« Le Maroc a tout tenté pour bloquer l’Algérie » : Rabat sous tension après la victoire historique d’un candidat algérien au Parlement panafricain
La rivalité entre l’Algérie et le Maroc vient de connaître un nouvel épisode particulièrement tendu sur la scène africaine. Cette fois, le théâtre des affrontements diplomatiques n’était ni une conférence bilatérale ni un sommet régional, mais le Parlement panafricain, l’une des principales institutions de l’Union africaine.

L’élection du candidat algérien Fattah Bbig à la présidence de cette institution a déclenché une vive polémique, alimentée par des accusations de manœuvres marocaines visant à empêcher son accession au poste.
Pour Alger, cette victoire représente bien plus qu’un simple succès institutionnel. Elle est présentée comme une reconnaissance politique majeure du poids diplomatique de l’Algérie sur le continent africain.
Les autorités et plusieurs médias proches du pouvoir parlent d’un vote « historique », obtenu dans le respect total des règles de rotation géographique appliquées au sein du Parlement panafricain. Selon cette logique, la présidence revenait cette fois à la région d’Afrique du Nord, qui avait officiellement investi le candidat algérien.
Mais du côté marocain, cette élection semble avoir été vécue comme un revers stratégique difficile à accepter. Selon plusieurs déclarations relayées après le scrutin, la délégation marocaine aurait tenté d’empêcher la validation du processus avant même le vote final.
Rabat aurait notamment cherché à faire réintégrer son propre candidat, pourtant écarté auparavant pour non-conformité aux critères juridiques et réglementaires encadrant l’élection.
Ces tentatives ont rapidement été rejetées par la commission des affaires juridiques ainsi que par plusieurs responsables du Parlement panafricain. Les arguments avancés par la délégation marocaine ont été qualifiés d’interprétation erronée des textes régissant l’institution. Les responsables juridiques ont rappelé avec fermeté que les règles de fonctionnement étaient parfaitement claires : la région d’Afrique du Nord devait présenter un seul candidat validé par son groupe régional.

Cette précision est au cœur de toute la controverse. Selon les explications fournies par les responsables juridiques de l’institution, la procédure reposait sur un consensus régional déjà établi. La candidature algérienne avait été approuvée dans le cadre des mécanismes internes du groupe nord-africain. Dès lors, toute tentative de réintroduire une candidature concurrente était considérée comme irrégulière et contraire au règlement intérieur.
Les représentants juridiques du Parlement panafricain ont également insisté sur un point particulièrement sensible : les textes existent précisément pour éviter les conflits d’interprétation politique. Selon eux, les règles doivent être appliquées de manière stricte afin de garantir la crédibilité et la stabilité des institutions africaines. Cette position a renforcé la légitimité du candidat algérien tout en isolant davantage la position marocaine durant le processus électoral.
Pour Alger, cet épisode constitue une preuve supplémentaire de ce qu’elle décrit régulièrement comme une stratégie marocaine de contestation systématique lorsqu’un dossier diplomatique lui échappe.
Plusieurs médias algériens accusent Rabat de chercher constamment à contourner les mécanismes institutionnels internationaux lorsque les décisions prises ne servent pas ses intérêts. Cette lecture s’inscrit dans une rivalité beaucoup plus large entre les deux pays, marquée depuis des décennies par des tensions politiques, diplomatiques et géostratégiques.
La question du Sahara occidental reste évidemment le principal point de fracture entre Alger et Rabat. L’Algérie soutient le Front Polisario et le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, tandis que le Maroc considère le territoire comme partie intégrante de sa souveraineté nationale. Cette opposition structure depuis longtemps les relations entre les deux puissances maghrébines et influence désormais presque tous les dossiers régionaux et africains.

Dans ce contexte, chaque victoire diplomatique devient un symbole. L’élection d’un Algérien à la présidence du Parlement panafricain dépasse largement le cadre administratif de l’institution. Elle est perçue comme un indicateur du rapport de force politique au sein de l’Union africaine. Pour Alger, ce succès démontre que le pays conserve une influence solide sur le continent grâce à sa politique fondée, selon ses dirigeants, sur le respect du droit international et des engagements multilatéraux.
Le Parlement panafricain occupe une place particulière dans l’architecture institutionnelle africaine. Même si son pouvoir reste limité par rapport à d’autres organes de l’Union africaine, il possède une forte valeur symbolique et politique. Contrôler sa présidence permet d’accroître son influence dans les débats continentaux, de renforcer ses alliances diplomatiques et de projeter une image de leadership régional.
Pour le Maroc, ce revers intervient dans un contexte où Rabat multiplie pourtant les efforts pour renforcer sa présence africaine. Depuis son retour au sein de l’Union africaine en 2017, le royaume a considérablement développé sa diplomatie économique et politique sur le continent. Investissements, accords commerciaux, coopération sécuritaire et partenariats religieux : le Maroc cherche activement à consolider son réseau d’alliances africaines.
Mais l’Algérie reste un acteur historique extrêmement influent au sein des institutions africaines. Son soutien ancien aux mouvements de libération, son poids énergétique et son rôle diplomatique dans plusieurs crises régionales lui permettent encore de disposer d’un important capital politique sur le continent. Cette concurrence permanente entre Alger et Rabat transforme chaque scrutin africain en véritable bataille d’influence.
Ce qui rend cet épisode particulièrement sensible, c’est aussi la dimension juridique mise en avant par les responsables africains. Les commissions compétentes ont insisté sur le fait que la candidature marocaine avait été jugée irrégulière non seulement sur la forme, mais également sur le fond. En d’autres termes, les objections marocaines n’étaient pas simplement rejetées pour des raisons politiques, mais parce qu’elles étaient considérées comme incompatibles avec les textes réglementaires en vigueur.
Cette insistance sur la légalité permet à l’Algérie de renforcer son discours autour du respect des institutions internationales. Depuis plusieurs années, Alger tente de se présenter comme un État attaché aux mécanismes juridiques internationaux et au multilatéralisme. Cette stratégie vise notamment à consolider sa crédibilité diplomatique dans les grands dossiers régionaux et africains.
Mais derrière les déclarations officielles, cet affrontement révèle surtout l’intensité de la compétition géopolitique entre les deux voisins. Chaque institution africaine devient aujourd’hui un terrain de confrontation indirecte entre Alger et Rabat. Derrière les procédures électorales, ce sont en réalité deux visions du leadership régional qui s’opposent.
Le Maroc mise sur sa puissance économique, ses réseaux diplomatiques et ses partenariats internationaux pour renforcer son influence. L’Algérie, de son côté, insiste davantage sur son héritage historique, son poids stratégique et sa fidélité aux principes de souveraineté et de décolonisation défendus par l’Union africaine depuis sa création.
L’élection au Parlement panafricain ne mettra évidemment pas fin à cette rivalité. Au contraire, elle risque d’alimenter encore davantage les tensions entre les deux pays dans les mois à venir. Car dans le contexte actuel, chaque victoire diplomatique est immédiatement interprétée comme une démonstration de force régionale.
Une chose est certaine : cette bataille autour de la présidence du Parlement panafricain montre que l’Afrique devient plus que jamais un espace stratégique où les équilibres politiques se redessinent constamment. Et dans cette lutte d’influence, l’Algérie comme le Maroc semblent déterminés à ne céder aucun terrain.