Quatre coups de pic à glace transperçant les poumons, quatre balles dans le crâne et un corps calciné : le mystère du “taxi de la mort” qui a englouti la rose nordique au cœur de Paris.
Paris, ville glamour, sait toujours captiver les jeunes âmes. Mais derrière les lumières éblouissantes de la Ville Lumière, se cachent de sinistres fantômes, guettant leurs proies. Le meurtre en 2008 de Susanna Zetterberg (dite Sana), une étudiante suédoise de 19 ans, fut non seulement une tragédie bouleversante, mais aussi un verdict révélant l’horrible face cachée du Paris interlope : le phénomène des « taxis fantômes ».

D’un simple geste, monter dans cette voiture blanche tôt ce matin-là, la jeune fille, fleuron de la culture nordique, fut engloutie par les flammes.
Le corps carbonisé et le rapport médico-légal glaçant
Samedi à l’aube, dans une forêt déserte près de Chantilly. Une femme, au volant de sa voiture, s’arrêta brusquement en apercevant des flammes jaillir de la brume humide. Alors qu’elle s’approchait pour éteindre le feu avec la bouteille d’eau qu’elle avait apportée pour ses chiens, elle réalisa avec horreur que ce qui brûlait n’était pas un mannequin abandonné, comme l’avaient cru à tort les joggeurs matinaux. C’était un amas de chair humaine enchevêtrée.
La police a immédiatement bouclé les lieux. Grâce à l’intervention rapide du témoin, le corps de la victime n’a pas été entièrement carbonisé. Gisant face contre terre, le haut de son corps était carbonisé, les mains liées dans le dos par des menottes bon marché, du genre de celles qu’on trouve dans les sex-shops. Malgré son visage défiguré, les yeux bleu clair de la jeune femme restaient grands ouverts au milieu des cendres. À côté du corps gisaient trois douilles de calibre .22 LR.
Mais ce qui a le plus glacé le sang des enquêteurs, c’est le rapport médico-légal. L’agresseur ne voulait pas seulement tuer ; il voulait infliger des souffrances inimaginables. La victime a été frappée à la tête, puis poignardée quatre fois à la poitrine avec un objet cylindrique pointu (très probablement un burin). Les coups de couteau lui ont transpercé les poumons, la condamnant à une agonie lente et atroce. Ses derniers instants ont duré plusieurs minutes. Ce n’est que lorsque son cœur s’est arrêté ou ne battait plus que le tueur, de sang-froid, lui a pointé un pistolet sur la tempe, tirant trois coups à bout portant et un à courte distance. Enfin, il a aspergé le corps d’essence et y a mis le feu. Une série d’actes commis par un psychopathe de sang-froid, manipulé avec la froideur d’une machine à tuer.
Le dernier appel : « Je suis dans un taxi très étrange… »
Tandis que l’équipe médico-légale s’efforçait frénétiquement d’identifier le corps non identifié, à Paris, les amis de Susanna étaient sur les nerfs.
Susanna était une jeune femme grande, blonde, rayonnante et d’une prudence exceptionnelle. La veille au soir, elle était allée à la Scala, une boîte de nuit du centre de Paris, avec deux amies venues de sa ville natale. Vers 4h30 du matin, devant partir travailler plus tôt, Sana a dit au revoir à ses amis et est partie un quart d’heure plus tôt. Cette simple décision, prise quinze minutes plus tôt, l’a séparée du groupe et a fait d’elle la cible d’un prédateur.
Grâce à la forte réaction de ses amis, le signalement de disparition a été rapidement transmis au Département des enquêtes criminelles (BRDP). La comparaison du dernier selfie de la jeune fille avec l’identification du corps retrouvé à Chantilly (veste noire, écharpe à motifs rouges et noirs) a anéanti tout espoir. Le corps carbonisé était celui de Sana.
