution fracassante du ministre des Finances, Laaziz Faid, le 2 février, suivie, le 9 février, par la remise de l’ordre du mérite au ministre de l’Habitat, Tarek Belaribi, par le président Abdelmadjid Tebboune.
Si, pour le citoyen lambda, ces événements semblaient déconnectés, ils ne sont en réalité que les deux faces d’une même pièce. Cette séquence ultra-rapide n’est pas le fruit du hasard, mais l’aboutissement d’une intrigue complexe, rythmée par des manœuvres de coulisses, des protections mutuelles et des règlements de comptes politiques. Retour sur une semaine qui a illustré, mieux qu’aucun autre événement récent, la nature profonde du fonctionnement du régime algérien.
Laaziz Faid : un profil technique sacrifié sur l’autel de la crise
Laaziz Faid n’était pas un ministre au destin flamboyant. Pur produit du sérail, technocrate âgé de 65 ans et diplômé en finances publiques de l’université Jean Moulin Lyon 3, il occupait le poste de ministre des Finances depuis mars 2023. Avant cela, sa carrière s’était déroulée au sein même de la Direction générale du Budget.
C’était un homme de dossiers, discret, sans base politique propre, et surtout, sans réelle popularité. Pourtant, au début de l’année 2025, sa position semblait sécurisée. Chargé de la mise en œuvre de la nouvelle allocation touristique voulue par le président, il travaillait en étroite collaboration avec le gouverneur de la Banque d’Algérie. Rien ne laissait présager sa chute imminente. Et pourtant, en l’espace d’un week-end, tout a basculé.
L’intrigue : le bouclier contre l’épée
Tout a commencé par une tension sourde au sein du palais d’El Mouradia. Tarek Belaribi, ministre de l’Habitat et figure hautement protégée par le président Tebboune, s’est retrouvé visé par une instruction judiciaire discrète en janvier 2025. Cette menace contre son poulain a provoqué une colère noire chez le chef de l’État, qui perçoit toute attaque contre Belaribi comme une attaque contre ses propres intérêts.
Dans ce climat délétère, une figure clé émerge : celle que les observateurs appellent « Bouam-Bouam ». Ce stratège de l’ombre, véritable boîte noire du régime, comprend immédiatement qu’il faut agir pour calmer la fureur présidentielle. Sa solution est radicale : protéger Belaribi en lui offrant une distinction officielle — l’ordre du mérite — transformant ainsi la médaille en un bouclier judiciaire contre toute poursuite future. Mais il fallait un bouc émissaire pour détourner la colère de Tebboune.
C’est ici qu’intervient une manipulation magistrale. Le ministre de la Justice, arrivé en poste en novembre 2024, se retrouve acculé. Pour se dédouaner, il pointe du doigt son collègue des Finances, Laaziz Faid. L’argument est simple : c’est l’Inspection Générale des Finances (IGF), sous la tutelle de Faid, qui a transmis le rapport ayant déclenché les soupçons sur la gestion des chantiers de Belaribi.
Le dénouement : une exécution politique en règle

« Bouam-Bouam » saisit cette opportunité. Lors d’une audience décisive avec le président, il présente une version des faits savamment orchestrée : les ennuis judiciaires de Belaribi ne seraient que le résultat des agissements « machiavéliques » du ministre des Finances, cherchant à déstabiliser l’homme fort de l’Habitat.
Convaincu par cette narration, le président Tebboune ordonne sur-le-champ la destitution de Laaziz Faid. La décision officielle, publiée le 2 février 2025, ne laisse place à aucune contestation. En une semaine, le tour est joué : le ministre de la Justice est blanchi, le ministre de l’Habitat est glorifié et immunisé, et le ministre des Finances est écarté, son rôle ayant été réduit à celui de « mouton de sacrifice » pour apaiser le courroux présidentiel.
La réalité du pouvoir en Algérie : clanisme et désinformation
Cette affaire illustre de manière criante le fonctionnement du système actuel. Loin de la gestion des intérêts publics ou de la rigueur comptable, le pouvoir se joue dans une dynamique de survie personnelle. L’IGF, organe stratégique censé auditer l’utilisation des deniers publics et détecter la corruption, se retrouve instrumentalisée dans une guerre de clans.
Le dossier en question, qui portait sur la gestion de chantiers de stades — des projets engloutissant des centaines de millions de dollars — n’était en réalité qu’un prétexte. Faid n’a fait qu’exercer ses fonctions en transmettant des rapports d’audit. Mais dans un système où le favoritisme prime, accomplir son devoir devient un crime de lèse-majesté s’il touche à un membre protégé du clan.
Le rôle de « Bouam-Bouam » dans cette affaire révèle également l’étendue de son influence. En contrôlant les flux d’informations qui parviennent au Président et en orchestrant les campagnes de déstabilisation, il s’assure que seuls ses alliés restent en place, tandis que ceux qui ne lui sont pas inféodés sont impitoyablement éliminés, peu importe leur compétence ou leur loyauté envers l’État.
Conclusion : un système sous tension
Le limogeage de Laaziz Faid et son remplacement par Abdelaziz Bouzied, ancien secrétaire général du ministère, marquent une rupture au sein du département des Finances. Cette opération de décapitation rapide a ébranlé l’institution, laissant les hauts fonctionnaires dans une incertitude totale.
Ce qui ressort de cette semaine de février, ce n’est pas seulement le départ d’un homme, mais la confirmation d’une méthode. La politique algérienne est devenue un théâtre d’ombres où la ruse, la désinformation et le clientélisme dictent l’agenda. L’intérêt général, celui des millions d’Algériens, s’efface devant les luttes fratricides pour le maintien au pouvoir. Tant que le fonctionnement de l’État restera prisonnier de ces intrigues de palais, le pays continuera de naviguer dans une instabilité structurelle, sacrifiant ses meilleurs technocrates au profit de la survie de quelques puissants.