En suivant la trace numérique, la police a découvert un parcours inquiétant. Au lieu de se diriger vers le 18e arrondissement où elle habitait, le téléphone de Sana a pris la direction opposée, traversant des quartiers inconnus avant de se diriger droit vers l’autoroute en direction du nord. À 5h02, paniquée et sous l’emprise de l’alcool, Sana a appelé sa meilleure amie, Vera. L’appel n’a duré que 50 secondes, ponctuées d’une phrase troublante : « Je suis dans un taxi très étrange, mais je serai bientôt à la maison… » Puis, plus rien.
Le Fantôme au Chapeau Étrange
L’élément déclencheur de l’affaire a commencé à se dessiner : la cupidité du tueur. Quelques heures seulement après le meurtre de Sana, sa carte bancaire a été utilisée à des distributeurs automatiques de billets près du lieu où le corps a été retrouvé. Les caméras de surveillance ont capturé les images d’un homme trapu d’âge mûr, le visage dissimulé par une écharpe blanche. Mais il a commis une erreur fatale en portant un chapeau trois-quarts en cuir distinctif, à bord pointu, confectionné à partir de quatre morceaux de tissu.
D’après les renseignements recueillis par des chauffeurs de taxi légitimes près de la boîte de nuit La Scala, une jeune femme blonde titubait en direction d’un minibus blanc. Il n’y avait pas de passager, pas d’enseigne « taxi ». C’était un « taxi fantôme » : un type de véhicule sans licence qui aborde des passagers ivres en pleine nuit parisienne.
La brigade des taxis clandestins a été immédiatement dépêchée sur les lieux. Dès qu’ils ont vu la photo floue extraite du distributeur automatique de billets, l’un des détectives s’est exclamé : « C’est Bruno Cholet ! »
Le Prédateur des Enfers et la Cage Finale
Le nom de Bruno Cholet glaçait le sang même des policiers les plus aguerris du 36 Quai des Orfèvres (Commissariat de police criminelle de Paris). À 51 ans, il avait passé la moitié de sa vie derrière les barreaux. Son casier judiciaire, long de cinq pages, était un véritable catalogue de crimes odieux : vol à main armée, enlèvement et trois condamnations pour viol (dont une sur une fillette de 12 ans). Son mode opératoire était toujours le même : armé d’un pistolet, il ligotait ses victimes dans le dos et les emmenait en pleine nature. Sana était montée à bord, sans le savoir, du véhicule d’une véritable bête.
Au lieu de l’arrêter immédiatement, la police décida de prendre un risque : surveiller Cholet 24 h/24 et 7 j/7 pour trouver des preuves irréfutables. Cette décision exigeait des nerfs d’acier, car la cible était un vieux loup rusé.
Le dimanche après-midi, Cholet quitta son domicile et acheta une petite pelle de jardin verte. Il fonça avec sa fourgonnette blanche dans l’épaisse forêt du Bois de Boulogne. Au milieu du feuillage sombre, les inspecteurs, le souffle coupé, l’observèrent fouiller sous l’humus, puis glisser une boîte dans le coffre. La tension était à son comble. La police savait qu’elle ne pouvait plus attendre.
Un mandat d’arrêt fut émis dans les rues de Paris. Alors que les canons des armes des forces d’élite étaient braqués sur la vitre de la voiture, Bruno Cholet resta impassible. Il fixa l’agent dans le rétroviseur d’un regard froid et glacial. Il ne cligna pas des yeux, son cœur battant toujours à tout rompre. L’attitude de quelqu’un qui connaît trop bien le diable.
Quand le coffre fut ouvert, la vérité éclata enfin. À côté de la pelle, encore couverte de terre fraîche, se trouvait un pistolet chargé, dont le chargeur était vide des balles qui avaient transpercé la tête de la malheureuse écolière. Le « taxi fantôme » a atteint sa destination finale, mais les séquelles de sa cruauté continuent de hanter les esprits de ceux qui sont restés. Le crime parfait a été mis au jour en seulement cinq jours, grâce à une force que même le diable n’aurait pu prévoir : la persévérance inébranlable de ceux qui réclament justice.